LA COMPOSITION CHIMIQUE DE L’AIR
On pouvait hésiter avant de consacrer dans ce volume un chapitre aux variations de composition chimique de 1 atmosphère. La composition de l’air que nous respirons est, en effet, immuable à peu de choses près dans un lieu donné et les variations qu ! on y peut relever sont la plupart du temps d’origine industrielle ou accidentelle. Toutefois, comme il est des atmosphères toxiques naturelles, comme trop souvent les modifications chimiques de l’atmosphère, à la condition qu’elles soient lentes, sont, elles aussi, méconnues, il nous a paru bon de signaler ces particularités qui sont susceptibles de se multiplier.
Il n’est nul besoin d’insister sur cette composition normale de l’air qui nous baigne de toute part et auquel nous empruntons, par l’intermédiaire des poumons, l’oxygène qui nous est indispensable pour réaliser les combustions intimes qui détiennent, en somme, le secret de notre existence. On sait qu’il se compose de 20,8 parties d’oxygène, 79,2 d’azote et, en quantités minimes, d’acide carbonique et de gaz rares : hélium, crypton, -néon, xénon. Ceci dit, il est intéressant de savoir ce qui se passe quand ces proportions ne restent pas ce qu’elles doivent être et notamment, quand augmente ou diminue la proportion d’oxygène et celle d’acide carbonique, l’azote devant être considéré pour nous comme un gaz indifférent.
La diminution de la proportion d’oxygène est le point qui a été le mieux étudié à cet égard. Cette .proportion peut diminuer par suite de l’altitude, c’est-à-dire, en réalité, par suite de la diminution de la pression atmosphérique dont nous avons parlé dans un précédçnt chapitre, ou encore, par augmentation de la proportion d’acide carbonique. Disons un mot de ces éventualités.
L’altitude d’abord.
Le type classique des accidents déclenchés par le manque d’oxygène a depuis longtemps été recherché dans le « mal des montagnes ». On entend par là une série plus ou moins complète de malaises, parfois très sévères, que ressentent quelques alpinistes parvenus à une certaine hauteur, d’ailleurs variable. Il s’agit de gêne de la respiration, d’accélération pénible^ et même douloureuse des battements cardiaques, de mal de tête, ordinairement frontal, de troubles digestifs pouvant aller jusqu’au vomissement, d'angoisse et quelquefois d’une irrésistible envie de dormir, dangereuse lorsque l’escaladé est difficile et périlleuse. .
D’un commun accord, au début, les physiologistes attribuèrent, sur la foi d’expériences demeurées célèbres de Paul Bert, tous ces désordres à la diminution de la proportion d’oxygène de l’air, conditionnée par l’altitude. Mais, à y regarder de près, on s’aperçut que l’on faisait, au moins en partie, fausse route. Des faits nombreux ne permettent pas, en effet, d’accepter cette explication dans toute sa simplicité.
Que la diminution du taux d’oxygène de l’atmosphère ait une part — et probablement très grande — dans cet ensemble, c’est ce dont ne permet pas de douter l’expérience, dont nous venons de parler, faite sous la machine pneumatique, c’est ce que viennent confirmer encore les observations de M. Bayeux constatant que dans le sang des alpinistes parvenus à haute altitude les globules rouges sont déformés (i). Mais que d objections à cette façon de voir si on la veut exclusive! Quand un alpiniste atteint de mal des montagnes à 3 000 mètres, par exemple, persévère et termine son ascension, pourquoi (et c’est la règle quasi-constante) le malaise disparaît-il à 1 arrivée au sommet? Pourquoi, en pareil cas, est-il toujours absent à la descente, quelle que soit l’altitude? Pourquoi les gens qui montent aussi haut sans effort (en ballon, par exemple ou en
(t) Viault'a constaté chez l’homme habitant les hauts plateaux de l’Équateur, du Pérou et de la Boüvie une augmentation de nombre des globules rouges du
traîneau comme M. Jansen atteignant ainsi le sommet du Mont-Blanc) n’éprouvent-ils jamais ces symptômes? Pourquoi ceux-ci naissent-ils parfois à basse altitude alors que la diminution du taux de l’oxygène ne saurait entrer en ligne de compte?
On ne veut pas insister sur ce petit chapitre de la question. Il est évident que le mal des. montagnes est dû à des causes diverses, parmi lesquelles il faut retenir, à côté de la raréfaction de l’air ■— et par conséquent de l’oxygène — le surmenage musculaire et surtout le surmenage cardiaque que provoquent les grandes ascensions.
L’ascension en ballon ne saurait revendiquer les mêmes inconvénients, étant donné justement que l’effort musculaire et cardiaque y fait défaut. Aussi) voyons-nous que c’est sous une autre forme que la diminution de la quantité d’oxygène à de très hautes altitudes, y donne lieu à des accidents. Le type en est l’ascension de Crocé-Spinelli, Sivel et Tissandier en 1875- On sait que ce dernier seul survécut. Syncopes et hémorragies furent le lot des infortunés explorateurs de la haute atmosphère qui atteignirent 8 500 mètres de hauteur.
