‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 89 sur 99 · City Council Reports, 1895, p. 2399 à · texte numérisé non relu

City Council Reports, 1895, p. 2399 à

quand il accuse les Trusts, le bouc émissaire du moment.

Au cours de notre enquête sur les Ti^rists, plusieurs personnes nous avaient signalé le maire de Détroit, dans le Michigan, comme un adversaire terrible des Tf^iists municipaux. « Allez voir, disait-on, le mayor Pingree ; il a su mettre les Trusts à la raison. » Il est vrai que M. Pingree a très heureusement, très courageusement et très honnêtement défendu les droits de ses commettants contre différentes compagnies concessionnaires de services municipaux à Détroit, et que parmi ces compagnies, celle du gaz était véritablement un Trust, mais il a agi avec la même vigueur contre les compagnies de tramways, par exemple, qui n'offraient pas le même caractère.

Son œuvre dépasse donc la limite d'une simple lutte contre les Trusts et, d'autre part, elle n'embrasse pas forcément tous les Trusts de services municipaux. Il a profité de toutes les circonstances pour agir sur les entreprises privées qui avaient abusé de la faiblesse, de l'indifïerence, ou de la complaisance coupable de ses prédécesseurs. Chaque fois qu'il a eu prise sur elles, soit parce qu'elles sortaient des conditions imposées à l'exercice de leur franchise, soit parce qu'elles demandaient une modification au contrat primitif, il en a tiré parti dans l'intérêt de ses administrés. Il a poursuivi avec une ardeur qu'on ne saurait trop louer les corrupteurs et les corrompus, sans aucune considération pour ses intérêts personnels menacés par la

coalition de tous ceux qui avaient un avantage h voir se continuer les abus anciens*. Les capitalistes engagés dans les entreprises municipales lui ont fait la guerre aussi vigoureusement et d'une manière I plus dangereuse que les bureaucrates peu scrupuleux dont il dénonçait la concussion. M. Pingree I possède à Détroit une importante fabrique de I chaussures; à un moment donné, toutes les banques de la ville s'entendirent pour refuser son papier. Mais il avait à la fois les reins assez solides pour n'être pas écrasé par la mauvaise volonté des banquiers locaux et le cœur assez bien placé pour ne pas se laisser intimider par eux. Il a triomphé de leur résistance et comme industriel et comme magistrat.

La reconnaissance du public s'est manifestée envers lui, d'abord par le renouvellement de son mandat comme maire de Détroit, malgré les vives oppositions qu'il avait soulevées, puis en 1896 par sa nomination de gouverneur du Michigan. On trouve aux Etats-Unis des personnes qui le considèrent comme le candidat désigné à la présidence de la République le jour où la campagne se fera sur la question des Trusts.

Et cependant, nous le répétons, son œuvre n'est pas une lutte contre les Trusts à proprement parler. C'est une œuvre d'assainissement moral, d'énergie, d'honnêteté, de self help municipal. Le maire de Détroit s'est occupé de sa ville comme

1. Voir Seventh Annual Message of Hozen S. Pingree, 1896, p. 7»

d'une société industrielle. 11 l'a défendue du pillage ; il l'a rendue le moins dépendante possible des combinaisons financières d'intérêt privé. Comme il le disait un jour à Chicago dans un discours resté célèbre *, en détournant le mot de Trust de son acception véritable, les édiles de la plupart des grandes villes américaines ont formé des Trusts — en réalité se sont entendus — avec les entreprises privées de services municipaux. C'est ce genre de Trusts qu'il a brisé, et son succès marque la voie à suivre. Une probité à l'abri de toute tentation et une persévérance énergique restent en tout cas les éléments indispensables de la réforme h opérer.

Les Trusts qui se sont formés en Amérique sur les services municipaux ont beaucoup contribué au mouvement général de l'opinion publique contre les Trusts. Leur origine n'est pas sans tache et leurs résultats afFectent tous les habitants sans distinction ; ils devaient donc soulever de très vives protestations.

Mais il n'est pas impossible de porter remède h leurs abus. En fait, l'éclairage au gaz est menacé par la concurrence de l'électricité. Par suite les compagnies gazières peuvent être tenues en respect à condition qu'elles ne parviennent pas a absorber les compagnies d'éclairage électrique, et les municipalités, averties du danger, peuvent facilement le prévenir, soit en établissant elles-mêmes l'installa-

1. Thievery, Mayor Pingree's notable address before the Chicago Law StudenCs Association, February 1895.

tion de l'électricité, soit en accordant des liceiises h terme court qui leur permettent de traiter à nouveau au bout de quelques années d'expérience. Quant aux compagnies de tramways, celles mêmes qui jouissent de licenses perpétuelles se voient obligées de recourir aux municipalités pour obtenir certaines modifications à leur contrat. Elles sont amenées en effet, lorsqu'elles ont été anciennement établies, h remplacer l'antique système de traction à chevaux ou à mules par la vapeur ou l'électricité. Cela ne peut pas se faire sans une autorisation spéciale, sans une nouvelle convention, et les voilà h la merci de la ville ^ Celles d'origine récente, qui ont toujours employé l'électricité, possèdent généralement des licenses dont l'exercice est limité à dix, vingt, trente ans. Dans beaucoup d'Etats même, la loi ne reconnaît pas aux villes le droit d'accorder des licenses d'une durée supérieure à vingt ans. C'est le cas, en particulier pour l'IUinois. En résumé, les Trusts de services municipaux

1, Parfois le seul fait d'une transformation enti-aîne avec lui la nécessité de travaux qui constituent une charge pour les compagnies et un avantage pour les villes. Depuis six ans les tramways de Philadelphie ont abandonné le système de traction par câble sans fin actionné à la vapeur pour adopter la traction électrique. L'ancien câble métallique passait entre les deux rails dans un conduit souterrain où le tramw^ay venait s'agripper à lui par une forte pince. Le câble disparaissant pour faire place au trolley aérien, il a fallu reconstruire à neuf une partie de la chaussée. Les compagnies affirment avoir dépensé de ce fait 15 millions de dollars (environ 75 millions de francs) à paver les rues de Philadelphie. Partout où le cable car avait été installé, et disparaît aujourd'hui devant le trolley-car^ la ville se trouve ainsi repavée en partie iaux frais des entreprises privées de tramways.

constituent des monopoles inévitables. Aujourd'hui qu'on le sait aux États-Unis, il n'y a plus pour les villes qu'à organiser ces monopoles au lieu de les empêcher, à en tirer parti au lieu de se les laisser voler. Et tous les changements qui se produisent dans l'éclairage public, dans les transports urbains, favorisent l'action des villes. Ils tendent à leur rendre la possession des monopoles qui leur appartiennent normalement, dont elles ont souvent avantage à concéder l'exploitation, mais dont il importe qu'elles ne fassent pas abandon gratuitement *.

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