‹ Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de MacédoineChapitre 24 sur 28 · TRAITEMENT DES SOLDATS PRISONNIERS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES SOLDATS PRISONNIERS

« Georges ^'ovanovitch, de Gostirazna, arrondissement de Prilep, département de Bitolj, a été incorporé; en décembre 1914, dans l'armée serbe et envoyé pour l'instruction à Kniajevatz. Le 14/27 septembre i^io, i! fut envoyé en complément du 5'' régiment de la Division de la Drina, second ban, qui se trouvait aux environs d'Obrenovatz. Il fut fait prisonnier parles Allemands vers le 8 21 novembre entre Kralievo et Rachka. Les Allemands ont conduit les prisonniers dans un village, dont le témoin ignore le nom, et les y ont enfermés dans l'école, où l'on avait rassemblé environ 3oo personnes, soldats et ci> ils. Ils sont restés là pendant dix-sept jours, puis on les a envoyés, à pied, par la route de Kralievo Kragouyevatz-Topola-Mladenovatz, à Belgrade. Jusqu'à Kragouyevatz, ils étaient escortés par des Allemands, et à partir de là ils le furent par des Austro- Hongrois. Ils sont restés quinze jours à Belgrade. Au mois de janvier 1916, un groupe de 3oo prisonniers, parmi lesquels se trouvait le témoin, fut envoyé de Belgrade à Novi- Sad. Ils y sont restés un mois dans des baraques et c'est là qu'on a effectué la désinfection des vêtements. De Novi- Sad on les a transportés, par Vienne et Prague, au camp des prisonniers de Heinrichsgrùn. Il y avait surtout des Russes dans ce camp, puis des Serbes et des Monténégrins et aussi quelques Italiens. Il y avait en tout 3oo baraques. On logeait 400 prisonniers et même davantage dans chacune d'elles. Au moment de l'arrivée du groupe auquel appartenait le témoin, ce camp comptait 66.000 prisonniers.

Les Russes ont été employés plus tard à des travaux divers. Le camp comprend quatre subdivisions. Chacune est entourée de fils de fer barbelés. Pendant que Yovanovitch était au camp, on employait les prisonniers à des travaux agricoles : planter des pommes de terre, labourer et réparer les routes. On leur donnait comme nourriture tous les deux jours un pain d'un kilo. Ce pain était fait de pommes de terre et de sciure de bois (« divhost »). Il était amer. On leur donnait également du poisson salé, très rarement de la viande, une fois par quinzaine; parfois ils n'en recevaient pas du tout pendant un mois. Chaque jour on leur donnait de la soupe et de la purée. Il y avait également des officiers serbes dans ce camp : un général, un colonel et un assez grand nombre d'autres officiers qui se trouvaient dans un campa part. Le témoin est resté sept mois à Heinrichsgriin. Après un certain temps, on a rassemblé tous les Macédoniens de la Nouvelle Serbie et on les a envoyés dans les environs de Ml. Borislava, où ils ont travaillé aux champs chez divers propriétaires. Ces propriétaires, outre la nourriture qui était meilleure que dans les camps, payaient 40 couronnes pour trois inois de travail. On les a renvoyés au camp au mois de juillet 1916, puis tous les Macédoniens ont été expédiés en Bulgarie. » — Georges Yovanovitch, de Gostirazna, du 5'' régiment serbe, versé comme prisonnier dans l'armée bulgare.

« Je suis né en 1889 à Bojidarevtzi, je suis de religion orthodoxe, marié, père d'un enfant. Dans l'armée j'appartenais à la 4'- compagnie du second bataillon du 7" régiment d'infanterie, premier ban. J'ai été fait prisonnier le 1^"^ octobre 191 3 à la crête de Stoubitza, d'où j'ai été conduit à Semlin par Lazarevatz, Stepoievatz et Zabreje. Après avoir passé une semaine à Semlin, j'ai été envoyé à Boldogaszony, où je suis resté en quarantaine pendant vingt-trois jours, et de là j'ai été envoyé au front du Tyrol. J'ai réussi à m'évaderde Souldenet à passer la frontière suisse. En Suisse, nous avons été très bien reçus et on nous a envoyés à notre consul à Genève. » — Miloie Jivanovitch, agriculteur de Bojidarevtzi, du '}'' régiment serbe. Évadé des Autrichiens.

« Je suis né le 8 septen'ibre 1890 à Belgrade, suis de religion orthodoxe, célibataire ; dans l'armée, j'étais dans le génie (mineurs). Pendant la retraite de 191 5, je fus fait prisonnier par les Allemands près de Paratchine, à proximité d'un pont que je devais faire sauter. A Paratchine et dans les environs, les Allemands ont raflé un millier de personnes et nous ont tous conduits à Doubravitza, puis, en bateau, à Kovine. Les soldats allemands qui nous escortaient nous obligeaient à marcher très vite. Ils ont tué en route un malade qui ne pouvait pas suivre. De Paratchine à Kovine, nous n'avons reçu qu'une ration de soupe. De Kovine on nous a envoyés, par groupes de 5oo à i.OOO, à Heinrichsgriin, où nous avons reçu du linge et où on nous a vaccinés, car il y avait dans ce camp une épidémie et 5 à 6 hommes mouraient par jour. On nous y a traités de la pire façon. Par exemple, les malades qui ne pouvaient pas travailler étaient privés de nourriture. Ceux qui étaient épuisés et ne pouvaient travailler, étaient battus sans merci et beaucoup en sont morts. Il y avait à Heinrichsgrûn de 10 à 12.000 Serbes internés. Vers la Noël, je fus envoyé avec un groupe de 1.000 prisonniers à Bozen. Un autre groupe de 5oo prisonniers fut expédié à Mérane. A Bozen j'ai été employé pendant un an dans une forge, où l'on réparait les voitures et les traîneaux. Avec deux camarades j'ai saisi, le 9 août, une occasion pour m'enfuir et nous avons réussi à passer la frontière suisse à Munster. On nous a envoyés à notre consul à Genève. » — Krsta Slmitch, électricien de Belgrade, soldat du génie serbe. Évadé des Autrichiens.