L’avion devait nous fournir en ces derniers temps d’autres documents, mais non pas aussi purs parce qu’à l’altitude se joint la brusquerie avec laquelle elle est atteinte et qui empêche l’organisme de s’acclimater dans une proportion même minime aux changements qui l’influencent. C’est la raison qui nous fait laisser de côté la leçon que pourraient nous fournir les aviateurs qui sont atteints, on le sait, d’accidents tout à fait spéciaux sur lesquels nous ne saurions insister.
L’augmentation du taux de l’acide carbonique est, avonsnous dit, la seconde raison qui peut diminuer la proportion de l’oxygène dans l’air. Cet acide carbonique, contenu en très petite proportion dans l’atmosphère, n’est, en effet, pas, à proprement parler, un poison. Seulement, lorsqu’il est présent en abondance, il a pris la place de l’oxygène indispensable et c’est pour cela que l’homme est victime de sa présence. C’est la raison pour laquelle, dans l’acide carbonique pur ou dans une atmosphère où il existe en grande proportion, l’homme,
comme les animaux, succombe. Un exemple naturel nous en est fourni par la grotte du chien, à Pouzzoles. En ce lieu se dégage de l’acide carbonique en grande quantité, qui, étant donnée sa densité, s’accumule dans les couches inférieures de l’air. Un homme peut .y respirer, mais un chien qui ne dépasse pas la hauteur de cette couche fatale y périt à coup sûr. En dehors de particularités de ce genre, les atmosphères chargées en acide carbonique sont artificielles, accidentelles surtout. C’est ainsi que la vie dans des pièces confinées, étroites, mal aérées, est impossible parce que le fonctionnement physiologique humain y accumule l’acide carbonique de la respiration. On n’ignore pas, en effet, que cette fonction déverse dans l’air 4,4 centimètres cubes d’acide carbonique pour 100, alors que l’air inspiré n’en renferme que des quantités presque négligeables. Il en est de même des atmosphères méphitiques, comme celle des fosses d’aisance et, en général, de tous les lieux où des matières organiques sont en décomposition. Le chauffage mal réglé des pièces d’habitation peut également déverser de l’acide carbonique dans l’air, mais le danger est infiniment moindre que celui que détermine, en pareil cas, l'émission de l’oxyde de carbone, dont on parlera plus loin.
Quoi que l’on puisse croire, il paraît nécessaire que l’air contienne une certaine proportion d’acide carbonique, qui est d’ailleurs trè's petite. Les physiologistes ont, en effet, constaté que ce corps était indispensable pour exciter le centre respiratoire du bulbe qui, sans lui, demeurerait engourdi et ne fonctionnerait pas. De cette constatation est issue d’ailleurs une application pratique des plus intéressantes, qui est l’emploi dans le traitement des intoxications par gaz d’éclairage, par oxyde de carbone, etc., non pas d’oxygène pur, mais d’un mélange de 5 pour 100 environ d’acide carbonique pour 95 d’oxygène. C’est ce que l’on appelle le carbogène. Autre application de la même découverte, celle qui consiste à adjoindre aux anesthésiques généraux comme l’éther ou le chloroforme une petite proportion d’acide carbonique qui assure le fonctionnement
6o — LES INFLUENCES MÉCONNUES
du centre respiratoire dans une atmosphère pour lui inhabituelle. Le procédé est d’ailleurs, croyons-nous, peu utilisé.
Passons à l’excès d’oxygène. Il n’existe pas d’atmosphère naturellement suroxygénée, mais il pourrait s’en rencontrer qui le fussent accidentellement et la thérapeutique se sert d'une atmosphère suroxygénée artificielle. Il est donc intéressant de savoir comment réagit en pareil cas l’organisme humain. Les travaux de nombreux chercheurs nous documentent sur ce point. M. Binet (i) notamment nous dit que, dans l’oxygène pur, les animaux d’expérience mèurent rapidement, après avoir présenté des symptômes que nous retrouvons atténués dans un air qui contient 70 pour 100 d’oxygène. Ce sont du ralentissement du rythme respiratoire, de la somnolence, une diminution du nombre des globules rouges du sang, une partie étant passée à l’état de véhicules inutilisés, puisque les autres reçoivent un chargement très accru. Dans cette atmosphère' à 70 pour 100 d’oxygène, les animaux ne tardent pas non plus à succomber, mais évidemment plus lentement. Si l’air qu’ils respirent ne contient pas plus de 60 pour 100 "d’oxygène, ils offrent bien à observer des modifications du même genre de leurs fonctions, mais ils s’en accommodent et survivent.
Il est curieux de constater que ce gaz indispensable à la vie, l’oxygène, se conduit comme un Véritable poison quand il atteint dans l’air un certain taux et même comme un poison redoutable. Il n’est nullement question, dans ces constatations de laboratoire, de l’excitation que quelques romanciers se sont plu à imaginer en pareil cas. C’est sur cette base expérimentale qu’est fondée une méthode de traitement des plus remarquables, l’oxygénothérapie, qui consiste à faire respirer certains malades dans une atmosphère dont le taux d’oxygène a été élevé dans des proportions soigneusement calculées. Elle rend d’inappréciables services dans l’intoxication par l’oxyde de carbone et d’autres gaz, dans les pneumonies et les broncho-pneumonies, dans l’œdème du poumon, dans certaines formes d’insuffisance
(1) L. Binet, l'Anoxémie (Jlasson, éditeur, 1939)-
fonctionnelle du cœur. C’est une belle conquête thérapeutique dont l’idée première revient à Brown-Séquard (1867) et qui a été réalisée pour la première fois par Charles Richet et par Langlois. .
