BIOLOGIE DU BACILLE PYOCYANIQUE
Quand on examine sans coloration une goutte de culture en milieu liquide de bacilles pyocyaniques, on voit des bâtonnets mesurant 1 à 4 u 5 de longueur sur 0 4 5 à 0,6 de largeur. Les bâtonnets sont réunis en chaines de deux ou trois articles et même plus, ou bien en amas. Les éléments qui ne font pas, partie des amas sont très mobiles.
Cet aspect ordinaire est modifiable ainsi que l'ont fait voir MM. Charrin et Guignard : par l'addition d’acides ou d’antiseptiques aux bouillons de culture en quantité convenable pour ne pas tuer les bactéries, on pourra ohserver des formes rondes, des formes allongées, des filaments spiralés. Mais ces variations morphologiques ne sont pas acquises définitivement, et l’on n'obtient pas ainsi des races nouvelles ; car, dès qu’on reporte le microbe dans un milieu favorable, il reprend l’aspect primitif qu'on peut considérer comme la forme normale.
Le bacille pyocyanique se colore facilement par les couleurs basiques d’aniline : il se décolore par la méthode de Gram. Il doit sa grande mobilité à existence d’un cil unique à une de ses extrémités.
Le bacille pyocyanique se différencie par la production de pigments dont un au moins lui appartient en propre et sert à le caractériser. L'étude de ces pigments est capitale pour la con-
naissance de ce microbe : nous lui consacrerons un chapitre spécial et nous passerons rapidement sur les caractères des cultures dans les milieux usuels.
Cultures.
Plaques de gélatine. — Les colonies de 24 heures sont arrondies avec des bords sinueux. Elles ont une couleur jaunâtre, un aspect granuleux. Après 48 heures elles s'enfoncent dans Île milieu ; les bords deviennent moins nets et se fondent pendant que la gélatine se liquéfie graduellement en formant un entonnoir : la gelée a pris autour des colonies une couleur verdâtre.
Gélose. — Il faut ensemencer la surface de la gélose de façon à avoir des colonies séparées : on observe le développement de colonies arrondies, mais à bords très découpés, comme celles de certains colibacilles ou de bacilles fluorescents. Au bout de 3 ou 4 jours ces colonies présentent une zône centrale avec un dépôt de couleur brun-jaunâtre. à contours capricieux, d’épaisseur très irrégulière, et une zône periphérique transparente, souvent légèrement renflée sur les bords qui sont très découpés.
Eclairée un peu obliquement, la surface de ces colonies prend un aspect métallique qui rappelle les grès flammés.
Dans la profondeur se développent des cristaux en aiguille. La quantité, les dimensions de ces cristaux varient beaucoup d'un échantillon de bacille à un autre, ainsi que la rapidité de leur développement. Ce sont des cristaux de phosphates ou d’oxalates.
On dit couramment que l’aspect des colonies de bacille pyocyanique sur gélose n’a rien de caractéristique. Cependant en comparant une trentaine d'échantillons de diverses provenances, nous avons toujours retrouvé la même apparence qui nous est toujours utile pour reconnaitre le bacille pyocyanique même en l'absence de toute production de matière colorante.
En général la gélose prend une couleur verte, plus ou moins marquée, qui commence en haut et à la surface de la gélose pour s'étendre graduellement au bas et aux couches profondes,
Pomme de terre. — La tranche de pomme de terre se couvre d’une couche jaune-brunâtre. On y observe bientôt les reflets métalliques signalés plus haut. Le milieu prend d’abord une teinte verte, avec quelquefois des taches jaunes, et plus tard une teinte uniforme brun-rougeâtre.
Bouillon. — Suivant la composition du bouillon, on observe des colorations différentes sur lesquelles nous reviendrons. Le fait constant est la production d’un trouble rapide et d’an voile blanc, sec, fragile, montant sur les parois, ridé à la surface, qui s'épaissit, peut se fragmenter et tomber au fond. En tout cas, au fond du tube se dépose un sédiment blanc, blanc-jaunâtre, jaunebrun ou brun-noirâtre suivant les cas.
Lait. — Le lait est coagulé d’abord plus ou moins rapidement ; puis le caillot se dissout : le liquide à une teinte ver-
dâtre.
Laissant de côté pour l'instant les produits plus ou moins intéressants formés dans les cultures, nous nous occuperons
seulement de la formation des pigments :
Pigments.
Quand on ensemence la variété ordinaire du bacille pyocyanique dans du bouillon peptoné, le liquide se colore en vert et présente de la fluorescence. Le même germe ensemencé dans un liquide minéral spécial y développerait une couleur bleue. La culture en bouillon peptoné prend à la longue une teinte oran-
gée, puis brune.
Enfin une variété plus récemment décrite donne rapidement
aux milieux une teinte noirâtre.
Le bacille pyocyanique est donc capable de sécréter plusieur On en connait aujourd'hui trois principaux. Suivant ant de la provenance du germe et
pigments.
certaines conditions, dépend
des procédés de culture, on observera ces pigments isolément ou successivement dans un même milieu.
Ces pigments principaux sont :