‹ Les inhalations carboniques dans la pratique chirurgicaleChapitre 19 sur 65 · I. — L’hyperventilation pulmonaire · texte numérisé non relu

I. — L’hyperventilation pulmonaire

C’est le fait capital qui résulte, nous l'avons vu, de l’action excitante spécifique de CO2 sur le centre respiratoire bulbaire,

L'amplitude des mouvements respiratoires augmente toujours très nettement. Au cours de l’anesthésie générale, le volume respiratoire est toujours diminué par suite de l'effet dépresseur qu’exercent sur les centres l’anesthésique, la morphine pré-opératoire trop souvent prescrite. Dans quelques cas, la déficience passagère de CO? consécutive à la polypnée initiale entraîne un degré plus ou moins marqué d’acapnie ; de G à 8 litres, le volume respiratoire tombe en moyenne à 3 litres. « Dès le début de l'addition de CO? au mélange anesthésique, il peut au contraire s'élever à 55 et même jusqu’à 70 litres par minute, c’est-à-dire autant que sous l'influence d’un violent effort musculaire » (Mouzon).

Disons qu’un tel débit respiratoire entraînerait de violents mouvements thoraco-abdominaux gênant le chirurgien dans l’acte opératoire. Lundy estime qu’il ne faut pas excéder une dose de CO? doublant approximativement l'amplitude de la respiration ; « à cette condition, dit-il, la grande amplitude des mouvements respiratoires non seulement ne trouble pas la marche normale de l'intervention, mais procure au chirurgien un relâchement musculaire de l’abdomen, un silence abdominal parfait ». C’est le même résultat qu’on s’efforce d'obtenir dans l'examen clinique quand on fait respirer le malade la bouche ouverte pour palper l’abdomen sans résistance pariétale.

Nous avons vu que la fréquence des mouvements respiratoires n’augmentait qu'avec une concentration déjà élevée de CO? dans l'air inspiré (10 à 15 %) ; elle

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est pour le chirurgien et pour le malade plus nuisible qu'utile et il ne faut pas la rechercher.

En revanche, la régularité du rythme respiratoire est un fait assez remarquable au cours des anesthésies avec addition de CO?2. Pour Bernardbeïig, elle apporte « un calme presque équivalent dans les laparotomies à celui de la rachianesthésie ».

Nous allons voir que grâce à cette hyperventilation puimonaire et à cette action régulatrice de CO, l’anesthésiste peut corriger efficacement toutes les perturbations respiratoires et supprimer les petits incidents qui marquent trop souvent le début de la narcose.

Il. — Sommeil rapide.

L'augmentation de volume respiratoire a comme conséquence directe, nous l’avons vu, d'augmenter l'absorption de l’anesthésique volatil, parce que l’air chargé de vapeurs anesthésiques se renouvelle plus souvent au contact d’une surface alvéolaire agrandie. Ce fait permet à l’anesthésiste de produire plus rapidement la narcose en faisant absorber dans le même temps une quantité plus faible d’anesthésique.

[1 permet aussi dans le courant de l’anesthésie d’augmenter ou de diminuer presque instantanément le sommeil en augmentant ou en diminuant la ventilation pulmonaire. Le malade s'endort avec très peu d'anesthésique et utilise parfaitement la faible dose donnée.

Avec les inhalations carboniques disparaissent :

1° L'apnée initiale, apnée volontaire ou apnée émo-

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tive, bien souvent suivie de crises d’agitation. Sous le coup de l'angoisse ou de l'émotion qui suit l’application du masque, le malade retient volontairement sa respiration puis se débat. Parfois l’anesthésique a inhibé plus ou moins le centre respiratoire et le sujet « oublie de respirer » ; le faciès se cyanose.

L'administration de CO? fait cesser cette première alerte. « En maintes occasions, écrit Lundy, j'ai administré de l'oxygène à des gens normaux et je leur ai demandé de retenir volontairement leur respiration par intervalles ; j’ai alors ajouté du CO? à l'oxygène ; ils ne pouvaient plus rester en apnée volontaire. De ces expériences ils résulte qu’un malade est forcé de respirer en toutes circonstances par administration de CO? au début de lanesthésie ».

2° L’agitation :

Avec le COZ2, on voit bien rarement l’excitation de cette période ébrieuse si fréquente au début des anesthésies à l’éther. Se montre-t-elle, elle est réduite au minimum. « Il semble que CO? en produisant une respiration profonde coordonne les réflexes à tel point que les sujets même très nerveux ont un sommeil fort calme » (Lundy). Ce fait est dû sans doute à la régularité de la respiration, la continuité de l’absorption de l’anesthésique et l'installation rapide du sommeil complet.

3° Les réflexes inhibiteurs :

Lundy, le seul qui signale cet avantage, n’a COnStaté aucun accident de cet ordre sur ses 1.350 cas de

la clinique Mayo.

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On voit quels services CO? peut rendre au début de lanesthésie avant l’entrée du malade dans linconscience bienfaisante de l’anesthésie générale. Ces services nous paraissent d’une valeur indiscutable pour deux raisons :

1° Nous connaissons les dangers de cette période d’agitation et d’apnée. La polypnée initiale, très souvent entretenue comme l’apnée par le facteur émotif, et aussi l'excitation du centre respiratoire surpris par les premières doses d’anesthésique menacent d’entraîner, en même temps que l’absorption d’un excès d’éther, une élimination excessive de CO2, aboutissant à l’apnée par acapnie.

2° L'expérience prouve qu’une bonne mise en marche est décisive au point de vue de la valeur de l’anesthésie. On néglige trop l’état d'inquiétude psychique et d'angoisse si fréquent chez certains malades nerveux trop obsédés ou parfois trop instruits par le souvenir d’anesthésies antérieures. Cette angoisse peut prendre le caractère d’un véritable traumatisme nerveux, d’un choc psychique particulièrement dangereux et parfois même dramatique.

Avec Vaquez, il faut donc se méfier de la narcose chez les peureux, les angoissés, les inquiets. Or, en raccourcissant la période de début, en régularisant absorption de l’anesthésique, en supprimant la sensation d’étouffement et d’angoisse qui est presque de règle au début de toute anesthésie par inhalation, la méthode des inhalations carboniques a pour effet de réduire au minimum la dépense nerveuse et de prévenir le choc psychique.

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