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CHAPITRE IV

Comme il n’est pas discutable que ce soient nos sens qui nous permettent de nous rendre compte du milieu dans lequel nous vivons et par conséquent, de ses modifications, il ne paraîtra pas surprenant que ce soit eux qui doivent être les premiers impressionnés par les changements en question.

Mais s’il est vrai que le toucher, par exemple, ou l’odorat (i), ou même le goût, ne soient pas indifférents à cet égard, il est non moins certain que ces modifications du milieu affectent de préférence deux sens en contact particulièrement étroit avec celui-ci, et, en outre, spécialement délicats, la vue et l’ouïe. Il paraît donc suffisant de s’occuper de ceux-ci sur lesquels, comme on le verra, les études scientifiques ont été nombreuses et souvent d’un très grand intérêt.

(i) V.-Henri Bouquet, les Ennemis de notre Le chapitre des parfums.

: santé (Hachette, éditeur, 1932)-

C'est une notion universellement admise, au moins par empirisme, que la lumière nous est indispensable et la pire disgrâce nous paraît devoir être de nous en voir privés. Les études modernes — et surtout les contemporaines — ont démontré que ce sentiment était parfaitement légitime. Elles ont établi que l’absence de lumière détermine la naissance d’un certain nombre de maladies et démontré, au moins pour quelques-unes, le mécanisme de ce phénomène dont nous dirons quelques mots en prenant un exemple.

Celui-ci nous sera fourni par le rachitisme, dont on a fait longtemps (et non sans raison) une maladie de misère. Une des conséquence de celle-ci est trop souvent l’habitation dans des logis privés d’air et de soleil. Les découvertes récentes et, notamment, celles qui concernent les vitamines devaient nous donner la clef de ce mystère. Parmi ces vitamines qui sont absolument nécessaires à la vie humaine, il en est une, dite justement vitamine antirachitique ou vitamine D. « C’est, a dit M. Coutière, un corps où quelque chose dè chimique s’allie à quelque chose d’immatériel. » La vitamine D se forme dans l’organisme même par suite de l’action exercée par les radiations ultraviolettes du spectre solaire sur certains composants des tissus qui ont reçu le nom de stérols. C’est grâce à ce mode de fabrication qu’elle existe dans beaucoup de corps naturels comme l’huile de foie de morue. Chez l’homme, elle naît de la même façon par irradiation des stérols de la peau. .Et du coup, nous comprenons comment le rachitisme peut apparaître, par suite de l’absence de soleil et guérir par l’héliothérapie ou l’application des rayons ultraviolets. La vitamine D, identifiée, au point de vue chimique, avec l’acide ascorbique, est entrée

sous cette égide dans la thérapeutique du rachitisme et des maladies « par carence » de la même catégorie.

Ajoutons que l’atmosphère des grandes villes et, notamment des cités industrielles, en partie obscurcie par les fumées des usines et par une sorte de brouillard fait des impuretés légères qui émanent de la vie intense de ces agglomérations, est une condition des plus favorables à l’éclosion de ce genre d’affections sinon sous leur forme complète et réellement pathologique, du moins sous leur forme atténuée qui se reconnaît néanmoins à quelques stigmates structuraux et fonctionnels.

Il est remarquable que, en ce qui concerne les actions exercées en bien ou en mal sur l’organisme humain, l’explication ne met guère en cause que les radiations de l’ultraviolet, c està-dire celles d’une zone du spectre qui est pour nous invisible. Il y a certes une certaine exagération dans cette façon de comprendre le problème, mais il est à noter que, si nous ne voyons pas les rayons ultraviolets, c est en vertu de 1 imperfection de notre organe visuel.

On pourrait encore rappeler que la lumière solaire — et toujours grâce aux rayons ultraviolets — est un remarquable agent de désinfection parce que ces rayons sont mortels à beaucoup de micro-organismes pathogènes. Mais c est surtout/ le procès, moins connu, de l’exces de lumière qu il semble intéressant d’étudier à cette place.

Cet excès de lumière, nous le voyons à l’œuvre dans un accident pathologique bien connu, qui est le coup de soleü. Sans doute, dans ce phénomène, la chaleur solaire a-t-elle sa part, mais il est certain que c’est l’intensité exagérée des rayons lumineux qui le conditionne surtout. On sait que le coup de soleil, qui est donc, pour une grande part, un « coup de lumière », peut, sur certaines peaux particulièrement sensibles, déterminer l’apparition d’œdèmes accentués, de lésions assez profondes de la peau et, chez les mêmes sujets, provoquer des phénomènes généraux, douleurs, fièvres, insomnies, qui ne sont pas négligeables. .

