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SÉRUM CAMPHRÉ

L'utilisation du sérum camphré en thérapeutique remonte à quelques années. Ehrhardt a signalé en 1915 les résultats très appréciables obtenus par voie endoveineuse. |

Moller en Allemangne recommande l’emploi du sérum camphré dans le traitement des septicémies.

Coquot et Moussu publient en 1919 une étude intéressante sur les modalités du traitement de la fièvre typhoïde du cheval par les injections intraveineuses de sérum camphré; ils annoncent des succès éclatants, puisque sur 41 cas traités

27 ont été guéris avec 2 injections, 6 ont été guéris avec 3 injections, 4 ont été guéris avec 4 injections, 3 ont été guéris avec 5 injections.

Le sérum camphré s'obtient d’après les auteurs, en ajoutant à un litre de sérum physiologique tiède à 9 p. 1000, 2 cc d’une solution alcoolique de camphre, 100 gr. de camphre pour 250 gr. d’alcool à 90%.

Il se forme un précipité blanc floconneux qui se désagrège ensuite en particules de plus en plus ténues. Ce n’est qu'après 25 ou 30 minutes que la disparition du précipité est définitive. Le liquide prend alors un aspect louche uniforme, la chaleur favorise sa disparition.

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La quantité de camphre incorporée au sérum physiologique est relativement considérable. On peut l’apprécier à environ 0.80 p. litre de sérum.

C’est là un fait important, car il est établi que la valeur curative du sérum camphré est fonction de sa teneur en camphre.

Cette suspension du camphre dans le sérum est parfaite pendant 3 ou 4 jours. Au bout d’une semaine le précipité se reforme ; si on l’agite à ce moment la suspension primitive réapparaît, mais la précipitation se reproduit aussitôt.

Il s’agit vraisemblablement d’une solution colloïdale. A l'instar des colloïdes l’action du sérum camphré se traduit par des modifications de la température, de la formule leucocytaire et aussi de la diurèse. Le camphre qu’il renferme conserve en outre ses propriétés thérapeutiques propres : antiseptique général, tonique cardiaque, anti-diarrhéique et sédatif.

« Après l'injection, la température subit une ascension plus ou moins rapide avec maximum entre la 2e et la 6e heure en moyenne ; l’animal paraît mieux, les troubles s’accusent, des frissons nettement marqués apparaissent dans certains groupes de muscles.

Cette phase d’hyperthermie est suivie d’une chute de la température rapide. En même temps on note une diurèse extrêmement abondante. A la deuxième injection la réaction généralement nette est cependant moins accusée » (Coquot et Moussu).

Pécherot pense plutôt qu’elle se produit plus hâtivement mais il en signale de particulièrement accusées.

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L'action sur la formule leucocytaire se traduit par une phase de leucopénie une heure après l'injection, qui est suivie d’une hyperleucocytose à son maximum vers la 6€ heure, avec augmentation relative des polynucléaires.

Ces modifications sont justement celles que l’on obtient avec des injectionsintraveineuses d'argent colloïdal.

Mais les manifestations consécutives à l’injection du sérum camphré ne sont pas comparables en intensité et surtout en brutalité à celles qui suivent l'injection de métaux colloïdaux. Elles effrayent beaucoup moins l'entourage qui préalablement prévenu dès leur apparition, les accepte volontiers.

La réaction organique a une haute valeur pronostique. Si après l'injection, la fièvre n'apparaît pas, on peut affirmer qu’on est en présence d’un cas très grave susceptible de complications mortelles. Au contraire, la réaction positive avec élévation thermique de 1 degré et plus, indique une amélioration certaine et rapide.

La dose journalière de sérum camphré est généralement d’un litre.

Coquot et Moussu l’ont augmentée sans inconvénient, parfois même ils ont forcé le succès de cette médication en injectant aux chevaux jusqu’à 2 litres de sérum camphré en 24 heures.

Une seule injection même suivie de réaction nette est généralement insuffisante, pour obtenir la résolution définitive. Après 24 heures la température qui a subi une chute importante a tendance à remonter : une deuxième injection entrave immédiatement ce mouvement ascentionnel et accélère la marche de la guérison.

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Ce n’est que dans des cas particulièrement graves que l’on pratiquera trois ou quatre injections.

Pécherot rapporte de nombreuses observations où le sérum camphré s’est montré très efficace dans la guérison des cas de typhoïde qui avaient résisté à la médication novarsénobenzolique. Il lui a permis souvent de lutter favorablement contre les complications pulmonaires secondaires de la maladie, et contre les pneumonies gormeuses greffées sur la typhoïde, en l’associant au sérum antistreptococcique polyvalent.

