‹ Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de MacédoineChapitre 21 sur 28 · MAUVAIS TRAITEMENT DE L^ POPULATION · texte numérisé non relu

MAUVAIS TRAITEMENT DE L^ POPULATION

Viols

« La population était terrifiée et les gens n'osaient pas s'approcher des prisonniers. Dans les villages, il y avait des soldats allemands. Le témoin n'a rien entendu dire au sujet de viols qui auraient été commis. » — GEORgEs Yova- NOviTCH, de Gostirazna, du 5'^ régiment serbe, versé plus tard, comme prisonnier, dans l'armée bulgare.

« A Skoplié, les Bulgares terrorisent la population serbe. Le témoin en donne quelques exemples. Ainsi Mme Ouzoun Mirkovitch, femme du coFonel-brigadier, a été complètement dépouillée par les autorités bulgares. Cela ne leur a pas suffi. Ils ont défendu qu'on lui prête secours et qu'on aille la voir au cours de sa maladie, ce qui a contribué à hâter sa mort. De même, l'hospice des orphelins de Skoplié a été dévalisé par les Bulgares. » — BojiDAR AIladenovitch, de 'l'choutcher, soldat serbe et déserteur bulgare.

« D'autre part, tous les villages ont été mis à sac et livrés aux flammes (automne 191 5), alors que des cortèges interminables de vieillards, de femmes et d'enfants, persécutés, chassés, traqués par les hordes bulgaro-albanaises, fuyaient de tous les côtés. Tous ces gens étaient exténués de fatigue et transis de froid. » — Andjelko Dj. TsvetkoviTCH, de Draitchika, du 24'' régiment serbe, déserteur du 45'^ régiment bulgare.

« Lorsque les premiers pelotons de la cavalerie bulgare entrèrent à Ochrida, on donna l'ordre à la population de se rendre devant le parc pour acclamer les troupes. Andjelko Georgevitch, jardinier à Ochrida, y est aussi allé avec sa femme. Dans le parc se trouvaient les prisonniers serbes. » — Rapport du Commissaire du Gouvernement SERBE. N" 548.

« Tout le monde vivait à Belgrade dans la crainte des autorités autrichiennes et des espions. Personne n'osait sortir le soir, car des patrouilles parcouraient toute la nuit les rues et arrêtaient tous ceux qu'elles rencontraient. Lorsque le Kaiser a passé à Belgrade pour se rendre à Nich, on avait ordonné d'éclairer les maisons dételle façon qu'on puisse voir la lumière du dehors. Il y a partout des espions qui dénoncent les gens dès qu'on dit quelque chose qui leur déplaît. » — D' Athanasiadès, Grec, médecin de l'arrondissement de Gratchanitza.

« Sur notre chemin, pendant le transport, j'ai vu partout qu'on enlevait les tuiles des niaisons et qu'on les employait pour la réparation des routes, effectuée par la population. J'ai appris aussi des paysans que l'ennemi détruisait tous les outils et machines agricoles et même les moulins. » — ViTÈzE Bradilovitch, percepteur à Ganitza, sous-lieutenant au 9" régiment d'infanterie. Evadé d'Autriche.

« Après l'occupation de la Serbie en I9i3, je suis revenue avec mon mari de Krouchevatz à Belgrade. Beaucoup d'autres gens sont également revenus dans la capitale. La surveillance y était très sévère. Tous les magasins étaient fermés. La population est terriblement maltraitée et les prisons sont pleines d'hommes, de femmes et d'enfants. Pour les raisons les plus futiles, les gens sont soumis dans les prisons à une véritable torture. » — Marie, femme de MiLOUTiNE Milkovitch, de Belgrade.

« J'ai été airiené sous escorte de Svilainatz à Nich, mais l'ordre indiquant le lieu où l'on devait me conduire n'étant pas encore arrivé, je fus mis en prison pour y attendre la réponse... A Nich (pendant le rapatriement), j'ai été de nouveau enfermé en prison dans la cellule où se trouvait

déjà Mita Metarsky, commerçant de Nich, ainsi qu'un autre Serbe vêtu en paysan, corpulent et qui paraissait être riche. J'ai appris par mes deux compagnons que les Bulgares commettaient les pires extorsions en menaçant les habitants d'internement. Ils convoquent les gens et leur annoncent qu'ils ont reçu l'ordre de les interner, mais que les personnes convoquées peuvent se libérer en payant une certaine somme. Naturellement beaucoup de gens se rachètent de cette façon et les Bulgares ramassent des sommes considérables. Metarsky m'a dit qu'on l'avait ainsi convoqué cinq ou six fois et que, comme il n'avait pas voulu payer, on l'avait chaque fois retenu quelques jours en prisonT Cependant les Bulgares ont été forcés de le relâcher ensuite, n'ayant pas d'ordre officiel de l'interner. Cette dernière fois^ jusqu'au moment de mon départ, on l'avait retenu 23 jours et je ne sais pas ce qu'il est devenu ensuite. On dit qu'en procédant ainsi, les i^ulgares ont extorqué des sommes considérables et que, dans une seule localité près de Nich, ils ont ramassé environ Goo.ooo francs. Ceci m'a été raconté par Metarsky ainsi que par la femme d'un maire, femme que les Bulgares détenaient en prison à Nich, pendant que son mari était incarcéré à la forteresse parce qu'on le suspectait d'avoir été en relation avec Kosta Petchanatz, le chef des insurgés serbes. Je ne connais pas le nom de cette femme. » — D' Athanasiadès, Grec, médecin de l'arrondissement de Gratchanitza,

