ÉGLISE ET ÉCOLE
La propagande bulgare à l'étranger a toujours insisté sur l'église. et l'école comme critères de la nationalité en Macédoine. Il était donc intéressant de rechercher ce que sont devenues l'église et l'école dans les territoires envahis par les Bulgares. J'ai en conséquence étendu mon enquête aulsi de ce côté et les témoignages recueillis dans les contrées délivrées montreront ce qu'il faut penser de la sincérité bulgare à ce sujet.
Ce résumé d'enquête s'adressant à un public peu au courant des affaires balkaniques et surtout des affaires d'église, il est nécessaire de faire précéder les dépositions de quelques mots explicatifs.
Pour prouver à l'Europe que les Macédoniens sont des leurs et qu'ils doivent, par conséquent, faire partie de leur royaume, un des grands arguments des Bulgares est le fait qu'ils appartiennent à l'église schismatique. Un enquêteur désintéressé ne peut accepter un tel argument comme décisif. D'abord l'église schismatique est d'origine très récente : elle date du firman turc de 1870. On ne peut pas dire, comme on est en droit de le faire pour les chrétiens orthodoxes, que les membres de cette église pratiquent ce culte depuis de longues générations. Il n'y a donc pas ici la continuité de pratique durant des siècles qui donnerait à ce facteur une certaine importance.
Ensuite la différence entre l'église schismatique et l'orthodoxe n'est nullement fondamentale, condition qui permettrait encore d'attribuer quelque valeur à ce critère et per-
mettrait de diftérencier des gens qui pratiquent les deux cultes. C'est une simple différence d'étiquette : l'église orthodoxe emploie la langue grecque ou le vieux slavon (serbe), la schismatique le bulgare ; la première dépend du patriarche de Constantinople ou .du métropolite de Belgrade (qui est en relation avec ce patriarche), la seconde de l'exarque de Sofia.
L'église schismatique est une création politique bulgaroturque. Les Bulgares voulaient l'avoir pour pouvoir l'utiliser pour leur propagande nationale et le gouvernement de Constantinople n'était nullement tâché de diviser, encore plus qu'elle ne l'était déjà, la population macédonienne par une querelle religieuse. Cette division de la population était nécessaire aux Turcs pour pouvoir maintenir leur règne dans ces contrées. Naturellement l'église schismatique, pendant le régime turc de la Macédoine, a largement profité delà bienveillance ottomane envers elle.
Mes diverses enquêtes m'ont prouva que la plupart des Macédoniens ne se sont convertis au schisme que depuis relativement très peu de temps. Les causes de leur conversion sont de deux sortes : il va des convertis volontaires, et des convertis forcés. Les premiers se sont ralliés à l'église schismatique parce que, leur langue étant slave, les prières dites en bulgare leur étaient plus compréhensibles que celles dites en grec. En effet, dans bien des villages macédoniens, où personne ne parlait le grec, la messe y était chantée dans cette langue. Beaucoup d'entre eux, et tout spécialement parmi les jeunes gens, avaient fréquenté les écoles bulgares et avaient ainsi appris le bulgare. Il me paraît certain également que quelques-uns voyaient aussi, dans l'adhésion au schisme, un moyen de se procurer des avantages, soit par la protection des comitadjis bulgares, soit par celles des autorités turques favorables à cette église pour les raisons énoncées plus haut.
Les conversions par la force ont été tout aussi nombreuses, sinon plus nombreuses, que les volontaires. Ce sont les comitadjis, obéissant au mot d'ordre venant de Sofia, qui avec leurs bombes, fusils, revolvers et couteaux forçaient des villages entiers à se déclarer schismatiques.
Dans les territoires de la Macédoine acquis aux Serbes par le traité de Bucarest, il y avait des villages appartenant à l'église schismatique. Les Serbes, avec leur esprit très tolérant en matière religieuse, leur ont laissé leur culte.
