EMPRISONNEMENTS ET EXTORSIONS
Les Bulgares ont emprisonné beaucoup de personnes. La cause de ces emprisonnements résulte très nettement de la lecture des dépositions de mes témoins civils :
Village de Slivitza. — « Lorsque les Bulgares sont venus au village, ils ont commencé par faire des recherches d'armes et ils ont demandé aux villageois si ces derniers avaient des fusils. Malgré la réponse négative, ils ont cependant découvert deux vieux fusils enterrés dans un ravin. Cela leur a servi de prétexte pour emprisonner 9 notables •* Stoyan Srbinovitch, 47 ans, Risto Trajanovitch, 46 ans, Nedeiko Traikoft, 65 ans, Dimo Traikoff, 40 ans, ,George Traikovitch, 5o ans, Trajan Stoikovitch, 40 ans, Athanase Bojinovitch, 45 ans, Risto Stoikovitch, 60 ans, Kote Stoikovitch, 43 ans. Ils sont encore en prison depuis le printemps (interrogatoire de novembre 1916). Ils ont été d'abord en prison à Bitolj, maintenant on ne sait pas où ils sont. » — Petar Srbinovitch, 65 ans; Ilia GEORgEviTCH,37ans; Grigor Traikovitch, pope, 45 ans; Yovan Traikovitch, 55 ans; Lazar Traikovitch, 48 ans, et Nedelko Tolevitch, 40 ans.
« Un lieutenant et quelques soldats ont pénétré chez lui et l'ont emmené en prison. » — Grigor Traikovitch, 45 ans, pope.
Village de Batch. — « Délo Taleft a pris au témoin 400 francs en le menaçant de le battre et de le mettre en prison. Il lui avait demandé d'abord 1 .200 francs. Le témoin a payé en billets bulgares et il ajoute : « C'est grâce à notre
argent que Délo a pu partir avec les Bulgares. » — Krsta Nasevitch, 5o ans.
M Ristevitch et son fils Christo ont été d'abord emprisonnés à Batch et ensuite à Bitolj, où ils ne sont restés que deux jours. Délo Taleff les a fait battre dans la prison à Batch. Le témoin ne connaît pas la cause de son emprisonnement, mais il croit que c'est parce qu'il était serbomane. » — Vane Ristevitch, 70 ans.
Village de Brod. — « Lorsque les Bulgares sont arrivés, ils ont emprisonné 7 habitants du village. Ils demandaient de l'argent aux gens et, quand ceux-ci n'en donnaient pas, ils les emprisonnaient. C'était Vilip Indoff, le président de la commune, qui ordonnait ces arrestations. » — Stoyan Donevitch, 5o ans, kmet du village.
« Mihailovitch a été emprisonné par les Bulgares pendant 5 mois. Il a été 8 jours à Prilep et ensuite il fut amené à Bitolj. Lui et les 6 autres suivants furent déclarés suspects d'espionnage, savoir : Stoiko Dimitrievitch, Kote Mitrovitch, Jovtche Georgevitch, Mitar Talevitch, Veljan Georgevitch et Stoyan Dimitrievitch. En prison ils ne recevaient qu'un demi-pain par jour, c'est-à-dire un kilo pour deux. Dans les prisons de Bitolj se trouvaient les gens de Slivitza, Skotchivir et Tepavtzi. C'est Indoff qui les a arrêtés. En prison, à Bitolj, chacun des sept paysans de Brod a payé 400 francs à un civil pour être libéré. Indoff et Délo Taleff, du village de Batch, avaient demandé 10 livres turques à Mitar Talevitch pour ne pas l'incarcérer. Mitar voulait leur donner des billets bulgares, mais ils ne les ont pas acceptés et l'ont jeté en prison. » — Kosta Mihailovitch, 53 ans; Lazar Stalevitch, 65 ans; Stoiko Dimitrievitch, 64 ans; Yane Movanovitch, 35 ans; Velika Trajanovitch, environ 5o ans, et Mile BogoVevitch, 16 ans.
Village de Krémian-Koinari . — « Le kmet turc nommé par les Bulgares, Ahmet, prenait du blé et, également, de l'argent qu'il portait à Batch. Si les gens ne payaient pas, il les amenait à Batch, où on les emprisonnait. » — Stoyan Mitreff, environ 80 ans; Naoim Tebetchoff, 70 ans, et sa femme Velika.