De nombreux travaux, en ces derniers temps, ont signale

8o — LES INFLUENCES MÉCONNUES

les suites, souvent fâcheuses, des bains de soleil prolongés qui ont été — et sont encore — à la mode et auxquels se soumettent des milliers de personnes dans le seul dessein d’acquérir une pigmentation intense de la peau, pigmentation qui est (on ignore d’ailleurs pourquoi) très appréciée des snobs. Personne n’a jamais soutenu que ces bains de soleil fussent à rejeter totalement. Pour les sujets bien portants, et pourvu que leur durée soit modérée, ils peuvent parfaitement être salutaires. Chez certains malades il en sera de même aux mêmes conditions, mais alors, ce sera sur ordonnance et sous contrôle médicaux. Mais il est des peaux, tout d’abord, qui ne sauraient s’en accommoder et l’on a beau jeu à décrire ces cicatrices aux épaules, ces épidermes tombant par lambeaux qui en sont si souvent la conséquence. Il s’agit là, en somme, d’un coup de soleil prolongé et volontaire qui ne fait que porter à une certaine puissance les dégâts de celui qui n’est que fortuit et accidentel. Mais il y a pis. Plusieurs auteurs, dont M. Duffourt (i) et M. Ravina (2) ont signalé que l’insolation du thorax, dangereuse pour les tuberculeux pulmonaires avérés, est parfaitement capable, chez des tuberculeux latents, aux lésions anciennes et demeurées jusque-là silencieuses, de réveiller cette infection torpide et de donner lieu à l’apparition d’une tuberculose évolutive avec tous les fâcheux pronostics qu’elle comporte. Aussi les auteurs qui ont étudié le problème insistent-ils sur la nécessité, pour ceux qui projettent de s’exposer à cette héliothérapie intensive, de subir un examen préalable de leur appareil respiratoire, afin de s’assurer que, de ce côté au moins, ils n’ont rien à redouter.

Ce n’est pas seulement en ce qui concerne les poumons que l’action trop forte ou trop prolongée des rayons solaires peut être dommageable. Plusieurs médecins ont parlé de l’influence cancérigène possible de ces radiations. Il s’agit le plus souvent, en pareil cas, non plus d’une action aiguë et subite, mais, au

(1) Lyon Médical (13 décembre 1936).

(2) Presse médicale (24 février r937).

contraire, chronique et prolongée. A celle-ci seraient exposés notamment les marins et, en général, tous les hommes qui ont longtemps travaillé en plein soleil et sans se garantir contre les effets du rayonnement. C’est ainsi qu’il y a cinquante ans, Unna avait déjà signalé (i) un « carcinome des gens de mer », que, trente ans plus tard, Dubreuilh a mis cette action solaire parmi les causes principales de la kératose sénile qui prédispose au cancer (i) et que M. Gougerot (2) étudie toute une classe de radiolucites cancérigènes. Gasquet (3) fait remarquer que cette influence cancérigène est peut-être primitive, ainsi que le soutient Roffo, mais peut aussi bien s’expliquer comme secondaire, suivant les vues d’Auguste Lumière (4), à des cicatrices minimes, microscopiques même, siégeant dans certaines régions du revêtement cutané.

Pour ne pas quitter ce dernier, notons que l’on a cité, chez des enfa nts et des adultes traités par les rayons ultraviolets, une exacerbation d’une acné éxistante ou le retour offensif d’une acné juvénile qui semblait avoir disparu pour toujours.

Si de la peau nous passons à l’appareil de la vision, nous constaterons que, comme il est naturel, il est particulièrement sensible à l’influence, parfois néfaste, de la lumière intense. C’est une vérité à laquelle suffit, comme démonstration, le nombre de personnes qui, spontanément ou sur conseil compétent, abritent l’été leurs yeux derrière des verres colorés. Il en est beaucoup, parmi elles, qui ne sauraient supporter l’éclat du pl pin soleil pendant la belle saison. L’exemple le plus accentué de ces dommages possibles nous est fourni par l’ophtalmie des neiges, que l’on observe chez les sujets qui traversent de grandes étendues neigeuses (guides, alpinistes, explorateurs), la neige constituant un écran réflecteur blanc qui accroît amplement l’intensité de l’éclairage. On sait que ces individus prennent

(1) Cité par Carles.

