OBSERVATION VITE
(Hôtel-Dieu) Septicémie éberthienne et streptococcique
Anne B..., âgée de dix-neuf ans, entre le 15 février 1906 à l'Hôtel-Dieu, salle Sainte-Anne.
Depuis le commencement du mois, la malade se sent fatiguée, le soir elle se couche courbaturée et accuse de la céphalalgie.
L'appétit est diminué. Elle continue cependant à faire péniblement son travail, mais le malaise général augmentant, le 10 elle garde le lit, elle eut dans la journée quelques vomissements. Jusqu'ici selles normales.
Le 15 février. — Céphalée intense avec courbature, langue saburrale. Inappétence avec vomissements alimentaires, Ventre douloureux à la pression ; gargouillements dans la fosse iliaque droite. Foie et rate légèrement augmentés de volume, douloureux à la pression.
Quelques taches rosées lenticulaires.
L’auscultation fait entendre quelques râles de bronchite disséminés dans les deux poumons. Pouls fréquent, assez bien frappé, 124 pulsations. Pas d'épistaxis.
Urines rares et foncées, légèrement albumineuses.
Etat stationnaire les jours suivants.
23 février. — Hémorragie intestinale légère.
25 février. — Les symptômes généraux s’améliorent, la
céphalée a diminué, les urines ne contiennent plus d’albumine,
très peu de diarrhée. La température présente cependant
d'assez grandes oscillations.
7 mars. — La malade accuse une douleur vive, spontanée Lä a L2 . . .
augmentée à la pression, au niveau des deux derniers orteils
de chaque pied.
9 mars. — Douleur analogue au-dessous du sein droit.
20 mars. — lle fait un abcès tubéreux dans l’aisselle gauche.
Après l'ouverture de l’abcès, la température descend définitivement et la malade sortle 14 avril complètement guérie.
Examen bactériologique. — Hémoculture.
17 février, — Dix centimètres cubes de sang sont répartis sur 4oo centimètres cubes de bouillon.
Le lendemain, l'examen microscopique nous donne deux germes: un coccus en chaïnettes et un bacille, l’un prenant le
Gram, l’autre ne le prenant pas.
Isolés sur plaques de Petit et repiqués sur les différents milieux de cultures, ils présentent les caractères du bacille
d'Eberth et du streplocoque.
D'après ces faits cliniques nous ferons remarquer la bénignité relative de certaines infections à streptocoques contrairement aux idées généralement admises.
Deux de nos observations ont trait à des érythemes primitifs (érythème polymorphe et érythème noueux) au cours desquels nous avons rencontré le streptocoque dans le sang. ,
Dans le premier cas, l'infection présente un début brusque évoluant avec les signes d'un embarras
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gastrique fébrile, l’éruption est contemporaine du début.
Or, à aucun moment, la malade n’a présenté de symptômes alarmants, sa température la plus élevée est deso nn
Au bout de quatre jours elle se considère comme guérie et ne comprend pas qu’on persiste à la maintenir au régime lacté (la défervescence n’a été définitive que le seizième jour).
Dans l'observation d'érythème noueux, une fillette de seize ans en traitement pour coxalgie (extension continue), dans un service de chirurgie fait, sans cause appréciable, une poussée fébrile et le lendemain apparaît une plaque d’érythème noueux typique, au niveau du tibia droit. Si l’on fait remarquer que celte malade avait été réglée pour la première fois, les jours précédents, il semble que l’on doive considérer l'appareil génital comme la voie suivie par le streptocoque. Or comme dans l'observation précédente, l'infection fut des plus bénignes, bien qu'assez longue (vingt et ua jours) ; à part les vomissements du début et une certaine sensation de chaleur et de tension qu’elle éprouvait au niveau de la plaque érythémateuse, la malade ne trouvait rien de changé à son état normal.
La présence du streptocoque a été signalée dans de nombreux cas d’érythème (obs. de Leloir, Sabouraud et Orillard, Widal et Thérèse, Detot, Panichi, etc.), mais nous ne trouvons pas chez ces auteurs cette allure de bénignité qui caractérise nos deux
observations. Nous sommes habitués à considérer la streptococcémie comme d’un pronostic redoutable et Lemierre signale dans sa thèse, comme une exCeption, le cas du D' Enriquez.
Un jeune homme présente une série de symp- «tômes difficiles à classer : Courbature générale, « catarrhe nasal, dyspnée procédant par crises, en «même temps des accès de fièvre irréguliers. Le « diagnostic était en suspens entre grippe et asthme « des foins à forme fébrile. L’ensemencement du « sang fut alors pratiqué au moment d’un àccès de « fièvre et donna une culture pure de streptocoque. »
Notre malade de l'observation III est envoyée à l’'Hôtel-Dieu avec le diagnostic de fièvre typhoïde, extérieurement elle en présenteles principaux symptômes ainsi que l’évolution, seule une éruption morbilliforme ne correspond pas à la topographie ordinaire des taches rosées. La fièvre fut de courte durée et la malade guérit sans incidents. L’hémoculture donna une culture pure de streptocoque.
Les streptococcémies paraissent assez rares au cours de l’érysipèle.
Signalées par Hartmann et Achalme. Les recherches d’Ettlinger et de Lemierre ont été négatives. Widal, ensemençant le sang dans cinq cas d’érysipèle d'intensité variable, n’a pu isoler qu'une seule fois le streptocoque dans une forme de gravité moyenne qui aboutit à la guérison. Il conclut ainsi : € Si le passage du streptocoque dans la circulation implique a priori une forme infectieuse grave de la maladie,