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I. — TRYPANOSOMOSES

Maladie du sommeil

Nous ne dirons rien de la maladie du sommeil, qui ne s'attaque pas particulièrement aux enfants et ne présente pas chez eux de symptômes spéciaux.

La trypanosomose qui paraît spéciale à l'enfance est la maladie de Chagas, découverte par cet expérimentateur brésilien dans l'Amérique du sud.

Trypanosomose américaine ou maladie de Chagas

L’agent pathogène, le Trypanosoma Cruzi, produit surtout chez les enfants, mais aussi chez les adultes, des troubles très variés, qu'on attribuait autrefois soit au paludisme, soit à l’ankylostomose. On désignait habituellement ces accidents sous le nom d'opilaräo; depuis les travaux de Chagas, ce terme s'applique non seulement à l’anémie ankylostomienne, mais aussi aux troubles causés par le Trypanosoma Cruzi.

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Ces troubles sont très polymorphes, aussi Chagas, qui en a fait une étude complète, distingue-t-il un certain nombre de formes cliniques très différentes les unes des autres. Au fond, ce polymorphisme n’est dû qu'aux diversités de localisation du parasite dans l'organisme et, en réalité, ce qui domine ces divers tableaux cliniques, c’est le syndrôme de l'insuffisance thyroïdienne et quelquefois aussi de l'insuffisance surrénale, en un mot de l'insuffisance des glandes dites à sécrétion interne. On peut donc, avec Chagas, considérer cette maladie comme une thyroïdite parasitaire: celle-ci se manifeste soit sous la forme aiguë, soit sous la forme chronique.

Les formes aiguës sont plus particulières au tout petit enfant de quelques mois. Les petits malades présentent un aspect bouffi tout à fait caractéristique, dont la figure ci- jointe donne un idée (fig. 14). Cet œdème donne au toucher une sensation particulière de crépiltation, qui apparaît dès les premiers jours de la maladie. Le corps thyroïde est toujours hypertrophié, même chez les tout petits enfants de deux ou trois mois, nourris uniquement avec du lait. Le foie, la rate

Fig. 14. — Type d'enfant atteint de la maladie de Chagas. Remarquer l'aspect et surtout les ganglions hébété, la bouffissure du visage et les

lymphatiques. notammeut œdèmes des membres. Original).

les ganglions axillaires, sont toujours plus ou moins hypertro-

phiés. Tels sont les symptômes constants et caractéristiques de là thyroïdite parasitaire aiguë, auxquels s'ajoute naturellement une température élevée pouvant atteindre 40° dans les cas graves, avec une légère rémission matutinale.

Ces formes évoluent en dix à trente jours; les petits malades meurent, ou bien leur thyroïdite prend la forme chronique myxædémateuse. La mort se produit le plus souvent chez le petit enfant par suite de méningo-encéphalite aiguë et d’épanchements dans les séreuses. Chez les enfants plus âgés, le passage à la forme chronique est plus fréquent: après une période aiguë durant de dix à trente jours, les parasites disparaissent en grande partie de la circulation périphérique et les symptômes s’amendent.

Les formes chroniques sont consécutives aux formes aiguës bénignes. Suivant la prédominance des symptômes, on distingue des formes pseudo-myxædémateuses, myxœdémateuses, cardiaques, nerveuses. Dans la forme pseudo-myxœædémateuse,on constate un état fonctionnel d'hypo-thyroïdisme contrastant avec les lésions anatomiques d'hyper-thyroïdisme. Cette forme est la plus fréquente chez le petit enfant, car, dans les cas aigus, il est rare qu’on n'observe pas la crépitation de la peau dont nous avons parlé plus haut. L'hypertrophie thyroïdienne n’est pas en rapport avec la durée de la maladie; elle peut être beaucoup plus accentuée chez de très jeunes enfants, âgés de moins d’un an, que chez des enfants de dix à douze ans.

La forme myxædémateuse ne correspond pas exactement au véritable myxœdème; Chagas emploie cette dénomination pour désigner le degré le plus élevé de linfiltration mucoïde du tissu cellulaire Sous-cutané. Cette forme paraît assez rare; elle est liée à une atrophie du corps thyroïde.

La forme cardiaque est due à la localisation très curieuse des parasites dans les fibres musculaires et notamment dans le muscle cardiaque. C'est dans ces fibres que le Trypanosoma Cruzi effectue sa schizogonie sous la forme Leishmania. Le schéma du eyele évolutif de ce parasite que

nous donnons ci-joint (fig. 15) montre que, chez le Vertébré, le Trypanosome passe par un stade Leishmania intra-cellulaire . (muscles, cœur, névroglie). Ces formes Leishmania se multiplientpar schizogonie et donnent facilement des formes Trypa-

Fig. 15. — Cycle évolutif du Trypanosoma Cruzi. — 1, Trypanosome de l'intestin postérieur du Conorhinus où de la Punaise, inoculable au Mamnmifère; 2 à 6, formes Leishmania et Trypanosoma, se développant dans les viscères du Mammifère; 7, forme jeune, grêle et très mobile, traversant le champ du microscope comme une flèche ; 8, forme intermédiaire entre 7 et 9: 9, forme adulte jouvant indifféremment être réinoculée à un autre animal sensible (flèche allant vers 2) ou infecter certains Arthropodes; 10, forme Crithidia se divisant: 11, grande forme Crithidia jeune ;12, passage vers la forme Trypanosome; 13, Trypanosome jeune. D'après Brumpt. x 2500.

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nosomes, qui repassent dans la circulation périphérique. Nous avons représenté cette schizogonie dans la fibre musculaire cardiaque : on voit, dans une fibre, un groupe nombreux de Leishmania (fig. 16).