Village de Tepcn>tzi. — « Boj^oye tut emprisonné pendant 3 mois (8 jours à Prilep et le reste à Bitolj). Pour se libérer, il a dû payer i5 louis, la moitié en or, l'autre moitié en papier bulgare. » — Bogoye Troi.iano> i tch, 33 ans, kmet du village ; ^'o\ an Pktromtch, 86 ans.
« Le témoin était au \ illage pendant toute l'occupation bulgare. Avec i3 autres paysans des villages des environs, il fut emprisonné av^ec le kmet. Comme celui-ci, chacun a été forcé de donner i3 louis pour se libérer. En prison ils devaient se nourrir à leurs frais. Thanas fut emprisonné parce que le fameux Délo, de Batch, l'a accusé d'être venu, il y a 10 ans, avec des comitadjis grecs et d'avoir incendié deux maisons du village. » — Thanas Dimovitch, 38 ans.
Village de Skotchivir. — « Beaucoup d'habitants ont été emprisonnés.' Deux sont encore en prison (à Bitolj d'abord, emmenés ensuite) : Trpko Stoitchevitch et Kole Athanasovitch. On les a emprisonnés parce qu'ils étaient Serbes. A Prilep, des prisonniers ont pu se libérer en payant. Ce sont les comitadjis qui ont fait jeter en prison les habitants. » — Traiko Ninen rrcH, 59 ans, kmet du village.
« Les Bulgares ont arrêté Ristitch en même temps que Riste Ninevitch, Riste Koulevitch, George Athanasovitch et deux autres qui sont restés là-bas. Ils ont été emprisonnés comme serbomanes et ils sont restés 7 mois à Bitolj et 2 mois à Prilep en prison. Ristitch a dû payer 3o louis pour être libéré. Philippe Athanasovitch (alias Indofl" de Brod) et Vane de Tchéganje, ainsi que le capitaine DimitriefF, ont extorqué de l'argent à la population. » — Stoitcho Ristitch, 65 ans ; déposition confirmée par Risto Koulevitch, 60 ans, Risro Tcheblacomtch. 62 ans. et Riste Kotevitch, 39 ans.
Village de Veleselo. — « On n'a emprisonné personne, mais on a pris i5 louis à Antoine Petkoft en lui disant : « Tu es un méchant homme et, si tu ne donnes pas t5 louis, on te mettra en prison. » C'est Philippe Athanasoff (Indofl, de Brod) qui lui a pris son argent. » — Trajan Ristitch, 60 ans, kmet du village; Bojin Markovitch, 70 ans : Antoine Petkoee, 60 ans, et Tra.ian Traikoff, 17 ans.
Village de Kenali. — « Quatre hommes ont été emprisonnés sous l'inculpation d'avoir été en relations avec les autorités françaises à Florina. Ce sont : Orner Ahmed, Adem Betchir, Houssin Rachidet Housman Osman. Ils sont encore en prison. Un lieutenant a pris à Omer Osman 65 livres turques en or. » — Omer Osman, 40 ans, kmet du village; Chaban Ahmed, 45 ans; Mahmoid Alil, 40 ans, et Adem Cheriff, 5o ans.
« Le témoin fut aussi en prison avec les quatre autres. Un homme était venu au village de Bitolj pour acheter du foin. Son permis n'était pas en règle et on lui a demandé quelles personnes il connaissait à Kenali. Tous ceux qu'il indiqua furent emprisonnés et battus. Rachid est resté i5 jours en prison. Pour se libérer, chacun des prisonniers devait payer 5 louis d'or. C'est un ami, qu'ils avaient à Bitolj, qui est venu leur faire l'offre de leur libération moyennant argent et cela de la part du directeur de la prison. » — Omer Rachid, 35 ans, déposition confirmée par les précédents.
