‹ Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de MacédoineChapitre 23 sur 28 · RECRUTEMENT DES SUJETS SERBES · texte numérisé non relu

RECRUTEMENT DES SUJETS SERBES

« Dans la il'' compagnie se trouve un certain Lazare Petrovitch, originaire de Belgrade, que les Bulgares onj: fait prisonnier à l'hôpital de Skoplié en I9i5. Nul ne sait pourquoi les Bulgares l'ont pris dans leur armée, puisqu'il a toujours dit qu'il était de Belgrade. •> — Yordan Krste Stochitch, de Bouyanovatz, sergent du 2" régiment serbe, déserteur bulgare.

« Militch-Boditch, 29 ans, est né au village de Goratchitch, arrondissement de Dragatchevo ; garçon de café dans le civil, il est entré au service militaire le T' mai 1910 au 9" régiment d'infanterie serbe. Pendant les guerresde 1912- I9i3j il était soldat de la seconde compagnie, 1" bataillon du 10" régiment, 1'"' ban. Au mois d'août 1914, il est entré au mess du G. O. G. serbe comme garçon de table. Au iTJois d'août 1915, il fut renvoyé dans la troupe pour avoir été pris à jouer. Il a fait la retraite avec le 10' régiment par Leskovatz, Prichtinaet Férisovitch. Il est tombé malade en route de la fièvre typhoïde et a été envoyé dans la maison de Kosta Tchemerikitch. Là, il a pris des vêtements civils. Les troupes bulgares sont arrivées le second jour et il fut évacué à Skoplié dans l'hôpital de lady Paget. Il est sorti de l'hôpital après douze jours et le commandant bulgare lui a permis de circuler librement dans Skoplié. Le témoin déclare que les Bulgares l'ont laissé en liberté parce qu'il était en civil et parce qu'il avait nié avoir appartenu à l'armée serbe. A Skoplié, il y avait beaucoup de soldats qui se trouvaient dans le même cas. Il fit le métier de garçon de café à l'hôtel <( ^'elen » jusqu'à février ou mars 1916 et

plus tard il vendit des saucissons à la gare. Le T' août 1916, les Bulgares ont commencé à appeler tous les hommes de 18 à 3o ans sous les drapeaux. On a ainsi recruté 1 .000 hommes pour la 5'' division. Il y avait aussi parmi eux des Albanais qui se sont enfuis pour la plupart pendant le transport. Boditch a été envoyé à V. Trnovo, au 18' bataillon, avec un groupe de 640 hommes. Dans cette ville ils ont trouvé 700 autres recrues. Il y avait dans sa compagnie un autre Serbe de Leskovatz, qu'on appelait Todor GeorgeflF. En réalité, c'était Todor Georgevitch. Boditch fut inscrit sous le nom de Mile Bojinoflf. Il a été employé pendant huit mois comme cuisinier de la popote des officiers. Le 1''' juillet 191 7 il a été envoyé avec 100 autres sur le front de Gjevgjeli, où on les a répartis dans toutes les compagnies. Trois jours après il est redevenu cuisinier à la popote du 2' bataillon du 18'' régiment. Le 16/29 '^oût 1917, il s'est rendu aux Grecs près de Lomnitza, » — Militch-Boditch, de Goratchitch, 29 ans, ancien soldat serbe et déserteur bulgare.

« Le témoin est né au village de Tchoutcher, près de Skoplié. Il est âgé de 24 ans. Il a terminé ses classes au lycée de Skoplié et a suivi les cours de l'école dé commerce de Belgrade en 1911. Son père habite Skoplié. Jusqu'en novembre 191 5, il était sergent au 14'' régiment d'infanterie, 2' ban, de la division serbe du Timok. 11 avait servi d'abord depuis le 1' décembre 1914 dans la compagnie d'étudiants, puis il a été envoyé comme sergent pour l'instruction des recrues des troupes de réserve de Krouchevatz et ensuite, le 1'' mai 191 5, à l'état-major de la 3' armée, où il a été affecté au 3' bataillon du 14' régiment du secoud ban. Comme chef de section du bataillon de complément musulman, il fut fait prisonnier au village de Ljouch, près de Mitrovitza. Le 4 juin 1917, il a été incorporé dans l'armée bulgare au 11' régiment d'infanterie et versé dans la 10' compagnie du 3'- bataillon, II s'est rendu le i7/3o juillet aux troupes de la division du Timok, Le 11'' régiment a été complété la dernière fois, le 4 juin, par 320 hommes, dont 200 Serbes de la Nouvelle Serbie (des départements de Kossovo, Skoplié et Koumanovo). Les hommes de 18 à

3o ans, chrétiens et musulmans, des régions occupées par les Bulgares sur la vieille frontière serbe ont été incorporés. On emploie ces recrues surtout dans le train des équipages, dans le service de garnison, etc. Un petit nombre seulement de ces hommes sont envoyés comme combattants. » — BojHiAR MLADENOvrrcH, de Tchoutcher, soldat serbe et déserteur du 1 1 régiment bulgare.