Continuant à négliger l’azote qui, si ses proportions dans l’air augmentaient, aurait le même inconvénient que 1 acide carbonique, c’est-à-dire, occuperait la place réservée à l’oxygène, nous nous trouvons en présence des gaz rares de l’air, crypton, néon, xénon, hélium. Nous ne savons rien — ou presque rien — de l’influence que peuvent avoir sur l’organisme humain ces corps atmosphériques secondaires et, par conséquent, leur augmentation otf leur diminution. Nous savons seulement (1) que les émissions des lampes qui fonctionnent par ces gaz et notamment par le néon, favorisent l’acuité visuelle, la vitesse de la lecture et la conduite à bien des travaux délicats, ainsi que nous l’avons dit plus haut.
Nous arrivons ainsi aux effets de l’oxyde de carbone qui n’existe dans l’air qu’accidentellement, mais est, lui, un véritable poison. Il se combine, en effet, à l’hémoglobine du sang et cette combinaison, qui est stable, empêche l’oxygène de 1 air de se fixer sur les globules rouges. Cette toxicité de l’oxyde de carbone est telle qu'il en suffit de 2 pour 1000 pour rendre l’atmosphère dangereuse à l’homme (2).
L'oxyde de carbone est produit par la combustion lente du charbon dans les poêles à feu continu. Si le tirage de la cheminée se fait mal, si une clef est malencontreusement fermée, on sait combien le péril est grand et les journaux nous apportent, malheureusement chaque année, l’exemple de morts par asphyxie qui n’ont pas d’autre cause. Le gaz d’éclairage contient aussi une forte quantité d’oxyde de carbone et c’est celui-ci
(1) Zimmern, Académie de médecine (4 avril 1931)- ... ■ ,
(2) Le véritable danger de mort pour l’homme commence lorsqu il respire issez longtemps dans une atmosphère contenant 1/500 d oxyde de carbone, a mort est fatale et rapide dans les atmosphères à 1/100.
La dose toxique varie d’ailleurs suivant les individus, selon 1 état de santé, .'âge, etc. (R. Fabre, Leçons de toxicologie. 1935)-
qui est en cause dans les décès dus à une fuite, involontaire ou non, de ce gaz. Ici rien de nouveau et rien de méconnu. Il n’en est pas de même quand on passe aux intoxications chroniques.
Celles-ci menacent surtout les travailleurs de plusieurs professions, comme les domestiques contraintes à demeurer près du fourneau de la cuisine, lés chauffeurs et conducteurs de machines (de camions à gazogène, dirons-nous, pour situer un danger actuel), les mineurs, les blanchisseuses dont les fers chauffent en permanence sur un réchaud à coke ou à houille, les ouvriers gaziers, etc. Ajoutons que les fours à chaux ont été parfois justement incriminés.
On conçoit que la plupart du temps, à moins d’incident intercurrent, les doses d’oxyde de carbone absorbées par ces ouvriers ou employés sont minimes. Ce qui fait, pour eux, la gravité de l’intoxication, c’est le renouvellement incessant de ces quantités, par elles-mêmes petites. Aussi, voyons-nous ces intoxiqués ne ressentir que très lentement les symptômes de ces accidents, n’être véritablement empoisonnés qu’au bout d’un temps relativement long, pendant lequel les troubles apparaissent petit à petit, ne revêtant un caractère de gravité que lorsque le séjour dans l’atmosphère vicié a duré. Mais, que cette absorption soit déjà ancienne, que le retour à l’air pur soit attendu trop longtemps ou ne se produise qu’à intervalles trop espacés et le complexus de l’intoxication apparaît avec toute son intensité et devient de plus en plus difficilement curable.
Ces troubles intéressent d’abord la motilité (asthénie musculaire, désordres de l’équilibre, paralysies localisées, tremblements, troubles des réflexes et de la coordination), la sensibilité (migraine simple ou ophtalmique, névralgies, engourdissements, anesthésies localisées), le système vaso-moteur (œdèmes, atrophie musculaire, plaques de cyanose, etc.). Cette intoxication chronique agit aussi sur le psychisme, entrave le sommeil, gêne l’activité intellectuelle, affaiblit la mémoire. Il n’est pas jusqu’aux grands appareils organiques, cœur, vaisseaux, systèmes digestif et urinaire, qui ne soient peu ou prou touchés.
Ajoutons que, à un degré encore plus bas, il est probable
que tous les citadins sont, en quelque mesure, atteints de cet oxycarbonisme chronique et que les vacances à la campagne ont cette grande utilité; surtout pour les enfants,, de les faire échapper pendant quelque temps à cette sous-intoxication. C’est, du moins, ce que nous a dit un médecin qui exerçait dans une ville d’eaux où l’on soigne surtout les petits.
