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celui de Hamath, celui d'Aradus, celui des Ammonites, furent vaincus et laissérent plus de 20000 des leurs sur le champ de bataille. Ben-héder et Irkhoulina, roi de Hamath, essayérent encore quelques années apres, avec dix autres rois, de se soustraire au joug assyrien, mais sans plus de succès : Salmanasar les battit dans sa dixième, onzième et quatorzième campagnes, aussi facilement que dans la sixième. Le roi d'Israël Joram, qui dans l'intervalle avait succédé à son pére Akhab et à son frère Akhazia, faisait-1l encore partie de la confédération ? Cela est probable, mais nous n’en avons pas de preuve positive.
Peu après, ce n’est plus Ben-héder, c’est Hazaël que
nous trouvons sur le trône de Syrie. Mais Hazaël ne pouvait pas moins faire que de continuer la politique de son prédécesseur. Deux fois il essaya de s'opposer aux armes assyriennes; deux fois il fut vaincu par Salmanasar, dans sa dix-huitième et dans sa vimgtunième campagne. Dans la premiere de ces batailles, il perdit 16000 hommes, 1121 chars, et 410 cavaliers. À la même époque, Salmanasar IV reçut des tributs non-seulement de Tyr et de Sidon, mais aussi de Jéhu, qu’ilnomme «fils de Homri »; c’est-à-dire san: doute descendant de Homri, bien qu’iln’appartint point à sa famille, et eût au contraire renversé sa dynastie, ce qui montre que les Assyriens avaient en ce moment une connaissance assez imparfaite des événements qui se passaient au sein du royaume d'Israël. L’un des bas-reliefs de lobélisque de Nimroud représente un prince ou un ambassadeur prosterné devant le roi d’Assyrie et suivi de quelques hommes qui apportent des présents. Au-dessus on lit l'inscription suivante : « Tribut de Jéhu (Ja-u-a),
fils de Houmri : de l'argent, de l’or », — divers objets « en or » dont il est difficile de déterminer exactement la nature, — « de létain, des piques (?),....……. des
lances (?), voilà ce que je reçus. »
La fin de ce règne glorieux fut obscurcie par des troubles graves et prolongés. Un fils de Salmanasar IV se révolta contre son père et parvint à entraîner dans sa rébellion vingt-sept des villes les plus importantes de l'empire. Ninive et Calakh semblent pourtant être demeurées fidèles au vieux roi. Ne serait-ce pas alors que le prophète Jona alla crier dans les rues de la
ua N Es SRE
capitale de l’Assyrie : « Encore quarante jours et Ni inive sera détruite » ?
Un autre fils de Salmanasar IV (Samsi-Ben), monta après son pére sur le trône d’Assyrie, et mit fin à la révolte de son frère; mais il ne paraït pas avoir rien fait de remerquable, du moins du côté de l'occident. Son successeur (Ben-nirari) se vante, au contraire, d’avoir « soumis à son joug au-delà de lEuphrate le pays des Hettiens, le pays des Phéniciens dans son entier, le pays de Tyr, le pays de Sidon, le pays de Homri (c'est-à-dire le royaume des Dix Tribus), le pays d’Edom, la Palestine jusqu’à la grande mer du couchant du soleil, et de leur avoir imposé des tributs. » Il se vante aussi d’avoir vaincu le roi de Damas, qu’il nomme Marih, c’est-à-dire, suivant toute apparence, le successeur de Hazaël que l’Écriture appelle Ben-Hadad, comme son prédécesseur. Il est à croire que Marih, n est pas un nom propre, mais un titre honorifique, et doit être identifié avec le mot araméen qui signifie Seigneur.