Village de Medzidli. — « Moustapha a été emprisonné à Bitolj pendants 12 mois. Il a été arrêté avec Houssein Redjep et Chefki Arif comme inculpé d'espionnage. Pour se libérer, ils ont payé 68 livres turques en or. C'est le greffier qui encaissait l'argent au nom du préfet. Ils ont été forcés de payer en plus encore un avocat. » — Moustapha Rouchan, 40 ans; Jbrahim Osman, 45 ans; Ieia Jbrahim, 25 ans, et Abdol'la Osman, 12 ans.
Village de Lajetz. — « Le kmet a été arrêté et enfermé pendant 10 jours. Il put se libérer moyennant 20 livres turques en or qu'il a payées à Todor Dimitrieff, sergent des comitadjis. » — Nikola Todorovitch, 36 ans, kmet du village; Andria Ilievitch. 38 ans, pope du village.
Village d'/ven. — « Les Bulgares ont emprisonné 5 personnes : Nedelko Mitrovitch, 45 ans, Dimitrie Stoyovitch, 5o ans, Nasto Petkovitch, 54 ans, Stoyan Athanasovitch, 65 ans, et sa femme Mara, 60 ans. Le beau-fils d'Athanasovitch, Riste, aurait coupé des fils téléphoniques. Les autres
ont été mis en prison parce qu'ils étaient bien avec les Serbes du temps du régime serbe. Deux des emprisonnés ont été kmets. >> — Bojin Seveitch, 5o ans; George PetroviTCH, 67 ans; Traiko Ristevitch, 5o ans, et Riste Stoya- NOviTCH, 45 ans.
Village de Brnik. — « Le témoin déclare que le voivodecomitadji Georgi Stoyanoflf et le garde-champêtre des Bulgares lui ont pris 16 louis. Yochevitch a été en Amérique et avait un passeport américain. C'est pour cela que les deux Bulgares l'ont accusé d'être un ami des Anglais qu'il faudrait tuer. Pour l'épargner, ils lui ont demandé 16 louis. A Mitre Yochevitch, les mêmes ont pris i3 livres turques en or et 200 francs en argent serbe, parce qu'il était kmet du temps du régime serbe. A Athanase Mitrevitch ils ont pris 2 livres turques en or parce qu'il avait apporté au président de la commune de Prilep une lettre annonçant l'assassinat deZveta Mladenova. » — Athanase YocHEvrrcH, 26 ans.
Village de Souvodol. — « Pavle Kristoff et George Kristoff, voivodes de Bitolj, ont pris à Ristevitch 75 louis d'or parce qu'il avait été kmet du temps serbe. A 2 ou 3 reprises ces hommes l'ont appelé à Bitolj pour l'incarcérer. Il a pu se tirer d'affaire en payant. » — Stovan Ristevitch, 45 ans, ancien kmet du village, et Naoum Vesdinovitch, 58 ans.
Village d'Orechovo. — « A Ive Naidovitch on a pris 3oo lèves parce qu'il était kmet du temps serbe. C'est Trajan Yovanovitch, de Christiphor, qui'^ait à la municipalité de Novatzi, qui a pris l'argent. Ive fut appelé dans cette localité et c'est là que l'argent lui fut pris. A Novatzi, on a pris également 100 lèves à Veljan Bogoyevitch. » — Veljan Bogoyevitch, 48 ans, kmet du village, et Grosdan Kolevitch, 55 ans.
Ville de Bitolj . — « Sous prétexte d'espionnage on a arrêté une cinquantaine de personnes. Après les démarches du témoin, les cas ont été revisés par le général Boyadjieff, et quelques-uns des détenus furent relâchés, mais les autres ont été envoyés à Sofia. Le métropolite est persuadé qu'ils sont innocents. » — Chrisostomos, métropolite grec de Bitolj.
