V. Traité de biologie, op. cit., chap. i
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conséquence des phénomènes d'assimilation et n'intervient guère activement dans la détermination de ces phénomènes.
Tout autre est le cas d'un animal supérieur comme Thomme ; là encore, la substance vivante crée, par son activité assimilatrice, des mouvements d'échanges qui donnent une forme aux masses actives de cette substance; mais ces masses actives s'agglomèrent, suivant les conditions d'équilibre réalisées autour d'elles, en des masses considérables, des mécanismes^ dont la structure intervient efficacement dans la détermination des phénomènes d'assimilation au niveau de tous les points de ce mécanisme. L'activité d'ensemble de ce mécanisme, ce qu'on appelle la vie de Vindividu complexe ainsi formé, a, en effet, pour résultat de renouveler sans cesse le milieu intérieur * de l'agglomération, de manière que l'assimilation soit possible en chaque point de Taggloméralion.
Une relation de cause à effet est donc établie entre la morphologie de l'individu et la chimie de sa substance constitutive, car si c'est la chimie de cette substance constitutive qui détermine la construction du mécanisme, c'est le fonctionnement du mécanisme qui entretient la chimie de la substance constitutive. Un défaut du mécanisme arrête le renouvellement du milieu intérieur et cause, par suite, la condition n" 2 pour tous ses éléments vivants.
Ici nous n'avons plus donc le droit de parler 1. V. Traité de biologie, op. cit., chap. x, § 84.
uniquement de chimie. Pour la bacléridie charbonneuse, une variation n'entraînait pas la mort, jiourvn qu'elle transformât la substance vivante en une autre substance capable d'assimilation ; pour la substance humaine, une condition plus précise intervient.
C'est, avons-nous dit, la chimie de la substance constitutive qui détermine la construction du mécanisme humain ; une variation dans cette chimie entraine donc une modification dans la construction ([ui en dépend, de sorte que, même si cette varialion a respecté la propriété d'assimilation, elle peut néanmoins entraîner la mort fatale, si le mécanisme résultant ne renouvelle pas convenablement son milieu intérieur. Quand cela se passe ainsi, on dit que le mécanisme n'est pas viaôle, quoique sa construction soit le produit de l'activité de substances vivantes.
Plus le mécanisme individuel est précis, plus doit être difficile à réaliser, sans issue fatale, une altération de ce mécanisme. Et il faut même croire que le hasard est un bien grand maître pour oser affirmer qu'une variation forluile d'une substance vivante d'espèce supérieure peut ne pas entraîner la mort. Nous allons assister ici à une canalisation particulière du hasard ; ce sera le principe de Lamarck.
§ 12. Le principe de Lamarck.
Revenons à la bactéridie charbonneuse qui est toujours notre point de départ à cause de la sim-
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plicilé de son cas. Des variations fortuites se produisent dans une culture de ces bactéridies sous l'influence de conditions réalisées aux divers points de la culture ; parmi ces variations, quelques-unes entraînent immédiatement la mort, nous ne nous en occupons pas; les autres conservent la propriété d'assimilation, mais avec des différences ; il y a, par exemple, dans la culture, plusieurs variétés de virulences différentes et qui y prospèrent également parce que les conditions chimiques réalisées dans le bouillon sont aussi favorables aux unes qu'aux autres.
Introduisons maintenant cette culture dans le sang d'un mouton vivant ; nous changeons le lube de canalisalion du hasard et, ici, nous savons comment nous le changeons, puisque, précisément, ce que nous appelons virulence (pour le mouton) est l'aptitude à prospérer dans le corps d'un mouton vivant. Toutes les variations qui ont eu pour résultat dans le bouillon d'atténuer la virulence vont donc se trouver en dehors du tube nouveau, et nous n'aurons plus à nous en occuper ; elles disparaîtront en tant que lignée.
Dans ce cas particulier, les conditions qui canalisent le hasard pour la bactéridie sont extérieures à la bactéridie.
Considérons au contraire, maintenant, une substance vivante constructrice de mécanismes; la construction du mécanisme est sous la dépendance de la nature chimique de la substance qui la compose, et, d'autre part, la possibilité de survie pour
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la substance vivante est liée au bon fonclioniicnicnt du mécauisnic iju'cllc construit. Ce bon fonclionnemont s'appelant précisément la vie du mécanisme individuel considéré, il en résulte que la vie de la substance vivante est sous la dépendance de la vie du mécanisme.
Il y a là un inconvénient de langage auquel j'ai proposé de remédier en appelant vie élémentaire la possibilité d'assimilation pour la substance vivante considérée en dehors de tout mécanisme, vie élémentaire manifestée, l'activité spéciale de celte substance, et vie le bon fonctionnement d'un mécanisme individuel, formé d'éléments doués de vie élémentaire. Mais cette nécessité d'une appellation nouvelle nous fait remarquer qu'une confusion était possible, et, en effet, il est facile de parler d'un individu doué de vie, àpeu près dans les mômes termes que d'une substance douée de vie élémentaire; cet in(]\\idu s'accroil, jneurl ou varie, suivant les conditions, et nous pouvons, par conséquent, parler de la canalisalion du hasard ou sélection naturelle, pour le mécanisme individuel, comme nous en parlions pour la substance vivante.
Cela nous permettra un langage plus synthétique et nous pourrons envisager les conditions extérieures dans lesquelles un mécanisme individuel reste vivant ; nous nous occuperons des variations introduites, par le jeu des circonstances ambiantes, dans un mécanisme individuel qui reste vivant, ce que Lamarck a appelé Vaction du milieu su)- l'orijanisme.
