‹ Les innovations des décrets-lois du 24 mai 1938 en matière de chèques et leurs conséquences économiquesChapitre 16 sur 22 · LEE · texte numérisé non relu

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lie ont réussi, jusqu’à présent, leurs acrobaties financières précisément par l’emploi systématique de la pratique inverse. Ici le gouvernement à annoncé un petit effort en faveur des moyens bancaires de paiement. J’ose exprimer le vœu qu'il aille plus fort et plus loin, qu'il ait à cet égard une politique cohérente et qu’il préche l’exemple en décidant que le Trésor ne paiera jamais à qui que ce soit une somme supérieure à 1.500 ou 2.000 francs autrement que par chèque. C’est une des conditions nécessaires du salut ».

Cet article est intéressant d’abord en ce qu’il émane d’un financier averti, mais surtout en ce qu’il reflète l’opinion d’une grande partie des milieux politiques et des milieux d’affaires. On fonde ou l’on fait semblant de fonder de très vaste espoirs sur la substitution du chèque au billet de banque. Ces espérances ne sont-elles pas pour une forte proportion, illusoires ?

Admettons tout d’abord que, selon le vœu de M. FF. Legueu, le Trésor ne paie plus qu’en chèques une somme supérieur à 1.500 ou 2.000 francs — qui empêcherait le titulaire de ces chèques de se faire règler en billets ? Le profit serait mince, mais ce n’est là qu’un bien petit côté de la question. Le problème fondamental est de savoir si, comme on le lit dans les journaux, le billet de banque est seul générateur d'inflation, alors que le chèque ne le serait pas.

- Notons d’abord, avec M. Charles Rist que les écono-

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mistes du XVIII" siècle ne faisaient pas de différence entre le billet de banque et l’inseription en banque que l’on fait circuler par virement. La monnaie «scripturale» dont certains écrivains d’aujourd’hui nous parlent comme d’une nouveauté.....était bien connue du XVII et XVIII siècles. Elle est même antérieure au billet de banque. Les grandes banques de dépôts : Amsterdam, Venise, Londres l’utilisent et certaines en rendent l’usage obligatoire. Entre cette monnaie et le billet de banque, nul ne relève alors de différence de nature : la commodité seule diffère « si les paiements dans une banque nationale se font en écritures ou virements de parties, écrit Cauvillon, il y aura cet avantage qu’on n’y sera pas sujet aux falsifications, au lieu que si la banque donne des billets on en pourra faire de faux et causer du désordre : il y aura aussi ce désavantage que ceux qui sont dans les quartiers de la ville, éloignés de la banque, aimeront mieux payer et recevoir en argent que d’y aller et surtout ceux de la campagne : au lieu que si on répand des billets de banque, on s’en pourra servir de près et de loin. On paie dans les banques de Venise et d’Amsterdam en écriture seulement, mais à celle de Londres, on paie en écritures, en billets et en argent, au choix des particuliers ; aussi c’est aujourd’hui la banque la plus forte » (Histoire des doctrines relatives au crédit et à la monnaie depuis John Law jusqu’à nos jours. Paris Sirey

Ailleurs M. Charles Rist loue grandement Tooke d’avoir apparenté le billet de banque, non pas au papiermonnaie, mais aux effets de commerce, aux lettres de change et enfin aux inscriptions en compte-courant utilisables par chèques, à ce que l’on appelle aujourd’hui la « monnaie scripturale ». D’après lui et Mrs Thaller et Percerou (Traité de droit commercial, 1931, 8”° édition, n° 1631, p. 972), les billets de banque sont simplement des effets de commerce à vue et sans intérêt tirés sur un banquier et acceptés par lui. L'inscription en comptecourant est un engagement à vue d’un banquier au méme titre que le billet. Quand le client d’une banque fait escompter un effet de commerce, la banque substitue sa promesse de payer à celle de l’accepteur : que cette promesse soit constatée par un billet circulant de main en en main ou par une inscription dans ses livres, transférable grâce aux chèques détachés d’un carnet remis par la banque à ses déposants, les effets économiques sont identiquement les mêmes (1).

Il ajoute un peu plus loin que, de période en période, les économistes ont dû redémontrer la thèse de Tooke, ce qui n’a pas empêché pendant la grande guerre la campagne des banques d’émission (aussi bien en France

(1) Les formules employées par M. Charles Rist manquent peut-être un peu de netteté : au lieu de dire que la banque substitue sa promesse de payer à celle de l’accepteur, il serait sans doute préférable de dire que la banque remplace dans la circulation l'effet escompté qui lui est remis par la possibilité pour le remettant de tirer des chèques sur elle,

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