Fig. 16. — Trypanosoma Cruxi. — Formes Leishmania dans les fibres musculaires du cœur. (Original). >< 19250.

Cette localisation provoque des troubles profonds de la fonction du cœur: le rhytme cardiaque est troublé par suite de la myocardite parasitaire et cela peut aboutir à l’asystolie aiguë, Chagas à minutieusement décrit tous les caractères de cette arythmie. En effet, ces symptômes ont une grande importance diagnostique, à cause de l'extrême fréquence de cetle forme cardiaque chez les jeunes enfants. Il est à remarquer que, chez ces derniers, on n’observe pour ainsi dire jamais le phénomène de l’extrasystole; Chagas ne la pas trouvé avant l’âge de huit ans. Par contre, on observe chez le petit enfant toute une série d’autres troubles arythmiques,

Leo re dépendant moins de lirritabilité du muscle cardiaque que des fonctions conductrices du cœur en tant que vaisseau.

La forme nerveuse est due à la localisation du parasite en de multiples régions de l’encéphale. On trouve, en effet, des foyers dans l'écorce cérébrale, dans les noyaux centraux, le pont de Varôle, la moëlle allongée, etc. Dans tous ces points, on peut trouver des cellules de névroglie remplies de formes Leishmania.

Une des formes les plus fréquentes est la diplégie, au cours de laquelle les contractures l’emportent sur les accidents paralytiques. Les troubles et le tableau clinique qui en résultent sont extrêmement variés, mais restent en concordance parfaite avec les données histo-pathologiques fournies par les autopsies. Les contractures sont surtout accentuées aux membres inférieurs, alors que dans les membres supérieurs on observe des troubles de la motilité correspondant à l'athétose. Des troubles intellectuels accompagnent les troubles moteurs; on trouve tous les degrés de déchéance intellectuelle, depuis l’idiotie complète jusqu’au début du crétinisme.

Les crises aiguës ou subaiguës d’exacerbation sont rares chez l'enfant; aussi n'insisterons-nous pas sur ce point.

Les recherches anatomo-pathologiques et expérimentales de Chagas, Viana, Rochar-Lima, Brumpt, etc. ont surabondamment démontré que le Trypanosoma Cruzi est la cause de tous ces accidents. Il nous reste à savoir quelle est la porte d'entrée de ce Trypanosome, de manière à pouvoir en préserver l'enfant.

Les recherches de Chagas ont montré que le Trypanosome est transmis, au Brésil, par un grand Insecte hémiptère du groupe des Réduvides, le Conorhinus megistus. Brumpt a montré ensuite que d'autres Hémiptères, tels que diverses Punaises (Cimex lectularius d'Europe, Cimex rotundatus des contrées tropicales et un autre Réduvide, le Rhodnius probitus) peuvent aussi servir d'hôtes intermédiaires.

Le point le plus intéressant, concernant l’étiologie et bien mis en lumière par Brumpt,est que l'infestation ne se produit

pas par piqûre, mais par le contact des déjections avec les muqueuses. En effet, il n’y à de parasites, chez l'Insecte, ni dans la trompe ni dans les glandes salivaires. L'évolution des Trypanosomes se produit uniquement dans le tube digestif et on n'a pas observé de régurgitations permettant le passage des Trypanosomes virulents dans la trompe; ils ne pénètrent pas non plus dans les glandes salivaires.

Après succion du sang d’un individu parasité, les Trypanosomes se transforment dans l'estomac de lInsecte en grosses formes latentes immobiles; dans l'intestin moyen, on trouve ensuite des formes Herpetomonas et Crithidia; enfin, dans l'intestin postérieur, les Crithidia se transforment en véritables Trypanosomes, auxquels Brumpt a donné le nom de Trypanosomes métacycliques, pour bien indiquer qu'ils terminent le cycle évolutif du parasite. Ces Trypanosomes métacycliques sont «seuls infeétants »; ils ne sont évacués par l’Insecte que dans ses déjections. Pour que l'enfant soit infecté, il faut donc que les déjections viennent en contact avec une muqueuse, c'est-à-dire au niveau de la bouche, de l'anus ou de la conjonctive oculaire. En effet, les Trypanosomes métacycliques, comme l’a montré Brumpt, traversent difficilement l’épiderme, mais passent rapidement à travers les muqueuses.

La biologie des Conorhines nous donne la confirmation de ces données expérimentales. En effet, ces Insectes s’approchent la nuit des dormeurs et les piquent, de préférence au visage, d’où le nom de Barbeiros, de Kissing-Bugs qu'on leur donne au Brésil ou aux Etats-Unis. Leur piqûre est indolore et ne laisse pas de trace, mais, peu après s'être gorgés, ils évacuent leurs déjections. I suffit donc que celles-ci viennent en contact avec une muqueuse, pour que les Trypanosomes métacycliques pénètrent à travers cette muqueuse et pour que l'infestation se produise.

Voilà donc un autre exemple de Protozoaire sanguicole transmis par un Arthropode piqueur, mais non par la piqûre elle-même. On voit quelle est l'importance étiologique de

Ne

cette contamination par les déjections et quels horizons elle ouvre pour l'étude des maladies parasitaires dont le mode de transmission est inconnu.

En ce qui concerne la maladie de Chagas, tout n’est pas encore dit, car les recherches entreprises à ce sujet sont encore trop récentes ; mais, au point de vue prophylactique, on peut déjà en conclure à l’absolue nécessité de préserver l'enfant, dans les contrées où cette maladie sévit, contre les piqûres de tous les Hémiptères.

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