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LES RELATIONS DE LANIMAL AVEC L'AMBIANCE

§ 30. L'expérience dépend du genre de vie.

Nous devons maintenant étudier, dans leur ensemble, les rapports de l'être vivant avec son milieu ; nous avons déjà parlé de quelques-uns de ces rapports à propos de la nécessité, pour l'animal, de se procurer des aliments convenables; mais il y a d'autres nécessités et nous ne séparerons plus désormais les unes des autres.

Du moment qu'il y a locomotion, il faut qu'il y ait connaissance du milieu, sous peine de mort ; cette connaissance du milieu doit être telle que l'animal puisse s'en servir pour éviter les accidents, c'est-à-dire les destructions partielles ou totales de son mécanisme : il est bien évident que l'expérience ancestrale sera différente suivant qu'il s'agira d'un être vivant dans l'eau, d'un être vivant sur la terre ou dans la terre, ou d'un animal capable de voler dans les airs ; ce qui nous intéresse le plus, nous hommes, c'est évidemment l'expérience acquise par la vie sur la terre, mais

comme il semble probable que nous avons eu des ancêtres aquatiques, nous ne sommes pas certains de n'avoir pas, dans le fond de notre conscience héréditaire, des restes d'une expérience ancestrale acquise dans l'océan.

Il ne faut pas oublier cependant que, lorsqu'un être change de milieu, il se sert, dans le nouveau milieu, de tous les outils qu'il avait acquis dans le milieu précédent (l'expérience acquise est un de ces outils et le plus important), et que, s'en servant dans des conditions nouvelles, il les modifie et les adapte à ces nouvelles circonstances.

Peut-être (!?) faut-il voir un souvenir de notre ancienne existence aquatique dans les rêves que nous faisons tous quelquefois et où il nous semble que nous voguons, sans mettre pied à terre, à travers des espaces fluides. Lorsque nous racontons ces rêves nous disons volontiers qu'il nous semblait avoir perdu notre poids ; cette expression est peutêtre fautive, mais elle nous fait immédiatement comprendre combien peut être différente, relativement à la pesanteur, l'expérience d'un oiseau, d'un poisson ou d'un homme.

§ 31. L'expérience de la pesanteur.

Absolument évidente chez les animaux qui marchent sur la terre, l'expérience de la pesanteur se manifeste également chez beaucoup d'animaux qui vivent dans l'eau et dont le corps est toujours orienté par rapport à la verticale.

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Il est d'ailleurs bien certain que, de toutes les conditions physiques réalisées à la surface de la terre, la pesanteur est celle qui s'est le moins modifiée depuis l'apparition de la vie, et aussi celle qui est la plus constante d'un pcMc à l'autre.

Il est donc tout naturel que l'expérience de la pesanteur soit une des plus anciennement acquises; la verticalité des végétaux, si elle s'explique aisément par des causes actuelles, a pu néanmoins laisser des traces héréditaires ; dans tous les cas, si nous nous bornons aux vertébrés terrestres, nous pouvons affirmer que la position qui leur est normale au cours de la locomotion est généralement celle dans laquelle le plan de symétrie de leur corps est vertical.

Une des premières choses que sachent faire les petits animaux dès que leurs moyens le leur permettent est de se tenir debout. Il est bien évident aussi, l'observation la plus élémentaire le prouve, que l'expérience de la chute est gravée dans toutes les consciences; nous savons ce que c'est que tomber et nous le savons si bien que nous attribuons à ce mot une valeur absolue qu'il n'a pas. Chateaubriant parle de « la pluie qui tombe goutte à goutte dans l'infini ». Les enfants demandent pourquoi la lune, le soleil, les étoiles ne tombent pas^, si elles ne sont pas attachées à un plafond

1. Ils s'étonnent aussi que les hommes des antipodes n'aient pas la tète en bas ; l'expression en haut a pour eux une signification absolue.

comme celui qu'imaginaient nos ancêtres les Gaulois.

