INCONVÉNIENTS
Les inconvénients de la médication intraveineuse résultent tout d’abord des difficultés techniques. Elles tiennent à ce que les veines sont invisibles. Après avoir pratiqué l’hémostase on cherchera à la pression de l’index à sentir la saillie de la veine. Cette saillie, qui s’affaisse à la pression, offre au toucher une sensation de tension spéciale. On ponctionnera sous ce contrôle tactile. Il arrive ainsi que des veines invisibles sont faciles à sentir et à ponctionner. Les veines sont parfois trop petites. L’aiguille pénètre dans le tissu graisseux et y glisse sans pouvoir accrocher des veines trop petites et trop mobiles.
L’infiltration oedémateuse dans certaines affections, cache les veines. Rien n’est plus difficile que de ponctionner une veine quand les tissus sont infiltrés d’oedème. Il faut alors essayer d'exprimer l’oedème par une pression soutenue et de ponctionner la veine ensuite; ce n’est pas toujours facile, il faut souvent renoncer et ne pas insister.
Accidents locaux.
Le plus important consiste dans la fausse route, soit que l’aiguille ait une pointe émoussée, soit que par suite des réactions de l’animal l’instrument ait glissé dans le conjonctif périveineux; le liquide à injecter passe à côté de la veine.
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L’injection périveineuse n’est pas sans inconvénient.
Si quelques gouttes seulement du produit irritant tombent dans le tissu sous-cutané, on voit survenir des phénomènes locaux si non graves du moins ennuyeux. Ces phénomènes se traduisent par une périphlébite de la jugulaire avec un volumineux oedème chaua et douloureux. Malgré tout la veine reste imperméable et peut servir à des injections ultérieures. Cependant celles-ci sont rendues un peu difficiles à cause de la sensibilité de la région sur laquelle on doit intervenir. Lorsqu'une partie importante du produit fuse dans le conjonctif périveineux il peut produire rapidement un oedème très marqué de la gouttière jugulaire qui peut descendre le long de la partie inférieure de l’encolure pour gagner le lendemain la région de l’ars et de l’avantbras en provoquant une gêne mécanique assez importante.
On peut observer dans d’autres cas une légère mortification de la peau. Ces lésions sans gravité pourraient peut-être sans inconvénients être abandonnées à ellesmêmes : 1l est cependant préférable d’instituer un traitement d’ailleurs simple.
Avec un matériel propre on n’observe jamais d’abcès. Les hémorragies ne se produisent jamais. Les petits hématomes se bornent à une simple tumeur qui disparaît en quelques jours.
On a recommandé dans le cas d’une injection mal pratiquée et en particulier quand il s’agit d’un médicament irritant, de faire immédiatement une injection hypo-dermique de chaque côté du point de pénétration
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de l'aiguille, d’un centimètre cube d’hyposulfite de soude en solution de 10 % ; puis d'appliquer des compresses humides très chaudes ; elles favorisent la disparition des oedêmes et préviennent les phénomènes nécrotiques parfois enregistrés. Une heure après l’application du traitement il y a disparition complète de l’engorgement et de la douleur.
Accidents généraux (V. chapitre Colloïdothérapie).
Le plus important est la crise hémoclasique. Elle est si fréquente avec les injections d’électrargol qu'il est sage de prévenir le propriétaire et qu’on ne peut avoir recours à cette thérapeutique quand le coeur est touché au point de ne pouvoir résister à cette épreuve.
On sait que l’entrée d’air pendant l'injection n’a aucune importance quoique l'opinion contraire ait longtemps prévalu et ait singulièrement contribué à discréditer la méthode des injections intraveineuses.
Si on la redoute malgré tout, il sera facile de l’éviter (V. chapitre Introduction d'air dans les veines).
COLLOÏDOTHÉRAPIE
Depuis quelques années l'emploi en thérapeutique des substances médicamenteuses à l’état colloïdal a pris une place très importante. On peut même dire qu’elles sont devenues d’un usage courant dans les différents états infectieux et qu’il ne manque pas d'essai de traitement par les colloïdes des maladies les plus variées.
On est enclin aujourd’hui non seulement à introduire tous les métaux sous la forme colloïdale, mais aussi à transformer à l’état colloïdal des médicaments dont l'efficacité et la posologie sont depuis longtemps fixées, tels les alcaloïdes.
Leur mode d’action intime reste cependant obscur.
Introduits dans la thérapeutique par Crédé en 1897, vulgarisés en France par Netter, les métaux colloïdaux furent tout d’abord utilisés chez les animaux. Les premiers essais sur le cheval furent extrêmement encourageants. La médecine humaine s’en empara à son tour et obtint des résultats heureux et inespérés.
