DE LA CONTINUITÉ DES LIGNÉES
§ 22. Plan du deuxième livre.
Les considérations biologiques brièvement résumées dans le premier livre de cet ouvrage nous ont montré que, dans la recherche des influences ancestrales, il y a lieu d'étudier d'abord les caractères communs à tous les individus d'une même espèce ou d'une même race, sans se préoccuper de la manière dont ces caractères sont distribués aux individus par les hasards de l'amphimixie; nous renverrons donc à la troisième partie la question des mélanges sexuels et nous pourrons tracer à grands traits l'histoire de la genèse des particularités spécifiques les plus importantes en étudiant leur lignée ascendante comme si elle avait été simple au lieu d'être infiniment dichotome.
Parmi les caractères spécifiques, nous devrons faire un choix; l'étude de la genèse de tous les
caractères de toutes les espèces entraînerait la revision de toute la Zoologie, toute la Botanique, toute la Physiologie ; d'ailleurs, quand on parle des influences ancestrales, on songe le plus souvent aux particularités d'ordre psychique, quoiqu'elles ne doivent aucunement, en bonne logique, être séparées des autres ; nous nous limiterons donc à l'étude de l'origine atavique de ces particularités et nous nous efforcerons de donner à cette étude une très grande généralité, quoique nous ayons pour but de comprendre surtout la structure psychique actuelle de l'espèce humaine.
Dans un animal qui fait partie d'une société, on peut distinguer les caractères relatifs à la vie sociale et les caractères relatifs à la vie individuelle ; non que ces deux groupes de caractères se soient développés séparément fsauf pour certains caractères individuels qui peuvent dater d'une époque antérieure à l'organisation des sociétés), ces caractères sont tous nés petit à petit du conflit de l'organisme avec les circonstances extérieures, mais, pour les caractères du premier groupe, les circonstances extérieures comprennent un facteur particulier, savoir les animaux de même espèce vivant en société avec l'organisme considéré. Il sera commode d'étudier les caractères égoïstes provenant de tout ce qui, dans la lignée ascendante des individus, n'a pas eu de rapport avec la vie sociale, et les caractères altruistes résumant au contraire les conséquences ancestrales de l'existence des sociétés.