Il est malheureusement difficile, à cause d’une diver- . gence chronologique dont nous parlerons tout à l'heure, de déterminer avec certitude lequel des successeurs de Jéhu régnait alors en Israël et paya ainsi tribut à Bennirari. Mais il est probable que c’est grâce à la reconnaissance de la souveraineté du monarque ninivite que les rois d'Israël parvinrent peu après à relever leur royaume de l’état d’abaissement où l'avaient jeté les rois de Syrie et à reconquérir sur eux les provinces situées au-delà du Jourdain. Quoi qu’il en soit, les documents assyriens de cette époque, combinés avec les données que fournit l'inscription de Mésha, roi de Moab, suffisent déjà, malgré leur rareté, à éclairer d'un jour nouveau la période historique qui s'étend de Jéhu à Jéroboam IT, et servent à nous faire mieux comprendre certains discours du prophète Amos, qui, sans nommer une seule fois les Assyriens, y fait presque partout allusion.
Après Ben-nirari, un nouveau Salmanasar, puis deux autres monarques dont il est inutile de citer ici les noms, mais dont le dernier fut, suivant toute apparence, le célèbre Sardanapale, occupèrent SUCCESSIVement le trône de Ninive. Nous ne possédons aucun monument de ces rois, et nous ne les connaissons que par certaines listes chronologiques malheureusement
mutilées, mais qui, complétées les unes par les autres, nous apprennent, pour chaque année, le nom du magisirat éponyme (1) et l'événement le plus remarquable qui la signala. Nous y voyons que Salmanasar V guerroya en Arménie, pendant toute la durée de-son règne (qui fut de neuf ans), qu’il fit seulement une expédition «contre le pays des Cêdres » (sans doute le Liban), et une autre, la dernière’ année de sa vie, « contre la ville de Damas ». Nous y voyons aussi que son successeur fit trois expéditions contre le pays de Hatarika, dont la position précise nous est inconnue, mais qui ne devait pas être éloigné de Damas. Je cite ce fait, qui. vous semble sans doute peu important, Messieurs, pour vous donner un exemple des éclaircissements inattendus que les livres de l'Ancien Testament recoivent du déchiffrement des inscriptions cunéiformes. Le prophète Zacharie (1x, 1) parle d’un pays de Hadrak qu’il nomme à côté de celui de Damas, et qui a fait de tout temps le tourment des commentateurs; dans leur perplexité, quelques-uns sont allés jusqu'à supposer que Hadrak n'était pas le nom d’un pays mais celui d’un prince. D’autres ont divisé ce mot en deux, et l'ont interprété d'une manière plus extraordinaire encore. Joutes ces vaines imaginations n'auront plus besoin désormais d’être réfutées; car il est infiniment probable, pour ne pas. dire certain, que le Hadrak de Zacharie est identique au Hatarika de la tablette chronologique, dont la position géographique peut être fixée approximativement au nord de Damas.
Au reste, cette époque, qui précéda immédiatement l'avénement de Téglath-phalasar, fut pour lAssyrie une époque de troubles politiques et de nombreuses révoltes, comme nous l’apprend encore la tablette chronologique. Cest alors aussi que Babylone s’affranchit, sinon complètement, du moins dans une certaine mesure, du joug de l’Assyrie, et que Nabonassar fonda l’êre célèbre qui porteson nom (747). Cest alorsenfin, suivanttoutepro- . babilité, que Ninive fut détruite une première fois par les Mêdes et les Babyloniens réunis. |
Mais ici, Messieurs, se présentent deux difficultés que je ne puis passer sous silence. Je vous ai déjà dit
(1) Les Assyriens, comme les Grecs, désignaient leurs années par le nom de certains personnages importants, qu'ils appelaient livvou, mot qui correspond à peu près à l’archonte des Grecs.
DRQRES
que nous possédons divers documents désignés sous les noms de listes des éponymes et de tablettes chronolopiques; ces documents sont malheureusement fort mutilés, mais, complétés les uns par les autres, ils nous font connaître, pour une assez longue période, nonseulement la série des rois assyriens, mais encore celle des fonctionnaires publies qui donnérent leur nom à chacune des années de leur règne, ce qui fait que nous ‘ savons exactement combien d'années ces monarques. ont régné.