Un grand nombre de métaux ont été utilisés sous la forme colloïdale : après l’argent, on a préconisé l'or, le platine, la palladium, le mercure etc.
Mais, après avoir joui d’une grande vogue, ils sont
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tombés depuis, à cause des accidents graves et même mortels dont s’accompagnait leur administration, partiellement dans l’oubli.
Il y a une indifférence excessive car si les phénomènes de choc qu'ils provoquent sont parfois impressionnants, ce sont cependant des médicaments susceptibles de devenir particulièrement efficaces quand on les fera intervenir judicieusement au cours des maladies.
Une première cause des accidents qui surviennent dans l’emploi des métaux colloïdaux réside dans leur instabilité ; il en existe une seconde qui explique les résultats contradictoires signalés par les différents auteurs : c'est le lieu d'injection et la rapidité avec laquelle elle est pratiquée.
Alors que chez le chien l'injection pratiquée à la saphène reste sans effet, l'injection brutale dans la jugulaire produit une syncope mortelle.
Chez le cheval l'injection intraveineuse est faite toujours à la jugulaire, c’est-à-dire à proximité du coeur ; si le colloïde est instable et si l’injection est faite brusquement la floculation immédiateet massive du colloïde provoque la syncope cardiaque. D'où la nécessité absolue d’opérer chez le chien à la saphène et chez le cheval de faire l’injection dans la jugulaire avec une aiguille fine, implantée de bas en haut, d’injecter très lentement un colloïde stable, d'assurer par une bonne hémostase le mélange intime du colloïde et du sang ; enfin de diminuer progressivement la compression du vaisseau pour éviter l’arrivée brutale du mélange au niveau du coeur (Coquot). De tous les colloïdes l’argent colloïdal est celui qui jouit
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de la plus grande faveur et dont l’action a été le mieux étudiée. Toutefois avant d'aborder son étude il faut que nous fixions les caractères des colloïdes.
Considérations générales sur les métaux coloïdaux.
Graham en 1862 constata le premier, en étudiant la diffusibilité dans l’eau des divers corps, que, tandis que certains d’entre eux donnaient avec l’eau des solutions claires transparentes et étaient capables de diffuser à travers les membranes d’un dialyseur, d’autres corps au contraire, donnaient avec l’eau des solutions opalescentes. Graham appela les premiers des cristalloïdes, les seconds des colloïdes. Il supposa en outre que les colloïdes étaient maintenus en suspension, donnant ainsi des « pseudo-solutions ». À notre époque la conception des solutions colloïdales a fait des limites plus étendues. On a pu obtenir des solutions colloïdales avec des substances qui, dans les conditions ordinaires, sont insolubles et qui peuvent en outre être obtenues à l’état cristallin (silice, alumine). En outre la plupart des métaux colloïdaux, corps également insolubles dans l’eau, ont été obtenus à l’état de solutions colloïdales.
On ne peut donc plus distinguer actuellement des colloïdes opposables aux cristalloïdes formant les uns et les autres une classe de corps particulier. Il n’y a pas de colloïdes, mais un état colloïdal, comme il y a un état solide ou liquide.
L'état colloïdal est un milieu aqueux dans lequel existe une substance qui n’est pas en dissolution ; elle n’est pas non plus en suspension : elle est donc dans un
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état intermédiaire entre les deux. Il s’agit d’une suspension permanente qui ne peut pas être centrifugée et qui ne dialyse pas à travers les membranes animales.
Prenons un exemple. Si on fait dégager dans de l’eau oxygénée des étincelles électriques entre les deux électrodes d'argent, on voit petit à petit que la solution de blanche optiquement vide, devient grise, puis à tendance noirâtre, optiquement pleine ; les deux électrodes se sont détachées progressivement des petites particules d’argent. Ce n’est pas une solution, d’ailleurs l’argent n’est pas soluble dans l’eau, c’est une pseudo-solution.
Si on examine une solution colloïdale à l’ultra-microscope on s'aperçoit qu'elle n’est pas homogène, mais qu’elle est formée de nombreux petits grains animés de mouvements browniens. À ces grains Noegeli a donné le nom de micelles.
Cette suspension est attribuable au fait que le grain s’entoure d’une zône dont la nature exacte échappe, mais qui possède une charge électrique que l’on connaît.
Cette couche superficielle établit l’équilibre colloïdal.
L'analyse a montré que les micelles avaient une charge électrique positive et que la couche périmicellaire ou péri-granulée avait une charge électrique en sens négatif. Cette différence de charge électrique est la raison d’être de l’équilibre colloïdal. Ceci explique pourquoi malgré la tension superficielle du liquide intermicellaire qui tend à rapprocher ‘les granules ceux-ci restent en suspension dans ce liquide. De l’action de ces deux forces opposées résulte un tremblottement constant des micelles : c’est le mouvement brownien.