(2) Gougerot, Radiolucites solaires cancérigènes (Journal des Praticiens, 18-25 novembre 1922).

(3) Presse médicale (29 décembre 1937).

(4) Auguste Lumière, le Cancer, maladie des cicatrices (Masson, édit., 1929).

la précaution de protéger, eux aussi, leurs yeux à l’aide de lunettes à verres foncés qui arrêtent l’action des rayons ultraviolets. On n’a pas assez remarqué qu’autrefois les alpinistes enveloppaient volontiers leur visage d’un voile vert, celui-ci n’étant là que pour empêcher les coups de soleil; cette parade avait été découverte par pur empirisme. Les alpinistes plus modernes se noircissent parfois le visage à l’aide de bouchon brûlé, ce qui a le même résultat.

Cette influence des rayons solaires sur l’œil, nous la retrouvons flans les cas où, pour une raison quelconque, l’astre du jour est remplacé par une source lumineuse intense et artificielle. C’est ainsi que l’usage thérapeutique des rayons ultraviolets émanés d’une lampe à mercure ou de toute autre source du même genre commande impérieusement le port, pour le spécialiste comme pour ses clients, de lunettes à verres noirs sans lesquels des accidents très graves sont à redouter.

Un exemple industriel nous est fourni par la soudure autogène qui impose le port de limettes particulièrement opaques à la lumière de la part de ceux qui la pratiquent sous peine de lésion oculaires des plus sérieuses. Et ceci nous prouve qu’il n’est pas nécessaire que soit en cause une production exclusive de rayons ultraviolets : toute source artificielle intense de lumière peut avoir, si l’on ne prend pas de précautions contre elle, une influence regrettable. On en trouve encore la preuve dans 1 ’ « ophtalmie des sunlights » étudiée il y a quelques années par M. Sédan (de Marseille) et quelques autres, et qui a frappé à ce moment beaucoup d’acteurs de cinéma pendant les prises de vues faites sous l’éclairage considérable des soleils artificiels des studios.

On ne quittera pas le cinéma sans faire remarquer que son violent éclairage dans une salle obscure est parfaitement susceptible, chez certaines personnes particulièrement sensibles, de déterminer des troubles de la vue. M. Favory a signalé jadis les inconvénients de ce genre de spectacles chez les enfants atteints d’une anomalie de la vision. On ne croit pas que la question ait fait l’objet de travaux importants en dehors de

celui que l’on vient de signaler, mais elle pourrait être intéressante, croyons-nous, à approfondir.

De même est-il probable que l’éclairage intensif des grands magasins et les « coups de lumière » brusques et perpétuellement changeants des enseignes lumineuses dressées à profusion dans nos grandes villes n’est pas sans action sur l’appareil visuel et c’est un problème qui mériterait que l’on s’en occupât.

Par contre, il y a tout un chapitre des « maladies de la lumière » qui a donné lieu déjà à des études suivies et d’un grand intérêt et l’on émet à ce sujet des hypothèses que l’on peut dès maintenant regarder comme tout au moins fécondes. C’est ainsi que, pour M. Jausion (1) les « lucites » (c’est le nom général de ces affections) peuvent être causées par un phototraumatisme (c’est le cas du coup de soleil et de l’ophtalmie des sunlights) ou par photosensibilisation. Celle-ci, comparable à toutes les sensibilisations que l’on étudie depuis la révélation du phénomène fondamental de l’anaphylaxie, créerait une sensibilité spéciale acquise plus ou moins graduellement par certains sujets ou innée chez d’autres. Ceci expliquerait que tous les humains ne courent pas les mêmes risques en présence des radiations intensives solaires ou artificielles.