« Pendant la retraite de notre armée, j'ai été fait prisonnier avec une dizaine de mes camarades au col du Youchor, département de la Morava. Nous avons été conduits à Vagodina, puis à Saraortzi. Pendant les quatre jours que nous avons mis pour y arriver, nous n'avons rien reçu à manger et, comme beaucoup d'entre nous étaient exténués et étaient obligés de s'arrêter, les gardes les tuaient devant nous à coups de baïonnette et de lance. Nous allions toujours à pied, parce que les lignes de chemin de fer étaient détruites. Les paysannes, dans les villages, voulaient nous donner du pain, mais 4es gardes les en empêchaient et les

battaient. Arrivésà Siïiéderévo, nousfïimes immédiateiiient embarqués sur des bateaux et transportés à Ko^ine. Là, il y avait déjà un millier de nos prisonniers qu'on a envoyés, par groupes, à Temichvar. De Temichvar je fus envoyé avec un groupe de i .000 prisonniers à Heinrichsgrun, où nous avons été logés dans des baraques sordides et froides. Après une dizaine de jours, nous fûmes remplacés par d'autres prisonniers et on nous donna des baraques un peu meilleures. On nous traitait très brutalement et nous ne recevions jamais les aliments qu'on nous envoyait de chez nous. Je suis resté à Heinrichsgrun jusqu'au 3 janvier 1916. A cette époque j'ai été envoyé à Bozen avec 3oo autres. Un grand nombre de nos soldats sont morts par suite des mauvais traitements qui leur ont été infligés. Tout le monde s'est conduit envers nous avec la plus grande brutalité et nous étions toujours parmi les troupes magyares. Depuis mon arrivée au front à Bozen, puis à Soulden, je n'ai pas cessé de chercher une occasion de m'évader. J'ai enfin réussi avec deux camarades à tromper la vigilance des gardes et à prendre la fuite. La troisième nuit nous avons pu passer la frontière suisse près de Munster, où nous avons été reçus très cordialement par les soldats suisses. » — ViTÈZE Bradilovitch, percepteur à Ganitza, sous-lieutenant de la seconde compagnie du 4' bataillon du ^f régiment d'infanterie serbe. Évadé d'Autriche.

« J'ai été fait prisonnier au village de Drajimirovtzi, près de Tchoupria, le 20 octobre I9i5. Ce sont des dragons allemands qui nous ont escortés. Ils nous donnaient des coups de lance et ils ont tué ainsi deux d'entre nous dont je ne connais pas les noms. En général, ils étaient d'une brutalité inouïe envers nous. Ils ne nous donnaient pas de nourriture et jusqu'à Kovine, où nous sommes arrivés le sixième jour, nous ne recevions qu'un quart de pain. Les gardes empêchaient même les femmes de nous donner du pain. De Kovine on nous envoya à Temichvar puis, quinze jours après, à Heinrichsgrun, où nous sommes restés pendant deux mois et où les soldats mouraient en masse d'inanition. En outre, on nous maltraitait de la pire façon. De Heinrichsgrun, je fus envoyé à Bozen, où je restai quinze

mois. La nourriture que nous recevions était de nouveau fort mauvaise, et beaucoup de nos soldats sont morts de

faim et de maladies. Enfin, on m'envoya à Soulden

Nous y étions aussi terriblement maltraités, et trois d'entre nous ont été tués par les Autrichiens parce qu'ils étaient épuisés et ne pouvaient plus travailler. Les Autrichiens ne laissent jamais plus d'une cinquantaine de nos soldats ensemble, de peur d'une révolte."Beaucoup de prisonniers se sont enfuis dans les forêts ou se cachent dans les villages. Le 2 août j'ai saisi une occasion de prendre la fuite,, et le 5 août j'étais en Suisse. >>. — JssAn.o Milosavlievitch, de Boutchié, 23 ans, du 12" régiment d'infanterie serbe. Évadé des Autrichiens.

« J'ai été fait prisonnier par les Allemands le 20 octobre 1915 aux environs de Bagrdane avec une quarantaine de camarades. On nous dirigea tout de suite vers Sméderévo et, en route, notre escorte ramassa tous les civils qui furent rencontrés de sorte que, en arrivant à Sméderévo. nous étions près de 700. De cette ville on nous envoya à Pantchevo, puis à Heinrichsgrûn, où je suis resté pendant neuf mois. Là, on nous employa aux travaux les plus durs en nous donnant une nourriture plus qu'insuffisante. » — Alexandre Jivanovitch, 24 ans, de Milochevatz, du 8' régiment d'infanterie serbe. Evadé des Autrichiens.

