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qu’en Allemagne) en faveur du chèque, sous prétexte que l’emploi du chèque n’entraînait pas de hausse des prix comme le faisait l'émission des billets (Charles Rist, Histoire des doctrines relatives au crédit et à la monnaie, p. 194, 195, 197).
Cette croyance est actuellement encore très enracinée et elle peut invoquer d’illustres patronages : Ricardo notamment et Sir Robert Peel. Voici comment s’exprimait ce dernier lors de la discussion de l’Act de 1844 : « Je dois déclarer dès l’abord que par le mot « monnaie », j'entends désigner la monnaie métallique du royaume et les effets payables à vue au porteur. Par le mot « monnaie de papier » je désignerai uniquement ces effets. Je ne comprends pas dans ce terme les lettres de change, les tirages sur les banquiers (chèques) ou autres formes de crédit. Il y a dans mon opinion une distinction importante entre le caractère d’un billet payable à vue au porteur et les autres formes de papiers de crédit ainsi qu'entre les effets qu'ils produisent respectivement sur les prix des denrées et sur les changes. L’un répond à tous les usages de la monnaie, passe de main en main, sans endossement, sans examen quand il n’y a pas de soupçons de fraude et il est bien ce que sa désignation implique : une monnaie ou un instrument de circulation. ».
En somme, deux thèses extrêmes s’opposent : l’une qui estime que les inscriptions en compte ont les mêmes
Neo effets sur les prix et sur les changes que les émissions de billets ; l’autre qui prétend que seules les émissions excessives de billets sont néfastes. Le fait même que ni l’une ni l’autre de ces thèses n’arrive à évincer l’autre, donne à réfléchir. Voici comment nous voyons la question.
A notre sens, toute augmentation de monnaie (1) quelle que soit cette monnaie tend à influencer les prix dans le sens d’une hausse. Mais cette tendance est plus ou moins forte selon l’espèce de monnaie qui est accrue. Telles sont les deux propositions que nous voudrions appuyer de quelques arguments.
Examinons d’abord le cas d’afflux de métaux précieux. Il y a quasi-unanimité parmi les économistes pour reconnaître que les prix des choses vont monter ou tout au moins vont avoir tendance à monter. Tous les témoignages s’accordent pour constater au XVI" siècle non seulement un énorme relèvement des prix, mais aussi un accroissement général de l’activité économique en Europe (Paul Harsin, Les doctrines monétaires et financières en France aux XVI" et XVII" siècles, Paris 1935).
M. Charles Rist déclare qu’au début du XVIIT"* siè-
(1) Nous entendons ici le mot «& monnaie » dans un sens tout à fait large : or, argent, billets, chèques, lettres de change, etc, sans toutefois méconnaître que, au point de vue technique, cette conception prête à des critiques.
cle, la coïncidence de l’élévation des prix et de l’aceroissement des métaux précieux apparaît comme une vérité incontestable et incontestée. « Tout le monde est d’accord, dit Cauvillon, que l’abondance de l’argent ou son augmentation dans le troc enchérit le prix de toutes choses. La quantité d’argent qu’on a apportée d’Amérique en Europe depuis deux siècles, justifie par expérience cette vérité ». Même son de cloche dans Smith :
« La découverte des mines abondantes d'Amérique sem-
ble avoir été la seule cause de la diminution de valeur de l’argent par rapport à celle du blé. Tout le monde l’explique de la même manière et il n’y a jamais eu aucune dispute, soit sur le fait même, soit sur sa cause. La plus grande partie de l’Europe a fait pendant cette période des progrès en travail et en bien-être et par suite la demande d’argent a dû s’accroître en même temps, mais il semble que l’accroissement de l’offre a excédé celui de la demande et fait par suite baisser considérablement la valeur du métal » (Richesse des Nations, édit. Comment. 1, p. 191).
Est-ce à dire qu’il y a une proportion rigoureuse entre l’augmentation de monnaie et l’augmentation des prix ? Smith laisse clairement entendre que non et Montesquieu lui fait iei écho : « Si depuis la découverte des Indes, l’or et l’argent ont augmenté en Europe d’un à vingt, le prix des denrées et marchandises aurait dû monter en raison d’un à vingt. Mais si, d’un autre
côté, le nombre des marchandises a augmenté comme un à deux, il faudra que le prix de ces marchandises et denrées ait haussé d’un côté en raison d’un à vingt et qu’il ait baissé en raison d’un à deux, et qu’il ne soit par conséquent qu’en raison d’un à dix » (L'Esprit des Lois, livre 22, chap. VIII).
Actuellement, il n’est pas, croyons-nous, d’économiste qualifié qui nie complètement l’influence d’un afflux de métaux précieux sur les prix. Mais, s’il en est ainsi pour les monnaies métalliques, à plus forte raison doit-il en être de même en cas d’augmentation des autres monnaies, billets de banque et chèques, qui sont plus fiduciaires que l’or et que l’argent. Sans doute, ici encore, l’on ne saurait prétendre comme l’ont bien montré des Professeurs éminents de cette Faculté, spécialement MM. Nogaro et Aftalion, que les courbes de hausse des choses et d’émission des billets et d’inscription en compte s’épousent exactement : mais l’on peut prétendre qu’elles ont une tendance de fond à se rapprocher. On peut tenir pour acquis, semble-t-il, que si la quantité des moyens de paiement s’accroît, toutes choses restant par ailleurs en l’état, les prix des choses montent ; mais c’est une question de savoir si les choses peuvent ainsi rester en l’état. Il nous semble que cela n’est pas possible. Il reste néanmoins que la multiplication des moyens monétaires, quels qu’ils soient, est un facteur de hausse des prix.
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