‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 83 sur 99 · Voir le Monde économique, 6 mars · texte numérisé non relu

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la botte de caoutchouc, le vrai sabot du cultivateur et de l'éleveur américains.

La chaussure de caoutchouc est donc aux Etats- Unis un objet de consommation courante et populaire, nécessitée par le climat et le mauvais état général de la viabilité. On peut être sûr que son usage ne disparaîtra pas par un caprice de la mode et les brevets d'invention limitent la concurrence. Ce sont de bonnes conditions pour l'établissement d'un Trust.

Une autre condition vient fortifier l'eifet des brevets ; c'est la réputation de certaines marques de fabrique depuis longtemps accréditées dans le public. Lorsque, surpris par le mauvais temps, un Américain entre dans un magasin acheter des arctics (chaussure « arctique » , correspondant aux snow boots européens) il se sent plus à l'abri de l'humidité si le marchand lui vend la marque Goodyear Rubber Co., par exemple. Une marque inconnue ne lui inspirerait pas confiance. De nouveaux brevets d'invention auraient donc besoin, pour créer une concurrence efficace, de faire connaître leur marque du public, de changer ses habitudes, ce qui prend du temps et coûte de l'argent. En général, il y a plus d'avantage à céder à une compagnie connue le procédé dont on est l'inventeur qu'à l'exploiter soi-même.

Enfin, l'industrie du caoutchouc est une industrie de grand atelier, une industrie concentrée. Les petites usines n'y sont guère possibles. Toutes ces conditions réunies faisaient qu'en 1892 une dizaine

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de sociétés seulement fabriquaient la chaussure de caoutchouc aux Etats-Unis.

Au lieu de se faire concurrence entre elles, elles avaient avantage à s'unir sous une même direction, à acheter leur matière première en commun, à maintenir la production au niveau de la consommation en prévenant l'encombrement du marché, à se communiquer leurs secrets les unes aux autres, à organiser la vente en commun. Cela diminuait les frais généraux, évitait les luttes coûteuses, et permettait une augmentation de bénéfices sans hausse clc prix, ou môme avec une réduction de prix.

Seulement, arrivé à ce point, l'éternel problème c|ae tous les Ti'usts rencontrent sur leur chemin se posait devant les fabricants de caoutchouc : comment organiser une société qui lie fortement tous les membres de l'entente et qui ne tombe pas sous le coup des Anti Trust Laivs?

La solution était particulièrement facile par suite de la concentration industrielle, de l'existence des brevets, et de la popularité des marques de fabric|ue.

En effet un nombre très restreint de sociétés se trouvaient nanties des privilèges créés par les brevets et profitaient de la réputation des marc[ues de fabrique . En formant une compagnie soi-disant indépendante qui achèterait la majorité des actions de ces sociétés, clans laquelle entreraient les chefs de chacune d'elles, et qui serait chargée de faire, à son compte, les achats de matières premières de toutes, on était garanti contre la concurrence dans les achats de matière première, soit de la part

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d'étrangers au Trust — il n'y en avait pas, — soit même de la part de membres du Trust.

En constituant pour la vente des chaussures de caoutchouc une société spéciale avec laquelle chaque maison passerait un contrat l'engageant à vendre ses produits h cette société à des conditions déterminées, on était garanti contre la concurrence dans la vente des produits.

Enfin en constituant une société à laquelle chacune des maisons se lierait étroitement par des liens financiers, on était sûr de surveiller efficacement toutes leurs opérations et d'éviter toute fraude possible. ^J United States Bubher Company remplit ces trois fonctions, soit directement, soit sous le couvert de personnes interposées. Elle détient la majorité des actions; elle achète la matière première; elle organise la vente.

Tout cela, je le répète, eût été vain si on avait pu, du dehors, monter facilement une usine concurrente, mais l'importance de l'entreprise était une difficulté, tandis que le privilège des brevets et la réputation des marques de fabrique connues créaient un obstacle à peu près insurmontable. Dans ces conditions, il n'y avait plus h se garantir que des ennemis possibles du dedans. Les triples liens par lesquels on les rattachait au Trust suffisaient à atteindre ce but.

D'ailleurs, rien à redouter du côté des Anti Trust Laws. h^ United States Rubber Company est une société indépendante qui achète du caoutchouc en gros à l'état brut. Sans doute, ses membres sont

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des chefs de maisons de fabrication, mais rien ne leur interdit de donner leurs soins à deux affaires distinctes, a h^ United States Rubbe?' Company occupe vis-à-vis des différentes fabriques la position qu'une maison de commission occupe vis-à-vis d'une manufacture quelconque », disait M. Charles R. Flint dans sa déposition devant le comité Lexow chargé par le Sénat de New^-York de faire une enquête sur les Trusts K — « Mais, demandait le sénateur Lexow, la compagnie ne domine-t-elle pas [does not controll) les sociétés industrielles chargées de la fabrication? — Elle possède la majorité de leurs actions, mais chacune d'elles a son existence indépendante », répondait M. Flint.

Et, en effet, vous trouvez sur le marché des caoutchoucs des marques Goodyear, American Rubber Company, Selling, Colcliester, etc., qui ont été réellement fabriqués dans les usines propriétaires de ces différentes marques et des brevets qui y correspondent. N'est-ce pas la preuve de leur existence indépendante?

Les brevets et les marques de fabrique exercent donc une double action également favorable à l'existence du Trust, d'abord en restreignant la concurrence, ce qui facilite sa création, ensuite en dissimulant sa vraie nature sous de trompeuses apparences, ce qui facilite sa conservation.

Mais il faut bien remarquer que cette action des brevets et des marques de fabrique ne favorise le

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