« Fait prisonnier à Liouche, les Austro-Hongrois m'ont transporté d'abord à Mitrovitza, ensuite à Belgrade et de là à la frontière italienne, où je suis resté pendant huit mois. Au cours du transport, les Autrichiens ne nous donnaient que très peu à manger et empêchaient, en les battant, les paysans de nous ravitailler. A la frontière italienne, j'ai passé à Bozen, et de là on nous a amenés près des positions de Cevedale. Nous devions alors transporter les obus et réparer les routes. Nous .étions un millier de prisonniers serbes. Beaucoup des nôtres sont morts du typhus et d'épuisement. Trois jeunes Macédoniens de mon groupe sont morts d'épuisement : TraïkaPetrovitch, Yovan Trpkovitch et Todor Yovanovitch. Nous recevions par jour un quart de pain, un peu de café et quelques pommes de terre. Cette nourriture était absolument insuffisante. Des prisonniers

ont essayé de s'enfuir. Les Macédoniens ne voulaient pas le faire, car on avait promis de les libérer. Pour la moindre des choses, les Autrichiens nous donnaient 25 coups de bâton ou de lanières sur les fesses. Je suis resté huit mois sur les positions. De là on a amené les Macédoniens à Achak en Hongrie, et ensuite on nous a envoyés à Nich chez les Bulgares. Nous étions près de 3oo. A Sliven (Bulgarie), il y a aussi un camp de prisonniers avec des officiers serbes, russes, français, anglais et roumains. Ils sont très maltraités. J'y ai vu un soldat bulgare battre un colonel serbe sans aucune raison. La mortalité est très grande dans ce camp. Chaque soir cinq ou six hommes essaient de s'enfuir. Ils ne reçoivent que du pain et, deux fois par semaine, une soupe d'orge. » — BomAR Mladenovitch, de Skoplié, 24 ans, ancien soldat serbe et déserteur du 1 1" régiment bulgare.

« La situation des officiers et soldats serbes en Bulgarie est très misérable. Dans le camp des prisonniers à Sliven, il y a quelques officiers serbes qui sont fort maltraités. Le témoin a vu qu'un gardien bulgare a frappé un colonel serbe en disant que « pour lui le gardien était dieu ». Il l'a frappé si fort que, dès les premiers coups, le colonel est tombé par terre. Il a entendu dire qu'un commandant serbe, qui avait été fait prisonnier par les Bulgares sur le front de Bitolj, s'était enfui du camp de Sliven. Il ne sait pas s'il a réussi dans son évasion. Le témoin estime que la commission qui a visité les camps de prisonniers, n'a pas dû visiter celui de Sliven. » — Même témoin que le [yrécédent, second interrogatoire.

« Le témoin fut pris près de Radomir, battu et remis au commandant d'étapes de Radomir. Il fut fait prisonnier par des Albanais. Quand il eut dit à ceux-ci qu'il était Macédonien, on le traita un peu plus humainement. A Boukousse, les Albanais le remirent avec ses camarades aux Bulgares qui les amenèrent à Strouga chez le commandant du 23^ régiment bulgare. Après avoir dit de nouveau qu'il était de Tétovo, il fut mis à part et autorisé ensuite à se rendre à Tétovo... De Tétovo le témoin a été envoyé à Krouchevo, où il a fait les travaux les plus durs avec les

autres prisonniers. » — Douchan Manoylovitch, de Chtipina, 3i ans, en dernier lieu gendarme serbe du détachement de Tétovo. Evadé des Bulgares.

« Né en Vieille Serbie, j'avais fait mon service au 24"= régiment de Kossovo. Au moment de la déclaration de la guerre par l'Autriche, je pris part aux combats du Tzer, de la Drina et de Belgrade, où je fus blessé. Lorsque les Bulgares nous attaquèrent, notre régiment opérait du côté de Tzaribrod tout en maintenant la liaison avec la division du Timok sur la ligne ferrée de Pirot-Tzaribrod. Pendant les combats de Guiljané, je fus capturé avec 800 autres de mes camarades. Nous fûmes conduits sous une escorte composée d'Albanais, à Prechevo et de là à Koumanovo, Kriva Palanka, Giuchevo et Kustendil. Le sang se glace dans mes veines quand je pense seulement aux scènes de brutalité et de sauvagerie auxquelles nous assistions constamliient dans ces jours sombres où se jouait le sort de notre patrie. Nos conducteurs, des Albanais, nous faisaient subir toute sorte de tortures en nous assommant à coups de crosse de fusil ou en tirant dans le tas pour le seul plaisir de voir couler le sang humain. Les Bulgares et les Albanais exécutèrent sur un monticule qui se trouve tout près de Guilané, 80 prisonniers de l'ancienne Serbie. » — Andjelko Dj. Tzvetkovitch, de Draitchika, du 24" régiment serbe, déserteur du 45^ régiment d'infanterie bulgare.

« La nourriture des prisonniers est très mauvaise. Nous recevions trois fois par seiiiaine du thé sans sucre et 600 gr. de pain de maïs. Il y a un mois pendant lequel soldats et prisonniers ne reçoivent pas de viande, mais seulement une soupe aux légumes ou aux haricots. Tous les vivres sont accaparés par les Allemands. » — Cinq soldats RUSSES évadés des Bulgares.