Ainsi que l'église, l'école a également servi aux Bulgares comme moyen de propagande. En créant de multiples écoles ils espéraient arriver à « bulgariser » la population et à pouvoir la faire passer ensuite aux yeux du monde comme bulgare. Ils escomptaient, en outre, que cette belle ardeur « à apporter aux masses ignorantes les bienfaits de l'instruction » devait aussi les faire ranger à la première place des peuples balkaniques.
Je reproduirai d'abord les dépositions concernant l'église.
Village de Sovitch. — « Sovitch appartenait à l'église grecque. Pendant l'occupation bulgare on a forcé les habitants à prier en bulgare. » — Kole Deloff, 70 ans; déposition confirmée par les autres témoins du village.
Village de Dobroveni . — « Kosta Dintalovitch, pope du village, est patriarchiste, mais il ne sait pas le grec. Les Bulgares l'ont enfermé pendant trois mois dans sa maison et ne l'ont pas laissé sortir. Ensuite, pour pouvoir circuler et pour pouvoir dire la messe, Dintalovitch a dû leur payer 10 livres turques. Les Bulgares n'avaient pas de prêtres et n'ont pas fait de culte. Comme patriarchiste, le témoin disait la messe en grec. Les Bulgares lui ont donné un livre bulgare en lui ordonnant de s'en servir. » — Kosta Dintalovitch, 43 ans, pope du village ; déposition confirmée par Naoum Petrovitch, 41 ans. et Bojin Naïdeff, 60 ans.
Village de Slivitza. — « Le pope qui était au village pendant l'occupation bulgare, est patriarchiste. Les Bulgares lui ont interdit de pratiquer son ministère, l'ont empêché de circuler et l'ont constamment surveillé. » — Grigok Traikovitch, pope, 45 ans; déposition confirmée par YoYAN Traikovitch, Lazar Traikovitch et Nedelko
TOLEVITCH.
Village de Tel^avtzi. — « L'église du village ne fonctionnait pas pendant l'occupation bulgaro-allemande. Des
prêtres miliuiires oulgares passaient quelquefois et disaient alors la messe ». — Thomas Dimovitch, 38 ans; et Yovan Petrovitch, 86 ans.
Village de Kenali. — « Ils étaient libres d'exécuter le culte musulman ». — Omer OsmaN; 40 ans, kmet du village : Ghaban Ahmed, 45 ans ; Mahoud Alil, 40 ans ; et Adem Cheriff, 5o ans.
Village de Medzidli . — « On leur a permis de pratiquer leur religion (musulmane), mais les soldats se sont logés dans la mosquée et le moufti a été forcé d'officier en plein air. » — Moustafa Rouchan, 40 ans ; 1brah[m Osman, 45 ans; Ji.ia Ibrahim, 25 ans ; et Abdoila Osman, 12 ans.
Village de Lajetz. — « Les Bulgares ont voulu forcer le témoin à dire la messe en bulgare et, comme il ne savait pas cette langue, ils l'ont empêché d'officier. Deux ou trois des popes bulgares sont venus pour officier. » — Andria JlieviTCH, 38 ans, pope du village.
Village de \^elouchina. — « Lorsque les Bulgares sont arrivés, ils ont appelé le témoin et lui ont défendu d'officier en grec. Ils lui ont ordonné de le faire en bulgare sous peine d'être enfermé et envoyé à Sofia. Il a dit la messe en bulgare. Les militaires voulaient absolument le convertir à l'église exarchiste. » — Spira Veljanovitch, 5o ans, pope du village.
Village de Dragoch. — « Le couvent de Dragoch a été complètement pillé. Les icônes n'ont pas été enlevées, mais abîmées. Les coupes, les encensoirs, etc., ont été enlevés. Le témoin appartient à l'église patriarchiste. Les premiers temps de l'occupation il a dit la messe en grec, mais ensuite on le lui a défendu et, comme il ne savait pas le bulgare, la messe ne fut plus dite. Les Bulgares reprochaient au pope d'être grécoman, cependant ils ne lui ont point fait de mal. » — Jovan Ristitch, 62 ans, pope du village.
