‹ Les Injections Hypodermiques Dans La ConstipationChapitre 8 sur 25 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Orientation plus précise de la méthode en 1912.

Pour retrouver la question traitée avec tous les détails nécessaires, 1l nous faut arriver à l’année 1912 : nous allons y voir un peu plus clair et pouvoir aboutir à une sélection des produits à injecter.

C’est en eflet dans les années qui précédèrent immédiatement la guerre que des travaux plus méthodiques, notamment ceux des professeurs A. Robin d’une part, P. Carnot d’autre part, remirent la question à l’ordre du jour. Pendant la guerre on ne s'occupa presque plus de ces injections dont l'intérêt était, en France, évidemment de second ordre. Il nous à paru intéressant d'étudier à notre tour ce procédé thérapeutique et d'ajouter aux expérimentations relatées dans la littérature médicale quelques observations cliniques personnelles. Nos résultats sont extrêmement encourageants. Mais, comme toujours, ce n'est qu'en multipliant les observations qu'on pourra enfin arriver à une conclusion définitive.

J. Braïillon, dans sa thèse (Paris, 1913), étudie les principaux purgatifs, d’abord sur l'animal, puis sur l’homme.

Parmi les sels de soude, le sulfate et le citrate de soude, employés au dixième et au cinquième à la dose de 10 cc. et de 20 cc. chez le lapin, ont produit une réaction inflammatoire au niveau de la piqûre, avec abcès, et au point de vue intestinal aucun effet purgatif; mais les évacuations, plus nombreuses et plus copieuses, atteignent un poids supérieur au poids ordinaire moyen. À cause de la douleur et des accidents produits chez les animaux par ces injections de sels de soude,

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J. Braillon n’a pas expérimenté sur l’homme. Nous verrons qu’en employant des doses beaucoup plus restreintes, on peut obtenir des résultats intéressants sans aucun danger de toxi- Cité.

Le sulfate de magnésie chez le lapin n’a rien donné avec la dose de 10 cc. d’une solution à 20 p. 100. Chez l’homme, 1 cc. d’une solution à 25 p. 100 a donné quelques bons résultats. L'auteur semble ici avoir entrevu l'importance des doses faibles. Aucune réaction inflammatoire locale ni générale.

Braillon essaie aussi une infusion de séné à 10 p. 100 : chez l'animal, il y à quelques modifications dans la forme et la consistance des matières. Chez l’homme, la dose de 10 cc. produit dans la plupart des cas un ramollissement et une régularisation des évacuations alvines chez les constipés. Aucune réaction locale ni générale, excepté peut-être chez les tuberculeux, qui sont très susceptibles.

Bourdaine, rhubarbe et cascara sagrada, utilisés en infusions également, ont sur l'intestin une action mais moins énergique que celle du séné.

Les solutions d’aloès injectées sous Ja peau déterminent des réactions organiques sensibles : frisson, accélération de la respiration, amaigrissement, urines presque noires, douleur au lieu de la piqûre; outre ces phénomènes, d'ordre toxique, il n'y a aucune influence sur le péristaltisme ni sur la sécrétion intestinale, chez le lapin; chez le chien : quelques bons résultats. Comme nous l’avons signalé dans notre aperçu historique, l’aloès avait déjà été injecté à l'homme. Braillon cite plusieurs observations à résultat positif, mais il y a, à peu près constamment, frisson, malaise et coliques pénibles, douleurs au lieu d'injection. La solution semble donc nettement toxique.

L'hormone péristaltique de Zuelzer, produit opothérapique obtenu avec des extraits spléniques, utilisée également en injections hypodermiques, donne de bons résultats dans la moitié des cas environ. Mais il peut y avoir des accidents généraux, souvent passagers, mais impressionnants (fièvre, frissons, etc.)

L'extrait hypophysaire, utilisé pour remonter la pression. artérielle, ralentir les pulsations cardiaques et augmenter la diurèse, très employé également en obstétrique, a donné d’excellents résultats quant à la rééducation de l'intestin. I a même été l’objet d’une communication de M. Kirmisson à l’Académie de médecine (29 janvier 1918) sur l'utilité de l’emploi de l'extrait hypophysaire dans le traitement des paralysies intestinales consécutives aux opérations d’appendicite à chaud. Dans d’autres constipations moins bruyantes, dans lesquelles l'inflammation péritonéale se traduit uniquement par la paralysie de l'intestin, les eflets sont également encourageants. Dans les cas d occlusion intestinale, on peut tirer les meilleurs résultats de l’action entérocinétique de l'extrait hypophysaire.

Un militaire n'ayant pas eu de garde-robes depuis seize jours a été rapidement guéri par les injections d’extrait hypophysaire.

Dans les cas de paralysie intestinale, Kirmisson cite le cas d’une fillette de 10 ans, opérée à chaud pour appendicite aiguë avec péritonite diffuse. « Les jours suivants, très mauvais état général se compliquant bientôt d'une paralysie intestinale complète. Ballonnement énorme que ni lavements ni suppositoires ne parviennent à soulager. Six jours après l'opération, l'enfant n'a pas encore eu de garde-robes.

« Le lendemain, injection sous-cutanée de 1 cc. d'extrait hypophysaire Choay (lobe postérieur d'hypophyse de bœuf); un quart d'heure après, coliques, puis petite selle. Dans la nuit, deux petites garde-robes. Le lendemain, seconde injection de 1 cc.; un quart d'heure après, une selle; deuxième selle dans la nuit. Etat général meilleur. Enfant plus calme. Le lendemain, troisième injection de 1 6c.; cinq minutes après, une selle très abondante. Un quart d'heure après, nouvelle selle très abondante aussi. Le lendemain, état général très amélioré. Température 37°8, pouls bien frappé, ventre moins ballonné. Quatrième injection; un quart d'heure après, selle abondante se renouvelant dans la nuit. Le résultat étant suifisant, on cesse les injections. »

La constance et la régularité des résultats ne seraient pas moins intéressantes au point de vue physiologique qu’au point de vue clinique et ne permettent pas de mettre en doute l’utilité du médicament.

Malgré l’optimisme de ces déclarations, nous n’avons pas osé employer l'extrait hypophysaire pour réveiller la motricité intestinale, car il y a encore bien des inconnues dans les fonctions de l’hypophyse et on a signalé des accidents (malaise général, nausées, pâleur des téguments et des muqueuses, syncopes parfois mortelles) à la suite de ces injections. L’extrait hypophysaire semble en elfet avoir une action toute différente, suivant l’état préalable des fonctions glandulaires de l'individu.

Citons encore l'extrait de racines de Peganum harmala en injections sous-cutanées, qui renferme une substance fortement purgative et d'action rapide. Cette plante, de la famille des Rutacées, sacrée pour les Tartares, croît dans les steppes du Caucase. Mais elle produit des nodosités aux points d’injection.

Parmi les substances très nombreuses qui ont été essayées successivement par la voie sous-cutanée, nous avons dû, pour nos expériences personnelles, faire un choix. Nous avons laissé de côté tout produit ayant provoqué, aux doses thérapeutiques, des accidents ou ayant donné des résultats insuffisants; nous nous sonimes arrêtés aux quatre purgatifs suivants, dont l'intérêt nous a paru céder le pas aux divers autres corps que nous avons passés en revue : le sulfate de soude, le sulfate de magnésie, le séné et le disodoquinone phénolphtaléinique ou «sodophtalyl ».

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