‹ Les innovations des décrets-lois du 24 mai 1938 en matière de chèques et leurs conséquences économiquesChapitre 15 sur 22 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Comparaison d'une circulation de monnaies métalliques et de billets de banques et d'une circulation de chèques avec virements et compensation au point de vue de l'inflation et de ses effets

Dans cette matière si complexe, il est, semble-t-il, nécessaire de se placer à deux points de vue : le point de

(1) Peut-être l'expression dont se sert M. de Lavrnay n'est-elle pas tres exacte et serait-il préférable de la remplacer par celle de comptes de dépôt.

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vue de l’intérêt particulier et le point de vue de l’intérêt général, d’où deux subdivisions.

à) L’INTÉRÊT PARTICULIER.

Du premier point de vue, voici, semble-t-il comment ia situation se présente : pour le tireur et pour le tiré, il est préférable que la circulation soit en chèques ; mais pour le bénéficiaire, il est préférable qu’elle soit en billets. Si le débiteur s’acquitte en chèque, il garde trace des paiements qu’il fait grâce aux talons des chèques. Il court moins de risques de perte, de vol d’incendie, les frais sont minces : il verse exactement ce qu’il doit. Bref pour le débiteur, le chèque est un procédé plus pratitue que le billet.

Le tiré trouve aussi des avantages au système des chèques actuellement les banques et assimilés peuvent seuls être tirés. Or l’émission des chèques suppose que le tireur a un compte. Ce compte, dès qu’il est un peu important, est pour les banques une source de profits constants — d’autre part, il y a des chances que les porteurs de chèques finissent eux aussi par se faire ouvrit des comptes de facon à opérer leurs recouvrements avec plus de facilités surtout si la pratique du barremerit se généralise comme cela paraît être le cas — Tireur et tiré trouvent donc profit à la généralisation des chèques.

Par contre, du côté du bénéficiaire, le règlement en billets de banque apparaît comme bien préférable.

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D'abord, il est plus sûr de la valeur du billet, le chèque pouvant n'être pas provisionné. Il a moins de chances d’être «repéré» par le fise : il n’a pas à attendre devant les guichets d’une banque, perdant ainsi du temps et de l’argent ou à envoyer le chèque à sa propre banque, ce qui nécessite aussi des frais. De sorte que, si l’on considère les intérêts privés, l’on peut dire qu’ils ne concordent pas : quels sont ceux dont il convient de tenir le plus de compte ? C’est une question d’appréciation : adhuc sub judicelis est.

b) L’INTÉRÊT DE LA COMMUNAUTÉ.

Que si l’on se transporte sur le terrain de l’intérêt général, la réponse n’est pas aussi simple qu’on le dit dans la presse ou dans les discours des gouvernants. On demande aux règlements par chèques d’amener une baisse des taux d’intérêts et d’enrayer la hausse des prix consécutive à une circulation monétaire élevée mais c’est trop lui demander, comme nous allons voir.

La diffusion des chèques et l’argent bon marché sont des effets et des effets d’une même cause qui est l’habitude du public de ne pas garder de disponibilités par devers lui, mais de les confier aux banques. Entre ces deux choses, il y a des rapports de concomittance et une dépendance. Il faut toujours revenir à la formule de M. de Lavenay : le chèque est l’instrument de service des comptes-courants et il n’est que cela. Pour aboutir au

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résultat que l’on a en vue, il faudrait donc s’efforcer par tous les moyens de développer le nombre et l’importance des comptes en banque. Le fait-on , Il ne suffit pas de doter le chèque d’un bon statut.

11 est d’évidence que si tous les Français ayant quelque bien se faisaient ouvrir des comptes dans les banques et y plaçaient leurs disponibilités, les taux de l’intérêt à court terme baïisseraient immédiatement et sans doute aussi les taux de l’intérêt à long terme, à la condition toutefois que la monnaie fut stabilisée. Du même coup les affaires seraient facilitées — car l’intérêt est un élément important du coût de revient — S'il était abaissé, la vente des produits s’accroîtrait du fait même mais l’importance de ce facteur ne doit pas être exagérée. L’argent même très bon marché n’est pas toujours demandé : il ne l’est que si les profits sont possibles. Or actuellement ils ne le sont pas toujours : des entreprises travaillent à perte : comment alors en créer de nouvelles dans la même branche, avec des chances de durée et de bénéfices légitimes ? D'autre part, si les taux d’intérêt baissent, le pouvoir d’achat des prêteurs diminue. L’argent bon marché n’est certes pas un facteur négligeable: il est fort utile à l’Etat qui emprunte à jet continu : à la longue, il entraîne la hausse des rentes et peut permettre des conversions fructueuses. Mais comment arriver à des bas taux d'intérêts, alors que le billet détaché de l’or perd sans cesse de sa valeur ?

1) Toute monnaie est une cause d'inflation et de

hausse des prit.

Tout le problème se ramène donc à rechercher pourquoi le billet perd ainsi de sa valeur et comment y parer. Or l’opinion quasi-générale dans les milieux parlementaires, dans la presse et dans le publie est que si le billet de banque a sans cesse un pouvoir d’achat moindre, c’est qu’il y en a trop, c’est que l’émission est trop abondante. D’où toute la campagne qui s’est faite pendant la guerre et qui continue aujourd’hui tendant à substituer le chèque aux billets de banque. Dans un article récent d’un grand journal, l’on pouvait lire ce qui suit, sous le titre : « Généralisons l’emploi du chèque ». « Le gouvernement s’efforce de rendre plus général l’emploi du chèque, ce moyen de paiement commode et dont la généralisation n’entraîne aucune inflation... ». Dans le «Figaro» un spécialiste des questions financières, M. F. F. Legueu écrivait il y a peu de temps « les billets en circulation de la Banque de France forment un total de quelque cent milliards. Rien ne montre mieux l’avilissement du franc mais le fait à une signification plus profonde : il révèle une évolution à contre-sens des méthodes de crédit... Dans ces phénomènes, le fil d'Ariane, c’est que la masse des billets en circulation dépend de trois facteurs principaux : le prix, l’activité des transactions, les habitudes de la population selon qu’elle emploie de préférence des billets ou des moyens bancaires de paiement, c’est-à-dire les chèques et les virements ».

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M. Legueu observe que les prix et l’activité économique peuvent faire l’objet d'évaluations plus ou moins approximativement chiffrées et qu’on peut ainsi mesurer la circulation normale des billets. D’après lui, une part considérable de la circulation des billets ne s’explique d’aucune manière par l’évolution des prix, ni par l’activité de la vie économique — cette part atteint plusieurs dizaines de milliards, comment l’expliquer ?

« De toute évidence, dit ce spécialiste, ce sont toujours les habitudes de la population qui jouent un rôle déterminant — malgré la loi d’inertie qui commande les mouvements de l’épargne, il est peu vraisemblable que celleci s’obstine à chercher dans le billet une sécurité de haute qualité. Alors ? On est amené à se demander si elle ne se flatte pas d’y trouver une commodité qui a été rendue précieuse et qui est le secret.

Le billet est un moyen de paiement anachronique, mais il ne laisse pas de trace. Le chèque ou le virement lui sont infiniment supérieurs, mais ils impliquent l’existence d’un compte en banque et ce compte a été présenté trop souvent avec une maladresse insigne comme une souricière fiscale. Déjà peu enclins à l’usage des monnaies scripturales et très arriérés à cet égard, beaucoup de Français sont revenus du chèque au billet.

Ce que coûte à la collectivité nationale cette régression désastreuse, il est difficile de l’exposer en peu de mots. On peut imaginer en observant que l’Allemagne et l’Ita-

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