Village de Gradechnitza. — « On a ordonné au pope de dire la messe en bulgare. » — Panta Naoumovitch, 56 ans,
kmet du village ; Jovan Petrovitch, 73 ans ; et Nikola Stoyanoff, 58 ans.
Village de Kanina. — « Le prêtre disait la messe en grec mais, dès l'arrivée des Bulgares, ceux-ci l'ont forcé à se servir de livres bulgares et à célébrer la messe en bulgare. » — DiMiTRi JvANOviTCH, 39 aus, kmet du village ; déposition confirmée par les autres témoins du village.
Village d'Ostretz. — « Les Bulgares ont respecté la mosquée et ils ont laissé les gens pratiquer leur culte. » — Haim Hassan, 6o ans; et Risva Redjep, 72 ans.
Village de Holleven. — « Le pope n'a pas pu dire la messe, les Bulgares le lui avaient défendu. » — Tôle BoGOVEviTCH, 54 ans.
Village de Bistritza. — « Le pope n'a pas pu dire fa messe. » — Dîme Ristevitch, 67 ans.
Village de Zabjani. — « Les Bulgares ont empêché le pope de dire la messe. » — Spassove Yovanovitch, 40 ans, kmet du village; Apostol Sékoulovitch, 45 ans; et Pet-
KANA RiSTEFF, 50 aUS.
Village d'iven. — « Yven était exarchiste. C'est le prêtre de Grnitchani qui venait au village. Il a continué à venir. » — Bojin Seveitch, 5o ans ; Georges Petrovitch, 67 ans; Traiko Ristevitch, 5o ans, et Riste Stovanovitch, 45 ans.
Village de Raf^ech. — « Le village était mixte : exarchiste et patriarchiste. C'est le pope de Grnitchani qui desservait l'église. » — Stovan -Naidevitch, 54 ans, kmet du village ; déposition confirmée par les autres villageois.
Village de Brnik. — « Le village était anciennement patriarchiste, mais, sous les menaces du comitadji Stoyanoff, il est devenu schismatique. » — Stovan Stovkovitch, 65 ans, kmet du village, et les autres témoins de Brnik.
Village de Paralovo. — « Il y a à Paralovoun monastère patriarchiste. Le prêtre a dû dire la messe en bulgare. Des maisons patriarchistes et exarchistes se trouvent au vil-
lage. » — MiTzo Ilitch, 43 ans, kmet du village, et Mitzo YocHEviTCH, 6t ans.
Villagede Vranjevtzi. — « Il y avait deux églises patriarchistes au village. Ce sont des popes bulgares qui disaient la messe. » — Grouvo Veljanovitch, 47 ans, kmet du village, et ToDOR Georgevitch, 70 ans.
Village d'Orehovo. — « L'église patriarchiste du village fut saccagée par les Bulgares, qui l'ont utilisée comme écurie. La mosquée du village fut également détruite. » — Veljian Bogoyevitch, 48 ans, kmet du village, et Grosda.n KoLEviTCH, 55 ans.
Village de Dupeni. — » Le village était patriarchiste jusqu'en 191 3. Depuis lors il fut exarchiste. Le pope exarchiste a continué à célébrer la messe. » — Vasflji PopoviTCH, 45 ans, kmet du village ; déposition confirmée par Krste Popovitch, 46 ans ; Georges Ristevitch, 40 ans, et Krste Todorovitch, 46 ans.
Village de Krani. — « Le hodja ne pouvait dire les prières dans la mosquée que le vendredi. » — Vasilje Ristevitch, 70 ans ; Rakib Islam, 65 ans, etRousTEM Moledine, 57 ans.
« Le village étant exarchiste, les cérémonies du culte ont continué. » — Vasilje Andjelkovitch, 5o ans, kmet du village.