Il donne cependant la préférence au novarsénobenzol parce qu'il se présente sous une forme plus maniable — la solution est préparée extemporanément et la quanrtité du liquide à injecter étant de 120 cc. au lieu de 1 litre — et ne s'accompagne d'aucun phénomène de choc (voir novarsénobenzol).

Le traitement arsénobenzénique est généralement suffisant pour abaisser la température. Toutefois si la courbe fébrile reste sensiblement égale, même après une injection complémentaire du médicament, le lendemain de l'intervention, il a recours aux injections journalières de 1 litre de sérum camphré qu'il renouvelle jusqu’à 3 ou 4 fois.

En résumé le sérum camphré agit comme les colloïdes sans en avoir les inconvénients. À son action physique s'ajoute l’action thérapeutique du camphre qui se trouve renforcée grâce à l'administration par voie indoveineuse.

SÉROTHÉRAPIE SPÉCIFIQUE

Les animaux auxquels on injecte des cultures ou des toxines microbiennes, dans des conditions spéciales, sont hyperimmunisés contre ces microbes ou ces toxines et le sérum de leur sang acquiert des propriétés bactéricides ou antitoxiques, c’est-à-dire il empêche la pollution des microorganismes ou neutralise les poisons inoculés.

Ces sérums sont appelés spécifiques parce qu’ils agissent avec force et seulement contre les microbes ou les toxines qui ont servi pour les produire, alors qu'ils restent impuissants par rapport aux autres.

L'emploi des sérums constitue la sérothérapie ; elle peut être préventive, quand le sérum est injecté aux animaux sains, ou curative, si elle s'adresse aux malades.

La théorie bactéricide des humeurs mise en honneur par l’école allemande et une partie de l’école française avec Bouchard et ses disciples, marque le premier pas vers la sérothérapie.

Maurice Raynaud, Richet et Héricourt (1888) avec l’hémothérapie (ils avaient rendu trois lapins insensibles à l’inoculation du staphylocoque en leur injectant le sang d’un chien ayant subi quelques mois auparavant des inoculations de staphylocoque), Bouchard et Charrin

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en démontrant que les propriétés vaccinantes du sérum étaient identiques à celles du sang, ouvrent la voie à la sérothérapie.

Behring et Kitasato en 1890 la créent en faisant connaître les mémorables expériences sur les propriétés du sérum des animaux immunisés contre le tétanos et la diphtérie. Ils montrent que le sérum d’un lapin rendu réfractaire au tétanos ou à la diphtérie est susceptible de neutraliser le virus de ces affections. Malgré les excellents résultats obtenus,les insuccès assez nombreux avaient empêché la découverte de Behring et Kitasato de se répandre.

C’est alors que Roux et Martin en 1894 font au Congrès de Budapest leur remarquable communication sur le sérum antidiphtérique.

Dans ce travail on trouve exposée la technique de la préparation de la toxine anti-diphtérique, celle du sérum et de ses applications, plus une statistique démontrant l'efficacité du sérum antidiphtérique.

Les véritables règles de la sérothérapie étaient établies et depuis ce jour, étaient ouvertes au domaine de la pratique.

Depuis lors on a préparé pour diverss maladies soit des sérums antitoxiques, comme le sérum antitétanique et le résum anti-diphtéritique obtenus par inoculation de doses croissantes de toxine, à l’animal, soit des sérums anti-microbiens, comme le sérum antistreptococcique préparé par inoculation de doses croissantes de corps microbiens.

Enfin on a commencé à employer le sérum de mala-

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des convalescents dans l’espoir de faire bénéficier les malades de moyens de défense accumulés dans le sérum des convalescents qui viennent de triompher d’une maladie infectieuse. A l'heure actuelle, dans la lutte contre les maladies infectieuses des animaux la sérothérapie spécifique a acquis avec juste titre, une place importante.

La pratique établit de la façon la plus nette que toutes les voies d'introduction d’un sérum spécifique ne se montrent pas également efficaces et qu’il est nécessaire pour bénéficier dans la plus large mesure des effets curatifs de ce même sérum de l’injecter au malade par la seule vole veineuse.

S. Arloing a démontré expérimentalement, par ses études sur la valeur comparative des différentes voies d'introduction des sérums, que l’action antitoxique du sérum antidiphtérique s'exerce au maximum à la suite de l’injection intraveineuse, au minimum s’il est introduit sous la peau; il a établi de même que le sérum anti-charbonneux voit son action décuplée lorsqu'il est jetté dans le sang. Descos, Barthélémy, Chattot, ses élèves, arrivent aux mêmes conclusions en ce qui concerne le pouvoir curatif du sérum antitétanique.

A. Calmette montre à diverses reprises en ce qui regarde la sérothérapie curative de l'intoxication venimeuse, la haute valeur de la voie veineuse.

