‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 80 sur 99 · Voir Tariff Acls. Art. \hl de VAct indiqué · texte numérisé non relu

Voir Tariff Acls. Art. \hl de VAct indiqué

tage aux Etats-Unis des clous expédiés en Europe, du moment que les frais de transport aller et retour ne dépassaient pas la différence entre le prix américain et le prix européen. Lorsque, par exemple, le baril de clous se vendait (prix de base) 2 $ 50 cents à Pittsburgh, plus cher, par conséquent, à Baltimore (port en sus), un complice pouvait se faire adresser à Hambourg ce même baril pour 1 dollar environ. La tonne de clous était donc facturée plus de 50 dollars à Baltimore, et seulement 20 dollars à Hambourg. Hambourg étant port franc, on réexpédiait sans acquitter aucun droit de douane, et la tonne arrivait dans le port de Baltimore majorée seulement de son transport aller et retour, soit 4 dollars, ce qui la portait à 24 dollars. Pour pénétrer sur le territoire américain, elle avait, il est vrai, à payer 25 pour 100 ad valorem^ soit 12 S 50 cents (à supposer que la douane suivît exactement la mercuriale), mais l'acquittement de ce droit ne la portait encore qu'à 36 S 50 cents, c'està-dire à 13 S 50 cents (environ 70 fr.) au-dessous du prix américain. Ainsi un négociant de Baltimore réalisait un bénéfice de 70 francs par tonne de clous à condition de lui faire traverser deux fois l'océan Atlantique, ou bien il revendait au-dessous du cours établi par le pool des clous fabriqués et vendus par le pool lui-même.

Cet exemple fait parfaitement ressortir le caractère anormal, anti-économique, d'un pool ainsi mené. Même après qu'il a disparu, plusieurs de ses résultats demeurent; par exemple, les machines à

fabriquer les wire nails se sont multipliées d'une telle manière clans les derniers mois de la combinaison, alors que \c pool n'était plus assez fort pour maintenir ses interdictions, qu'aujourd'hui elles sont quatre fois plus nombreuses qu'il n'est nécessaire pour les besoins de la fabrication. D'autre part, certaines usines ont été créées au moment de la grande hausse et ne peuvent plus soutenir maintenant la concurrence de rivales plus avantageusement placées; il faut qu'elles disparaissent. Enfin, à la suite de ces périodes agitées, le marché ne revient pas de suite au calme ; accoutumé aux surprises, aux fluctuations imprévues, il reste défiant et nerveux. Bref, un pool produit dans une industrie l'effet d'un cyclone dans la contrée qu'il ravage. Après lui, il y a beaucoup de ruines, et une insécurité générale; on hésite à reconstruire sa maison sur le lieu même du désastre, à mettre de nouveau en culture le champ bouleversé par le fléau.

Ce sont la des maux très réels. Ceux qui forment an pool comme celui des wire Jiails en sont les auteurs responsables. Ils allèguent comme excuse l'impossibilité pratique d'agir autrement. « Quand j'allais trouver les fabricants de clous pour organiser le pool, raconte l'un d'eux, beaucoup déclaraient tout d'abord que jamais ils ne consentiraient à entrer dans aucune sorte de combinaison de ce genre. Je leur disais : — Quel profit avez-vous fait l'année dernière? — Pas un cent. — Quel profit faites-vous maintenant? — Aucun. — Et qu'avezvous donc l'intention de faire? Rester assis à votre

bureau et perdre jusqu'au dernier liard le capital que vous avez mis dans l'affaire^? »

Il faut probablement en rabattre du tableau pessimiste présenté en raccourci par cet agent zélé du pool. Le pool ne s'imposait pas comme une nécessité aussi absolue et il serait resté, en tout cas, aux malheureux industriels engagés dans la fabrication des clous deux autres ressources : les plus honnêtes pouvaient se retirer en liquidant ; les autres pouvaient se faire mettre volontairement en faillite et réorganiser leur société après s'être ainsi débarrassés d'une partie de leurs charges, ce qui leur aurait donné une plus grande marge de bénéfices. Le procédé est bien connu aux Etats-Unis.

Mais là où les auteurs du pool ont raison, c'est lorsqu'ils soutiennent qu'une entente entre les producteurs de wire nails devait avoir forcément une durée éphémère et qu'il n'y avait pas place dans cette industrie pour un Trust permanent. M. Gunton, qui s'est fait aux Etats-Unis une spécialité de la défense des T/'usts, a critiqué vivement dans sa Revue ^ le caractère non scientifique [uiiscientific) de l'entreprise. Il est vrai que ce « coup de main » n'avait pas l'allure régulière d'un grand Trust ; il violait tous les principes d'économie politique et se condamnait à une ruine prochaine, mais le grand Trust n'était pas possible, et là gît l'erreur de M. Gunton. Pour lui, les Trusts sont la forme nou-

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