Il était réservé à notre temps d’ajouter un chapitre aux souillures dangereuses de l’atmosphère, c’est celui qui concerne les gaz d’échappement des automobiles. C’est un sujet qui a été abordé bien des fois dans les sociétés savantès, notamment à l’Académie de médecine, et dans la presse médicale. Disons seulement que parmi les gaz ainsi rejetés par le moteur se trouvent des corps aussi nocifs que les composés cyanogénés', et que l’on a déjà enregistré plusieurs cas de mort, à 1 intérieur de voitures mal conçues, qui leur sont dus. Cependant cette souillure de l’atmosphère est encore accidentelle. Elle l’est moins quand on considère que ces gaz se déversent dans l’air des grandes vüles. Jadis M. Pouchet a estimé que cette fâcheuse addition à l’air pouvait être dangereuse à la longue pour les habitants de ces cités. Nous ne ferons que mentionner cette influence regrettable, qui, d’ailleurs, va, semble-t-il, en diminuant mais qui ne tarderait pas à réapparaître si l’on se dispensait des mesures de sécurité nécessaires. Nous avons mentionné plus haut que des accidents ont déjà été causés par des camions à gazogène depuis que ceux-ci fonctionnent. En pareil cas, c’est surtout l’oxyde de carbone qu’il faut incriminer.
C’est sans doute le lieu de constater avec M. Mouriquand (de Lyon) qu’il est certains sujets — et surtout des enfants — dont la santé est déplorable dans les villes et qui se portent infiniment mieux, et même fort bien, dès qu’on les emmène à la campagne, à la mer ou à la montagne. C’est que les influences nuisibles sont, à la ville, quasi innombrables. Les fumées et les poussières y créent un milieu dont il serait bien extraordinaire qu’il ne se caractérisât point par des conséquences pathologiques. Nous venons de voir qu’il n’y a pas à tenir compte seulement des impuretés de l’atmosphère, mais aussi des véri-
tables poisons qui s’y déversent, oxyde de carbone et gaz toxiques occupant dans cette fâcheuse série la première place. L’habitant des villes est donc un intoxiqué qui fait, quand il séjourne à la campagne, une véritable cure de désintoxication. Mais si cette intoxication a le premier rôle, il ne faudrait pas la considérer comme étant seule en cause. La vie urbaine est encore anormale par l’agitation qu’elle comporte. L’existence que ces enfants — et pas mal d’adultes sont enfants sur ce point — mènent à la ville est toute différente de celle qu’ils connaissent aux champs. Les excitations sensorielles dont nous parlerons dans un autre chapitre ne leur sont pas épargnées. Ce sont là des ^conditions de vie antinaturelles et il est compréhensible quel petits et grands, les premiers surtout, s’en trouvent fort mal. Des questions d’alimentation s’y mêlent qui ne sont pas indifférentes, mais qui sortent de notre sujet. Enfin, le simple rayonnement solaire est autrement complet, c’est-à-dire actif, à la campagne qu’à la ville. Parmi les causes de nuisance de l’atmosphère urbaine qu’on peut invoquer à cet égard, on compte, et à juste titre, la non-pénétration des rayons du soleil à travers une couche aérienne épaissie et assombrie par les fumées et les poussières. Rayons ultraviolets et rayons infrarouges, par exemple, ne parviennent aux citadins (aux petits comme aux grands) qu’en proportion très faible et manquent, en partie, à leur atmosphère. Si les enfants supportent moins bien cet état de choses que l’adulte, c’est que celui-ci a eu plus de temps pour s’accoutumer et pour réaliser un équilibre assez instable sans doute, mais'qui est peut-être, pendant quelque temps, suffisant.
Les livres de nos anciens sont remplis, sur les influences saisonnières, d’indications plus ou moins précises. Ils tenaient registre des « constitutions » qui avaient régné pendant chaque mois et les confrontaient ensuite. On pourrait citer des sociétés médicales où cette coutume s’est heureusement maintenue. C’est cependant là, il faut l’avouer, un genre de recherches qui a presque passé -de mode. Le doute sur son utilité commença au temps de Sydenham, mais c’est surtout à l’époque moderne que les savants, sauf les exceptions que l’on vient de dire, se prirent à considérer cette catégorie d’investigations comme indigne d’eux. Les travaux de Pasteur avaient montré l’importance formidable des infiniment petits dans la genèse des maux qui fondent sur notre espèce. Cette vision d’un monde nouveau, qui expliquait tant de choses, accentua l'indifférence à l’égard des chapitres qu’avaient scrutés avec passion nos devanciers. On en arriva à penser que l’agent microbien est tout, le reste n’ayant plus grande valeur et à ne plus vouloir consentir, pour reprendre un exemple déjà allégué, à ce que le froid fût pour quelque chose dans l’apparition d’une pneumonie. Nous avons réagi depuis comme on l’a dit plus haut, et compris que les idées de jadis peuvent parfaitement s’unir à celles d’aujourd’hui. Est-ce le moment de s’intéresser de nouveau aux saisons?