Village de Strbovo. — « Leur église était desservie une fois par mois par le pope de Nakoletz. Le village était schismatique- » — Djire Taleff, 48 ans, kmet du village du temps bulgare ; Tase Karanphilovitch, 75 ans, ancien kmet ; Riste Petrovitch, 46 ans.
Village de Bradutchina. — << Le monastère du Sveta Petka.qui appartient au village et qui contenait 1 5.000 ocques de foin, fut partiellement incendié par les Bulgares lors de leur départ. Le village était exarchique et, ainsi, l'église a pu être ouverte. » — Novak Naoimovitch, 56 ans, kmet du village; déposition confirmée par : Yovan Nikolovitch, 45 ans; pope Ilia Christe, 74 ans;SpiRO Ilitch, 70 ans :
Krste Yovanovitch, 6o ans ; Géorgie Andjklovitch, 49 ans ; RisTE ToMOviTCH, 35 ans.
Ville île Bitolj . — « L'église grecque était libre à la capitale. Dans les villages, les comitadjis ont forcé le peuple à devenir schismatique. Cette conversion a été faite de force. Jusqu'à 60 villages appartenant à l'église patriarchiste ont été ainsi forcés de devenir schismatiques. » — Chrisosto- Mos, métropolite grec de Bitolj.
« Les Bulgares sont entrés dans les mosquées et même dans quelques maisons privées, » — Mehmet Nahhj, moufti de Bitolj, et Hadji Ahmet Moi'deris.
« L'église serbe de Debar, ainsi que la maison du métropolite, ont été détruites. » — Nikola Blachitch, 48 ans. de Debar, attaché à la station militaire de Bitolj,
Vasilie Trbitch, le chef des volontaires serbes, qui a passé des mois en Macédoine envahie par les Bulgares, dit à propos de l'église : « Dans 40 villag?«s de la région de Poretch il n'y a qu'un pope, au village de Lokvitza. Ce pope est exarchiste, »
De tout ce qui précède, il résulte :
1" Que partout les Bulgares ont supprimé l'église patriarchiste ;
2" Que dans beaucoup de villages ils ont cherché à remplacer le culte patriarchiste par le culte exarchiste en forçant les popes à se servir de livres en langue bulgare ;
3° Qu'ils ont réussi dans leurs manœuvres en quelques endroits :
4° Que là où ils n'ont pas réussi ils ont tout simplement privé les villageois de leur culte ;
5" Que les popes intransigeants ont été traités en suspects par les Bulgares ;
6" Qu'à Dobroveni, par exemple, ils ont fait de la question d'église une question d'argent ;
7° Que là oii ils avaient supprimé les cultes patriarchistes en défendant au pope d'exercer sa mission, ils n'ont qu'en peu d'endroits et très insuffisamment remplacé ce culte par quelques messes dites par des popes militaires ;
S" Que des églises patrîarchistes et serbes ont été profanées par eux ;
^9" Que leur attitude vis-à-vis du culte musulman était très inégale. Dans certains villages, ils l'ont respecté; dans d'autres, ils ont profané les mosquées.
Donc, en résumé, les Bulgares n'ont point montré le respect envers l'Eglise qu'on était en droit d'attendre d'eux qui, dans leur propagande internationale, faisaient tant de cas des questions ecclésiastiques. Tout au contraire, on a nettement l'impression que la question de l'Église leur était parfaitement indifférente pourvu qu'ils fussent maîtres du pays et qu'ils pussent l'exploiter à leur guise. C'est à ce désir d'être les maîtres et de le faire sentir aux habitants qu'il faut attribuer leurs essais de « schismatiser » les popes et la population patriarchistes. Notons, en passant, que cette contrainte exercée en vue de faire changer de rite religieux, est parfaitement illégale et en contradiction formelle avec les lois et usages de la guerre.