< Une partie de l'hôpital de Veliko Trnovo (Bulgarie) était réservée aux prisonniers serbes et aux condamnés bulgares. Près de Trnovo se trouvait un camp de prisonniers, où il y avait 5o à 60 officiers serbes et des soldats, mais je ne sais pas le nombre de ces derniers. Il y avait également des officiers russes et roumains. Les officiers

sont très mal nourris. On ne leur donne que du pain et des haricots cuits à l'eau avec une infime quantité de graisse. On ne leur donne de la viande que très rarement et 5oo gr. de pain et même moins selon la quantité de farine dont on dispose. Le pain est noir avec 20 à 25 o/o de maïs, souvent il contient simplement du inaïs. Ils vivent dans des espèces de maisonnettes spécialement construites pour eux, maisonnettes qui sont plutôt des terriers de i, 3o à i, 8o mètres de haut. Elles sont très humides et pleines d'eau dès qu'il pleut ou qu'il tombe de la neige. C'est pourquoi la plupart des officiers sont malades et souffrent de rhumatismes. En dehors de la nourriture, les officiers reçoivent 72 lèves par mois, quel que soit leur grade. Ils portent leurs vieux uniformes serbes, qui sont très délabrés. Parfois on leur permet d'aller faire des emplettes en ville et c'est ainsi qu'ils peuvent se procurer de menus objets. Lorsque les officiers sont admis à l'hôpital, ils paient et on leur prend ainsi toute leur solde. Ils demandent souvent à entrer à l'hôpital, mais les Bulgares ne les y admettent pas volon^ tiers. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour les y retenir le plus longtemps possible parce qu'ils étaient vraiment malades. J'ai ainsi retenu le capitaine d'infanterie Atanaskovitch et un sous-lieutenant tout près de quatre mois comme rhumatisants. 11 y a eu un cas qui mojitre bien les dispositions des médecins bulgares envers les officiers serbes. Le souslieutenant qui était à l'hôpital avec le capitaine Atanaskovitch, avait demandé à aller chez un dentiste pour se faire soigner les dents. On l'a envoyé chez un dentiste dont je ne sais plus le nom, et il y est allé avec sa cocarde d'officier sur la casquette. Le dentiste lui demanda d'enlever cette cocarde, prétendant que la Serbie n'existait plus. L'officier ayant refusé de le faire, le Bulgare le gifla et ordonna ensuite aux soldats de l'escorte de le conduire, à la nuit tombante, au camp des prisonniers en levir indiquant les rues et les carrefours par où ils devaient passer. Lorsque les soldats eurent amené l'officer à l'endroit indiqué, le dentiste, qui y était venu avec un officier bulgare, attaqua par derrière le lieutenant serbe et lui donna un coup de couteau sous l'omoplate droite et cela avec tant de force

que la lame pénétra jusqu'au poumon. Il s'est enfui ensuite. Les soldats de l'escorte s'étonnèrent de voir un de leurs officiers attaquer aussi lâchement un homme désarmé et en informèrent le commandant après avoir amené le blessé à l'hôpital. Le sous-lieutenant guérit, mais le commandant n'a jamais rien fait contre l'agresseur.... Le D"^ Jéridas, un Grec, médecin de régiment, m'a dit que le lieutenant Panteft, qui remplaçait à Svilainatzle commandant de la place, le major Nikolaiefï, avait rencontré 24 soldats serbes près de cette ville, soldats qui n'avaient pas été au commandement de la place. Il a amené ces soldats dans un verger et les y a tous tués lui-même à coups de crosse de fusil. Le D"^ Jéridas a assisté à- la scène. » — Dr. A. Athanasiadès, Grec, médecin de l'arrondissement de Gratchanitza.

« Les prisonniers russes sont assez bien traités par les Bulgares car, parmi ces derniers, il y a encore des hommes qui sympathisent avec les Russes. Parfois les Bulgares ont fait transférer chez eux et pour qu'ils soient mieux traités les prisonniers russes gardés chez les Allemands. Les prisonniers roumains sont traités d'une façon abominable. Les Bulgares les haïssent terriblement, les emploient toujours aux travaux les plus durs, ne les nourrissent presque pas et ne leur donnent pas de vêtements. Les Roumains prisonniers en Bulgarie, ne ressemblent plus à des êtres humains! » — George Todorovitch, infirmier serbe, enrôlé dans l'armée bulgare d'où il a déserté.

Voici maintenant l'extrait d'un rapport sur l'état des prisonniers de guerre et internés serbes en Autriche-Hongrie, rapport fait par un homine dont je ne puis pas divulguer le nom en temps de guerre. Ce rapport provient du Ministère de la Guerre serbe et y est enregistré sous le N° 6893.

« Il n'y a pas de camp en Autriche qui ne compte de 3 à 5.000 morts jusqu'à présent. Tous les survivants, s'ils ne sont pas sauvés de la faim, ne pourront pas passer l'hiver, excepté ceux qui ont la chance d'être employés aux travaux agricoles, surtout ceux qui sont placés auprès de la population slave. Les autres sont condamnés à mourir l'hiver prochain, car en dehors de la faim, il faut encore

compter avec le froid dans les baraques, qui ne sont pas chauffées du tout ou seulement pour la forme.

