IV. — Le danger inégal des différents Trusts
Il s'en faut bien, d'ailleurs, que tous les Trusts offrent le même degré de danger.
Tous, en effet, ne possèdent pas au même degré le caractère anormal que nous venons de signaler.
Il en est, comme le Standard OU, qui dépendent principalement de circonstances exceptionnelles, mais naturelles, accessoirement de circonstances artificielles.
D'autres , au contraire, le Siigar Trust, par exemple, dépendent principalement de circonstances artificielles, d'un tarif douanier, accessoirement de circonstances naturelles, la concentration normale de l'industrie de la raffinerie.
Entre ces deux types extrêmes viennent se classer les types moyens moins accusés.
En se tenant aux types extrêmes on aperçoit facilement la différence bien marquée qui les sépare.
D'abord, les premiers tiennent à des circonstances exceptionnelles; ils sont donc plus rares. Au contraire, les seconds tiennent à des causes générales, à un système, dans l'espèce à la politique protectionniste. Le tarif américain a fourni l'occasion d'une masse de Trusts, de pools, de combinaisons de toutes sortes. Le petit nombre de terrains pétrolifères en a produit un seul, et ces fantaisies de la nature se comptent, tandis que les fantaisies du tarif ne se comptent plus.
En second lieu, plus la base des Trusts est natu relie, moins est profond le trouble qu'apporte leu existence dans les relations économiques. M. Gun ton a soutenu avec talent et ingéniosité que le; Trusts ne détruisaient pas la concurrence potentielle c'est-à-dire la possibilité de la concurrence. S quelqu'un est en mesure de livrer au public améri cain de meilleur pétrole à meilleur marché que h Standaj'd OU, personne ne l'en empêche. Mais cette concurrence potentielle elle-même est entravée pai le tarif douanier. Le marché américain lui est fermé Beaucoup de raffineurs seraient en mesure de livrei à la clientèle américaine de meilleur sucre à meil leur marché que le Sugar Trust, mais le tarif le; en empêche. La protection va plus loin; elle ne ferme pas le marché seulement aux produits semblables à ceux qu'elle protège, mais encore à touî ceux qui pourraient leur faire concurrence indirectement. Que demain on découvre un mode d'éclairage encore moins coûteux que le pétrole, la Stan dard OU Ce. sera menacée; mais qu'on trouve une substance remplaçant le sucre dans l'alimentation, cette substance pourra être de suite frappée d'ur droit protecteur. C'est ce qui a lieu tous les jours dans les pays protectionnistes. Pour protéger Thuib de Provence on frappe l'arachide. Pour protéger le beurre de Bretagne ou de Normandie, on frappe le margarine, etc.
Enfin les Trusts à base principalement artificielle sont plus corrupteurs que les autres. Il faut, en effet, qu'ils s'assurent coûte que coûte la faveur du
pouvoir législatif duquel dépend la circonstance artificielle qui les soutient. Les scandales du Sngar TruHt au moment de la discussion du tarif Dingley au Sénat américain sont assez connus pour que nous n'ayons pas besoin d'insister.
Les Trusts de services publics fournissent une vérification curieuse de ces conclusions. Ils sont essentiellement artificiels ; leur origine remonte en i effet à une erreur lourde qui a fait considérer des intérêts publics comme des intérêts privés. Et ils présentent à un degré éminent les trois dangers que nous avons énumérés : on les retrouve presque partout aux Etats-Unis. Il est matériellement impossible de leur faire concurrence tant que leur charte reste en vigueur. Enfin ils donnent lieu à des faits de corruption sans nombre.