IV. Pyocyanies gastro-intestinales
Cette forme localisée de l'infection pyocyanique est la plus importante de toutes et aboutit souvent à la septicémie. Elle semble pouvoir être considérée de deux façons suivant qu’elle frappe l'adulte ou le jeune enfant. Evoluant chez le premier le plus souvent comme complication d'une affection: intestinale (entérite, dysenterie, fièvre typhoïde.….), elle parait chez l'enfant être primiüve et beaucoup plus grave.
Nombreuses sont les observations de pyocyanie gastro-intestinale des enfants ; on peut en dégager le type clinique suivant :
Début par diarrhée avec vomissements alimentaires, puis bilieux, s’accompagnant d'un dépérissement rapide, chez un enfant de quelques mois, hérédo-syphilitique parfois, et présentant ou non quelques troubles digestifs. Le ventre se ballonne, la température s'élève à 385, 39° environ. Les selles diarrhéiques sont abondantes, vert foncé ou jaune d’ocre, d’odeur fétide : l'abdomen distendu est douloureux. L’amaigrissement et la prostralion sont des signes importants. Puis l’état général s'aggrave. Enfin se produit un abaissement de température, de la cyanose des extrémités et la mort dans le collapsus et l’algidité, après 8 à 15 jours.
Parfois au bout de quelques jours apparait sur le corps l'éruption décrite au chapitre précédent.
L'autopsie révèle l'existence d’ecchymoses, d'infiltrations sousmuqueuses, d'ulcérations de la muqueuse digestive. On trouve le bacille pyocyanique dans les selles, les bulles entanées, le
sang, les ganglions mésentériques, les viscères sièges d'hémorrhagies.
Observation XII. —- Encens. — Æntérite avec infection. — Deux enfants, frère et sœur, présentent les phénomènes suivants : fièvre à type continu (39-40°), diarrhée profuse, météorisme, tuméfaction de la rate, bronchite et broncho-pneumonie, prostration très marquée,
raideur spasmodique des extrémités, convulsions. Au onzième jour
apparaît sur le tronc et la partie antérieure des membres une éruption roséolique, puis pustuleuse et ulcéreuse, avec zône centrale de nécrose incolore, zûne bleue médiane hémorrhagique et autourinfiltration rouge simplement inflammatoire.
Mort du frère. — Guérison de la sœur après une crise thermique. Présence du bacille pyocyanique dans les pustules.
Observation XIII. — Kossez. — Enfant de # semaines présente de la diarrhée, perte d’appétit et grande faiblesse, selles pâteuses et vertes, renfermant le bacille pyocyanique en abondance. Vomissements abondants. Température à 39°7. Mort au 13° jour.
Lésions gastro-intestinales. — Pus dans l’oreille moyenne et la moitié droite du nez. Bacille pyocyanique à l'état de pureté. :
Observation XIV.-— Wirciams gr CameroN. — Enfantde 22 semaines. Fièvre, diarrhée verte, tympanisme abdominal. Puis éruption confluente de petites papules rouges avec quelquesfoyers d’hémorrhagie sous-cutance. Ecoulement par une oreille, Mort dans le coma.
A l’autopsie nombreuses embolies capillaires dans les viscères. Bacille pyocyanique pur.
Observation XV. — WizLiams ET CAMERON. — Fillette de 3 mois. — Diarrhée verte. Otite suppurée. Mort. Bacille pyocyanique pur dans
rate, foie et sang du cœur.
Observation XVI. — CADET DE GASSICOURT. — Entérile subaiquë el infection pyocyanique. — Enfant de 5 ans présente une infection d'aspect typhoïde. Diarrhée abondante, prostration, adynamie, amaigrissement progressif. Pas de splénomégalie; pas de taches rosées. Fièvre sans caractères bien nets, oscillant entre 39° et 4007, les huit nir aux environs de 38° quelques jours
premiers jours, pour se mainte ur de 40° jusqu'à la veille de la mort,
avant de remonter et osciller auto qui arrive le 35° jour.
Autopsie : aucune lésion maeroscopique notable. Examen histologt-
que: lésions banales des entérites simples. Examen bactériologique : bacille pyocyanique en très grande quantité, colibacille et microcoque prenant le Gram en quantité beaucoup moindre. On trouve aussi le bacille pyocyanique dans le foie, la rate, les reins, la bile, sans lésions des organes
Observation XVII. — Caper pe GassicourT. Enfant de 11 ans, frère du précédent. — Epistaxis, délire, vomissements alimentaires au début. Diarrhée très abondante, jaune ; gargouillement. Langue saburrhale; fuliginosités. Râles de bronchite. Cœur régulier rapide ; 4er bruit à peine marqué. Température 39°5 à 40° avec quelques chutes au-dessus de 380.
Apparition de taches rosées. Ventre tendu, douloureux. Pouls imperceptible. Grosse rate. Abattement extrème. Amaigrissement considérable. Eschare trochantérienne profonde. Mort.
Pendant la vie l'examen des selles a montré la présence d’un grand nombre de bacilles pyocyaniques et très peu d’autres microbes.
