NÉCESSITÉ D’UNE TECHNIQUE RIGOUREUSE AVANTAGES DU CARBOGÈNE
Tous les chirurgiens qui ont employé le CO? pur connaissent les incidents, voire même les accidents des inhalations carboniques mal réglées (obs. de Seillié). L'expérience prouve qu’ils sont dus à l’administration intempestive de gaz carbonique pur. « Trop de CO? est pire que point du tout » (Lundy).
Cet excès entraîne une exagération de l’hyperventilation pulmonaire, pour le moins inutile, épuisante pour le malade, souvent gênante pour le chirurgien par les mouvements thoraco-abdominaux violents qui troublent l’acte opératoire.
Bien plus, cette hyperpnée est parfois dangereuse : les ruptures de sutures, de ligatures entraînant des hémorragies, les risques de dissémination d’un foyer infectieux viennent encore aggraver le pronostic opératoire.
La toux, l’arythmie respiratoire sont pour Lundy les premiers signes d’excès. L'hypertension asphyxique, la cyanose font leur apparition ; l'hyperventi-
lation finit par aboutir à l’apnée et à la défaillance cardiaque. Il est clair que le CO? rétablit les à-coups qu'il cherchait à corriger.
Il faut voir la raison de pareils faits dans l'extrême sensibilité des centres nerveux à l’acide carbonique. « Alors que d’assez fortes oscillations dans la tension de l'oxygène dans l’air alvéolaire et par suite dans le sang n'’amènent aucune modification appréciable dans le fonctionnement normal de l'organisme, de très faibles oscillations de CO? modifient profondément l'activité respiratoire et cardiaque » (Langlois, 1908).
Les travaux récents de Fuss et Dera ont montré qu’il fallait être prudent dans l'emploi du CO?. Les points suivants ressortent de leurs expériences et de celles d’autres auteurs (Dressler, Brandis et Killian) :
Des quantités importantes de CO? excitent de moins en moins le centre respiratoire et les arrêts respiratoires surviennent.
La concentration optima de CO? varie suivant la durée de l’expérience. Plus son application est prolongée, plus la concentration de CO? qui a un effet optimum est faible.
Quand CO? agit pendant longtemps, on n’obtient pas d'amélioration en utilisant une concentration plus élevée.
Il est donc indiscutable que les incidents signalés résultent avant tout d’une technique défectueuse imposant au malade des quantités excessives de CO?. Leur fréquence doit nous inciter à la prudence et nous
conduire à envisager la question des doses et des concentrations des mélanges gazeux administrés au malade dans les différentes méthodes d’inhalation car-
bonique.
Doses. — Concentration.
Quelle est la concentration idéale de CO? dans l’atmosphère inspirée pour obtenir les meilleurs résultats ?
Examinons les principales méthodes.