Eh bien! si, prenant pour base une date suffisamment connue et déterminée, par exemple celle de la ruine de Samarie, qu’on fixe généralement à l’an 781, et qui tombe, nous le verrons bientôt, sur la première année de Sargon, nous remontons d'année en année jusqu’au roi assyrien contemporain d’Akhab et de Jéhu, de Ben-héder et de Hazaël, nous trouvons une différence de quarante-deux années environ entre la chronologie assyrienne et la chronologie biblique. Tandis que, d’après la plupart des historiens, Jéhu et Hazaël s’emparèrent du pouvoir vers l'an 884, nous ne les voyons apparaître dans les annales de Salman-asar IV que vers l’an 842. Et l’on ne peut pas supposer, pour expliquer cette divergence, que ces deux usurpateurs n’entrérent en lutte avec le monarque assyrien qu'à la fin de leur règne, car d’abord leur règne ne fut pas aussi long, et ensuite Ben-héder et Akhab étaient encore sur le trône, d’après les inscriptions de Salmanasar IV, peu d'années auparavant, — de sorte que c’est bien le commencement de leur règne, et non la fin, que nous devons placer vers l'an 842, quarante ans plus tard qu’on ne le fait généralement en suivant les données bibliques.
Comment se résoudra cette contradiction? Nous l'ignorons encore. Deux systèmes sont en présence. Les savants anglais soutiennent en général l’exactitude de la chronologie assyrienne et par conséquent l'inexactitude de la chronologie biblique. Et cela ne vous surprendra pas, si vous vous rappelez que les livres des Rois et des Chroniques présentent, dans leurs différentes parties, des chiffres contradictoires, du moins en apparence, et dont la conciliation a causé de tout temps beaucoup de peine aux exégètes et aux * chronologistes. Les chiffres ayant été probablement
représentés dans le texte hébreu primitif par des lettres dont plusieurs offrent ‘entre elles la plus grande ressemblance, on peut, sans témérité, supposer que les copistes les ont parfois confondues les unes avec les autres. On peut supposer aussi qu'il y avait chez les Hébreux deux manières de compter les années d’un roi, selon qu'on prenait pour point de départ le moment où il avait commencé à régner seul ou celui où il avait été associé par son pêre à a royauté. Il faudra peutêtre recourir à des explications de cette nature et modifier profondément la chronologie des royaumes d'Israël et de Juda. Je dois dire cependant qu'un assyriologue de la plus haute compétence, M. Oppert, maintient lexactitude générale de la chronologie reçue et suppose une interruption de quarante et” quelques années dans la liste des éponymes, interruption qui aurait eu lieu avant le règne de Touglat-pal-asar Il, et pendant laquelle il faudrait placer le règne de Phoul. Vous vous souvenez, en ejfet, qu'avant de parler de Téglathphalasar, qui fut le contemporain d’Akhaz, roi de Juda, et de Péqakh, roi d'Israël, la Bible fait mention de « Phoul, roi d’Assyrie, qui vint contre le pays, et auquel Menahem (roi d'Israël) donna mille talents d’argent, afin que ses mains fussent avec lui pour affermir son royaume en sa main » (II Rois, xv, 19). Or, Messieurs, (et c’est ici 1x seconde difficulté que je voulais vous signaler), non seulement on n’a retrouvé jusqu’à présent aucun monument de ce roi, mais ni les listes des éponymes ni la tablette chronologique ne renferment son nom. Que faut-il en conclure ? Que c'était un usurpateur ? Qu'il n’y eut pas de magistrats éponymes sous son règne , ou que, sil y en “eut, leurs noms furent systématiquement supprimés des “listes chronologiques officielles, lorsqu’ aprés sa mort Touglatpal-asar fut monté sur le trône? Cest l'opinion de M. Oppert; mais il me semble qu’elle se heurte à bien des difficultés.
La liste chronologique vient ajouter, en effet, un élément important au problème. Elle nous apprend que, dix-huit ans avant l’avénement de Touglat-palasar, une éclipse de soleil eut lieu dans le mois de Sivan (mai-juim). Or, les astronomes ont calculé qu’une éclipse de soleil doit effectivement avoir eu lieu le 15 juin de cette même année; et quoique M. Oppert
Po gP
allègue qu’il y en eut une autre, quarante-cinq ans auparavant, qui peut s’accorder avec son système, cette coïncidence, on l’avouera, m'est pas faite pour le recommander. Cependant, je le répète, la question est ouverte, elle attend encore une solution définitive, car, si l'opinion de M. Oppert soulève des difficultés, l'opinion contraire n’en est pas non plus entièrement exempte.
