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Nature, variété du germe

9. Conditions de culture, principalement composition chimique du milieu.

Nous ‘examinerons d’abord simultanément quelles sont les substances nécessaires à la vie du bacille pyoeyanique et à la

sécrétion des pigments, en même temps quelles modifications subissent ces substances, puis comment on a été amené à distinguer des races de bacille pyocyanique d’après la nature

des pigments produits.

Substances nécessaires à la vie du bacille pyocyanique et à la sécrétion de ses pigments.

Oxygène. — Le bacille pyocyanique est aérobie : il peut vivre en anaérobie, mais il ne sécrète pas de matière colorante. L'oxygène est done nécessaire à la production de la pyocyanine.

Dans les cultures en bouillon peptoné dans un ballon Pasteur, la teinte caractéristique n'existe qu’à la surface du liquide où elle apparaît d'abord. Le bacille donne, entre autres produits, de l'hydrogène et de l'hydrogène sulfuré qui réduisent la pyocyanine dans la profondeur. Mais le pigment ainsi réduit s'oxyde très facilement. Il suffit d’agiter le ballon pour régénérer la matière colorante. D'autre part l'oxydation poussée trop loin transforme la pyocyanine en pyoxanthose jaune : la matière colorante bleue est donc intermédiaire à des composés incolores ou jaunes qui en dérivent par oxydation ou par réduction.

Réaction du milieu. — Le bacille pyocyanique s'accommode des milieux à réaction alcaline : la pyocyanine vire au rouge par les acides.

Aliments du bacille pyocyanique. — Les plus importants à étudier sont les aliments azotés Les bactéries peuvent emprunter l’azote aux substances albuminoïdes, aux sels ammoniacaux, aux nitrates, enfin assimiler l'azote libre.

Le bacille pyocyanique est capable de prendre l'azote à ces différentes sources.

M. Gessard a montré l'intérêt qu'il y avait pour l'étude des fonctions chromogènes à cultiver le bacille pyocyanique en solution de peptone et en bouillon simple. On obtient une peptone qui se montre apte à la production de la pyocyanine à l'exclusion du pigment fluorescent par le procédé suivant: du muscle de bœuf haché, exprimé, est soumis à trois décoctions successives d’une demi-heure chacune, suivies de mise à la presse. La viande ainsi traitée, additionnée de pepsine et d'acide chlorhydrique est peptonisée à Pétuve.

Le bouillon simple peut ne donner avec certaines races qu'une

fluorescence verte ou même aucun pigment. 1] y a avantage dans la pratique à utiliserle bouillon peptoné qui satisfait aux exigences des diverses variétés.

Le milieu d’épreuve de Gessard est une gélose préparée avec une solution de peptone à 2 0/0, additionnée de 10/0 de glvcérine.

Azote ammoniacal. — On peut obtenir de la pyocyanine en cultivant le bacille dans des solutions de sels ammoniacaux, tels que le citrate, le lactate, le succinate d'ammoniaque additionnés de 1 0/00 de glucose et glycérine, intervenant comme sources de carbone.

Ces dernières substances ne sont pas indispensables. M. Gessard à obtenu de la pyocyanine avec un bacille mélanogène dans la solution :

Succinale d’ammoniaque. . 2 gr.

Sulfate de magnésie. . . . 2,5 Chlorure de Ca ceristallisé. . 1,25 HRMEUIlE ET Te NU, 1000

Le bacille pyocyanique peut végéter dans des liquides minéraux qui contiennent de l’asparagine, comme seule source d’azote et de carbone. Tel est le liquide d’Arnaud et Charrin :

PO RATE 0,100 PO‘Na? + 12.H° 0. EN 0,100 CO ORRR RENTE Lu 0,134 CHOSE A AMIE À 0,050 Mg SO‘ + TI O. A EE 0,050 Asparagine cristallisée . . . 5

Éoudeillée nr rar da: 1000

Dans ce milieu, on n’observe pas de pyocyanine, mais seulement dela fluorescence bleue d’abord, puis verte par suite de la production d’ammoniaque.