Blachitch était à Debar jusqu'au 20 novembre (a. st.) 1915 et, comme il tomba gravement malade, il fut obligé d'abandonner son poste de chef de la station militaire dans cette ville. Il s'est rendu en Albanie, chez un ami, Malitch Aga, au village de Dono Grehiste. Il y est resté caché 35 jours. Sa femme lui a écrit qu'il pouvait rentrer à Debar sans danger, ce qu'il a fait. Immédiatement il a été arrêté par les Bulgares. Le commandant de la place de Debar, le capitaine Todoroff du 12' régiment, lui a dit alors :
« Tu as fait beaucoup de mal à la population et il n'y a que la peine de mort qui puisse te punir pour cela. Je vais t'envoyer sur le pont du Drim, que vous avez fait sauter après le passage des troupes serbes, et je te ferai égorger là-bas
comme les mille soldats serbes que j'y ai déjà envoyés »
Blachitch est resté en prison de décembre 191 3 à septembre 1916 lorsqu'il fut transféré de Debar à Bitolj. Le lendemain de son emprisonnement à Debar, un membre du comité bulgare s'est rendu chez sa femme et lui a dit que la vie de son mari était en danger. Si elle donnait (î.ooo fr., il prenait sur lui de le sauver et de le faire sortir de prison. Sa femme a donné la somme. On a envoyé un médecin grec, Demètre Kalamaris, qui était auparavant au service de l'armée serbe, pour examiner, en prison, l'état de santé de Blachitch. Le médecin l'a déclaré dangeureusement malade et l'a fait transporter à l'hôpital de \a ville où, quelques jours plus tard, est venu un médecin bulgare pour l'examiner de nouveau. Celui-ci a prétendu qu'il n'était pas malade et qu'il fallait le renvoyer en prison. Blachitch lui propose de le soigner et le Bulgare se fait payer 600 francs par la femme du malade. Ainsi il a pu rester à l'hôpital jusqu'au mois de septembre. Le médecin bulgare était le Dr. Nikoloft, médecin du 12«^ régiment.
Risto, maire de la commune de Parech, a été emprisonné et relâché une dizaine de fois, toujours rançonné par ceux qui l'arrêtaient.
Dans la maison de Blachitch on a perquisitionné 6 fois et on lui a pris tout ce qui avait un peu de valeur. Le i.î septembre 1916, Blachitch fut évacué à Bitolj, menottes aux mains et aux pieds, et emprisonné dans la prison de cette
ville. A Debar il y avait avec lui quelques Turcs et des Serbes du village de Dresantche : un pope et quelques paysans. Le pope y est resté 6 mois et a été transporté ailleurs. Ils étaient 35 dans une petite chambre sans portes et sans vitres aux fenêtres. Les issues étaient gardées par des soldats. Parmi eux, il y avait aussi des enfants albanais de 7 ans. A Bitolj, le témoin est resté en prison jusqu'au 4/17 novembre 1916. Ce jour-là, les prisonniers ont reçu ordre de se préparer à être évacués à Prilep. Blachitch demanda à voir le directeur de la prison et le pria de le laisser à Bitolj, puisqu'il était malade. Le directeur l'insulta dabord et lui dit : « Tu es condamné à mort, tu dois aller à Prilep. » Blachitch lui proposa alors de lui donner 2.000 francs pour le relâcher. Le directeur accepta et lui délivra un saufconduit à condition de se cacher dès qu'il serait sorti de prison, et de rester caché tant qu'il y aurait des Bulgares en ville. Le bulletin sauf-conduit est libellé comme suit :
( Traduction)
Empire bulgark
Pnson départementale de Bitolj
17/XI. 1916, Bitolj.
Au Commandant de la garnison de Bitolj.
Monsieur le Commandant, Suivant télégramme N" 3378 du 16/Xl 1916, du président du tribunal militaire de Prespa, je remets en liberté le nommé Nikola Blachitch, de Debar.
Le directeur de la prison, Ivan Kristov (? mal écrit).
Sceau de la prison.
II y avait 3oo personnes en prison et toutes furent emmenées à Prilep enchaînées, sauf celles qui ont donné de l'argent au directeur. Ces 3oo n'étaient que les prisonniers de la prison départementale, d'autres étaient dans les geôles des commissariats et furent emmenés aussi à Prilep, la plupart sous l'inculpation d'espionnage. Ont payé au directeur de la prison : Heraclia Sachevitch, négociant à
Bitolj, i5o louis ; Naouni Kotchas, 60 ans environ, rentier, 400 francs ; Demir Housein, contrôleur du tabac à la régie serbe, 2.000 francs ; Petar Nikolitch, huissier de Bitolj, 3oo francs ; et d'autres.