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Ajoutons à doses suffisantes une solution cristalloïde, comme une solution salée. Les granules grossissent progressivement, deviennent nettement visibles, perdent leurs mouvements et entraînés par la pesanteur tombent au fond du tube. C’est la période de mûrissement ou de maturation dont la terminaison est la floculation.
Cette floculation constitue la fin de l’état colloïdal.
Sur cette base des colloïdes, Lumière dans un ouvrage remarquable a pu établir hypothétiquement tout l’équilibre vital.
Etudiant les transformations des milieux colloïdaux cellulaires et humoraux de l’organisme en biologie et en pathologie arrive à cette conclusion : la vie en ellemême est un état colloïdal et la maladie et la mort sont des floculations. Il y a une exagération curieuse qui fait que toute notre pathologie ne serait qu’une floculation et que l’état parfait serait un état colloïtal.
Cycle dans l’organisme.
Les métaux colloïdaux, ferments inorganiques (Bredig) ou métalliques (A. Robin) sont peu susceptibles d’être administrés par la voie digestive où l’acidité du suc gastrique les altérerait et leur ferait perdre le bénéfice de leur état physique. Ils peuvent sous forme de pommade être absorbés par la peau (Cohn); on les administre aussi en injections hypodermiques ou intra-musculaires.
Seulement le colloïde stabilisé précipite rapidement au contact des tissus. C’est que colloïdes naturels et colloïdes artificiels entrent nécessairement en conflit et ce conflit ne saurait aboutir qu’à la destruction de ces
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derniers puisque autrement l'organisme succomberait. Leur voie d'introduction par excellence, celle qui permet le maximum de vitesse et de rendement, est la voie endoveineuse. Cependant si le conflit ne se traduit que par des manifestations limitées quand le colloïde est introduit dans le muscle, il en est autrement quand il est jeté dans la circulation ; d’où des réactions plus importantes consécutives aux injections intraveineuses des colloïdes.
Peu après sa pénétration dans le sang on le trouve rapidement dans les humeurs et dans les tissus. L’organisme par des réactions d’agglutination et de précipitation se défend et au bout d’un certain temps les particules métalliques ainsi agglutinées et précipitées sont expulsées sous forme de combinaisons complexes par l'intestin, voie habituelle d'élimination de tous les
métaux.
Mode d'action.
Etant donné que les métaux colloïdaux s'étaient montré capables de produire dans l’évolution des maladies infectieuses des modifications importantes et heureuses, on a d’abord pensé qu'ils étaient doués d’un pouvoir antiseptique. On admettait d'autant plus cette opinion qu’on savait depuis les mémorables travaux de Raulin, que des traces infinitésimales d'argent métallique suffisaient à empêcher le développement de l’aspergillus niger. Sans doute in vitro les colloïdes ont une action bactéricide vis à vis d’un certain nombre de microbes pathogènes.
Cohn a trouvé que le collargol en solution à 1 pour 50
détruisait le staphylocoque en 8 heures, le bacille de Lôffler en 6 heures, la bactéridie charbonneuse en 4 heures.
Mais si on considère qu'un gramme de collargol injecté dans le sang d’un cheval, se trouve sous une dilution d’au moins 1 /20.000 son action antiseptique paraîtra plus que problématique (Jung).
Zoa et Agazzotti montrent que parmi les métaux colloïdaux seuls l’argent et le sulfure d’arsénic possèdent un pouvoir germicide. Cherié, Monnier, Minard, Bossant et Marcelet constatent que chez les animaux de laboratoires les colloïdes thérapeutiques augmentent la résistance aux inoculations microbiennes et élèvent l’index opsonique. Mais ce sont là des effets secondaires du pouvoir phagocytogène et antitoxique et non la preuve certaine d’une action microbicide directe.
Netter déjà en 1903 arriva à la conclusion que «l’action empêchante de l’argent colloïdal n’est pas suffisante pour expliquer tous ses effets ».
Les métaux colloïdaux n’agissent pas non plus comme catalyseurs c’est-à-dire « comme agents capables d’accélérer considérablement la vitesse d’une réaction chimique existant déjà en dehors d’eux et sans figurer parmiles produits terminaux de cette réaction » (Oswald). Il est vrai que l’argent et le platine agissent sur les échanges par leur pouvoir catalytique puissant en augmentant les oxydations intraorganiques et simultanément les sécrétions et les éliminations que traduit une diurêse abondante ; Zoa et Agozzotti ont démontré que les colloïdes sont loin de posséder tous l’action catalytique accentuée.