Or, si nous passons de la considération de l'organisme à celle de la substance qui le constitue, nous constatons que les conditions réalisées au niveau de la substance vivante varieront avec les variations de V organisme, et, comme il y a un lien de cause à effet entre le mécanisme individuel et la chimie de la substance constitutive, nous concevrons que le maintien de la vie dans l'ensemble considéré ne s'obtienne qu'au prix d'une variation delà chimie substantielle canalisée par la variation de la morphologie^ de l'individu.
Ainsi donc, les variations de la substance vivante d'un organisme gî<i est vivant ne sont plus dues au simple hasard, mais au hasard canalisé par la nécessité du maintien de la vie dans l'organisme; si un état nouveau de cet organisme se maintient assez longtemps, il doit donc se produire, dans sa substance, des changements tels que la nouvelle composition chimique de cette substance corresponde à la structure caractéristique de cet état, et nous n'avons plus à nous étonner que la variation fortuite d'une substance vivante soit capable de déterminer un nouveau mécanisme doué de vie, puisque c'est justement la construction de ce nouveau mécanisme doué de vie qui, par répercus-' sion, a canalisé le hasard dont est résultée la variation chimique qui y correspond-.
1. Je dis ici en quelques mots ce que j'ai établi en détail dans un autre ouvrage. V. Traite de bioloijie, op. cit., cliap. vu, § 60.
2. Cela nous explique la lenteur des variations observées dans les espèces supérieures ; une variation fortuite brusque por-
C'est là ce que Lamarck a compris le premier ; quand un organisme continue de vivre dans de nouvelles conditions de milieu, il subit des modifications que l'on résume en disant qu'il s'est adapté au milieu; ces modifications retentissent sur la substance constitutive de l'individu, de manière que celte substance soit, elle aussi, adaptée à un nouveau genre de vie dans un organisme nouveau, et il en résulte que la modification ainsi réalisée est hi-rcdiiolrc^ le mot héréditaire étant pris ici dans un sens nouveau, et représentant, non plus la transmission des propriétés d'une substance à la substance (jui en dérive par nssimilation, mais la transmission des caractères d'un individu à l'individu qui en dérive par reproduction. L'étude des organismes mécanismes nous conduit en eiïet à une notion nouvelle, celle de la succession des individus dans une lignée.
§ 13. La succession des individus.
Dans les espèces animales que Ton appelle supérieures, il devient insuffisant de considérer la continuité des substances vivantes ; une quantité plus ou moins grande de la substance vivante spécifique
tant sur l'œuf aurait bien des ciiancos de produire un embryon non viable, non adapté; d'autre part, une variation brusque dans un mécanisme adapté détruirait le mécanisme, causoi'ait la mort. La lenteur est la règle des variations Lamarckiennes ; Nous verrons plus tard le parti que veulent tirer les néo- Darwiniens de la considération des variations brusques.
se trouve un effet périodiquement agglomérée dans des masses distinctes, ayant une durée variable, et constituant des mécanismes adaptés au renouvellement de leur milieu intérieur dans les conditions ambiantes. Certains morceaux d'un tel mécanisme ou individu peuvent, détachés de lui et placés dans des conditions favorables, donner naissance à une nouvelle agglomération de même espèce ; c'est par ces morc:aux spéciaux, appelés éléments reproducteurs^ que s'effectue la continuation de la lignée à travers les individus successifs, mais l'étude des substances vivantes n'est plus séparable de celle des individus dont elles font partie, puisque c'est la survie des individus qui canalise les variations de la substance vivante constitutive.
Tout autre serait le cas d'un fleuve dont le cours se composerait de plusieurs lacs issus les uns des autres, car l'eau qui traverse ces lacs successifs ne subit, du fait de son passage dans ces lacs, aucune modification i.
Au point de vue, où nous nous sommes placés jusqu'à présent, de la continuité des lignées, on doit considérer un individu non comme une lignée chimique, mais comme un faisceau de lignées qui s'épanouissent à partir de l'élément reproducteur et dont les unes ont une durée limitée à la vie de l'individu, les autres se conlinuant, au contraire, par les éléments reproducteurs, dans les individus de la génération suivante.
1. Il en serait de même pour les individus, si l'on admettait, avec les néo-Darwiniens, la théorie du plasma germinatif.
Tous les clémenls do ces lignées épanouies depuis l'œuf se Irouvenl soumis à un sort commun ]iendcinl la durée de la vie de l'individu dont ils font partie et dont le fonctionnement total a pour résultat le renouvellement du milieu intérieur qui entrelienl la vie élémentaire manifestée de chacun d'eux; quelles que soient donc les divergences qui se manirestcnt entre les diverses lignées constituant l'individu, les variations qui se produisent dans chacune d'elles sont canalisées par la condition du maintien de la vie de l'individu considéré. La slruclure du mécanisme est à chaque instant la résultante des activités de ses éléments constitutifs; tant que l'animal ne meurt pas, les variations de son mécanisme conservent à ce mécanisme la propriété de renouveler le milieu intérieur; ces variations n'ont donc rien de fortuit.
Je n'entre pas plus intimement dans cette question ({ue j'ai développée ailleurs ^ ; les considérations précédentes suflisent à faire concevoir que étant donnée la liaison de cause à effet établie entre la forme du mécanisme et la chimie de ses parties constilulives, le sort commun de toutes ces parties dont la conservation est liée à celle de l'individu doit se traduire, malgré les dilTérences des tissus, par quelque chose de commun dans les chimies de ces diverses parties de l'individu ; j'ai appelé patrimoine héréditaire ce quelque chose de commun qui est, dans la chimie de chaque élément du corps, V estampille caractéristique de leur sort commun