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Les Lois naturelles, op. cit

RELATIONS DE l' ANIMAL AVEC L' AMBIANCE 137

l'individu, que celui-ci puisse apprécier la disposition des corps solides en mouvement et aussi, ce qui revient au même, la nature de son propre mouvement par rapport aux corps solides de son ambiance. Les documents qu'il perçoit par les yeux et par le toucher lui permettent, jusqu'à un certain point, grâce à la notion anciennement acquise du déterminisme universel, de prévoir les modifications de la forme du monde solide qui l'entoure, et, les prévoyant, d'en tirer parti pour éviter les blessures; il peut aussi en tirer parti pour nuire à ses ennemis ou à des animaux qu'il a intérêt à tuer pour s'en nourrir et c'est là l'origine des armes au ^oyen desquelles on détermine, de près ou de loin, des chocs redoutables.

Tout cela est du ressort de la mécanique.

Mais l'être vivant a un autre moyen de connaître, sinon la disposition extérieure de tous les corps solides qui l'intéressent, du moins les chocs dont il est l'objet de la part de tel ou tel de ces corps solides; on donne le nom de douleur à la notion, qu'acquiert l'individu, d'un choc entraînant une destruction locale plus ou moins profonde de son mécanisme; cette notion est souvent assez confuse et il est quelquefois difficile à lindividu de la traduire dans le langage de la mécanique, mais elle est quelquefois néanmoins assez précise pour permettre à l'animal d'éviter, par un mouvement immédiatement approprié, une aggravation du mal.

Le souvenir des douleurs éprouvées dans telle ou telle circonstance est l'un des facteurs les plus

puissants d'éducation; on peut même dire que c'est la douleur et non la mort que l'être cherche à éviter, car il a (et il a reçu de ses ancêtres) l'expérience de la douleur; il n'a pas V expérience de la mort.

§ 33. La douleur.

Il n'y a pas que des douleurs résultant de causes mécaniques ; tout ce qui nuit au renouvellement normal du milieu intérieur peut être connu de nous dans le langage de la douleur.

Nous avons déjà parlé de la sensation d'étouffement qui résulte de l'existence de gaz délétères dans l'atmosphère (ou de l'absence d'éléments utiles) ; il y a aussi des sensations douloureuses relativement à des substances chimiques nuisibles dissoutes que nous essayons d'ingérer (mauvais goût); enfin, le danger particulier qui résulte pour nous de l'élévation ou de l'abaissement trop considérable de la température en un point de notre organisme nous est révélé par une douleur particulière (brûlure, onglée, etc.).

Le plus souvent les renseignements qui nous sont fournis par ces douleurs spéciales sont suffisants pour que nous puissions lutter efficacement contre les accidents dont elles résultent; si nous touchons du doigt un objet brûlant, nous retirons vivement la main ; si nous trouvons mauvais goût à un corps que nous avons porté par mégarde à notre bouche, nous le rejetons brusquement en crachant.

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Mais ce qui est plus important encore que ce rôle immétiiat de la douleur, c'est le rùle du souvenir de la douleur qui nous pousse à éviter avec soin fout accident analogue à celui qui nous a une fois fait souffrir ; et ainsi le souvenir de la douleur complète celui que nous conservons de l'expérience acquise, sans douleur, jjar le jeu normal de nos organes des sens.

C'est même parce que nous avons pu apprécier, avec nos organes des sens, les causes de l'accident qui nous a fait mal, que notre expérience de la douleur est très salutaire; mais l'insuffisance de nos organes des sens pour apprécier avec certitude les causes d'une douleur a été constatée assez souvent pour avoir été célébrée dans un proverbe qui résume admirablement tout ce qu'on peut dire à ce sujet : « Chat échaudé craint l'eau froide». De même que le chat qui a une fois mis sa patte dans l'eau bouillante conserve une dé/innce instinctive d'un liquide inoU'cnsif dont l'apparence optique ne diffère pas sensiblement de celle du liquide brûlant, de même l'homme qui analyse incomplètement les événements auxquels il a été mêlé peut avoir ensuite peur de dangers imaginaires.

L'étude de la peur est assez importante pour mériter d'être traitée dans un chapitre spécial; il sera surtout bon de montrer que, à côté de la crainte salutaire d'un danger connu, existe une peur nuisible et douloureuse qui provient de l'ignorance et de l'analyse incomplète des faits; de cette peur là, la science aura guéri l'humanité.

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