« Vers la fin de septembre 1916, les Bulgares ont recruté tous les hommes de 18 à 32 ans. Ils ont pris aussi les Albanais en leur promettant de les envoyer à Constantinople. Mais à Sofia, ils les ont exercés dans les casernes. Les Albanais se sont révoltés et ont refusé obéissance, mais les Bulgares les ont disséminés dans les diftérentes unités. » — Renseignement du Ministère de l'Intérieur.

Dans la première partie de ce travail, j'ai déjà publié jane série de témoignages prouvant le recrutement parles Bulgares des sujets serbes de la Macédoine. Tous les témoins, qui sont d'anciens soldats serbes et en même temps des déserteurs bulgares et qui sont cités dans le présent résumé de rapport, se rangent dans la catégorie des recrues forcées serbes dans l'armée bulgare. Ce sont : Vélia Mantchitch, Bojidar Mladenovitch, Yordan Krste Stochitch, Douchan Manoilovitch, Georges Todorovitch, Georges Yovanovitch et Andjelko Dj. Tzvetkovitch.

Dans le chapitre X, j'ai également déjà mentionné que les Austro-Hongrois se sont rendus complices de cette violation du droit des gens en livrant aux Bulgares, pour les incorporer dans leur armée, les prisonniers serbes originaires de la Macédoine. Je reviendrai plus loin sur ce sujet.

Pour le moment, voyons ce que disent les prisonniers bulgares sur le recrutement des sujets serbes.

Les témoignages bulgares affirmant le recrutement des sujets serbes de Macédoine dans l'armée du Cobourg ont déjà été publiés antérieurement. Je dois cependant rappeler ici la déposition du témoin N" 44 :

« Il n'y avait pas de recrues de Serbie dans le régiment du témoin. Toutefois on avait recruté des hommes en Serbie mais, lorsque la révolte y a éclaté, on n'a plus osé

continuer ce recrutement et les recrutés n'ont pas été appelés. »

Le prisonnier 44 avoue donc les recrutements de Serbes de la Vieille Serbie. Il y a encore d'autres témoins bulgares, dont les dépositions se trouvent dans mon dossier et qui confirment ce fait, par exemple :

iV" ()2, du i(f régiment d'infanterie : « Les Bulgares ont recruté dans leur armée tous les jeunes gens serbes jusqu'à 32 ans. Un bataillon de ces recrues a été envoyé à Gjoumoultchina. Le témoin ne sait pas où se trouvent les autres. Dans l'arrondissement de Kladovo (Danube), les Bulgares ont recruté 170 hommes. On prenait les hommes depuis l'âge de 18 ans. »

N"'' g3 et g4y tous les deux de la seconde compagnie de mitrailleuses du 2' régiment bulgare : « Le 7 septembre 1917, l'un des témoins était parti de Demir Capou en permission à Bourgas. Il y est resté jusqu'au 27 septembre. En rentrant il s'est arrêté deux jours à Nich, où il a vu un grand nombre de citadins et de paysans serbes attroupés près du commandement de la place. Il y en avait à peu près un millier. Quelques-uns de ces gens lui ont raconté qu'ils venaient tous de passer devant le conseil de révision pour être enrôlés dans l'armée bulgare. Les témoins disent que ces hommes devaient être appelés comme recrues avec le 43' nabor. »

A^° 95, du 4J'' régiment d'infanterie de la seconde division de la Thrace : « Pendant le congé du témoin en Bulgarie,-il a vu des recrues serbes de Serbie, de Bulgarie ^Macédoine) et d'Albanie. Les Serbes font le service de garnison en Bulgarie. Il y en a à Sofia, à Eski-Djoumaia et à Varna. Les Albanais et les Macédoniens sont àChoumla. Quelques-uns ont été promus caporaux. Il a causé avec eux. Le témoin ne sait pas s'ils étaient de Serbie ou de Macédoine, mais ils lui ont tous dit qu'ils étaient Serbes. »