Il faut, en effet, se rendre à l’évidence, car les faits demeurent
la seule chose qui ail une valeur réelle. Or, il n’est besoin que de savoir observer un peu pour se rendre compte de 1 influence des saisons sur la naissance, l’évolution, la propagation des maladies ou, du moins, de certaines d’entre elles. Les constatations les plus grossières sont à la portée du premier venu, mais leur explication est trop évidente pour qu’on y insiste. Que les affections des voies respiratoires soient plus frequentes en hiver et les coups de chaleur en été, ce sont là des réalités sur lesquelles M. de La Palice serait apte à disserter. Mais il y a en cette matière bien d'autres problèmes que l’on aurait interet à résoudre. On n’ose avancer que ce soit chose faite.
Nous sommes toutefois plus à même que nous ne 1 étions iadis de creuser ces questions qui ont, on le comprend sans peine, un intérêt de premier plan pour la santé des hommes. Les pages que l’on vient de lire nous ont apporté des enseignements de haute portée sur les variations atmosphériques qui constituent évidemment des éléments importants dans le climat des saisons. Cependant ils ne sont pas tout à eux seuls. D’autres constituants entrent en scène auxquels il convient de prêter une grande attention Au lieu d’exprimer à cet égard une opinion generale, mieux vaut, semble-t-il, choisir une ou deux saisons, les plus caractéristiques, et tenter de résoudre l’énigme que nous pose leur indéniable influence.
Commençons donc par l’hiver, dont personne n’ignore qü’il est marqué par la venue de mainte maladie et 1 aggravation de bien d’autres. Au premier abord, on ne manquera pas d incriminer, en pareille affaire, l’action du froid. On aura raison, Tnak il ne faudrait sans doute pas lui infliger toute la responsabilité. , j
Nous avons établi ce qui lui revenait dans la naissance des pneumonies. Il ne faut pas oublier que Pasteur lui-même nous avait montré le chemin en prouvant qu’une poule dont on refroidit longuement les pattes est apte à contracter telle maladie infectieuse qu’elle ne « prend » pas si on la maintient dans sa température habituelle et uniforme. Il n’est pas douteux
que le froid agit énergiquement sur notre circulation sanguine et que c’est surtout en l’entravant plus ou moins. Quand ce ralentissement est réalisé, l’organisme est certainement moins apte à se défendre contre l’assaut microbien, car c’est surtout dans son sang que résident ses moyens de lutte, qu’il s’agisse des propriétés antimicrobiennes du sérum ou de l’action des globules blancs.
On voit mo ins bien comment la virulence des germes infectieux serait accrue par le froid. Néanmoins, ce mécanisme n’est pas exclu, car nous connaissons des maladies infectieuses dont l’agent est influencé par les basses températures. Il l’est ordinairement, comme le virus de la poliomyélite (1) dans le sens d’une diminution de son pouvoir, mais cela prouve toujours que le microbe peut changer d’allures pour des raisons purement atmosphériques ou saisonnières.
Mais la pneumonie, si intéressante qu’elle soit par sa gravité (notamment chez le vieillard) n’est pas la seule maladie qui soit caractéristique du froid et de son action. On laisse de côté, en disant cela, les petites misères hivernales que nous connaissons malheureusement toutes, depuis les catarrhes des voies respiratoires supérieures jusqu’aux engelures et aux crevasses; l’action de la température basse est ici trop évidente pour que personne songe à la discuter. Mais certains auteurs, comme de Rudder (2) ont montré comment il est des maladies infectieuses, comme la diphtérie, qui ont toujours leur maximum pendant les derniers mois de l’année, à telle enseigne qu’ü serait indiqué de vacciner les enfants contre elle en automne afin de tenir compte du temps que met l’immunité à s’établir. Il est d’autres affections, comme la grippe, la spasmophilie, l’eczéma, l’hémoglobinurie, dont l’hiver est également la saison favorite. Mais nous n’insisterons pas sur cette liste, préférant aborder l’étude des autres éléments qui entrent en jeu dans l’éclosion de la pathologie hivernale.
(1) Levaditi et Hornus, Académie de médecine (26 avril 1932).
(2) Cité par Ravina, Presse médicale (17 mai 1933)-
L’autre élément, aurions-nous dû dire, puisque nous faisons volontiers abstraction des constituants saisonniers déjà passés en revue, humidité, variations électriques, etc. Cet autre élément est le défaut de luminosité.
La valeur de l’absence de lumière a été nettement établie par de Rudder quand il a constaté que les maximums des maladies infectieuses à type hivernal se trouvaient identiques dans des régions où la température n’est jamais très rigoureuse, comme la Guyane anglaise, par exemple. La durée moyenne de la vie y est très inférieure à celle que nous connaissons chez les peuples qui vivent dans les régions polaires et cet abaissement persiste sous ces mêmes latitudes, quand la région connaît les bienfaits du Gulf Stream.
En quoi ce manque de luminosité agit-il défavorablement sur l’organisme? Les rayons solaires ont d’abord certaine propriété de dessication et de désinfection sur les muqueuses. Quant à leur puissance antiseptique, il n’est pas besoin d’y insister, elle est universellement connue et la sagesse des nations l’a condensée dans ce proverbe : « Là où entre le soleil le médecin n’entre pas. » Les rayons solaires sont des microbicides de tout premier ordre. Le sont-ils seulement par les radiations ultraviolettes qu’ils contiennent? La chose est possible, mais discutable. Au reste, s’il existe — et la chose n’est pas douteuse — un T pq vimnm hivernal pour le rachitisme, cela tient à l’absence trop fréquente des rayons ultraviolets qui, en pénétrant dans la peau, transforment l’ergosterine des couches superficielles de celle-ci en vitamine D, dite vitamine antirachitique..