<( Les registres des morts laissent beaucoup à désirer, surtout ceux établis pendant la première année de la guerre. A l'hôpital de Yaïtzé, en Bosnie, est mort un malade qui fut enregistré comme « inconnu ». Il y a aussi des cas où des vivants furent inscrits comme morts et viceversa. Cet état de choses existait encore en juin 1916.

« Il faut voir les malheureux internés et prisonniers qui traînent, sans distinction de profession, des vagonnets dans les camps et exécutent les travaux les plus durs avec une nourriture ne représentant, en général, qu'une moyenne de 700 calories au maximum. Ils sont épuisés comme des momies. Tout ce qui leur est envoyé par leurs parents, etc., comme pain, chocolat, lard, etc., est pour une moitié volé par les distributeurs.

« L'hôpital à Doboi et, surtout, les locaux où se trouvent les malades serbes, sont très malsains. Les meilleures chambres sont occupées par les malades austro-hongrois et leurs médecins. Les douches, qu'on donne deux fois par semaine aux malades serbes, sont presque froides, ce qui a une mauvaise influence sur l'état des'malades affamés et épuisés. Les cheveux de chaque malade qui entre à l'hôpital sont complètement coupés et ils sont rasés autour des organes sexuels. Très fréquemment les malades meurent à cause de cette longue opération.

« On tenait si peu compte des malades serbes qu'on ne voulait pas se donner la peine d'identifier leurs cadavres et on les enterrait par i5 à 20 à la fois. Le diagnostic du décès était la plupart du temps : mort par épuisement et inanition. Les médecins austro-hongrois sont très négligents des formalités et très sévères envers l'élément serbe. On ne tient aucun compte ni du grade ni de l'âge des prison niers et des internés. La nourriture que donnaient les Austro-Hongrois aux malades serbes était, au point de vue de la qualité et de la quantité, bien inférieure à celle qu'avaient leurs malades. S'il y avait quelques-uns de leurs malades dans la même baraque que les soldats serbes, c'était seulement pour espionner ces derniers.

« Là peine qu'on infligeait ordinairement aux malades serbes qui essayaient de s'évader, était la « pendaison à un arbre ou à une colonne. » Cette peine consistait en ceci : on liait avec une corde les bras et les jambes du patient et on le hissait à une hauteur atteignant i5 à 20 mètres. On le laissait ainsi pendant une à deux heures. Les douleurs du malheureux étaient terribles et il y a eu des cas où les hommes succombèrent après avoir subi cette peine. Parfois leurs doigts se grangrenaient. Ce supplice était appliqué dans tous les camps où il y avait des Serbes. Après chaque application de cette peine, on faisait savoir qu'on fusillerait tous ceux qui s'enfuiraient à plus de 4 km. du camp

« Les vaccinations contre les maladies infectieuses commencèrent à être appliquées seulement lorsque les épidémies eurent cessé et lorsque des milliers de malades serbes furent décédés

« L'hôpital auxiliaire « Yaïtzé )> porte le nom de la ville de Yaïtzé en Bosnie où il se recrute et d'où, au besoin, il est dirigé ailleurs. Il est arrivé trop tard à Doboi, lorsque des milliers de malades étaient déjà morts, mais je crois que cela a été fait exprès. Les baraques ont été dressées très lentement. Les malades couchaient sur des lits qui paraissent avoir été raflés en Serbie. La nourriture de cet hôpital était pire encore que dans les autres. Beaucoup de médicaments manquaient. Cet hôpital a cessé de fonctionner au mois de septembre 1916 et est retourné à Sarajevo.

« Le camp de Heinrichsgrûn en Bohême est installé à peu près de la même façon que celui de Sopronszek en Hongrie (assez bien aménagé et pouvant recevoir 3o. 000 prisonniers), seulement la nourriture y est bien pire tant pour la quantité que pour la qualité et ne représente pas plus de 700 à 75o calories par jour. La misère des Serbes est la même qu'à Doboi. Cinq médecins serbes, qui se trouvaient dans ce camp, ont remis personnellement un mémorandum à l'attaché militaire de l'ambassade d'Espagne à Vienne, mémorandum exposant l'état des prisonniers de guerre serbes. Ces médecins ont tout essayé pour amé-

liorer le sort de ces malheureux Serbes. Jusqu'à l'arrivée de l'attaché militaire espagnol et contrairement à la Convention de Genève, ces médecins ont été eux-mêmes traités comme « personnel sanitaire prisonnier ». Ce n'est qu'après cette visite qu'on leur a donné le titre d' << internés » sans pour cela changer leur traitement. Avant l'arrivée de l'attaché, les médecins recevaient la nourriture qu'on donnait au camp aux officiers. Mais elle était tellement mauvaise qu'elle a provoqué des maladies intestinales. Ce n'est que quand ils étaient malades qu'on donnait aux médecins la nourriture de l'hôpital à laquelle ils avaient droit, puisqu'ils travaillaient à l'hôpital même. Les tubej-culeux étaient installés dans des baraques glaciales.