Les prisonniers bulgares avouent ainsi implicitement le recrutement des Serbes de Serbie dans l'armée de leur pays. Mais nous possédons encore un autre aveu, officiel celui-là, de ce recrutement contraire à toutes les notions

du droit, dans le document, déjà mentionné, du Ministère de la Guerre de Sofia. Ce document contient le passage suivant concernant le recrutement des Serbes de Serbie : « En réponse au N' 28012 du i3 mai 1917. Par ordre de M. le Ministre de la Guerre, le G. O. G. est informé que les bruits parvenus jusqu'aux soldats que des prisonniers et des ouvriers de la région de la Morava auraient molesté la population paisible au cours des travaux des champs ne sont pas exacts. De telles nouvelles inventées ont circulé dans le royaume, mais l'enquête a établi que les choses ont été exagérées. Jusqu'à présent on a appris qu'il n'3' a eu que quelques cas regrettables, à savoir : 1° près de Karhavo ; 2° dans l'arrondissement d Orhania près de Novatzeni; 3° entre Orhania et Mezdra; 4" dans les environs de Bakarel et de Pobiti Kamik. Le Ministre de la Guerre et celui de l'Intérieur n'ont appris que ces cas, tout le reste est inventé. En réalité, jusqu'à l'arrivée des ouvriersrecrues de la région de la Morava, les évasions de prisonniers serbes étaient très rares, s'accomplissaient sans préméditation et n'avaient lieu que là où la surveillance était insuffisante, par exemple auprès des commissions de réquisition, auprès des dépôts de l'intendance de réserve et chez les particuliers. Mais depviis l'arrivée des hommes de la région de la Morava, les évacuations sont devenues plus fréquentes. Précédemment, le Ministère de la Guerre avait donné ordre aux autorités de l'inspection militaire de la région de la Morava de poursuivre et d'arrêter les déserteurs. On les envoyait alors à Pasmakli et Chiroka Louka où on les punissait de la bastonnade, puis on les employait au travail forcé sur les routes. Maintenant l'ordre télégraphique a été donné de signifier à tous les prisonniers serbes, aux civils internés et aux recrues de la région de la Morava que tous ceux qui s'enfuiraient seraient fusillés, leurs demeures incendiées, leurs propriétés confisquées et leurs familles envoyées dans la région de Krdjali. Les camarades des fuyards seraient également punis s'ils n'ont pas informé à temps les autorités de l'évasion projetée... Vu ce qui précède, le Ministre de la Guerre prie le G. O. G. d'informer les soldats sur le

front que les nouvelles inquiétantes à ce sujet sont sans fondement. )) — Document du Ministère de la Guerre bulgare, Sofia, le 20 mai 1917, communiqué au G. O. G. bulgare à Koustendil ; signé : le chef de la Chancellerie du M. d. 1. G., Major-Général Bradistilofl", etc.

A remarquer que ce document parle d'abord des « ouvriers de la région de la Morava / qui deviennent ensuite des « ouvriers-recrues de la région de la Morava » et, enfin, des « recrues de la région de la Morava ». Le document avoue donc de la façon la plus explicite le recrutement des Serbes dans, l'armée de Ferdinand de Cobourg. En résumant tous les points, la lettre dir iMinistère de la Guerre au G. O. G. bulgare prouve indiscutablement :

1 " Que des prisonniers et internés civils serbes se révoltent en Bulgarie;

2" Que les soldats bulgares au front s'inquiètent de cet état de choses;

3" Que « des cas regrettables » sont arrivés près de Karlovo, dans l'arrondissement d'Orhania, près de Novatzeni, entre Orhania et Mezdra, dans les environs de Bekarel et de Pobiti Kamik;

4" Que ces « cas regrettables » se sont produits tout spécialement après l'arrivée des « ouvriers-recrues de la région de la Morava » ;

5" Qu'on a recruté par force des Serbes de la région de la Morava; \

6" Qu'il y a parmi ces recrues de nombreux cas d'évasion;

7° Que les « déserteurs » sont envoyés à Pasmakli et à Chirka Louka, où on les punit des travaux forcés et des châtiments corporels;

8" Qu'on punit les parents de ces malheureux par des mesures tellement inhumaines qu'on montre par cela l'intention bien arrêtée d'exterminer le peuple serbe;

9" Qu'on a même recours à la délation forcée;

10" Que les Bulgares font tout pour rendre la vie aussi difficile que possible aux prisonniers et internés serbes.