Mais qui était ce Phoul dont on n’a pu jusqu'ici retrouver la trace dans les monuments? Etait-ce vraiment un roi d'Assyrie, comme le nomme la Bible? N’aurait-il pas été plutôt « roi des Chaldéens » comme l'appelle Bérose, et ne faudrait-il pas l'identifier avec Nabonassar (1)? M. Schrader lidentfie avec Touglathpal-asar lui-même ; mais cette opinion paraît bien peu vraisemblable, quand on voit ces deux personnages si nettement distingués dans l’Écriture sainte. D’autres le corisidérent comme un général au service d’un roi d’'Assyrie. L’imagination peut se donner sur ce point. libre carrière, mais les preuves manquent entièrement. I y a là, si je puis m’exprimer ainsi, une tache noire, une lacune dans l’histoire de l’Assyrie et de la Chaldée, — lacune d'autant plus regrettable que certains passages des prophêtes seraient bien plus clairs pour nous si l’histoire de cette époque nous était mieux connue. Espérons que de nouvelles découvertes viendront éclairer un jour cette période si importante. Je ne crains pas de dire toutefois que, même dans l’état actuel de nos connaissances et malgré les ombres qui planent encore sur cette portion de l’histoire, plus d'un arrêt de la RARUS tenu pour définitif doit être révisé.
Avec Touglat-pal-asar (le Tiglat- -piléser ou Téglatphalasar de l'Écriture sainte), qui s'empara ensuite du pouvoir, l'histoire s’éclaircit de nouveau, et quoique les monuments de ce prince nous soient parvenus dans | un état de mutilation déplorable, on peut, grâce à la tablette chronologique, suivre année par année ses expéditions et ses conquêtes. On a retrouvé dans ses
(4) Je l'identifie, quant à moi, non-seulement avec Nabonassar, mais aussi avec Bélésys, l’instigateur de la révolte contre Sardanapale.
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inscriptions des noms bien familiers aux lecteurs de la Bible, ceux d’Azaria (ou Ozia) et d’'Akhaz, rois de Juda, ceux de Menahem, de Péqakh et d Hosée, rois d'Israël, celui de Retsin, roi de Damas, et celui d’un certain Tabeël, dont les rois d'Israël et de Damas voulaient placer ‘le fils sur le trône de Jérusalem à la place d’Akbaz, ainsi que nous l’apprend le prophète Esaïe (vir, 6). Il est vrai que M. Oppert a contesté, mais sans motif suffisant, l'identification du premier de ces noms.
On comprend combien il est intéressant et utile, non seulement pour l’histoire du peuple hébreu, mais aussi pour l'intelligence des écrits des prophétes qui vécurent à cette époque, de pouvoir ainsi, dans des monuments originaux et contemporains, suivre la marche des événements si brièvement résumés dans le second livre des Rois. Tel passage jusqu'ici obscur, iNncOMpPFIS, SUSpect d’altération, reprend soudain une signification claire et précise, quand on le lit à la lumière des documents nouveaux que l’assyriologie a mis entre nos mains. Il est dit, par exemple (TRois, x1v, 88), que le roi d’Israël Jéroboam IT, par sa vaillance et ses victoires, « ramena Damas et Hamath à Juda par Israël. » Cest là assurément une expression étonnante, et rien ne nous faisait pressentir l'extension du royaume de Juda, à cette époque, jusque dans des contrées situées au nord du royaume d'Israël. Je dis rien, et j'ai peut-être tort, car on lit dans un passage, fort obscur, il est vrai, et légèrement altéré, d’un ancien prophète (Zach., 1x, 1-4), qu'un roi de Sion avait étendu son pouvoir (ou tout : au moins son influence) jusque dans les pays de Hadrak et de Damas, sur la meilleure partie de la Syrie (1), sur toutes les tribus d'Israël et même sur Hamath, au point de menacer Tyr et Sidon aussi bien que les Philistins. Mais tout cela demeurait lettre close, jusqu’à ce qu'enfin une inscription de Touglat-pal-asar soit venue nous apprendre que « 19 districts dela ville deHammath, avec les ,villes de leur ressort, qui sont le long de la mer du couchant du soleil, étaient par une défection perfide passés à Azria le juif, » (c’est-à-dire à Ozia), que Touglat-pal-asar «lesramenaauterritoire du pays d'Assour
(4) Les noms de pays qui précèdent et qui suivent m'engagent à lire ARaM au lieu de ADaM.