M. Bounhiol a signalé (i) des malaises plus ou moins accentués et fréquents qui sont pendant l’hiver le lot de beaucoup de personnes. Ce sont des états dépressifs physiologiques auxquels sont surtout exposés les hypertendus permanents, les hypotoniques vasculaires et cardiaques, les fatigués, les asthéniques, etc. Au contraire des gens parfaitement normaux, qui résistent aux facteurs hivernaux, ceux-là éprouvent de l’op-
(i) Le Siècle médical (15 septembre 1930)-
pression, des palpitations cardiaques, des crises digestives, etc., pour peu que le temps soit couvert. De cette influence du manque de clarté, M. Bounhiol donne une explication ingénieuse : l’homme, dit-il, est un foyer énergétique qui, s’il ne rayonne que de la chaleur pendant le sommeil nocturne, extériorise, durant le jour, d’autres formes d’énergie. Ce rayonnement est quantitativement réglé par l’intensité de ses oxydations respiratoires. Toute contrainte qui s’oppose au libre dégagement de ce rayonnement dans l’espace tend à ralentir ces oxydations. La chaleur excessive en été, la présence en hiver d’un écran de'nuages gêne donc ces oxydations, le débit énergétique diminue et avec lui les diverses fonctions que ce débit alimente.
Que ce soit pour cette raison ou pour une autre, il est certain qu’en hiver, par ciel nuageux, l’esprit est moins vif et le corps remplit moins bien ses diverses fonctions que lorsque le soleil brille. Il est non moins évident que le facteur luminosité qui agit ainsi sur la physiologie humaine a une action du même ordre sur sa pathologie et notamment sur toute celle qui relève du système nerveux sympathique. C’est sans doute, dans le chapitre des influences hivernales, un point secondaire mais que ne trouvent pas tel les innombrables sujets qui pâtissent de la sorte et que la médecine a tant de peine à soulager et à guérir.
Passons maintenant au printemps sur le compte duquel on se fait si volontiers des illusions. On aurait plaisir à rester à son égard en unisson avec les poètes et à chanter en lui la saison délicieuse par excellence, celle du renouveau de la nature, de l’ascension des sèves, de la beauté et de la joie. Les recherches médicales ne sont pas favorables à ce genre d’enthousiasme et nous allons voir qu’elles aboutissent souvent à des conclusions qui tendraient à le réfréner. Pour le médecin, cette « jeunesse de l’année » n’a pas que des grâces et des sourires. Sous ses fleurs naissantes elle cache des épines et, bien que l’on soit persuadé de ses attraits et de ses vertus, on note qu’elle se solde
7 o — LES INFLUENCES MÉCONNUES
trop facilement par une recrudescence du nombre de nos maux.
Tout d’abord le printemps est la saison des maladies contagieuses. C’est le moment de l’année ou elles prononcent leur plus vigoureuse offensive.
La chose est de toute évidence pour la rougeole. C’est au printemps qu’apparaissent ses épidémies avec une brusquerie connue de tous, et qu’elles se répandent le plus facilement. C’est au printemps que les crèches, les garderies d’enfants sont obligées de fermer leurs portes, l’une après l’autre, pour quelques semaines, que souvent sont licenciées les écoles et les pensions. Il n’y a guère de discussion à cet égard parmi les hygiénistes et la notion est ancienne. M. Paquet, inspecteur d’hygiène du département de l’Oise, dans un travail dont nous avons déjà parlé (i), nous a prouvé une fois de plus que la plus grande fréquence de la rougeole se situe au mois de mai. Donnée classique que rien n’est venu infirmer et qui mérite de le rester.
Dans le rapport du même auteur nous constatons que la scarlatine sévit, elle aussi, de préférence au printemps, avec deux maximums, l’un en mars, l’autre en mai.
La grippe n’est pas une maladie à proprement dire saisonnière et nous la voyons surtout apparaître en hiver. Cependant, nous constatons aussi qu’elle présente souvent en mars et au début d’avril, une recrudescence où elle accroît moins sa gravité que le nombre de ceux qu’elle frappe.
Il n’est pas question non plus de nier que la tuberculose sevisse à toute époque de l’année, mais le printemps est particulièrement défavorable à ceux qui en sont atteints. Le « fatal oracle d’Épidaure » s’est trompé : la chute des feuilles ne marque pas l’étape difficile à franchir pour les phtisiques; le moment redoutable pour eux est le printemps. On dirait, anticipant sur les essais d’explication que nous risquerons tout à 1 heure, qu il ne reste pas au malade assez de ressources pour faire les frais de la poussée universelle qui marque le renouveau. Et il n est pas que la tuberculose pulmonaire qui doive inspirer à cet égard
(i) Voir page 38.
de la méfiance. MM. Mozer (de Berck), étudiant spécialement les tuberculoses externes, dites jadis chirurgicales, établissent que c’est surtout au printemps que se manifestent leurs complications et que surgissent, par exemple, de préférence, les abcès (1).