« Beaucoup d'ofliciers serbes sont morts de faim avant que les paquets de la Croix-Rouge aient commencé d'arriver. Les baraques où ils étaient logés ne correspondaient nullement aux règlements internationaux pour la garde des officiers prisonniers. Elles étaient sombres avec des couloirs étroits.

« Les médecins serbes ne furent d'abord pas admis à soigner leurs malades. Ce n'est qu'après une plainte auprès de l'attaché militaire d'Espagne qu'ils ont pu les soigner au groupe C. 11 y avait toujours ^u moins i. 000 prisonniers épuisés et tuberculeux. De vraies momies! Si un neutre procédait à un examen médical sérieux, il constaterait pour 70 0/0 au moins une incapacité absolue de servir dans l'armée; mais les médecins austro-hongrois sont bien trop négligents et superficiels pour faire de telles constatations !

« L'état des prisonniers serbes ne peut pas être décrit par des mots. 11 faut les voir ! Le groupe C recevait soi-disant une nourriture de malades, mais, en réalité, elle était presque la même que celle du camp. On force les malades à accomplir de petits travaux.

« Lorsqu'un prisonnier est déclaré invalide, il est dirigé sur Mauthausen, où se trouve un grand camp italien. Tous les officiers et soldats serbes invalides y sont envoyés. Une commission les y examine encore une fois avant de les expédier en Suisse. Seulement, avant d'arriver dans ce

pays, beaucoup meurent en route. Les officiers et soldats italiens sont bien nourris grâce à leurs propres moyens. Le camp des officiers serbes est abominable. »

J'ai interrogé un certain nombre de prisonniers bulgares sur ce qu'ils savaient du traitement dans leur pays des prisonniers serbes et alliés. La plupart du temps, ces gens se contentaient prudemment de répondre qu'ils ont vu des prisonniers en Bulgarie, que ceux-ci sont employés dans les fabriques, aux^^ chemins de fer, chez des particuliers, etc., mais ils ne donnent aucun détail sur leur vie en captivité. Peut-être ces prisonniers sont-ils parfaitement sincères. En effet, il est bien possible qu'ils ne connaissent réelleinent rien de plus que la présence, dans leur pays, de prisonniers étrangers.

Cependant, quelques-uns des Bulgares interrogés étaient plus communicatifs. Ainsi le témoin n° 96, du 48*" régiment d'infanterie bulgare, dit : « Les prisonniers serbes travaillent dans les fabriques et aux champs. Une grande fabrique à Sofia, oh des Serbes ont été occupés, a été incendiée et on a accusé les Serbes d'y avoir mis le feu par des bombes. Ensuite on a évacué tous les Serbes de Sofia. »

A^" p/, 22 ans, du 2" régiment d'infanterie : « Le témoin a vu des prisonniers serbes à son régiment. Ils étaient employés aux travaux des routes. Ils portaient des uniformes serbes qui n'étaient pas trop déchirés. »

N° g8, 18 ans, du 2' régiment d infanterie : « Le témoin a vu beaucoup de prisonniers serbes en Bulgarie. On les emploie aux routes, dans les fabriques, etc. Il a vu aussi beaucoup de prisonniers français et anglais. Les F-rançais et les Anglais sont employés aux métiers qu'ils connaissent. Les officiers, accompagnés par des soldats, peuvent circuler dans les villes. »

A' " pp, 22 ans, du J" régiment d'infanterie : « Le témoin a vu un peu partout des prisonniers serbes. Ils sont surtout employés dans les gares de chemins de fer. Ils sont habillés de leurs effets. »

yV" roo, 25 ans, capora/ au 3^ régiment d infanterie : « Le témoin a vu des prisonniers serbes dans les gares. Il

sait qu'on les maltraite à l'arrière. Ce sont surtout les officiers allemands et bulgares qui agissent ainsi. Les prisonniers russes sont aussi maltraités que les autres. On les force à travailler beaucoup. En général, les officiers se comportent très mal avec les prisonniers et des Serbes se sont plaintsà lui, tout spécialement desofficiers allemands. »

jV 101, 20 ans, du 21'' régiment d'infanterie : « En Bulgarie le témoin a vu des prisonniers serbes qui sont employés à toutes sortes de travaux. En général ils sont mal habillés et, lorsque leurs habits tombent en loques, on leur donne de vieux uniformes bulgares. Le témoin sait qu'on maltraite les prisonniers roumains, »

Il faut rappeler également à cette place ce que dit la circulaire du Ministère de la guerre bulgare à propos des prisonniers serbes :

« L'ordre télégraphique a été donné de signifier à tous les prisonniers serbes, aux civils internés et aux recrues de la région de la Morava que tous ceux qui s'enfuiraient seraient fusillés, leurs demeures incendiées, leurs propriétés confisquées et leurs familles envoyées dans la région de Krdjali. Les camarades de ceux qui s'enfuiraient seront également punis, s'ils n'ont pas informé à temps les autorités de l'évasion projetée. Le Ministère de la Guerre a aussi l'intention de transférer tous les Serbes, prisonniers et autres, de la sixième et première région divisionnaires dans la troisième et quatrième en les remplaçant, dans la mesure du possible, par des Russes et des Roumains. En outre, on a ordonné que la population civile bulgare, le long de l'ancienne frontière serbo-bulgare, soit armée, ainsi que la population civile de l'intérieur, partout où il y a des prisonniers, de même que près des routes où auraient lieu des évasions. »

Il ressort donc nettement de tous ces témoignages tant serbes que bulgares, que les prisonniers serbes endurent un véritable martyre et que les ennemis de l'Entente n'observent nullement les conventions de la Croix-Rouge et celles de la Haye qu'ils ont pourtant signées. Les Austro- Hongrois sont tout aussi féroces que les Bulgares. En effet,

par exemple, on ne peut pas lire sans indignation la description de la punition de la « pendaison à un arbre ou à une colonne », imaginée par les militaires de la Double Monarchie pour châtier les pauvres malades serbes qui tentaient de s'échapper de ces enfers que les Centraux ont baptisé « camps de prisonniers de guerre .