et y établit ses généraux pour préfets. » Voilà un fait dont personne assurément ne méconnaîtra l'importance, et qui devra désormais prendre place dans l’histoire du peuple d'Israël.
Tou iglat-pal-as ar se vante ailleurs door reçu, la huitième année de son règne, les tributs de Ratsoun (c'est-à-dire évidemment Retsin) de Damas, de Minhimmi (c’est-à-dire Menahem) de. Samarie, de Hiram de Tyr, reilc., ete. Gest tout ce que les inseriptions nous apprénnent relativement à Menahem.
Mais les renseignements qu’elles nous fournissent sur l'expédition de Touglat-pal-asar contre Péqakh roi d'Israël et Retsin roi de Damas, quoique malheureusement fort incomplets, sont plus importants et plus nombreux. Nous savons par la Bible que ces deux rois s'étaient ligués pour renverser Akhaz, et que ce dernier dans sa perplexité s'était jeté, malgré les conseils d’Esaïe, entre les bras du grand roi. Akhaz apparaît, en effet, parmr les tributaires de Touglat-pal-asar sous le nom de Jahukhaz le juif, à côté de Sanib P'Ammonite, de Salaman le Moabite, de Mitmti d'Ascalon, — de Kaus-malak lEdonite de Hanon de Gaza, etc.
En général, les inscriptions cunéiformes et l'Écriture sainte se confirment, s'expliquent et se complétent mutuellement sur ce "point de la manière la plus heureuse. D’après le second livre des Rois (xv, 27), « Tiglatpiléser vint et prit (les villes de) Hiyon, Abel-Beth- Maaca, Janocah, Kédès, Hatsor, Galaad et la Galilée, tout le pays de Nephtali et il les transporta en Assyrie. Puis, Hosée, fils d'Ela, fit une conspiration contre Péqakh, le: frappa, le tua et régna à sa place. » Or, voici ce que nous lisons dans une inseription malheureusement trés-fruste de Touglat-pal-asar :
« J’ajoutai au territoire de l’Assyrie la ville de Gal [aad7,.. Abilf-Beth-Maaca?], qui sont au-dessus du pays de la Maison de Homri,... [Nephtajli (ou la Galilée?) dans son entier. [J’étalblis [sur eux] mes [généraux] pour préfets. »
Ici le texte ajoute un détail qui nous était complètement inconnu et qui ne manque pas d'importance pour l'histoire de cette époque. Il nous apprend qu'après avoir ainsi envahi le nord du royaume des Dix Tribus, Touglat-pal-asar se dirigea contre la ville philistine
de Gaza (sans doute à travers le territoire de Juda), la prit et y fit un butim considérable. Puis il continue ainsi :
« Le pays de la maison de Homri,.. j'emmenai [en] Assyrie l'élite de ses habitants. [Ils] tuférent] Paqakh leur roi, et j'établis Ausi (Hosée) [comme roi] sur eux. Je leur imposai X talents d’or, M talents d'argent [comme tribut et je les emportai en Assyrie. »
Nous savons par la liste chronologique que cette expédition eut lieu la douzième année du régne de Touglat-pal-asar, soit en 733 ou 734. Les deux années suivantes furent remplies par la guerre contre les Araméens. Après avoir vaincu l’un des ennemis d’'Akhaz, le roi d’Assyrie se tourna contre le second, ravagea son royaume, s'empara de Damas, tua Retsin et emmena capüfs un grand nombre d'habitants. Les inscriptions qui relataient ces événements sont malheureusement trés frustes ; il en reste cependant assez pour s'assurer qu’elles confirment en tout point le récit biblique.