De plus, le document en question contient encore l'avertissement suivant :

(( En outre, on a ordonné que la population civile bulgare, le long de l'ancienne frontière serbo-bulgare, soit armée, ainsi que la population civile de l'intérieur partout où il y a des prisonniers et près des routes où ont lieu les évasions. » Ceci prouve :

11" Que les Bulgares arment leur population ci^'ile pour concourir à l'œuvre d'extermination des Serbes.

Je n'ai pas besoin d'ajouter d'autres commentaires. Le document du Ministère de la (luerre bulgare constitue par lui-même un réquisitoire assez éloquent contre ceux qui l'ont écrit.

Comme il a été dit déjà à plusieurs reprises, les Austro- Hongrois se sont faits les complices du recrutement des sujets serbes dans l'armée bulgare. Une grande partie de mes témoins serbes, anciens soldats du roi Pierre et déserteurs bulgares, ont été livrés aux soldats du Cobourg par les autorités militaires de l'empereur Charles II. Le but poursuivi par les Autrichiens est clair : ils veulent démoraliser autant que possible le peuple serbe et encourager leurs alliés, tout en leur fournissant un certain appoint en hommes.

F^es Austro-Hongrois ont prétendu que ces « Macédoniens », se sachant Bulgares, auraient demandé eux-mêmes à servir dans l'armée de Ferdinand de Bulgarie. Peut-être y a-t-il eu quelques bulgarisants parmi les prisonniers serbes originaires de la Macédoine, qui ont ainsi voulu faire le jeu des enneinis de la Serbie. Ce que je puis affirmer, c'est qu'ils constituaient en tout cas l'infime minorité. Les déserteurs bulgares-macédoniens, anciens soldats serbes, sont là pour en témoigner. Vasilie Trbitch, qui a vécu pendant 5 mois en Macédoine serbe envahie et cela exprès pour observer ce qui s'y passait, nous dit à ce propos : (( Les soldats serbes des nouveaux territoires, faits prisonniers par les Austro-Hongrois, ont été remis aux Bulgares. Les Autrichiens avaient dit d'abord que ceux qui se déclareraient Serbes, rentreraient en Autriche comme prison-

niers, et que ceux qui se déclareraient Macédoniens, seraient envoyés en Bulgarie. Mais, comme très peu se déclaraient Macédoniens, les Austro-Hongrois prétendirent qu'il n'y avait pj^s de Serbes en Macédoine et ils les envoyèrent tous chez les Bulgares. >■

Georges Yovanovitch, déjà cité au chapitre X, un de ces Macédoniens livrés aux Bulgares par l' Autriche-Hongrie, nous donne une idée de « l'enthousiasme » de ces prisonniers serbes en déposant : « Nous avons continué de Sofia jusqu'à Trnovo et de là, à pied, à Sevliévo, où nous avons reçu l'uniforme et où un commandant nous a dit que, maintenant que les Bulgares nous avaient libérés, nous, Macédoniens, nous devions prêter notre concours à r(euvre commune. Quelques-uns des Macédoniens ont accueilli ces paroles avec enthousiasme, mais la grande majorité est restée silencieuse. «

L'acte des Austro- Hongrois, livrant des sujets serbes

qu'ils ont fait prisonniers, aux Bulgares pour les enrôler

dans leur armée, constitue une violation flagrante du droit

des gens et une atteinte sans nom à l'humanité. En effet, ces iMacédoniens, tel que le témoin Andjelko Dj. Tzvetkovitch ont, dans l'armée serbe, des frères qu'ils sont ainsi condamnés à combattre. Ce que cela veut dire, Tzvetkovitch nous le raconte à la fin de son interrogatoire : « Pendant que j'étais dans les premières lignes bulgares, une pensée atroce ne me quittait jamais, c'était la peur de tuer mon frère, que je savais dans les rangs de notre armée, ou d'être tué par lui. Le bon Dieu nous en a préservés ! » Mais les Centraux et leurs vassaux ne s'embarrassent pas de considérations d'humanité ou de droit.