Si on remplace, dans ce liquide, l'asparagine par une même dose d’un sel ammoniacal, surtout un sel à acide organique, on n'obtient pas de fluorescence : le développement est faible ou

même nul.

Azote nitrique. — Le bacille pyocyanique a une action remarquable sur les nitrates. M. Grimbert a montré que les bactéries pouvaient se comporter vis-à-vis des nitrates de deux façons. Les unes, en solution de peptone, réduisent le nitrate à l’état de nitrite, et le nitrite en azote qui se dégage : ce sont les ferments dénitrifiants vrais. Les autres ne produisent ce résultat qu'en présence des principes amidés du bouillon. Le bacille pyocyanique fait partie des premiers : le colibacille, le bacille d’'Eberth rentrent dans la seconde catégorie.

Si, dans une culture en bouillon de bacille pyocyanique, on ajoute { 0/0 de nitrate de potasse, on observe un dégagement abondant, parfois tumultueux, de bulles gazeuses. La matière colorante n’a paru dans nos expériences qu'après la fin du dégagement gazeux.

Azote libre. — D'après M. Konvalewski, le bacille pyocyanique pourrait absorber une petite quantité d'azote libre.

Phosphates. — Les phosphates jouent un rôle très important dans la biologie du bacille pyocyanique. M. Gessard a montré que leur présence était nécessaire à la production du pigment fluorescent.

Ainsi le bacille se développe en donnant de Ja fluorescense dans le milieu suivant :

Succinate d'ammoniaque. . . . 10 gr.

Phosphate de potasse, . . . . () Sulfate de magnésie . + . :. 17. 2,5 Bou. distillées een Re 1000

On peut supprimer le sulfate de magnésie sans changer le résultat : mais il n’en est plus de même quand on supprime le phosphate. Le microbe se développe avec une coloration d’un bleu pur au bout de plusieurs semaines. La fluorescence reparait par adjonction de phosphate.

De même dans la solution de peptone préparée comme il a été dit plus haut, et qui est impropre à la fluorescence, celle-ci apparait quand on ajoute 0,25 0/00 de phosphate. De plus une certaine quantité de phosphate est nécessaire pour entretenir la

vie du microbe : la quantité qu'on apporte en plus constitue une réserve que le microbe utilise pour la production du pigment vert. Cette quantité nécessaire à la vie n'est pas considérable puisque la fluorescence a pu apparaître dans des dilutions de phosphate de 1/8.000.

C’est parce que les liquides albumineux servent de véhicule aux phosphates qu’on y observe si facilement la fluorescence. Pour la même raison, le même phénomène s’observe dans le bouillon ordinaire, tandis que la pyocyanine seule se produit dans la solution de peptone préparée, comme il a été dit, par lavages qui ont enlevé tous les sels.

Tyrosine. — Une mention spéciale doit être accordée à la tyrosine. Il existe une variété de bacille pyocyanique qui est apte à sécréter un pigment rouge et noir. L'apparition de ce pigment est subordonnée à la présence de la tyrosine dans le milieu de culture.

M. Gessard utilise le liquide suivant :

Succinate d'ammoniaque . . . . { Phosphate bibasique de Na ou de K 5 Sulfate-de magnésie, . . 1. . . 2,5 Chlorure de calcium. . ST 1,25 Danone, lue dr 1000

Le bacille de la variété qui peut donner un pigment rouge et noir, s'y comporte comme un bacille pyocyanique ordinaire : il y donne les pigments bleu et vert fluorescent; mais, si on additionne le liquide de 0,5 de tyrosine, une coloration d'abord rose, puis rouge-acajou s'y développe. Elle peut être masquée par les autres pigments.

Supprimons le succinale d'ammoniaque en laissant la tyrosine qui reste la seule substance azotée et hydrocarbonée, le pigment rouge seul se produira. Il se montre même parfois dans une solution de tyrosine pure.

