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L'auteur a intitulé son observation : « Un cas de réanimation du cœur par inspiration forcée de CO? ». IL s’agissait d’une syncope survenue chez une malade endormie au mélange de Schleich. Le pouls fémoral n'était plus perceptible, le Pachon ne transmettait pas la moindre oscillation, le cœur paraissait arrêté à l'auscultation. Après quatre minutes de respiration artificielle sans succès, Delagenière a essayé l’action de CO? avec le dispositif de Thalheimer, tout en continuant la respiration artificielle. Dès la deuxième inspiration, il a constaté une reprise des mouvements du cœur et la réapparition du pouls fémoral.
Notre conviction est qu’il faut dénier tout efficacité du gaz carbonique dans la véritable syncope cardiaque. Les mouvements du cœur et par conséquent la circulation est arrêtée ; dès lors, comment le CO? pourrait-il agir sur le centre bulbaïire où seul le courant circulatoire peut le faire parvenir ?
En réalité, il semble que les chirurgiens rangent trop facilement sous le terme de « syncope cardiaque » toute une série d’accidents de nature bien différente.
Si, schématiquement, la syncope cardiaque s'oppose à la syncope respiratoire, il faut reconnaître tout ce qu’une pareille distinction a d’arbitraire. « Pratiquement, l'appareil cardio-pulmonaire est toujours solidaire et il est souvent difficile au cours d’une syncope de faire la part entre les accidents respiratoires et circulatoires » (R. Monod).
L'arrêt complet des mouvements du cœur est seul caractéristique de la syncope cardiaque véritable, tou-
jours immédiatement fatale. Nous en trouvons l’expression la plus pure dans la syncope blanche chloroformique du début de l’anesthésie par inhibition bulbaire brutale ; elle est, on le sait, exceptionnelle.
Dans tous les autres cas de syncopes anesthésiques dites « cardiaques », nous savons maintenant que lParrêt complet des mouvements du cœur est bien sujet à caution.
Même dans la syncope qui survient dans le courant de anesthésie par surdosage toxique, ni l'examen clinique, ni le Pachon ne peuvent démontrer de façon certaine que le cœur ne bat plus.
Notre Maître le Docteur Louis Bazy compare avec justesse les syncopes anesthésiques aux syncopes des électrocutés où, comme l’a montré le Professeur d’Arsonval, les sujets sont en état de mort apparente. Il faut les traiter comme des noyés et pratiquer très longtemps chez eux sans découragement la respiration artificielle et les inhalations de CO.
Enfin, certains états imitent à s’y méprendre le tableau de la syncope cardiaque. Ce sont ces états d’acapnie aiguë que nous avons envisagés et qui surviennent au début ou à la fin de l’anesthésie. Les mouvements respiratoires s'arrêtent, la pression artérielle s'effondre brutalement sous l’action du collapsus périphérique, réalisant le tableau d’une véritable syncope extra-cardiaque.
Nous retrouverons ces faits en étudiant la part con-
sidérable que joue l’acapnie dans le syndrome du choc opératoire.
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Indications des inhalations carboniques à la fin de l’anesthésie.
Les inhalations carboniques préviennent à ce stade : 1° L’apnée par acapnie.
Il est très important, nous l’avons vu, de ne pas enlever brusquement le masque à la fin de l'opération; la manette de l'appareil d'Ombredanne ramenée à O0, le malade continuera à respirer en atmosphère confinée, riche en COZ2, pendant 4 à 5 minutes.
En effet, surtout si l’on a fait usage de CO? pendant l’anesthésie, il est dangereux d’imposer brusquement la respiration à l’air libre ; le sujet dont le centre respiratoire est déjà inhibé par l’anesthésique risque de manquer de CO? et d’être victime d’une syncope par acapnie. Le traitement logique de cette syncope consiste à remettre immédiatement le masque sur le visage et à faire inhaler du COZ.
2° Elles assurent l'hyperventilation.
A la fin de l’opération, les mouvements respiratoires sont en général assez fréquents, de 25 à 35 par minute, mais très superficiels et peu efficaces ; l’usage du CO? permet une ventilation efficace des poumons sur toute leur surface ; grâce à la grande amplitude des mouvements respiratoires, les bases pulmonaires sont largement aérées. Cet accroissement de l’amplitude respiratoire commence toujours, comme nous Pavons remarqué, dès la première minute de linhalation, et avec un peu d'expérience il est facile de régler l'admission dans le masque du CO? pour maintenir le volume respiratoire au niveau désiré. À cette
condition, l'hyperpnée ainsi provoquée ne fatigue pas
le cœur et n’épuise pas le malade.