« Pendant les derniers temps de l'occupation bulgare, les fonctionnaires ne cherchaient qu'à faire de l'argent. Pour cela ils emprisonnaient les gens pour les relâcher moyennant argent. Ils emprisonnaient aussi des enfants. Un garçon de 10 ans, Sartje, de Prilep, fut condamné à 10 ans de prison. 11 y avait dans les prisons beaucoup d'enfants de 10 à 16 ans. Blachitch, après sa sortie de prison, est resté caché jusqu'au 19 novembre et est allé trouver ensuite le lieutenant Michitch. » — NikoLa Bla- CHrrcH, 48 ans, de Débar, actuellement attaché au commandement militaire de la place de Bitolj.
« Elle et son mari ont été emprisonnés, d'abord pendant dix jours. Elle fut laissée à Bitolj, mais les Bulgares ont emmené son mari. Un Bulgare de Bitolj, Nikola Altiparniak, commissaire de police, lui a dit qu'elle serait aussi emmenée, si elle ne donnait pas d'argent. Elle lui a remis 60 lèves. A la prison, on ne leur a rien donné à inanger, et les détenus devaient faire venir leur nourriture de la maison. Son mari avait une hernie et les Bulgares ne lui ont pas permis de porter sa ceinture anti-hernière. » — Velika, femme de Kosta Ristitch, 3o ans ; déposition confirmée par Vasilia, femme de Risro DiMrrRiEviTCH.
« Le témoin sait que le préfet Boyadjieft a extorqué de l'argent à des hommes très honnêtes. » — Sotvr Sekou- LOViTCH, 37 ans, commerçant.
" Les fonctionnaires et les militaires bulgares se sont enrichis au détriment de la population. Ils ont tout fait pour soutirer de l'argent aux gens. Ainsi ils appelaient les citoyens au commissariat de police et, sous prétexte qu'ils avaient mal parlé du gouvernement bulgare, on les mettait en prison. Peu de temps après un fonctionnaire venait leur dire que, moyennant argent, ils pouvaient se libérer immédiatement. Le prix ordinaire était de i3 à 20 livres turques. Les Bulgares ne prenaient jamais de billets de banque, mais seulement de l'or. Salomon Pichas, commer-
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çant de Bitolj, a été ainsi rançonné. Le comité se procurait de l'argent de la façon suivante : un délégué arrivait chez les citoyens et leur disait qu'ils étaient sur la liste des gens à déporter mais que, avec de l'argent, ils pouvaient se libérer. Ainsi, un jour, Yovantcho Mandrovitch et Taki Sarovitch, changeurs, sont venus chez le témoin pour lui dire qu'on leur avait demandé de l'argent pour ne pas les interner. Boyadjitch est allé chez le colonel Ivanoffetlui a raconté la chose. Celui-ci a appelé le membre du comité et l'a forcé de rendre l'argent. » — Pktar BovAn,nTCH, 64 ans, commerçant.
« Lorsque les Bulgares sont arrivés, son mari a été mis en prison à Prilep pendant deux mois et demi. Là il fut si maltraité et battu qu'il a été envoyé à Bitolj comme malade. Il resta trois semaines à la maison et fut de nouveau emprisonné. Un mois après il fut relâché. La quatrième fois.il fut emmené. Son mari a été conducteur des travaux à la municipalité de Bitolj. A la prison de Bitolj il n'a pas été maltraité. A Prilep il a été battu sur les jambes par les comitadjis. Ceux-ci entraient dans les cellules avec des fouets à cordes et battaient les Macédoniens « pour leur montrer qu'il ne faut pas aimer les Serbes ». 11 était dans une chambre dont toutes les fenêtres étaient brisées ; avec lui il y avait 19 autres détenus. Le voïvode de comitadjis. Milan Djourloukoff, arrivait très souvent avec une cravache et battait les prisonniers en disant : « Vous attendez les Serbes ». Le témoin ne sait pas ce qu'est devenu son mari. Il a été arrêté pour la dernière fois au mois de septembre 1916. Il y eut beaucoup d'hommes qui furent emprisonnés, mais leurs femmes sont allées trouver les Bulgares et ceux-ci les ont relâchés^ Son mari ne voulait pas qu'elle demande une faveur aux Bulgares. » — Vasilka, femme de KousMAN ZvETKOviTCH, 3o ans.