Si nous abordons un tout autre chapitre des misères humaines, nous considérerons les désordres psychiques et n'aurons pour nous documenter sur ce qu’ils deviennent quand la belle saison commence, qu’à parcourir les journaux quotidiens. Nous y verrons les psychopathes, les petits mentaux dont on ne se garde pas assez, en proie à des crises qui font trop de victimes, des libérés des asiles présenter de nouveaux accès. Les revolvers, semble-t-il, partent tout seuls en même temps que le nombre des suicides s’accroît, qui sont dus à l’excès d’une angoisse que ne connaissent guère les esprits normaux.
Puis nous ne ferons que citer, d’après des auteurs américains surtout (2), comme présentant à ce moment de l’année une fréquence plus grande, l’hyperchlorhydrie gastrique, le rhumatisme, les névroses, les accidents dus à un fonctionnement exagéré de la glande thyroïde, voire même ceux qui accompagnent les lésions des valvules du cœur.
Par quel mécanisme le printemps influence-t-il aussi défavorablement le corps et l’esprit de l’homme? C’est ce qu’il serait le plus utile de savoir, c’est ce qui a été le moins approfondi. Ces problèmes, malgré des acquisitions indéniables, demeurent très obscurs.
Évidemment, en bon rang parmi ces déterminants de morbidité, dont nous nous efforçons de dévoiler l’identité, il convient de mettre les conditions atmosphériques qui caractérisent cette saison. Elle est, du moins à son début, un peu bâtarde et la bienfaisance d’un soleil plus chaud y alterne trop aisément avec le désagrément de pluies abondantes et les reprises d’un froid que l’on aimait à croire terminé. De sorte que les varia-
tions brusques de température ne sont certainement pas étrangères à cet accroissement du nombre des malades. Les hommes sont mis, par ces alternatives brutales, en état de résistance amoindrie et contractent plus aisément les infections qui passent à leur portée.
Toutefois il est permis de creuser un peu plus le problème. Nous pénétrons ici dans un domaine où nous ne saurions nous aventurer bien loin faute de guides suffisants, mais il ne nous est pas interdit d’y jeter quelques regards curieux.
Le printemps, avons-nous dit, est la saison du renouveau et de la montée des sèves. Le phénomène est évident pour tout ce qui concerne la végétation et il n’est nul besoin de développer cette notion connue de tous. Dans le règne animal il n’en est pas autrement. On peut déjà, pour le prouver, constater que c’est le moment de l’année où le sex-appeal se manifeste avec le plus de fougue et donne, d’autre part, au point de vue de l’eugénique, les résultats les meilleurs, ainsi que l’a démontré M. Apert devant la Société de sexologie il y a quelques années.
Mais en dehors de ce point particulier sur lequel on est d'accord depuis que le monde est monde et que les poètes alignent des vers, d’autres constatations physiologiques sont d’un intérêt indéniable. De façon à peu près simultanée, M. Frank d’un côté (i), MM. Orr et Clark (2) de l’autre, ont poursuivi pendant des années une enquête sur la croissance des enfants suivant les saisons. Ils ont observé que cette croissance est à son apogée d’avril à juin, ce qui est bien le printemps. L'expérimentation s’en mêlant, nous devons admettre avec M. Maignon (3) que les animaux diminuent, pendant les mêmes mois, la fabrication de leurs réserves de graisse, les ressources que leur fournit leur alimentation étant employées à d’autres fins productrices d'activité. Contentons-nous de ces données sans approfondir davantage la question, car nous risquerions de nous perdre au milieu d’explications fragmentaires qui ne feraient
(1) Archiv fûr Kinderheilkunde (20 septembre 1924).
(2) The Lancet (16 août 1930).
(3) Maignon et Jung, Société de pathologie comparée.
que reculer la difficulté sans la faire disparaître. Auguste Lumière nous a montré jadis (1) pourquoi l’herbe pousse au printemps. Il a établi qu’à cette époque de l’année, rien ne pourrait germer, la terre étant encombrée de déchets produits par son activité passée, si les grandes pluies ne venaient la purifier de ces souillures en lavant amplement le sol et permettre ainsi à la végétation de reprendre son cycle étemel. Mais rien de tout cela n’est applicable aux animaux et à l’homme, de sorte que personne ne nous a encore dévoilé pourquoi les enfants intensifient leur croissance à ce moment de l’année, ni pourquoi c’est pour l’homme une saison de reviviscence. Les uns diront que l’atmosphère contient alors plus d’oxygène, les autres, comme MM. Foveau de Courmelles et Risler (2) que les rayons ultraviolets nous parviennent en plus grande quantité, n’étant ni arrêtés, comme en hiver, par les brumes célestes, ni contrecarrés, comme en été, par la présence des rayons infrarouges. D’autres encore avanceront qu’à cette époque les aliments contiennent une plus grande proportion de vitamines. Toutes ces explications auraient besoin d’être contrôlées et ne paraissent pas suffisantes, en outre, pour dissiper toute obscurité.