Quant à la fréquence des mouvements respiratoires, elle n’est pas augmentée mais plutôt diminuée, puisqu'ils sont plus amples, plus efficaces et plus réguliers. 3° Elimination rapide de l'anesthésique.
Les inspirations profondes que détermine l’inhalation carbonique, en renouvelant rapidement les gaz intra-pulmonaires, amènent un véritable lavage du poumon et une chasse très accélérée de l’anesthésique.
L’anesthésique volatil en solution dans le sang, qui continuerait à se fixer sur les divers organes, est expulsé en même temps par suite de cette hyperventilation.
La durée réelle de l’anesthésie, l’intoxication, iv choc, lirritation bronchique, principal inconvénient de l’éther, en sont diminués d’autant.
White, dans ses beaux travaux sur la déséthérisation par le CO?, a parfaitement mis en évidence, que l'élimination de l’anesthésique volatil tout comme son absorption, était proportionnelle à l’intensité de la ventilation pulmonaire.
Il a étudié chez quarante et un malades la courbe de déséthérisation à la suite d'administration de COZ.
Chez un sujet normal sans CO?, l'élimination obéit à certaines règles :
—- dans les 30 premières minutes, après l'enlèvement du masque, la moitié de l’éther total de l’organisme est éliminée très rapidement.
— 1 à 2 heures sont nécessaires pour éliminer la moitié de l’éther restant.
— 1 à 2 jours, pour que Iles dernières traces d’éther disparaissent du sang.
En calculant la tension de l’éther à des profondeurs différentes d’anesthésie, White constate que le stade de troubles et de dépression consécutif à l’anesthésie correspond à une quantité d’éther dans le sang veineux de 0 gm. 2 à 0 gm. 4 par litre.
Avec l’administration de CO?, la courbe de déséthérisation est caractéristique. Sa chute est tellement abrupte qu’elle ne s’aplatit que quand le malade a repris conscience et franchi le stade pénible des troubles post-éthéraux.
4° La rapidité du réveil.
Elle est le corollaire de l’élimination rapide de l’anesthésique et de l’hématose plus active.
Dans une anesthésie ordinaire, le temps nécessaire au réveil est de 50 minutes à une heure. Avec le CO?, la reprise de la conscience est 3 à 5 fois plus rapide. Les malades reprennent connaissance en 15 à 25 minutes.
Dans 35 cas de White, les malades ont présenté les premiers signes de réveil après 14 minutes.
Personnellement, nous avons observé des résultats analogues. Le réveil est tranquille, sans agitation. Il est agréable: ni soif d’air, ni constriction thoracique; les malades éprouvent au contraire une sensation de bien-être. La respiration est extrêmement régulière ; elle est libre car les bronches ne sont pas encombrées.
White a remarqué que, si on cesse de donner du
Ti —
CO?, le sujet se rendort. Ce n’est pas parce que les tissus libèrent dans le sang l’excès d’éther qu'ils contiennent. White explique ce fait par une tension de l'éther, différente dans le sang veineux et dans le sang artériel; dans le sang veineux, elle est encore suffisante pour ramener un retour de la perte de connaïissance; dans le sang artériel, elle est insuffisante pour provoquer ce résultat, grâce à l’hyperventilation occasionnée par COZ.
Telle est l'explication que cet auteur a formulée en étudiant le rapport entre l’éther de l’air alvéolaire et l’éther du sang veineux chez plusieurs sujets. 5° Suppression des nausées et des vomissements.
Il est inutile de souligner la fréquence des vomissements du réveil et leur nocivité après les grandes interventions et chez les malades déprimés; sur une série de malades anesthésiés sans CO2, White trouve 50 % des hommes, 88 % des femmes, se plaignant de nausées et de vomissements. L'action bienfaisante de CO? peut s’expliquer:
a) Par la diminution de la quantité d’anesthésique absorbé: sommeil rapide, réveil rapide, dose d’entretien moindre;
b) Par l'effet favorable sur les nausées des grandes inspirations qu’il provoque: on connait l'influence bienfaisante de ces inspirations profondes dans les malaises de la rachianesthésie.
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