Le peu de respect réel des choses religieuses de ces gens, qui se faisaient passer ou voulaient se faire passer pour des champions de l'Hglise, ressort également de la destruction, etc., d'églises et de monastères à différents endroits, par exemple à Orehovo, à Broutchina, à Debar. etc.
Je dois dire que je n'ai été que très peu surpris du manque d'égards des Bulgares envers l'Eglise. Je savais que, si devant le monde ils affectent d'attribuer une grande importance à la religion, ils ne considèrent cependant pas toujours l'Eglise comme un facteur essentiel de leur nationalité. Ainsi parmi le grand nombre de jeunes Bulgares envoyés, avec ou sans bourses d'Etat, en Suisse pour y faire leurs études universitaires, il s'en trouve un grand nombre qui s'affichent ostensiblement comme libres penseurs ! L'Eglise est pour les propagandistes bulgares une étiquette de propagande qu'on enlève quand on n'en a pas besoin ou qu'elle devient gênante !
En ce qui concerne l'école, j'ai recueilli les témoignages suivants (je supprimerai les noms de mes témoins, ceux-ci étant presque partout les mêmes que ceux cités pour la question religieuse) :
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Village de Tepai'tzi. — « Les enfants n'allaient pas à l'école, celle-ci étant fermée ».
Village de dradechnitza. — « L'école où allaient les enfants de Gradechnitza était à Dragoch, mais pendant l'occupation bulgare elle ne fonctionnait pas ».
Village de Barachanine. — « L'école ne fonctionnait pas pendant l'occupation bulgare ».
Village de Kanina. — « Les enfants allaient à l'école à Barachanine, mais cette école ne fonctionnait pas durant l'occupation bulgare ».
Village de Bistritza. — « Les enfants allaient à l'école de Christofor, mais celle-ci était fermée pendant l'occupation bulgare ».
Village de Zabjani . — « L'école du village a été fermée ».
Village d'lz>en. — « Il n'y avait pas d'école au village. Les enfants allaient à Brnik. Pendant l'occupation bulgare, l'école a été fermée ».
Village de Brnik. — « L'école qui existait au village du temps des Serbes a été fermée par les Bulgares ».
Village de Rapech. — « Les enfants du village allaient à l'école de Makovo, mais celle-ci fut fermée par les Bulgares ».
Village de Makovo. — « Du temps serbe nous avions une petite école au village. Les Bulgares l'ont fermée ».
Village de Paralovo. — « Les enfants allaient à l'école de Souvodor, mais cette école ne fonctionnait pas pendant l'occupation bulgare ».
Village de Vranjevtzi. — « Du temps serbe les enfants allaient à l'école de Souvodor, mais les Bulgares l'ont fermée ».
Village d'Orchovo. — « Quinze enfants du village fréquentaient l'école de Souvodor que les Bulgares ont supprimée ».
Village de Dupent. — « Les enfants de Dupeni allaient à l'école de Nakoletz. Depuis que les Bulgares sont venus, toutes les écoles sont fermées ».
Village de Loubojna. — « Les Bulgares ont fermé l'école du village ».
Village de Krani. — « L'école musulmane du village a été fermée par les Bulgares. »
« L'école chrétienne n'a pas fonctionné ».
Village de Harvati. — « L'école turque a été fermée par les Bulgares. Il n'y a pas d'école chrétienne ».
Village de Bradoutchina. — « L'école a été fermée par les Bulgares ».
Village de Nakoletz. — « L'école n'a pas travaillé pendant l'occupation bulgare ».
Vasilie Trbitch, déjà cité, dit en parlant des trois districts de Velés, Prilep et Poretch :
« Les écoles des villages considérés, du temps turc, comme serbes, ne fonctionnent pas ; c'est seulement dans les grands villages serbes qu'on a ouvert des écoles bulgares ».
