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V. L'Individualité. Paris, Alcan

LES ENTITÉS MÉTaPIIYSKJUKS ANTHROPOÏDES 163

Le langage individualiste, transformé en langage animiste, est devenu, par là même, d'une rigueur que ni l'observaiion ni l'expérience ne peuvent battre en brèche; car si l'on pouvait tout à l'heure arguer des variations de l'homme pour combattre l'erreur indiviilualisle, on ne peut jjIus rien trouver à dire à l'affirmatiou (|u"il y a dans l'homme une entité statique active qui est à chaque instant la cause de tout ce que l'homme fait. Tout ce que l'on peut répondre aux animistes, c'est que l'observation et l'expérience permettent de raconter les actes des hommes comme une série de faits matériels qui s'enchaînent et que, par conséquent, tout se passe sous nos yeux comme si l'âme n'existait pas ; elle existera néanmoins longtemps encore dans notre imagination anthropomorphique et cela suffit.

Ainsi, nous comprenons bien comment Thomme a peuplé l'univers et lui-même d'entités statiques anthropoïdes, les forces ou causes, les âtnes, les Vieux. Pour le faire il na eu qu'à appliquer à la narralion de l'activité universelle le langage individualiste erroné qui est si commode dans les relations entre les hommes.

Son observation et son expérience ne vont jamais jusqu'cà ces entités statiques ; il ne peut en constater que les effets, et, par conséquent, ces entités lui sont inaccessibles; elles constituent la métaphgsique ou mieux la viélanlhropie. L'homme peut donc discuter à perte de vue sur la nature, 'èWT V essence de ces entités; c'est pure logomachie;

il ne sait conslaler que des choses conslatables et en ofjs^rvrr Venchnlnnmcnl ; sa nature d'homme lui interdit toute autre connaissance du monde.

Mais enfin, me dira-t-on, quand vous voyez que quelque chose bouge, vous vous demandez 'pourquoi ! Cela est vrai; les enfants aussi demandent le pourquoi, l'explication de tout. L'homme naît aujourd'hui métaphysicien parce que ses ancêtres l'ont clé et ont appelé expficalious les narrations en langage individualiste ; je suis métaphysicien parce que mes ancêtres ont été anlhropomorphistes et m'ont légué un langage qui me permet de me poser les questions auxquelles ils ont cru répondre; et quand je vois des corps en mouvement, je puis être tenté par mes instincts héréditaires de rechercher derrière ces corps quelque chose qui, comme dit Leibnitz, « ayc du rapport aux âmes » ; mais mon éducation scientifique fait que je me ressaisis immédiatement et que je me demande l'origine de la notion d'âme; les raisonnements que je viens de faire m'amenant à constater que cette notion d'âme provient de l'erreur individualiste, je renonce à l'exploiter et je renonce en même temps à me poser la question que je me posais.

Je constate aussi que, celte notion d'âme ayant, sans contredit, une origine biologique, c'est la biologie et non la physique qui peut relever les erreurs commises dans sa fabrication; et je renonce avec une certaine tristesse à Yexplicalion du monde, car mes ancêtres ont cru fermement qu'ils la possédaient et m'ont transmis le besoin instinctif de la

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