Les conditions hygiéniques des prisonniers sont plus que déplorables, le rapport cité plus haut, fait par un homme compétent et tout à fait véridique, en fait foi. En le lisant, l'idée vient à tout esprit impartial que les Austro-Hongrois ne visent qu'à un résultat : exterminer autant de Serbes que possible ! Et après tout ce que m'a enseigné mon enquête, menée d'une façon aussi sérieuse que possible, cela paraît bien être le but poursuivi par les Austro-Hongrois et les Bulgares. Pour eux chaque homme, chaque femme, chaque enfant « crevés » dans les camps de prisonniers ou d'internés constitue un gain. C'est une résistance de moins î De plus, pour les Bulgares ce profit se traduit encore par des espèces sonnantes. Les biens de l'infortuné ou de l'infortunée sont confisqués par l'État ! Il n'est pas besoin de souligner ce qu'il y a là d'efifrayant et de honteux pour toute l'humanité. Chaque homme droit et qui a encore tant soit peu le sentiment de la justice sent, à la lecture de ces dépositions, le rouge de la honte lui monter à la figure. Ce n'est pas seulement un peuple martyr qui est traîné dans la boue, c'est toute l'humanité qui est offensée dans ce qu'elle a de plus sacré ! Inutile de commenter les dépositions que je viens de citer. Elles parlent toutes seules et elles crient non pas vengeance, mais justice!

Et comment les Serbes, ces éternelles victimes, ripostentils aux forfaits de leurs adversaires ? Je ferai répondre à cette question par les prisonniers bulgares et allemands eux-mêmes. Et cette fois je publierai leur nom car, en disant la vérité, ils n'ont desservi en quoi que ce soit leur pays et personne ne pourra les en punir. Il est possible que, par des manœuvres habiles et par une pression intéressée, on arrive plus tard à faire démentir à ces hommes les paroles sincères qu'ils m'ont dites. Je m'attends à cette manœuvre, ayant fait, au cours de cette guerre, l'expé-

rience de toutes les trahisons et de toutes les lâchetés de la part de ceux qui sont les adversaires des Serbes et des alliés de l'Entente ; mais je rappellerai d'avance à mes témoins que leurs noms figurent sous leurs dépositions, signatures apposées librement, sans contrainte, par euxmêmes. En contestant leurs dépositions, ils ne feraient que se couvrir de honte !

« Les soldats serbes auxquels nous nous sommes rendus, nous ont très bien traités. Pas d'injures ; au contraire, on nous a donné des cigarettes. Les soldats nous ont salués. » — DiMiTRi Pavloff, aspirant-officier au 43" régiment d'infanterie, il' compagnie, 2'' section.

« Les Serbes m'ont très bien traité. « — Yanko Ratchkoff, de Plovdive, du 43'' régiment d'infanterie.

« J'ai été très bien traité, comme un frère. » — Yvan Diaiffri Bagradieff, sergent-major de réserve au 43" régiment, 11" compagnie.

« J'ai été très bien traité par les Serbes. » — Capitaine Sava Stoyanoff, de Vidine, du 40" régiment d'infanterie.

« J'ai été bien traité par les soldats serbes. On m'a donné des cigarettes. » — André George Yvanoff, de Plovdive, du 28" régiment.

« J'ai été très bien traité par les Serbes. Près du village de Krouchograde, ils m'ont donné du pain et du tabac. » - Todor Dimefroff Gougeloff, du village de Draguitchevo, sergent-major au 56" régiment d'infanterie.

« J'ai été bien traité par les Serbes. » — Algis Schneider, sous-officier au 42" régiment d'infanterie prussienne.

« J'ai été bien reçu par les Serbes. » — Alfred Cavier, de Hambourg, du 42" régiment prussien.

« J'ai été cordialement reçu par les Serbes. » — Eaul Rki- NiCH, de Yarochau (Posnanie), du 42" régiment prussien.

« Je suis très bien traité par les Serbes. » — Michel Grstgoviak, de Tchechkovitza, du 42" régiment prussien.

« J'ai été bien traité par les Serbes. » — Martin Schulz. de Posen, du 42" régiment prussien.

« J'ai été bien traité par les Serbes et j'ai été fort étonné de me voir traiter de cette façon. » ' — Fritz Valentin, du 42" régiment d'infanterie prussienne.

« J'ai été très bien traité par les Serbes. J'en étais fort étonné car, en Allemagne, on nous a dit que les Serbes maltraitaient leurs prisonniers. » — Joseph Utecht, du 42'' régiment prussien.