M. Guillaume, qui met en cause non seulement les rayons ultraviolets, mais aussi des rayons visibles de plus grande longueur d’onde (2) tient aussi que les maladies de la lumière peuvent avoir pour cause première soit une photosensibilité innée, morbide, soit une photosensibilisation. Celle-ci se rencontrerait d’abord chez des sujets ayant absorbé (le plus souvent dans un dessein thérapeutique) certaines substances comme l’éosine, l’hématoporphyrine, l’acridine, qui joueraient en l’espèce un rôle de catalyseurs; on l’observerait aussi chez certains sujets mal alimentés (les pellagreux, par exemple) et so umis à une insolation intensive. On la verrait encore dans

(1) Jausion, les Maladies de la lumière (Masson, éditeur, 1933)-

(2) Guillaume (A.-C.), Revue d’adinologie (janvier-mars 1927).

certains états physiologiques et pathologiques comme la grossesse ou la maladie de Basedow (ou goitre exophtalmique) et, enfin, au cours de quelques intoxications comme celles que déterminent les arsenicaux. Cette photosensibilisation s’opposerait en somme à ce que l’on pourrait appeler la photoaccoutumance dont nous avons de très nombreux exemples par mi les tuberculeux soignés dans des sanatoriums d'altitude où ils sont exposés, quasi-nus, à une insolation constante. Ainsi comprendrait-on que tous les humains ne soient pas victimes de ces « lucites », même s’ils se mettent dans de bonnes conditions pour les contracter. Mais, pour relativement rares que soient certaines d’entre elles, leur existence n’est pas douteuse. Toutefois on peut dire que leur étude ne fait que commencer et nous réserve probablement encore des surprises (i).

Jusqu’ici, abstraction faite de quelques généralités et d’allusions aux vertus antiseptiques des rayons solaires, nous n’avons parlé que des inconvénients de la lumière ou, du moins, de ses excès. Il serait injuste de s’en tenir là et de ne pas mentionner ses influences favorables qui sont de plus en plus utilisées par l’art de guérir.

Nous avons dit que la cure solaire pouvait, dans certaines circonstances, présenter des dangers, mais nous n’avons pas caché que, d’autre part, elle est employée de façon courante Hans le traitement de quelques affections où elle apporte communément un soulagement sensible et parfois la guérison totale. Pendant longtemps on a estimé — et quelques-uns continuent à le penser — que la partie du spectre solaire qui agit en pareilles circonstances est la moitié de ce spectre qui se termine au violet et à l’ultraviolet. Il est cependant certain que toute la gamme des radiations solaires prend part à cette action heureuse si

(i) Ceux qui voùdraient approfondir cette question des influences exercées par les rayons solaires sur l’organisme, pourront prendre connaissance du savant ouvrage d’Auguste Lumière : Effets physiologiques des rayons solaires (Lyon, Sézanne, 1934)»

même, comme le disait déjà, il y a vingt-trois ans, M. Artaud [de Vevey] (1) la moitié du spectre qui aboutit aux rayons infrarouges n’est pas la plus favorablement active. Quoi qu’il en soit de cette question secondaire, il est évident que l’héliothérapie nous a apporté une aide puissante dans la cure de manifestations pathologiques de divers genres et surtout de celles qui relèvent de la tuberculose. Ce sont principalement les localisations osseuses et articulaires de cette infection qui donnent les plus beaux succès et démontrent l’action favorable d’une héliothérapie soigneusement dosée et surveillée avec assiduité. Il n’est pas jusqu’à certaines manifestations viscérales ou ganglionnaires de même nature qui n’aient largement bénéficié de cette thérapeutique naturelle (comme la péritonite et l’épididymite). Ainsi diminue de jour en jour le domaine de ce que l’on a appelé jusqu’en ces derniers temps la tuberculose chirurgicale et qui ne mérite plus ce nom, puisque la chirurgie est supplantée, en ce qui la regarde, par la cure solaire. D’autre part, celle-ci, constante, pratiquée dans certains sanatoriums, est encore une démonstration de la valeur curative, dans certains cas bien délimités, de la lumière naturelle. L’héliothérapie est encore conseillée, à titre préventif, chez certains affaiblis (enfants chétifs, convalescents, anémiques) pour éviter une aggravation de leur état.

Cette héliothérapie n’est d’ailleurs, qu’une forme, particulièrement économique, de cette discipline spéciale qui a reçu le nom de photothérapie. Il faut aussi ranger parmi les modes de celle-ci l’utilisation, dans un dessein thérapeutique, d’une partie seulement, dissociée, des radiations solaires. Quand cette partie est celle qui renferme les rayons ultraviolets (invisibles pour nous, on se le rappelle), elle est dite actinothérapie. Celle-ci, on le sait, a pris en ces dernières années, un développement considérable en raison de l’obtention de sources artificielles de ces rayons, arc électrique ou lampe à vapeurs de mercure. Le point de départ doit en être situé dans les appa-

(1) Artault de Vevey, Société de thérapeutique (avril 1918).

