CHAPITRE II
LES INFECTIONS INTESTINALES
Dyserteries et Colites dysentériformes
Il n’y à rien de particulier à dire sur la dysenterie bactérienne; l’étiologie et l'évolution sont les mêmes chez l'enfant que chez l'adulte. Le rôle de l'infection y est bien évident, puisque cette maladie est produite par le Bacillus dysenteriæ.
L'infection joue aussi un grand rôle dans les colites dysentériformes ou choériformes des pays tempérés. Ces affections, quelquefois très graves et mortelles, sont caractérisées surtout par une congestion intense dé la muqueuse intestinale, pouvant aller jusqu'à la production de taches hémorragiques. Les ulcérations sont exceptionnelles et superficielles; l'infection microbienne est évidente, mais il est difficile d’incriminer plus particulièrement telle ou telle espèce. La flore intestinale comprend des Colibacilles, du Bacille pyocyanique,des Streptocoques, des Entérocoques, divers anaérobies mal connus, des Spirochètes dont le rôle est mal défini, etc. Il paraît certain que la pullulation et la virulence microbiennes sont sous la dépendance de facteurs provenant du terrain: il y à de là dyspepsie et de la constipation, liées tout d’abord à l’arthritisme, à une mauvaise alimentation, etc.
Diarrhée irfartile
Une question étiologique importante, concernant les diarrhées infantiles, est le rôle que peuvent jouer les Mouches
dans leur propagalion (1). Il est certain que les recrudescences de la diarrhée infantile correspondent avec les années où les Mouches foisonnent : les maisons les plus atteintes sont celles où les Mouches sont très nombreuses et pénètrent librement. En Anglelerre,les recherches de Niven et Climens, de Capeman; en Amérique, celles de Jackson et de Nash ont montré le danger des dépôts de fumier, d'ordures et de gadoues, qui favorisent l’éclosion de myriades de Mouches. Les maisons voisines de ces dépôts sont les plus atteintes par les épidémies de diarrhée.
D'ailleurs, les Mouches constituent un puissant agent de dissémination de toute espèce de virus ; elles les transportent mécaniquement avec leur trompe et leurs pattes, ou bien elles les ingèrent et les répandent ensuite en tous lieux avec leurs excréments. Ces faits sont démontrés expérimentalement pour le choléra et la fièvre typhoïde. Cette démonstration est plus difficile pour là diarrhée infantile, qui est certuinement produite par plusieurs germes bactériens différents.
Nous laissons de côté l'étude du choléra qui, lorsqu'il se rencontre chez l'enfant, ne présente pas de symptômes particuliers.
Ekiri
Parmi les dysenteries, nous devons une mention toute spéciale à une maladie qui paraît être particulière au Japon. C’est une affection dysentériforme très aiguë, épidémique, atlaquant presque exclusivement les enfants de deux à six ans dans la zone chaude de l'archipel japonuis. Elle porte,dans ce pays, le nom d’ekiri. Elle est caractérisée par des évacuations glaireuses, très abondantes, se produisant sans douleur ni
(1) M. Stephen Coudray, notre collègue au Laboratoire de Parasitologie de la Faculté de Médecine de Paris, va soutenir prochainement une thèse importante sur le rôle de la Mouche domestique dans les infections. Il y traitera sans doute de cette question avec plus de détails que nous ne saurions le faire ici.
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ténesme. Un signe important est la mollesse de l'abdomen. Le tout s'accompagne de fièvre élevée et de phénomènes cérébraux. L'évolution est très rapide, elle dure deux ou trois Jours; là mortalité est très élevée. L'agent pathogène paraît être uu Bacille décrit par Sukehiko-Ito. Non seulement l’enfant est infiniment plus exposé que l'adulte à la maladie, mais, chez ce dernier, la guérison est la règle, tandis qu'elle est l'exception chez l'enfant.
Fièvre typhoide
Nous ne dirons que quelques mots de la fièvre typhoïde, dont l’évolution ne présente aucun caractère bien particulier à l'enfance. Due au Bacille d'Eberth (Bacillus typhosus), celte maladie doit être souvent méconnue dans la première enfance, en raison de l'inconstance des principaux symptômes et de la façon uniforme dont l'organisme infantile réagit au début de la plupart des maladies infectieuses aiguës. Ses causes sont les mêmes que chez l'adulte : l’eau, le lait coupé sont, chez le tout jeune enfant, les principales sources de la eontagion. Reber, puis Neuhauss, Eberth, Chantemesse, Widal, Ernst, Legry, Egiglio, Frascani, Jarziewsky, Hildebrandt qui se sont occupés de la question, ont montré la possibilité de la contamination fœtale. Le Bacille pénètre directement dans le sing et tué le fœtus par septicémie. On ne constate jamais de lésions viscérales, la rate n'est pas hypertrophiée, il n'y à pas d’ulcérations des plaques de Peyer.
La fièvre typhoïde peut être également transmise par les Mouches. Le Bacille spécifique se rencontre dans l'urine, les expectorations et surtout les déjections des malades alités; il existe également dans les selles de sujets guéris depuis fort longtemps et chez des individus «porteurs de germes ». Or, à la campagne où les déjections sont déversées un peu partout,sur le fumier,surle sol, desessaims deMouches,après
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avoir butiné sur ces ordures, rapportent à l'intérieur du logis les germes et les matières dangereuses dont elles sont souillées. A la ville également, des faits semblablessont possibles, si on laisse les Mouches prendre contact avec les déjeclions des malades. Hamilton en 1903, à Chicago, trouve cinq fois le germe, sur 18 Mouches capturées dans une chambre de typhique. Ficker, en 1903, réussit également à déceler le Bacille typhique sur des Mouches capturées dans les mêmes conditions. De nombreuses recherches entreprises par Acrissworth, Poona, Kerkée, Nuttall, viennent confirmer ces faits. Citons également la possibilité de la transmission de la fièvre typhoïde par les Poux: dans un cas, Abe à trouvé 15 pour 100 de ces animaux porteurs du Bacille lyphique.
On comprend donc sans peine avec quelle facilité le tout jeune enfant, incapable de se défendre et d'écarter de lui ces Insectes, peut être contaminé.