Le pigment ainsi développé est assimilable an pigment donné par la tyrosine sous linfluence d'une diastase oxydante, la tyrosinase. Ce ferment, sous forme de macération glycérinée de cer-

32 LES INKECTIONS PYOCYANIQUES

tains champignons, constitue un réactif biologique de la lyrosine, comparable au réactif chimique dit de Millon. La tyrosinase est très répandue ; elle existe chez un grand nombre de végétaux (betterave, dahlia, pomme de terre, champignons) M. Gessard admet quece ferment est aussi sécrété par le bacille pyocyanique : toutefois il n’a pu le déceler dans les cultures ni dans les eaux

de lavage des corps microbiens.

Variétés du bacille pyocyanique.

Dans les circonstances naturelles, des bacilles pyocyaniques ont été isolés, qui présentaient un pouvoir chromogène inégal. Par des artifices de culture, des expérimentateurs ont obtenu des races plus ou moins stables et distinctes les unes des autres par leurs fonctions chromogènes. On conçoit que la nature puisse arriver au même résultat par des procédés différents. Ainsi seront créés des microbes très éloignés de leur type habituel : pour les rattacher à leur souche, il faudra leur restituer leurs attributs ordinaires. D'une facon générale s'il est relativement facile de faire perdre à des germes quelques-unes de leurs qualités, les tentatives qui ont pour but de leur rendre ces propriétés sont très souvent infructueuses.

À. — Variélés expérimentales.

M. Wasserzug, en ajoutant aux cultures de faibles traces d'anüseptiques qui n'entravent pas le développement du microbe, lui fait perdre {oute sécrétion de matière colorante. MM. Charrin et Roger ont reconnu que 4 centigrammes de sublimé par litre de culture tuent le bacille ; 3 centigrammes empêchent la formation de matière colorante.

M. Gessard, partant d’un microbe normal, qui donnait à la fois de la pyocyanime et du pigment vert fluorescent, a obtenu ce qu'il appelle les races du bacille pyocyanique. Elles sont

quatre, désignées par les lettres À, P, F, S. Le microbe normal (race A) donne : dans les solutions de peptone alcaline ou neutre, de la pyocyanine : dansle bouillon simple, de la pyocyanine et de la fluorescence. Sur l’albumine d'œuf, il secrète seulement le pigment vert fluorescent.

En cultivant pendant très longtemps €e microbe sur l’albumine, puis en le reportant en bouillon, on obtient la race P. Le microbe ne produit que de la pyocyanine en bouillon simple.

La race F s’obtient en soumettant le microbe de race A. à une température de 57° pendant 5 minutes. La race S est obtenue de la même façon en partant de la race P. La race F ne sécréte en bouillon que le pigment vert fluorescent. La race S n’y développe aucune couleur. :

Il est essentiel, pour dissocier les fonctions chromogènes de ces races peu stables à certains égards, de cultiver le bacille en bouillon simple et en solution de peptone. En effet si on reporte les races F etS dans une solution de peptone glycérinée ou sur le milieu d’épreuve de Gessard (gélose préparée avec une solution de peptone a 2 0/0 additionnée de 5 0/0 de glycérine), elles reprennent les caractères de la race normale.

Si l’on considère les deux races F etS, comme des races A et P à pouvoir pyocyanogène atténué, on se rapproche des auteurs allemands qui distinguent deux races 4 et $, baallus pyofluorescens, bacillus pyocyaneus.

Nous ajouterons que aans les laboratoires le bacille pyocyanique peut perdre insensiblement ses caractères distinctfs ; mais en général il suffit de le reporter sur le milieu d’épreuve pour le régénérer.

MM. Charrin et Phisalix sont allés plus loin dans la dégradation du bacille pyocyanique. En le eultivant en série à une température de 425, ils lui ont fait perdre complétement toute fonction chromogène : cette propriété ne reparait pas quand on place le microbe dans les conditions les plus favorables. Il seTat impossible, en l'absence de ces caractères spécifiques, d’identifier un tel microbe rencontré dans des conditions naturelles.

Nous reviendrons sur ce point.

Launay

34 LES INFECTIONS PYOCYANIQUES B. — Variétés rencontrées dans les circonstances naturelles.

On a trouvé des bacilles pyocyaniques qui, dans le bouillon peptoné, peuvent développer :

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