Enregistrons donc tout simplement cette poussée de croissance, cette exaltation générale de l’enfant. Elle nous aidera à comprendre pourquoi les maladies infectieuses ont alors si beau jeu à se rendre maîtresses de ces jeunes organismes. Deux mécanismes, d’ailleurs voisins, nous paraissent pouvoir être invoqués. D’une part, il faut bien admettre que toutes les forces du jeune sujet sont à ce moment tendues vers cette évolution, qers l’augmentation de la taille et les constructions nouvelles vu’elle exige, et que les défenses organiques sont un peu abandonnées au profit de ce progrès. Quelque chose nous ferait d’ailleurs admettre cette utilisation dans un seul sens, exclusif, des ressources physiques de l’enfant, c’est cette constatation qu’en même temps que la taille de celui-ci s’accroît, son poids
(1) A. Lumière, Académie des sciences (2 novembre 192a). (s) Société de pathologie comparée (12 octobre 1916).
diminue. D’autre part, on doit se rendre compte que l’enfant fabrique à ce moment des tissus nouveaux. Or, les tissus de nouvelle formation, suivant une loi de pathologie générale, sont beaucoup moins résistants aux influences nocives. On nous en a fourni une preuve nouvelle le jour où l’on a établi que les greffes de cancer faites à des animaux d expérience prennent beaucoup mieux au printemps qu’en toute autre saison.
Cette façon de comprendre les phénomènes ne tient compte, pour expliquer la virulence plus grande des germes infectieux, que de la moindre résistance du terrain. Mais n’oublions pas que les microbes sont des êtres vivants, que l’on range en général parmi les végétaux. On ne voit pas pourquoi ils ne participeraient pas, eux aussi, à cette sorte d’exaltation d activité qui semble, entre mars et juin, le lot de tout ce qui vit sur terre. Ce n’est pas une simple hypothèse toute gratuite, que nous proposons. En effet, MM. Mozer, que nous avons cités plus haut, ont non seulement noté que les complications des tuberculoses externes apparaissent de préférence au moment du renouveau, mais aussi que dans les sécrétions qui les accompagnent souvent, les bacilles sont plus nombreux et plus faciles à découvrir, que pendant le reste de l’année.
Pour ce qui est des autres maladies, non microbiennes, nous en sommes réduits à fort peu de chose. Ou bien, nous devrons alléguer des phénomènes directs comme lé froid et il semble bien que, pour les néphrites, que Ruznyak affirme etre au printemps plus nombreuses (i), cette raison soit logique; ou bien, ü nous faudra admettre ce fameux génie épidémique qu’invoquaient nos anciens, lesquels se contentaient du mot, tandis que nous cherchons à éclaircir la chose en mettant en avant les modifications du milieu que nous étudions ici.
Les deux autres saisons ne nous fourniraient, si l’on désirait être renseigné sur elles, que beaucoup moins de données et surtout, en ce qui concerne l’été, que des données négatives.
(i) Wiener Arch. far innere Medizin (ao janvier 1922).
sauf sur la recrudescence, à cette époque de l’année, des maladies intestinales. M. Woringer estime, en effet, qu il est des affections estivo-automnales (1) parmi lesquelles doivent figurer les fièvres du groupe typhoïde et la dysenterie. Les statistiques nous démontrent, en effet, leur fréquence dans les mois d’été. Mais ne faut-il pas faire entrer ici en ligne de compte le régime des eaux souvent déficitaire à ce moment de 1 annee et qui oblige, en mainte région, à faire appel à des eaux de rivière ou de puits qui sont loin de fournir les garanties nécessaires de pureté et de stérilisation? En somme, on peut souscrire, d’une façon générale, aux conclusions que Tourtelle émettait déjà en 1830 : « On doit regarder cette saison comme la plus saine, absolument parlant, et celle où l’on observe le moins de maladies... Malgré les inconvénients que peut présenter l’été, et les influences fâcheuses qui dérivent de l’excès de la chaleur, aucune saison n’offre plus d’avantage pour le maintien de la santé et la guérison des maladies. »
L’automne est une saison bâtarde qui tient encore, à son début, de l’été et qui annonce, à son déclin, l’hiver. A ce titre, il n’a pas de personnalité marquée, mais est sujet à des variations sensibles qui accusent l’un ou l’autre de ses caractères. On a vu que M. Woringer y prolonge l’existence des maladies estivales dont nous avons dit quelques mots. D’autre part, M. Einhom y note, comme au printemps, la fréquence des récidives des ulcères gastriques. Enfin, bien des auteurs anciens ont remarqué que les fièvres intermittentes automnales sont particulièrement tenaces : Febres quarlanae autumnales longue, disait, au xvn e siècle. Gui Patin. Mais le diagnostic des fièvres était, de son temps, dans l’enfance et l’on ne peut tabler sur cette information.
Concluons donc que les saisons ont une influence très nette sur le comportement des êtres vivants en général, et de l’organisme humain en particulier. La chose est d’ailleurs conforme
(1) Journal de médecine de Lyon (5 décembre 1928).
à des constatations qui se perdent dans la nuit des temps. Nous avons seulement apporté à cette notion universellement acceptée des précisions visant le mécanisme de cette influence. Sans doute, dans la suite de ce livre, en trouvera-t-on encore quelques-unes qui mériteraient, à cet égard, de ne pas être laissées de côté.