Mais en revanche, il faut l'avouer, de nouvelles difficultés chronologiques se présentent ici. Le roi Azaria ou Ozia nous apparaît désormais comme contemporain de Téglat-phalasar, ce qu’on était loin de penser jusqu à présent. Il vivait encore en l'an 740 tandis qu’on le croyait mort près de 20 ans auparavant. Ce n’est pas tout : nous trouvons son petit-fils Akhaz sur le trône six ans après; il reste donc bien peu d'espace pour le règne de son fils Jotham, et 1l faut que les seize ou. même vingt ans de règne que lui attribue le livre des Rois (xv, 30 et 39) coïncident en très grande partie avec les dernières années du règne de son père ; ce qui s'accorde, du reste, parfaitement avec le fait que ce dernier avait été atteint de la lépre et avait dû être remplacé comme chef de l'Etat (chap. xv, 5), mais ce qui avait toujours été méconnu par la “plupart des chronologistes.
Mêmes diflicultés, ou, pour mieux dire, mêmes renselgnements nouveaux quant au royaume d'Israël. Comme Ozia, Menahem vécut longtemps encore aprés Pépoque où on le supposait disparu de la scène, puisque les inscriptions nous le montrent payant tribut à Touglatpal-asar vers l’an 738, tandis qu'on le croyait mort, lui aussi, plus de vingt ans auparavant.
Péqakh, son deuxième successeur, qui fut tué suivant les inscriptions quatre ou cinq ans aprés l’époque où il est encore question de Menahem, ne peut donc pas avoir régné les vingt ans que lui attribue le livre des Rois. Il me paraît très-probable que le dernier rédacteur de ce livre aura pris un 5 pour un 3 et que Péqakh ne régna que deux ans au lieu de vingt.
La chronologie de cette période doit donc être reconstituée à nouveau, d’après les données des documents assyriens. Je suis persuadé qu’une fois rétablie sur ses vraies bases, elle nous facilitera singulièrement l’étude des prophètes de cette époque, en particulier d’Esaïe, et fournira une solution toute naturelle à des dificultés jusqu’à présent insolubles.
Je sais bien que M. Oppert maintient encore ici l’exactitude générale de la chronologie ordinaire. Pour cela il est obligé de contester, comme nous l’avons dit, l'identification « d’Azria le juif » avec Azaria ou Ozia, roi de Juda; 1l identifie ce personnage, mais sans aucune preuve et sans la moindre vraisemblance, avec le fils de Tabeël que les rois d'Israël et de Damas voulaient placer au lieu d’Akhaz sur le trône de Juda.
Il soutient en outre, toujours dans le même but, que le Menahem des inscriptions n’est pas celui dont il est question dans le livre des Rois, mais un second Menahem, descendant du premier, "qui aurait momentanément renversé Péqakh, puis aurait été renversé par lui, en sorte que, soit avant lui, soit après, ce dernier aurait bien régné vingt ans, comme le dit le texte hébreu. Mais ces deux opinions, il faut l'avouer, ne sont pas plus vraisemblables lune que l’autre, et il ne paraît pas que, malgré ses efforts el sa science, M. Oppert puisse sauver sur ce point la chronologie traditionnelle.
Après Touglat-pal-asar, le trône d’Assyrie fut occupé par Salmanasar VI, celui que l’Ecriture nous fait connaître comme le destructeur de Samarie et du royaume des Dix Tribus. On n’a jusqu’à maintenant retrouvé aucun monument de ce roi. La liste des éponymes mentionne seule son nom, et nous apprend en même temps la durée de son règne, qui ne fut que de cinq ans.
Au reste, sil vint mettre le siége devant la capitale du royaume d'Israël, ce ne fut pourtant pas lui qui s’en