Observation XVIII. — Lesace. — Æniérile avee infection pyocyanique. — Enfant de 10 mois, prise quelque temps après une bronchopneumonie de vomissements et diarrhée. Langue saburrhale. Abattement. Päleur. Fièvre 380 à 390, qui tombe aussitôt.
Examen des selles : bacille pyocyanique en très grande quantité, colibacille, streptocoque.
Un mois après éruption papuleuse, rubéoliforme, sur le tronc et les membres. Température : 385 à 39°, pendant deux jours. Amaigrissement et diarrhée continuent. Fièvre remonte progressivement. Pouls irrégulier. Grand abattement. Souffle et frottements dans le poumon droit. Dyspnée intense. Teint plombé. Diarrhée verte. Fièvre à 40°.
Le jour de la mort, sueurs, tremblement, raideur de la nuque, odeur fétide de la sueur. T° à 41°.
Autopsie : Rate très dure, renfermant le bacille pyocyanique. Adhé-
rences pleurales. Sommets congestionnés avec noyaux de bronchopneumonie.
Observation XIX. — BLum. — (Service d'Escherich). — Enfant syphilitique meurt avec fièvre, diarrhée, souffle systolique. La veille de la mort on trouve le bacille pyocyanique dans le sang de l'oreille.
À l’autopsie : broncho-pneumonie, catarrhe intestinal, hépatite syphilitique, endocardite végétante mitrale.
Le sang du cœur recueilli 1 heure 1/2 après la mort donne une culture pure de bacille pyocyanique pathogène pour le cobaye en inocula-
tion sous-cutanée. On trouve un bacille identique au bacille pyocyanique dans les coupes de la rate, du foie, du rein, du poumon, de la paroi intestinale et de la végétation mitrale. La culture avec le sang du cœur inoculée après perforation préalable d'une valvule aortique donne une endocardite au lapin,
Ce cas fut le point de départ de 4 autres, dont 3 mortels. Chez ces enfants le bacille pyocyanique fut retrouvé 2 fois dans les selles, une fois dans le pus d’un abcès de la cuisse et dans les poumons.
Le sang n’agglutinait pas.
La transmission, d’après Escherich, a dû se faire par les doigts des infirmières et par l'intermédiaire de l'air.
Observation XX. — Nosécourt. — /nfection intestinale à bacille pyocyanique chez le nourrisson. — Enfant de 4 mois et demi. Diarrhée verte et jaune :5 selles par jour, fièvre 38° le soir dépassant en quelques jours 39° avec ballonnement du ventre et amaigrissement. On lui donne une nourrice. Lavages intestinaux ; bains chauds. Température oscille entre 38 et 39. Amaigrissement continue. Le 12° jour température de 39°9 ; selles uniformément colorées en vert pistache. Mort le lendemain soir.
Autopsie : Intestin pàle. Arborisations correspondant aux plaques de Peyer tuméfiées et rosées. Foie gros, jaunâtre avec points plus blancs. Rate tuméfiée. Reins pâles. Foyers de broncho-pneumonie.
Examen des fèces le jour du changement de coloration : bacille pyocyanique, colibacille, proteus et streptocoque. Sur 2 tubes de gélose bacille pyocyanique très abondant, colibacille peu abondant: proportion inverse sur le 3°. Proteus et streptocoques rares.
1/4 ce. de culture de pyocyanique en bouillon de 24 h. tuait un cobaye de 300 g. en inoculation sous-cutanée en 15 à 16 h. ; avec diarrhée et congestion des viscères abdominaux. Bacille pyocyanique dans le sang du cœur. 1/10 ce. tuait en 9 jours.
Colibacille tuait seulement à la dose de 1 ce.
Le bacille pyocyanique ne fut pas trouvé dans le sang, ni dans les foyers broncho-pneumoniques : il existait seulement dans l'intestin de l'enfant.
Le sang n’agglutinait pas.
LS x #
Nous signalerons chez l'adulte quelques cas rares de localisa-
tion de l'infection pyocyanique dans l'intestin, sur l'appendice, Launay 2
pour nous étendre davantage sur son rôle plus fréquent d'associé. Ryerson Fowler publie un cas d’appendicite gangréneuse, très grave, où le bacille fut trouvé à l’état pur, et qui se termina par guérison après résection au 2° jour des tissus gangrenés. Dans l'observation suivante de Coyne et Hobbs, il était associé au colibacille, mais par sa virulence semblait jouer le rôle pré-
pondérant.
Observation XXI. -- P. Cove et J. Horrs. — Appendicite à bacille pyocyanique. — Jeune fille de 24 ans opérée 8 jours après l'accès.
Sérosité louche autour des anses intestinales. Abeès périappendiculaire à pus épais et fétide. Guérison. Examen bactériologique : 1. Pus périappendiculaire ; un tube donne colibacille associé au bacille pyocyanique, les autres bacille pyocyanique pur. 2. Contenu de l’appendice : colibacille et bacille pyocyanique. Anoculations :
2 ce. de chaque culture en injection intrapéritonéale au lapin: le lapin inoculé avec colibacille en bouillon résiste ; l’autre qui a r°çu du pyocyanique meurt en 26 h. avec péritonite septique généralisée : l'exsudat renferme le bacille pyocyanique pur.