Voilà le premier exemple que nous rencontrions d'un résultat d'expérience ancestrale qui est devenu, par fixation dans notre hérédité, une notion métaphijsique ; nous en rencontrerons bien d'autres.

Le jeune poussin qui sort de l'œuf *«(/ se tenir sur ses pattes; il le sait de la manière qu'il faut pour qu'il puisse le réaliser, sans avoir la moindre notion de l'anatomie des muscles qu'il met enjeu pour cela : il le sait dans le langage particulier de son sens des attitudes, de même qu'il sait, dans le langage de son sens olfactif, que telle partie de sa pâtée est appétissante sans connaître le moins du monde la chimie ^ ; l'expérience ancestrale a été de tout temps à l'usage et à la taille de nos ancêtres; la connaissance héréditaire qui en résulte pour nous est à notre usage et à notre taille.

§ 32. L'expérience des corps solides.

Parmi les notions que l'être vhant a acquises relativement à son ambiance, il en est une qui, au moins dans les espèces ayant un genre de vie analogue au nôtre, a certainement joué de très bonne heure un rôle capital ; c'est la notion des corps solides ; tant par la vue que par le toucher, les individus ont pris conscience de la rigidité et de

1. De môme qu'un photographe reproduit un paysage sans savoir dessiner et sans connaître les éléments de ce qu"il reproduit.

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rinimulabililé de ces corps qui constituaient des points de repère dans le monde extérieur; s'il n'avait existé autour des êtres vivants que des fluides amor|)lios et changeants, on ne conçoit pas comment seraient nées les préoccupations topograpliiques.

Les corps solides ont été sans doute les corps par excellence; la description du monde ambiant, à l'échelle de l'animal qui avait besoin de cette description pour se mouvoir, s'est composée surtout des corps solides. Et l'on comprend sans peine comment ces corps que nos études d'aujourd'hui nous montrent n'être que très imparfaitemeni rigides et immuables, ont laissé dans le souvenir de nos ancêtres la notion de corps rigoureusement solides et indéformables; pour le renard qui veut entrer dans son trou, pour le serpent qui passe entre deux pierres, la topographie des corps solides est définitive et fixe; au point de vue des nécessités de la conservation de la vie, il existe dans le monde une quantité énorme de corps rigoureusement solides ; la notion de C(jrps solide est la plus ancienne notion de corps qui ait été acquise par l'expérience ancestrale, et aujourd'hui encore, nous ne pouvons guère nous imaginer les corps autrement que sous l'espèce solide, quoique nous ayons acquis la notion des fluides.

Une conséquence de cette antiquité de la notion de corps solides a été que, devant l'existence évidente de corps non solides, comme les liquides ou les gaz, de corps imparfaitement solides comme

les arbres dont les branches et les feuilles tremblent au vent, devant la constatation scientifique de la non rigidité des corps qui nous avaient paru le plus rigides, nous avons été amenés à considérer ces corps fluides ou imparfaitement solides comme composés d'éléments solides, indéformables, capables de se mouvoir les uns par rapport aux autres ; cela a été l'origine de la théorie atomique, quoique la notion d'atome se soit beaucoup modifiée depuis.

Le mot corps a pour nous, primitivement, la signification de corps solide ; c'est parce que les corps solides sont susceptibles d'une définition précise et distincte, que la description de covps différents s'est substituée très vite à la conception d'une ambiance unique formée de parties indistinctes.

Le rôle des corps solides dans notre éducation ancestrale a été tel que nous pouvons dire aujourd'hui, sans trop d'exagération, que notre logique, résumé héréditaire de l'expérience des ancêtres, est surtout une logique des corps solides.

J'ai essayé de montrer, dans un autre ouvrage i, comment les notions expérimentales résultant du frottement de nos ancêtres avec les corps solides, nous ont servi à faire de l'arithmétique et de la géométrie, et comment ces deux sciences, qui ont comme point de départ des notions résultant d'une expérimentation ancestrale grossière sont cependant des sciences rigoureuses qui nous permettent

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