« Je connais le cas suivant : En 1912, à Prilep, lorsque la ville a été délivrée par les Serbes, Georges Voinovitch, commerçant de l'endroit, a dit à un certain Taie, dans un café où il y avait un portrait du roi Ferdinand à côté de de celui de Pierre, qu'il ny avait plus de place pour ce portrait de Ferdinand, En I9i5, ce commerçant a dû payer pour cela, et uniquement pour cela, 35o napoléons d'or au voïvode de comitadjis Djourloukoft « comme punition ». Cette amende lui fut infligée avec l'approbation pleine et entière du chef de l'arrondissement, le Bulgare Yordan

Trenkofl A leur arrivée à Prilep en I9i5, les Bulgares

ont emprisonné beaucoup de gens. Les uns furent relâchés moyennant argent, les autres furent tués. Yordan

frenkoff, Djourloukoff et les autres partisans des Bulgares et les Bulgares eux-mêmes ont jeté en prison, en les accusant d'être suspects, tous les gens dont ils voulaient se débarrasser. En arrivant à Prilep de Bitolj, où je m'étais caché lors de l'arrivée des Bulgares, j'ai trouvé ma maison occupée par quelques comitadjis bulgares. Ma mère et mon frère Dimko, âgé de 3i ans, étaient en prison. Moimême je fus découvert par les Bulgares chez un de mes parents, où je me suis caché, et je fus mis en prison pendant sept jours. Je n'ai pu me libérer que moyennant 125 napoléons que j'ai versés entre les mains d'un des comitadjis de Djourloukoft", un certain Petar Lamie. » — Georges Todorovitch, infirmie'r serbe et évadé des Bulgares.

Nous verrons plus tard, dans un chapitre spécial, que les mauvais traitements de la population, ainsi que le recrutement forcé des Serbes dans l'armée bulgare, ont exaspéré le peuple à un tel point qu'il s'est soulevé dans une révolte désespérée, car il savait bien qu'elle ne pouvait aboutir. A en juger d'après les témoignages recueillis, le traitement des habitants en Serbie encore envahie est le même que celui qu'ont exercé les envahisseurs dans les contrées aujourd'hui libérées. C'est un régime de terreur, de chantage et d'extorsions!

Quant aux viols, je rappelle les dépositions publiées dans la première partie de ce travail. Nous y avons vu que Bulgares et Allemands abusaient tellement des femmes que les Turcs eux-mêmes étaient montés contre eux à un tel point qu'à Prichtina, par exemple, ils ont tué plusieurs officiers et sous-ofliciers allemands.

Je publierai encore la déposition typique de Georges Todorovitch, infirmier serbe et évadé des Bulgares, déposition qui dépeindra bien l'état de démoralisation sous l'occupant :

« A Prilep, le mécontentement contre le régime bulgare a grandi, surtout depuis l'arrivée de la neuvième division, à cause de la corruption qui se répandait de plus en plus parmi les femmes et les filles. Lorsque les autorités mili-

taires commencèrent à loger les soldats dans les maisons privées, ceux-ci se mettaient à attaquer et à corrompre les femmes. La neuvième division est restée trois mois, de janvier jusqu'à fin mars. Les femmes ont été profondément démoralisées par la présence de cette troupe. Beaucoup de femmes et de filles, considérées auparavant comme parfaitement honnêtes et sages, furent déshonorées et perdues après l'arrivée des militaires. Les femmes ont été maltraitées à un tel point et l'immoralité de l'occupant était telle, que des filles de bonne maison ont été forcées de s'inscrire à l'hôtel de ville et d'y subir un examen médical. Je sais que les noms de ces jeunes filles furent inscrits sur un tableau et que ce tableau fut ensuite affiché à la porte de l'église. On trouvait, par exemple, sur cette liste : la fille de Panta Nechkovitch, commerçant; celle de Dontche Jeremitch, cominerçant ; la fille de Hadji Ilia et d'autres. L'arrivée des troupes allemandes n'a point changé la situation. »

Le tableau que nous fait le témoin de la vie à Prilep est édifiant. Les Bulgares ont transformé la ville en une vaste maison publique! Les malheureuses femmes ont été forcées de se prostituer. Qu'on pense aux suites de cet état de choses. Combien de familles sont détruites par cette conduite ignoble de l'envahisseur! Et pourtant Allemands, Austro-Hongrois et Bulgares ont signé cette Convention de la Haye, du 18 octobre 1907, qui a proclamé solennellement dans son article 46 : « L'honneur et les droits de la famille, la vie des individus et la propriété privée doivent être respectés. »

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