‹ Les Infections PyocyaniquesChapitre 14 sur 34 · Streptocoque 2. Sarcina aurantiaca · texte numérisé non relu

Streptocoque 2. Sarcina aurantiaca

Expériences XXIV à XX VIII

5 ballons de 1 litre contenant de l’eau de Loire stérilisée recoivent 1 goutte de la même dilution de bacille pyocyanique et une trace de matières fécales.

Expériences N'AIN à N'XNII/

5 ballons de 1 litre contenant de l’eau prise à la canalisation reçoivent Î goutte de la dilution de bacille pyocyanique.

Tous ces ballons(Exper. XIV à XXXIIT)sont laissésà la température du laboratoire pendant 5 mois, du 10 avril au 10 septembre. Le dernier jour, une prise d’eau est faite après agitation, dans chaque ballon. Cette eau additionnée de 1/3 de bouillon peptoné est placée à l’étuve à 37.

Résultats

Le bacille pyocyanique s’est développé dans tous les ballons à l’'exception de ceux qui contenaient le bacillus prodigiosus. L'apparition de la pyocyanine à été plusou moins rapide. Mais nous l'avons toujours observée, sauf dans les 2 cas signalés.

Ainsi dans nos expériences, ni la durée du séjour dans l'eau, ni l'exposition à une température de 24°, ni la concurrence vitale de la majorité des germes de l’eau, n’ont eu raison de la vitalité du bacille pyocyanique.

Ce microbe a donc, dans l’eau une résistance considérable, surtout si on la compare à celle des bactéries pathogènes qui peuvent se servir de l'eau comme véhicule, Le bacille typhique

en particulier.

D. — Recherche du bacille pyocyanique dans Peau.

La méthode employée est celle du laboratoire du Comité consultatif d'hygiène. C'est le procédé de recherche générale des

bactéries pathogènes ou suspectes, et des associations dangereuses, établi par M. le Professeur Pouchet et M. Bonjean en 1897.

Dans de petits ballons contenant 10 cc. de bouillon peptoné, on ajoute 20 centim. cube de l’eau à examiner. Ces ballons sont placés à l’étuve à 37°.

Deux cas peuvent se présenter :

1° Les cultures donnent de la pyocyanine. L'eau analysée renfermait certainement du bacille pyocyanique.

2 Les cultures ne donnent pas de pyocyanine. Elles peuvent cependant renfermer du bacille pyocyanique.

L'absence de pyocyanine peut être due à des causes que nous connaissons déjà : présence de microbes qui la réduisent, ou bien qui produisent des acides. Mais elle peut être due également à la perte de la fonction chromogène du bacille dans l’eau. Nous avons vu qu’on peut faire perdre expérimentalement au bacille toute fonction chromogène. Il est possible que de tels bacilles ainsi modifiés se rencontrent dans la nature. Mais on ne peut les identifier, tant qu'ils n’ont pas repris leur caractère spécifique.

Peut-on restituer facilement au bacille pyocyanique son aptitude à sécréter son pigment bleu ? Nous savons déjà que Le passage sur le milieu d'épreuve suffit pour rendre aux races artificielles l’aspect du bacille normal. Mais cela ne suffit pas toujours pour des bacilles profondément modifiés. C'est alors que l'expérimentation phsysiologique rendra des services signalés.

Si nous inoculons en proportion convenable dans le péritoine du cobaye une culture impure en bouillon contenant le bacille pyocyanique, l'animal mourra : on retrouvera la bactérie dans le sang du cœur. En ensemencant dans une solution de peptone à 2 0/0, glycérinée à 1 0/0 un peu de sang du cœur, on obtiendra une culture du bacille pyocyanique avec ses caractères elassiques.

Au reste cette méthode est d’une application générale. N’étant pas destinée spécialement à la recherche du bacille pyocyanique, elle permet d'isoler en même temps les bactéries

pathogènes où suspectes qui peuvent former des associations dangereuses. Nous aurons à étudier le rôle de ces microbes associés.