La conclusion de toutes cesdépositionsunanimes recueillies dans la région actuellement libérée de la Macédoine mérite qu'on y insiste : les Bulgares, qui se vantaient tant devant l'Europe de leur organisation scolaire en Macédoine, ont tout simplement supprimé les écoles dans tous les endroits qu'ils ont occupés. Ils diront que c'étaient des écoles serbes, maisce n'est pas une raison de les supprimer, leur suppression étant contraire aux lois de la guerre. Ils ne les ont pas non plus remplacées par des écoles bulgares.
Les gens de Sofia chercheront à s'excuser par la « proximité du front » pour ces villages. Evidemment, ils n'en étaient pas très loin, cependant ils n'étaient nullement dans la zone de feu, au moins de l'automne 191 3 jusqu'en août 1916. Si vraiment l'école tenait tellement au cœur des Bulgares, ils auraient certainement trouvé un moyen dor-
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ganiser des écoles, comme les Français en Alsace, ou de faire fonctionner celles qui existaient déjà.
A relever également la fermeture des écoles turques, à Krani et à Harvati par exemple. Cependant, les Bulgares avaient toute raison de se concilier l'élément musulman puisque l'empire turc était leur allié. L'école turque n'était certainement pas un lieu où l'on enseignait le nationalisme serbe. Pourquoi ce traitement, pourquoi les Bulgares ne respectaient-ils pas plus les mosquées, « dans lesquelles iLs sont entrés », comme dit le chef des Musulmans de Bitolj, Mehemet Naili, et dans lesquelles, comme à Porodine, les Allemands fabriquaient des cintres en béton armé, ainsi que je l'ai vu de mes propres yeux, ou encore qu'on a utilisées comme écuries?
Je crois que la réponse est simple : les Bulgares se sont considérés comme les maîtres définitifs de la Macédoine et ont jugé inutile de continuer à jouer la comédie de l'église et de l'école destinée à impressionner le public ignorant des choses balkaniques. Comme maîtres définitifs ils voulaient aussi établir immédiatement leur domination en faisant disparaître, autant que possible, tout ce qui n'était pas bulgare. Ils n'ont pas remplacé les écoles supprimées, et ils démontrent par là le peu de valeur qu'ils attribuent réellement à l'instruction de ce peuple macédonien qu'ils prétendaient « vouloir libérer ». Le témoin Trbitch nous montre que, dans l'intérieur de la Macédoine, où ils ne peuvent pas invoquer l'excuse de la proximité du front, les Bulgares procèdent à peu près de la même façon et n'instituent des écoles que dans les grands villages,. lesquels sont plutôt rares.
Je citerai aussi dans ce chapitre un fait que j'ai constaté partout où je suis allé dans les régions libérées des Bulgares : ceux-ci ont procédé partout à la destruction de tous les livres serbes qu'ils ont pu trouver. Un évadé des Bulgares, DoucHAN Manoh-ovitch, de Chtipina, 3i ans, ancien gendarme serbedu détachement de Tétovo.dit à ce propos :
« L'emploi de la langue serbe est interdit. Tous les noms ont été changés et on a ouvert des écoles bulgares. Dans les églises tous les objets de valeur ont été pris. Les
archives ont été détruites. Il n'y a plus nulle part de livres serbes. Toutes les enseignes ont dû être transformées en langue bulgare ».
A Bitolj, j'ai recueilli à propos du changement des noms serbes la déposition typique suivante : « Ma tante, qui est iTiorte, fut enterrée a Bitolj, mais les Bulgares n'ont pas permis d'écrire son nom en serbe sur la croix du cimetière. Au lieu de << Bosilka Andriachevitch » ils ont exigé qu'on appose le nom de « Bosilka Andrieva ». — Bramslava Marinkovitch, J7 ans.
C'est la haine de tout ce qui est serbe et la peur qu'on puisse s'apercevoir de l'imposture de leurs prétentions sur la Macédoine qui ont fait agir ainsi les sujets de Ferdinand de Cobourg.
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