Salimbeni et Figuero de Vasconcello admettent aussi pour la sérothérapie de peste bubonique, l'extrême supériorité de la voie intraveineuse sur l'intervention hypodermique.

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De leur côté Vaillard et Dopter démontrent expérimentalement que la sérothérapie curative de la dysenterie est encore réalisable par voie veineuse.

Vallée et Finzi, à la suite de leurs recherches sur la valeur thérapeutique comparée des injections sériques intraveineuses et hypodermique, concluent que : « l’élimination des anti corps d’un sérum étant plus rapide après une injection intraveineuse qu’à la suite de l’introduction hypodermique du produit, c’est toujours à ce dernier mode qu’il convient de recourir toutes les fois que le sérum est administré à titre préventif. Cette voie d'introduction assurant la plus lente élimination procure en effet l’immunité passive la plus longue.

« Lorsqu'un sérum doit être injecté à titre curatif, c’est toujours autant que possible par voie veineuse qu’il convient de l’inoculer et à doses élevées ».

Pécherot montre également que la voie sanguine est la meilleure pour l'introduction du sérum antistreptococcique polyvalent dans le traitement de la gourme et de l’anasarque, et du sérum antitétanique dans le traitement du tétanos confirmé.

Les doses utilisées dans un but curatif sont variables suivant l’état du malade et les résultats obtenus au cours du traitement. Elles sont en moyenne de 4 à 500 cc., en injections intraveineuses journalières de 50 à 120 cc. Il est certain que les doses injectées sont limitées par le prix actuel des sérums spécifiques. Sans doute les résultats seraient encore plus rapides et plus brillants si on injectait des doses journalières plus massives.

Les injections de sérum animal faites à l’homme dans

un but thérapeutique engendrent bien souvent des réactions plus ou moins intenses de l'organisme, que l’on décrit sous le nom d'accidents anaphylactiques.

L’anaphylaxie fut considérée par tous les expérimentateurs comme une forme particulière d'intoxication : on voyait dans le choc le résultat de l’action d’un poison spécial, le poison anaphylactique (théories de Richet, Friedmann, Friedberger). Même après que les travaux de Biedl et Krauss, d’Arthus, de Wolf eurent montré l’identité des accidents du choc anaphylactique et des chocs peptoniques et protéiques, c’est encore à l’intoxication qu'on rattachait les uns et les autres.

L'anaphylaxie est un état de sensibilité exagérée à une substance non toxique par elle-même, qui survient chez un individu traité au préalable par cette même substance. On considère ainsi que l’anaphylaxie est spécifique, c'està-dire qu’elle ne peut être provoquée que par la substance qui a servi à la préparation du sujet (Rosenan, Anderson, Hyÿhlenhut).

« Toute matière albuminoïde étrangère injectée à faible dose à un animal lui confère une sensibilité spécifique telle que quelques jours après ce traitement, une nouvelle injection de la même substance peut provoquer des accidents graves, parfois mortels ».

On admet généralement que l’albumine injectée dans le sang produit une toxogénine inoffensive par ellemême, mais qui mise en contact nouveau avec la même albumine conduit à la formation d’une apotoxine, poison nerveux violent.

Les recherches expérimentales sur cette toxine n’ont pas abouti.

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Besredka écrivait en 1907 « la plupart des faits rapportés semblent indiquer que les phénomènes d’anaphylaxie et d’anti-anaphylaxie se réduisent aux réactions de précipitation et d’absorption qui régissent les rapports des colloïdes entre eux ».

Bordet en montrant que, pour conférer in vitro à un sérum le pouvoir de déchaîner un choc, il suffit de le mettre en contact d’une substance inerte comme la gélose, établit l'intervention d’actions purement physiques dans les phénomènes d’anaphylaxie.

Si l’on pratique expérimentalement à un chien une injection sous-cutanée de 1/10 à 1/100 de cc. d’ovalbumine, et si 15 jours plus tard, on le soumet par voie intraveineuse ou endoartérielle à une injection déchaînante de la même albumine, l’on obtient immédiatement une réaction typique qui atteint, quand l'injection déchaînante est suffisante, les mêmes caractères de gravité que ceux du choc colloïdo-classique.

Les symptômes observés sont absolument superposables : le phénomène dominant est représenté par l’abaissement considérable de la pression artérielle, conséquence d’une vasodilatation intense.

Une différence essentielle, toutefois les sépare : alors que le choc colloïdoclasique se produit immédiatement après l'injection intraveineuse, la crise anaphylactique nécessite une sorte de sensibilisation antérieure, il faut que la même cause qui déchaîne la crise ait agi une première fois ou qu'elle ait eu le temps de préparer l’organisme, de modifier l’état humoral de telle sorte, qu'agissant de nouveau, elle provoque une réaction différente

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