On peut encore trouver le bacille pyocyanique sans le rechercher spécialement dans d’autres circonstances. Il peut vivre en effet dans les milieux phéniqués employés pour l'isolement du bacille d'Eberth.

Résultats. — Par cette méthode nous avons isolé le bacille pyocyanique, avecses caractères classiques, de plus de 30 eaux de différentes provenances. Nous avons étudié cette année 17 échantillons conservés dans la collection. La plupart donnent en bouillon peptoné les deux pigments, bleu et vert fluorescent. Un seul, provenant d'un puits voisin d’une tannerie de Chemillé, appartient à la variété mélanogène.

Ces bacilles ont une virulence extrêmement variable. L’échantillon (15), qui nous a servi dans les expériences rapportées plus haut, tue le cobaye à la dose de 0 gr. 0025 de culture en bouillon peptoné. Par contre, un bacille provenant de l'Institut Pasteur, et conservé depuis 1897 dans le Laboratoire, a perdu toute virulence en même temps que la propriété de sécréter la pyocyanine. Inoculé seul à dose massive dans le péritoine du cobaye, il ne cause pas la mort. Tous les autres échantillons tuent le cobaye, mais à doses variables. D’une façon générale, une dose de 0 gr. 30 à 0 gr. 40 pour 100 gr. de poids de l'animal tue le cobaye en injection intrapéritonéale.

En même temps que le bacille pyocyanique, nous avons isolé des colibacilles, des proteus, et des bactéries considérées

comme inoffensives.

E. — Diagnostic.

Il existe dans les eaux un grand nombre de bactéries qui possédent la propriété de sécréter le pigment vert fluorescent. M. Jordan en relevait 52 espèces en 1899. M. Jirou, en 1901, en

compte 64.

D'après M. Jirou, il n'existe pas de groupe de bacilles fluo-

Launay 4

rescents aù sens ordinaire du mot; mais un certain nombre de microbes, plus ou moins séparés par leurs caractères morphologiques ou biologiques, possèdent la fonction fluorescigène et un nombre variable de propriétés communes.

Les phosphates, comme nous l'avons vu, sont nécessaires À cette fonction, la dose variant avec chaque espèce.

La constatation de ces microbes dans les eaux est défavorable à leur valeur. Bien que les végétaux renferment des phosphates, l'analyse chimique depuis longtemps rattache à une souillure d'origine animale la présence d'acide phosphorique dans les eaux. L'apparition de la fluorescence dans la culture des microbes d'une eau témoigne que la souillure de l'eau est d’origine animale, que cette souillure est récente, qu'elle provienne de la pénétration du microbe même dans l'eau ou d'un renouvellement pour le microbe, ancien déjà dans cette eau et sur le point d’en subir les effets de dégradation, de l'aliment phosphaté nécessaire à maintenir ou à ranimer son énergie for.ctionnelle (Gessard).

On s'est demandé si certaines espèces fluorescentes, en particulier le bacillus fluorescens liquefaciens de Flügge, n'étaient pas dérivés du bacille pyocyanique par perte partielle de la fonction chromogène. M. Stanislav Ruczicka, étudiant comparativement ces deux .bacilles, a vu que le bacille pyocyanique cultivé dans l'eau, à la lumière ou à l'obscurité, se multiplie plus rapidement que les autres germes. Au contraire la culture du bacille fluorescent subit un stade d’arrêt après une période de multiplication ; et les microbes sont toujours en nombre moindre que lesautres germes. En dehors de ce caractère, rien ne permettait de distinguer les deux espèces, ni l’action de la lumière, ni la présence ou l’absence de l'oxygène.