« Pour la moindre chose on arrêtait les gens. » — MiCHAEL Kriasta, 49 ans, directeur de l'hôpital grec de bitolj.
De toutes ces dépositions de Macédoniens des territoires libérés, il résulte que les Bulgares, aidés de leurs fidèles comitadjis, ont emprisonné beaucoup de monde. Parfois la
cause de l'emprisonnement fut la haine du Serbe. La plupart du temps cependant, la prison leur servait de moyen commode pour extorquer de l'argent à la population. Petar Boyadjitch, notable Monastiriote, dit : « Les fonctionnaires et les militaires bulgares se sont enrichis au détriment de la population ». Pour se convaincre de la justesse de cette appréciation, on n'a qu'à lire la déposition de ce témoin, celles de Nikola Blachitch, d'Athanase Yochevitch, de Moustafa Rouchan, d'Orner Rachid, de N'eljan Bogoyevitch et de tous les autres.
Certes, la lettre de libération de Nikola Blachitch, que j'ai eue entre les mains et dont j'ai publié la traduction exacte dans ce travail, restera un document typique nullement à l'honneur des fonctionnaires bulgares, mais qui montre bien l'esprit qui les animait : gagner beaucoup d'argent par n'importe quel moyen, même par le meurtre s'il le faut î
Dans le corps des officiers nous trouAons ce même esprit de lucre. Xous avons \u au premier chapitre le lieutenant Koitcheff qui massacre des paysans pour envoyer ensuite iSo.ooo lèves, produit du pillage des victimes, à sa famille à Plevna. Nous avons rencontré un général, gouverneur de la Macédoine, le général Ratcho Petroft, dont nous nous occuperons encore, qui rançonne la malheureuse population macédonienne pour s'enrichir. Nos témoins ont accusé de pillage des ofticiers et le fameux capitaine Boyadjieff, préfet de Bitolj, dispose à son profit de la fortune et des biens de Monastiriotes. A Skotchivir, le capitaine Dimitrieff, avec deux comitadjis, extorque encore de l'argent aux villageois qui n'ont presque plus rien pour vivre. A Kenali. un oMicier prend 65 livres turques en or à Omer Osman. Singulière façon de comprendre l'honneur d'une armée !
Poussés par leur désir d'exploiter aussi fructueusement que possible cette Macédoine tant convoitée et cela dans le double but d'empêcher la création <rune (îrande Serbie et d'acquérir un pays fertile pour s'enrichir, fonctionnaires, comitadjis et militaires bulgares ont perdu de vue toute modération indispensable pourtant pour laNenir. Kn
eftet, il s'agissait pour eux, qui savaient bien que la Macédoine n'était nullement un pays bulgare, mais qu'on fjouvait la << bulgariser », de gagner cette population hétérogène rendue méfiante au plus haut degré par des centaines d'années d'oppression. Au lieu de cela ils l'ont pressurée et torturée, n'ayant qu'un but en vue : s'enrichir immédiatement. Nous verrons plus loin l'effet produit par ce régime sur la population indigène.
Les sujets de Ferdinand de Cobourg, comme nous l'avons vu déjà dans les chapitres précédents, n'ont pas même su se concilier les bonnes grâces de la population musulmane assez nombreuse de la Macédoine, population pourtant primitivement bien disposée envers eux, puisqu'ils étaient les alliés de la Turquie, dé leur ancien pays, de même religion qu'eux. Les Bulgares rapaces et imprévoyants ont rançonné cette population musulmane comme ils l'ont fait avec les slaves orthodoxes. Les gens de Kenali, de Medzidli, etc., nous l'ont raconté. Les ex-prisonniers de ce dernier village nous disent même que ce n'était pas assez que les fonctionnaires leur extorquent de l'argent ; les personnes sans mandat s'en mêlent encore et, pour être libérés de leur détention illégale, ils doivent encore payer un avocat !
A Brod et dans divers autres endroits, ces exploiteurs ne veulent pas accepter le prix de la rançon en billets bulgares. Ils ont vraiment peu de confiance dans la monnaie de leur propre pays!
Je ne dirai rien des méthodes employées par les Bulgares pour arriver à recueillir autant d'argent que possible. La simple lecture des dépositions citées éclairera entièrement le lecteur à ce sujet.