reils de Finsen qui appliqua d’abord ce mode de traitement au lupus. Depuis lors, on a utilisé les rayons ultraviolets à la cure de beaucoup de maladies de la peau, puis à celle des affections les plus diverses, notamment au rachitisme, où ils visent à déterminer l’activation de la fabrication de la vitamine D par action sur les stérols cutanés.-

Les rayons infrarouges, de leur côté, quoique moins souvent mis à contribution, ont été sollicités de produire d’abord une action analgésique, puis une seconde, hypérémique, activant ainsi la circulation superficielle. C’est ainsi qu’on les applique contre les plaies et ulcérations atones, contre les infections superficielles (panaris, pyodermites), contre les œdèmes, les douleurs abdominales, thoraciques, articulaires, les névralgies. C’est, on le voit, une utilisation peu précise. En effet, ils n’ont pas toujours donné ce que l’on attendait d’eux, mais ils ne sont pas noo plus demeurés toujours indifférents.

Une fois éliminés les rayons extrêmes du spectre solaire, il reste l’emploi des radiations visibles, colorées, sur lequel on nous permettra de nous étendre quelque peu, parce qu’il est moins connu.

Quand on parle de cette « chromothérapie », il faut d’abord penser au traitement par la lumière rouge, car c’est d’elle surtout que les anciens et les modernes ont fait mention. En ce qui concerne le passé, il paraît juste de citer en premier lieu en faisant abstraction de quelques allusions qui restent douteuses — un médecin du xvi e siècle, Jean de Gaddesden, qui fit envelopper de draperies rouges et vivre dans une chambre tendue d’écarlate le fils du roi d’Angleterre, Édouard III, et rapporte lui-même cette cure remarquable (i). Astiarius, Simon de Vallembert recommandent ensuite la même méthode thérapeutique, qui fut d’ailleurs appliquée avec succès à Charles-Quint lui-même. Biaise, en 1656, Dolaeus, en 1688, plus tard Rosen de Rosenstein (2) en parlent de façon très favorable. C’est donc

(1) Gaddesden, Rosa Anglica (1+92). .

(2) Rosen de Rosenstein, Maladies des enfants (traduction française, p. 198, 1778).

la plupart du temps contre la variole que ce traitement par la lumière rouge fut préconisé. Tantôt on se contente, pour 1 appliquer, de papier rouge tendu devant les fenêtres, tantôt on enveloppe le malade d’étoffes rouges, tantôt on exige la même teinte des fenêtres, des murs et des vêtements. En certains pays, on se contente de badigeonner de rouge les pustules caractéristiques et toujours le résultat est identique : forme plus bénigne de la maladie, durée moindre, absence de cicatrices disgracieuses. C’est, en somme, comme le dit plus tard Œttinger, plutôt un traitement de l’éruption variolique qu’un traitement de la variolé. Ceci a été confirmé à notre époque même par Finsen (1) et Smudsen (2) qui ont utilisé cette chromothérapie à leur tour et toujours contre la variole. Le dernier nommé constate qu’à la suite de ce traitement la période de suppuration est supprimée, la convalescence est plus rapide et tout risque de cicatrice est annihilé. Le procédé était jadis courant au Japon et la tradition s’en est transmise, de nos jours même, dans certaines provinces, comme M. Laumonier l’a constaté en Vendée (3).

Ajoutons que cette chromothérapie par le rouge réussirait aussi, d’après certains, dans la rougeole où elle atténuerait les symptômes de la maladie. Elle donnerait également de très bons résultats dans la scarlatine. Mais il faut avouer qu’on ne paraît guère se soucier aujourd'hui de tant de témoignages concordants.

En dehors du groupe des maladies éruptives, la thérapeutique par la lumière rouge a été employée avec succès en quelques autres chapitres de la pathologie. Certains l’ont mise à contribution dans la cure des ulcères variqueux ou des plaies présentant peu de tendance à se fermer spontanément.

Peut-être une autre forme d’« érythrothérapie » est-elle possible, celle qui utiliserait les sources lumineuses puissantes de" l’éclairage artificiel moderne, l’éclairage au néon, par exemple.

(1) Finsen, Presse médicale (13 juillet 1898).

(2) Medicinsk Revue (octobre 1893).

(3) Communication particulière.