Cette question ne nous parait pas suffisamment étudiée. En dehors des bacilles pyocyaniques à caractères classiques, nous avons isolé des eaux une dizaine de bacilles qui tout d’abord ne se distinguaient que par une vague fluorescence en bouillon peptoné, qui plus tard ont acquis sur gélose en colonies séparées les caractères des colonies du pyocyanique, enfin qui par des

cultures successives se rapprochent de plus en plus de ce germe avec lequel nous espérons bien les identifier.

Nous avons songé pour hâter la solution du problème à utiliser la séro-réaction. Mais les résultats que nous avons obtenus, ne nous permettent pas encore de tirer des conclusions précises.

F. — Axsociations microbiennes.

L'étude bactériologique des eaux y montre en général l’existence d’une flore microbienne complexe. En même temps que le bacille pyocyanique, on peut isoler des bactéries dont le rôle pathogène est connu, d’autres qui sont considérées comme inoffensives.

Cette constatation doit faire penser à un rôle possible des associations microbiennes dans la pathogénie des infections pyocyaniques d'origine hydrique. On peut concevoir le rôle des associations microbiennes de plusieurs facons. Un bacille pyocyanique, dénué de virulence devient pathogène quand un ou plusieurs autres germes également inoffensifs, créent par leur présence des conditions qui favorisent la pullulation du premier et la production de toxines. Ces faits de symbiose microbienne sont nombreux. Le plus intéressant pour notre sujet a été mis en lumière par M. Metchnikoff dans ses recherches sur le choléra expérimental. L’ingestion des cultures pures de vibrions très virulents ne permet pas de reproduire chez FPanimal le choléra intestinal : le mélange de ces vibrions avec des microbes imoffensifs, deux espèces de sarcines et une torule, tue presque tous les animaux qui l'ingèrent ; dans le contenu intestinal, les microbes favorisants ont disparu.

Dans un autre ordre d'idées, plusieurs microbes agissant simultanément impriment une allure spéciale à la maladie. Ils déterminent des énfections mixtes. MM. Vaillard et Vincent ont étudié l'association du bacille typhique et du streptocoque. M. Hutinel a insisté sur le rôle. qué paraissent jouer ces associations dans la pathogénie de certaines entéro-colites graves.

Enfin les microbes associés peuvent n'intervenir qu'à une

période tardive, à la fin d’une maladie qu'ils viennent compliquer. Les infections secondaires dans la convalescence de la fièvre typhoïde sont bien connues. Elles reconnaissent comme agents les microbes de la suppuration. Nous avons vu que l'infection pyocyanique pouvait compliquer la terminaison de la dothiénentérie.

Pour étudier le rôle des associations microbiennes, il faut nécessairement faire un choix parmi les nombreuses espèces qui peuvent accompagner le cohbacille.

En dehors du bacille typhique, nous avons choisi des microbes rencontrés avec le pyocyanique dans les eaux : des bactéries à caractères bien tranchés, trouvées dans des eaux de mauvaise qualité : des bactéries généralement inoffensives, pouvant être rendues virulentes, et quelquefois trouvées dans des infections secondaires, ex: Bacillus mesentericus vulgatus (Vincent Sacquepée).

1 nous faut donner quelques détails sur ces microbes :

1. Bacille typhique provenant de l'Institut Pasteur. Caractères classiques.

2. Colibacille : même provenance. Mobile. Coagulant le lait. Faisant fermenter le lactose. Produisant des acides. Donnant de l'indol. Tue le cobaye à la dose de 1 ce. dans le péritoine.

3. Colibacille, isolé d’une eau. Mêmes caractères. Donne beaucoup de gaz. Tue le cobaye à la dose de 1 cc. dans le péritoine.

4. Bacillus mesentericus vulgatus. Isolé de l’eau de Loire. Non virulent.

5. Bacillus mesentericus ruber. Isolé d’une eau de Pouancé. Non virulent.

6. Streptocoque, isolé d'une eau de Saint-Philbert. Virulent au moment où il à été isolé ; actuellement sans action sur le lapin ni sur le cobaye.

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