Bien que la concordance de tous ces témoignages, faits par des gens vivant en des endroits différents et s'ignorant complètement les uns les autres, soit déjà une garantie suffisante, je dirai même absolue de la véracité des faits, il pourrait cependant rester un léger doute dans l'esprit du lecteur impartial. J'ai donc cherché d'autres témoins encore et, en premier lieu, des témoins bulgares, qui ont tout intérêt à cacher ces choses. Voilà ce que m'ont dit, par
exemple, deux prisonniers bulgares dont j'ai eu la possibilité de vérifier les témoignages :
N° 35, Joans, du 1 2^ régiment d'infanterie '■ « Le témoin ne fut à Bitolj que dix jours et dix jours à Débar. Il a entendu dire et il l'a vu aussi personnellement, que des personnes ont été arrêtées à Débar, mais il n'a pas pu savoir exactement les raisons de ces arrestations. C'étaient des civils. Toutefois on lui a raconté qu'on les a mis en prison parce que quelques soldats bulgares avaient été tués. 11 a vu des « habitants de la Macédoine » qui montent la garde avec des fusils devant les prisons ».
N° 36, 2Ç ans, du io^ régiment d'infanterie : << Les autorités militaires ont commis des extorsions. Les militaires ont employé tous les moyens pour faire de l'argent. Souvent les soldats tuaient des gens et accusaient ensuite les Serbes de les avoir assassinés. Les autorités prenaient prétexte de ces accusations pour organiser des massacres en masse, « pour réprimer la révolte », comme elles disaient. Beaucoup de monde fut arrêté ».
L'aveu ne peut pas être plus formel !
Mes témoins serbes évadés des Bulgaro-Allemands ne sont pas moins affirmatifs :
« Les gens de Skoplié étaient rançonnés par la force s'ils ne voulaient pas payer. Mon père, qui a une fabrique de cigarettes, a dû payer 10.000 lèves à BairoflF, le secrétaire de la police de sûreté, en réalité l'homme de paille du général Ratcho Petrofî. Ce Bairoft était un voyou de Bulgarie que Petroff avait amené tout spécialement pour ce ravail (extorsions). Au dire même des Bulgares de Skolié, Bairoff était un des filous les plus connus de Bulgarie.
e système de Ratcho Petrofî était le chantage. Il menaçait les gens de déportation et les forçait ainsi à payer ce qu'il voulait. A côté de Petroff, tous les fonctionnaires extorquaient de l'argent à la population •». — Bojidar Mladengvitch, de Skoplié, 24 ans, ancien soldat serbe et déserteur du 11^ régiment bulgare.
« A Kavadar, les Bulgares ont mis en prison Lazar Traikovitch, Stevan Netkovitch, Gligor Anastasievitch (tués
ensuite), Georges Bochkovifch, Stevan Netkovitch et Pane Kotsevitch. Au village de Ressova ils ont emprisonné : Kotse Latskovitch ; à Béglichte : le pope Ilia et d'autres. Toutes ces personnes devaient être tuées immédiatement, mais le préfet, sur la demande de la population, les a prises sous sa protection. » — Vklia Mantchitch, sergent serbe et déserteur bulgare.
Vasilie Trbitch, 35 ans. donne au sujet des emprisonnements le renseignement curieux suivant : « La prise de Bitolj est encore inconnue officiellement (janvier 1917). A Prilep tous les carreaux des fenêtres sont cassés par le canon mais, si quelqu'un dit qu'il a entendu le canon, il est mis en, prison. »
Les dépositions que je \ iens de citer viennent donc confirmer les dires de mes témoins des régions libérées tout en v ajoutant certains détails qui ne manquent pas d'intérêt. Ainsi ce général Ratcho Petroft, de>'enu depuis chet d'Htat- Major général, ancien inculpé de la cour d'assises, qui organise le chantage et l'extorsion avec un apache notoire, n'est pas ordinaire. Et que dire de ce mensonge officiel qu'on maintient à coup d'emprisonnements que nous révèle le témoin Trbitch? On reconnaît bien là la manière bulgare, trop peu connue du public européen, mais bien connue de ceux qui ont suivi l'évolution de ce pays.