Des spécialistes comme MM. Zimmem et Hickel (i) ont, en effet, établi qu’une irradiation générale et intense détermine de l’inappétence, de la nervosité, de l’insomnie, mais que, soigneusement dosés, ces rayons, qui sont surtout rouges etjaunes, donnent des effets favorables chez les enfants apathiques et anémiés, augmentent le nombre de leurs globules rouges, les font croître en poids et que ces petits en deviennent plus éveillés et plus enjoués.

A l’autre bout du spectre solaire on trouve le bleu. La physiothérapie s’en sert de nos jours sous forme de bains de lumière colorée qui paraissent nettement soulager certaines douleurs névralgiques et restent, d’ailleurs, sans effets sur d’autres, sang que l’on puisse distinguer à l’avance les premières des secondes. Le bleu est, d’une façon générale, considéré par ceux qui ont étudié ses vertus, comme une couleur calmante. Aussi, dans un dessein psychothérapique, quelques médecins lui ont-ils demandé de remédier aux insomnies, de chasser les idées fixes, de dissiper les obsessions et de contribuer à l’apaisement des grandes crises d’excitation, de celles, notamment, qui caractérisent le delirium tremens. Il a parfois répondu à ces sollicitations (2).

Le vert,- maintenant. Il y a déjà nombre d’années, dans une grande usine de produits photographiques, où des précautions minutieuses sont indispensables, certaines manipulations, au cours desquelles l’accès de la lumière blanche est interdit, se faisaient dans des pièces garnies de verres rouges. Or, on remarqua que les ouvriers qui travaillaient dans ces ateliers étaient sujets à l’excitation, prompts à la colère. On eut alors l’idée de remplacer la lumière rouge par une lumière verte choisie de façon à ne pas influencer les produits manipulés et le caractère des ouvriers se modifia d’heureuse façon, M. Potheau a utilisé la lumière verte dans les maladies nerveuses et contre quelques troubles psychopathiques (3), de même que dans les

(1) Zimmern et Hickel, Académie de médecine (20 janvier 1931).

(2) Potheau, Société de psychothérapie (15 janvier 1924).

(3) Potheau, loc. cit.

suites de traumatismes ou d’opérations chirurgicales et aussi pour la rééducation de la volonté et de l’attention. Il considère que les vibrations qui donnent cette couleur sont excellentes quand il s’agit de discipliner l’esprit et le corps et de « faire entrer le malade dans le contrôle de ses actes ».

Évidemment tout cela est affaire d’interprétation et relève aussi de l'empirisme, mais toute thérapeutique — ou à peu près — fut, à ses débuts, empirique avant de devenir scientifique ou, si l’on préfère, rationnelle. D’ailleurs, il ne manque pas d’études très rigoureusement conduites ayant été faites sur le même sujet et l’on peut les appeler en témoignage. Du nombre sont, par exemple, celles de M. Doguel (1), qui expose comment les diverses couleurs provoquent à un degré différent la dilatation ou la contraction de la pupille sur laquelle on les projette. Citons encore celles de M. Baccino (2) qui a montré que l’expérimentation par les lumières colorées change le rythme de croissance des jeunes animaux, lapins, rats ou cobayes. La permutation des teintes, a-t-il dit, principalement celle des couleurs complémentaires, inverse les croissances relatives de ces bêtes. D’une façon générale, d’après lui, le vert et le bleu paraissent troubler les phénomènes de croissance beaucoup plus que le rouge qui, toutefois, agit en facteur d’accélération. D’autres ont noté que la lumière rouge est plus favorable au développement des tritons, par exemple, et que, d autre part, la lumière rouge exclusive ne permettrait pas la transformation naturelle du têtard en grenouille. Voici maintenant un travail de MM. Schele et Heeser (3) qui porte sur une plante. Des épis de blé, entourés de sachets de couleurs différentes, produisent des quantités variées de graines et de qualité également diverse. En général, disent-ils, le poids de mille grains diminue rapidement quand on se déplace le long du spectre, les rayons rouges et les jaunes étant les plus favorables à la maturation; par

go — LES INFLUENCES MÉCONNUES

contre, le gluten des grains mûris sous papier bleu serait de qualité supérieure.

Restons-en là. Il nous est bien difficile de donner une explication valable de ces faits. Nous constatons seulement et c est déjà beaucoup. Si l’on veut émettre à leur égard des théories, la chose est loisible. On en sera quitte pour les démolir plus tard et, pendant ce temps, elles auront peut-être utilement servi, suivant le mot de Claude Bernard, d’« hypothèses de travail ».

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