Les Austro-Hongrois ont même essayé de recruter dans leur propre armée des réfugiés serbes en Suisse. Ainsi Mihailo Miyouchkovitch, greffier du tribunal de Yagodina (Serbie), sujet serbe, demeurant à Genève comme réfugié, a reçu la convocation suivante envo3'ée par le consultât général d'Autriche-Hongrie à Genève :

« Vous êtes invité à vous présenter le il août de cette année (1917) à la révision militaire (« Musterung ») au bureau du K. et K. consulat (rue Toepfïer, 19) dans la

matinée entre 9 heures et midi, en apportant vos papiers d'identité et deux photographies non collées. La non présentation entraîne la punition fixée par la loi. Pour le K. et K., consul général : Leitner. »

Cet essai de recruter des Serbes réfugiés en Suisse n'est pas seulement une grave violation du droit des gens, mais il est aussi une violation directe de la neutralité de la Confédération helvétique. Lorsque ce fait a été connu en Suisse par un télégramme que j'avais adressé à la Gazette de Lausanne, les autorités austro-hongroises ont essayé d'expliquer ce recrutement illégal. Elles ont voulu faire croire qu'il y a eu erreur et qu'elles ont pris Miyouchkovitch pour un sujet austro-hongrois de nationalité serbe.

Cette excuse ne tient pas debout. D'abord, comment se fait-il qu'au consulat général austro-hongrois on ait ey connaissance de la présence et de l'adresse de ce Serbe de Serbie ? Les seules autorités qui pouvaient les connaître étaient les autorités genevoises et le consulat serbe. Si le consulat austro-hongrois avait ces renseignements, c'est qu'il les tenait d'un service également en contradiction avec la neutralité suisse, il les tenait de son service d'espionnage. Or ce service, très actif, défendu par les lois suisses, n'a sûrement pas confondu la sujétion serbe et la sujétion austro-hongroise. De plus, le consulat avait certainement en main la liste des sujets austro-hongrois résidant à Genève, liste établie à l'aide de renseignements fournis par les autorités locales des provinces serbes de la Double Monarchie. La confusion n'était pas possible. Je ne sais pas ce que les Austro-Hongrois ont voulu obtenir par cette manœuvre aussi audacieuse que stupide, mais, connaissant leur façon d'agir, je crois parfaitement possible qu'ils ont voulu, par cela, démoraliser \d nombreuse colonie serbe de Genève pour l'amener à faire pression sur le gouvernement dans le sens d'une paix avec l'Aùtriche-Hongrie.

C'est aussi en grande partie le désir de démoraliser les Serbes en Serbie envahie qui a poussé les Bulgares à procéder à l'enrôlement des sujets serbes dans leur armée. F*tir cette démoralisation, ils espéraient briser la résistance héroïque de la population. Ils se sont trompés. Ce recrute-

ment a tellement exaspéré les Serbes, qu'ils se sont révoltés ouvertement. Cette révolte, vouée d'avance à un échec, a fourni au gouvernement de Sofia l'occasion d'exterminer encore plus de Serbes par des mises à mort innombrables et par des déportations en masse. La confiscation de leurs biens a rapporté certainement aussi un joli denier; cependant, cette révolte a également montré au monde que les prétentions bulgares sur les pays serbes sont mensongères. A propos de l'impression produite par la révolte serbe en Bulgarie, un déserteur bulgare m'a déclaré : « On a dit ouvertement que c'était là (la révolte) le coup le plus terrible qu'on a porté aux Bulgares parce que, maintenant, on ne pouvait plus prétendre que la population était bulgare. >>

Aux yeux du monde, cette révolte a complètement ruiné le système de défense bulgare qui voulait faire croire que les Serbes de la Morava, du Timok et de la Macédoine ont volontairement embrassé la cause des gens de Sofia en «'enrôlant dans l'armée du Cobourg. « Ce sont nos frères de race, donc il est naturel qu'ils se battent pour nous. Il n'y a pas là la moindre violation du droit des gens, » ont proclamé tous les journaux du royaume.

Ce qu'il faut penser de cette explication, le document du Ministère delà Guerre le montre, car, si vraiment les habitants de la région de la Morava, etc., sont des frères bulgares, comment se fait-il qu'il faut armer la population civile contre eux et qu'il faut prendre à leur égard toutes ces mesures draconiennes énumérées dans le fameux document? Enfin, la révolte a fini par ouvrir les yeux à tous : l'explication-excuse bulgare n'est qu'une abominable imposture qui ne peut empêcher la nécessité de demander compte à la Bulgarie de sa conduite inqualifiable.

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