«Je me suis rendu aux comordjis (soldats du train) et j'ai été bien traité. » — Marko Athanasoff, du 12' régiment d'infanterie bulgare.

« Je suis très^bien chez les Serbes. » — Valvio Gotcheff, d'Opan, du 12- régiment bulgare.

« J'ai été très bien traité par les Serbes. >» — Gotche Koi- NOFF, de Ketchig, du 12' régiment bulgare.

« Depuis que je suis prisonnier, personne né m'a fait de mal. » — Koseff Dinou Voneff, de Beukoski, du 12' régiment bulgare.

« Je me suis rendu aux Français qui m'ont envoyé aux Serbes. Ceux-ci m'ont très bien traité. » — Petar Dieneff, du 12' régiment bulgare.

« Depuis ma capture, personne ne m'a fait de mal. » — Kosta Stoikoff, de Lebenoff, du 12'' régiment bulgare.

« Je suis très content^lepuis que je suis prisonnier. Personne ne m'a menacé et personne ne m'a battu. » — Debreff Stefan Yeleff, du 36' régiment bulgare. •

« Je n'ai pas à me plaindre de ce qui se passe ici, mais je me plains de mes chefs bulgares qui ne m'ont pas permis de soigner ma blessure. Mon chef de compagnie, le lieutenant Geo/gi Mitrefî , Kest blessé lui-même potir éviter de se battre. » — And.iel Todoroff Bossu., de TchanaktchieflF, du 43'' régiment bulgare.

« Je n'ai à me plaindre de rien. Je reçois tout ce qu'il me faut. » — YovAN Zanoff, de Ragosen, du 27"^ régiment bulgare.

« Je suis bien traité et j'ai été amicalement reçu par les soldats serbes. » — Yovan Dimitroff, du 26' régiment bulgare.

« Je n'ai à me plaindre de rien. Je suis venu ici nu et on m'a tout donné. Personne ne m'insulte. Lorsque je suis arrivé, je n'avais pas mangé depu'S trois jours. Les soldats serbes m'ont reçu en ami et m'ont donné immédiatement à manger. » — Kosta Gkleskoff, du 24" régiment bulgare.

« J'ai été bien traité par les Serbes. >> — Théodore Las- KiARmÈs, d'Angialos, du 11'' régiment bulgare.

« J'ai été fort bien traité chez les Serbes. Nous sommes bien mieux ici que là-bas. Nous ne nous attendions pas à cela. » — Boris Gantcheff, du 23' régiment bulgare.

« Je suis très content du traitement chez les Serbes. » — Gustave Ptak, du 42'' régiment prussien (mitrailleur).

« Depuis ma capture j'ai été très bien traité et j'affirme que tous mes hommes ont été traités de même. » — ERDiMANN, lieutenant au 9'' bataillon des chasseurs de Magdebourg.

« J'ai été très bien traité par les Serbes et je suis surpris qu'on nous traite si bien. » — Stefan Voukoff, sous-lieutenant au 40' régiment bulgare.

Je pourrais continuer à citer des dépositions semblables. J'en ai encore beaucoup dans mon dossier. C'est toujours la même réponse : « J'ai été bien traité par les Serbes, » et quelques-uns ajoutent encore : « Nous ne nous attendions pas à être traités de cette façon. >> En effet, comme je l'ai déjà fait ressortir dans mon rapport concernant les atrocités austro-hongroises en Serbie en 1914, les Centraux, par la parole et les journaux, se sont toujours efforcés de présenter, aux leurs et au public en général, les Serbes comme de sauvages barbares commettant toutes les cruautés possibles. L'efl'et de ces calomnies, effet sûrement voulu, a été atteint : Les gens simples, se croyant en face d'êtres n'ayant rien d'humain, ont cru devoir se défendre contre eux et ont massacré, d'abord peut-être par peur, par une sorte de folie sadique ensuite, des milliers de personnes inoffensives, des vieillards, des femmes et des enfants. Combien ces soldats allemands et, même, [bulgares ont-ils dû être

étonnés de trouver dans les Serbes tant décriés des hommes doux, pleins de pitié et qui ne voient dans le prisonnier qu'un malheureux qui a laissé, comme eux-mêmes, femme et enfants dans sa petite maisonnette du village !

Austro-Hongrois, Bulgares et Allemands rivalisent de zèle pour abaisser les nations qui ne veulent pas se courber sous leur joug. Et malgré tout cela le Serbe garde son sentiment de solidarité humaine. Qu'il me soit permis de clôturer ce chapitre par un petit épisode vécu dans les montagnes du Tchuka au cours des batailles de l'automne 1916.

On amène des prisonniers allemands dont beaucoup étaient très jeunes, 18 à 20 ans. Les soldats serbes leur parlent gentiment et leur distribuent du pain et des cigarettes pris sur leurs provisions individuelles. Quelqu'un passe et s'étonne de leur sollicitude pour des gens qui leur ont fait tant de mal. « Que voulez-vous », répond un des soldats-paysans exilés, « ce sont des enfants qui ne sont pas responsables de cette guerre. Et puis, » ajoute-t-il, « ils ont des mères qui s'inquiètent et se lamentent pour eux. » Que ces simples, mais sublimes paroles puissent arriver aux oreilles de ceux qui ont juré la perte du brave peuple serbe!

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