En dehors de ces faits, on a vu le bacille pyocyanique créer par lui seul des affections gastro-intestinales à type dysentériforme ou typhoïde. Le plus souvent, associé, il vient se greffer sur un terrain débilité par une infection antérieure. Nous l’avons vu plus haut compliquer des infections grippale, paludéenne, staphylococcique ; nous le verrons provoquer une infection intestinale chez une seplicémique streptococcique, chez des dysentériques, des cholériques, des typhiques. Dans les observations suivantes, ou voit que le bacille pyocyanique vient frapper l'organisme dans le courant d’une maladie ou à l’entrée en convalescence ; imprimant à la maladie un caractère de gravité en faisant subir à l'organisme une réaction parfois très violente au cours d’une autre infection. La plupart du temps la pyocyanie semble évoluer pour son compte propre, donnant lieu alors que la première infection semblait en voie d'amélioration à des symptomes alarmants et nets qui en permettent le diagnostic.
Observation XXII. — Cuarrin er Lecros. — Sepicémie strep-
tococcique et entérile à bacilles pyocyaniques chez une adulte. — Femme de 40 ans fait un accouchement à 7 mois (placenta prævia), suivi après quelques heures de fièvre se maintenant entre 38 et 39.
15 jours après, température de 4005 : selles diarrhéiques abondantes vert foncé, renfermant du bacille pyocyanique virulentpour le cobaye. Pas d’agglutination avec le sang qui ensemencé donne des cultures de streptocoque pur. Urines albumineuses, renfermant le bacille pyocyanique : sont sans réaction agglutinative.
Observation XXIIT. — Orrrincer. — Fièvre typhoïde compliquée d'infection pyocyanique. — Jeune homme de 18 ans présente tableau classique de la dothiénentérie ; céphalée, vertiges, bourdonnements, constipation. Puis diarrhée jaunâtre, ocreuse ; gargouillement ; tuméfaction de la rate ; langue saburrhale, rouge sur les bords et à la pointe ; taches rosées ; température : 39-40, tombant le 19° jour à 37,4-38,8.
Le 20€ jour la température remonte à 39,4 pour atteindre en quelques jours 4004. Elle s'accompagne de faiblesse, prostration, langue sèche, fuligineuse, albuminurie, diarrhée légère, Le 45° jour apparition d’une éruption bulleuse douloureuse (scrotum ; pubis, pli inguino-crural, face
‘inférieure de Ja verge). Les bulles, du volume d’une lentille à celui d’une grosse noisette, sont remplies d’un liquide opalin qui devient bientôt hémorrhagique. Leur périphérie est violacée, infiltrée de sang et épaissie. Après rupture, elles laissent des ulcérations d'aspect diphtéroïde et d'odeur gangréneuse. Les signes généraux d'infection disparaissent 48 heures après l’apparition de cesbulles. Elles renferment le bacille pyocyanique à l’état de pureté.
Guérison.
Observation XXIV. — Vixcenr. - fièvre lyphoïde compliquée d'infection pyocyanique. — Un homme de 22 ans, contracte une fièvre
typhoïde à symptômes ataxo adynamiques, très grave d'emblée, avec prostration extrême le jour, agitation vive etdélire la nuit. Langue rôtie, fuligineuse. Vomissements bilieux. Diarrhée profuse fétide. Abdomen rétracté, avec taches rosées. Rate hypertrophiée. Pouls petit à 140, premier bruit du cœur sourd. Température dépassant 40°. Albuminurie. Au 10e jour de son entrée à l'hôpital, mammite et parotidite doubles. Phlyctènes à contenu roussètre sur le tronc, la face et les doigts. Arthrite suppurée de l’annulaire droit. Température élevée. Pouls misérable. Facies terreux. Myocardite. Adynamie profonde. 3 jours avant la mort toux quinteuse et pénible : rachats muco purulents sans odeur. | A l’autopsie : saillies sous pleurales correspondant à des foyers disséminés de gangrène pulmonaire et pleurale, dans lesquelles on trouve
le bacille pyocyanique pur. Il est retrouvé seul dans les phlyctènes de la peau, associé au staphylocoque dans l’arthrite de l’annulaire, associé au bacille typhique dans le sang du cœur et la pulpe splénique.
Observation XXVW. — E. Sacquerée Er Tesrarp. — /nfection pyocyanique au cours de la fièvre lyphoïde. — Femme de 19 ans. Fièvre typhoïde régulière, apyrexie à la fin de novembre 1903. Durée 20 jours. 2 rechutes :
1° Décembre : la température remonte. Urines rares, foncées, albumineuses : cellules épithélales, cylindres hématiques et granuleux ; quelques leucocytes et hématies. Rechute dure 14 jours.
24 décembre (43° jour). Apyrexie, suivie -de quelques jours d'hyperthermie.
2° 55e jour : température normale, parsemée de quelques ascensions fugaces.
24 janvier (67° jour). Oscillations thermiques intermittentes sans symptômes fonctionnels, durant 9 jours.