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empara, et le récit biblique doit être légérement rectifié sur ce point par les inscriptions de son successeur Sargon. Ce monarque, qui ne nous était connu jusqu’à ces derniers temps que par un seul passage du prophète Esaïe (xx, 1), et dont l’existence semblait si incertaine qu’il avait été confondu tour à tour avec-son prédécesseur Salmanasar et avec son successeur Sennakhérib, — ce puissant monarque est un de ceux dont nous con
naissons maimtenantle mieux le rêgne et les exploits,
grâce aux nombreux monuments que M. Botta a découverts et copliés à Khorsabad (1). Or, voici ce que nous lisons dans la plus étendue et la mieux conservée de ses inscriptions :
(Au commencement de mon rêgne) « J'assiégeal, je pris la ville de Samarie (Samirina), j'emmenai en captivité 27880 de ses habitants: je prélevai parmi eux 50 chars (?) et fis prendre le reste de leurs biens; j'établis sur eux mon général, et je leur imposai Île tribut du roi précédent. » — « "A leur place, ajoute-t-1l dans une autre inscription, je fis habiter des hommes des pays conquis [par ma main]; je leur imposai des impôts comme à des Assyriens. »
Ce dernier détail, confirmé par divers autres passages, concorde bien avec ce que dit le livre des Rois, que « le roi d’Assyrie fit venir des gens de Babel, de Cutha, d'Avva, de Hamath et de Sep arvaïm et les fit habiter dans les villes de Samarie à la place des enfants d'Israël, en sorte qu’ils possédérent Samarie et habité-
rent dans ses villes. » (IT Rois, XVII, 24). l’année sui-
vante, en efiet, Sargon vainquit Merodak- -Baladan, qui S était emparé du pouvoir à Babylone, grâce aux froubles qui accompagnérent la mort de Salmanasar, et transporta « dans le pays des Hettiens » (qui embrasse Ja Palestine aussi bien que la Syrie) un grand nombre des habitants de la Babylonie. Puis il battit le roi de Hamath Iioubid ou Iahoubid et en transporta les habitants. Plus tardencore il soumit différentes peupladeséloignées, « que les savants et les scribes, dit-il, ne connaissaient pas et qui n'avaient jamais apporté leurs tributs aux rois mes [péres] », et il se vante précisément d’avoir
(1) Voir Oppert, les Inscriptions de Dour-Sarkayan (Khorsabad) ; Grande inscription de Khorsabad, dans le Journal Anne etc.
transporté leurs débris « au milieu du pays de la Maison de Homri » ou « dans la ville de Samarie. »
Il résulte de ces différents textes que le vrai vainqueur de Samarie fut, non Salmanasar, comme on Pavait cru jusqu'ici, mais son successeur Sargon. Inu- : tile de dire que ceci ne constitue point une inexactitude sérieuse dans le récit biblique. L'auteur du livre des Rois, s’attachant aux grands faits et ne voulant pas entrer dans des détails peu importants, a nommé seulement-le principal auteur de la guerre, celui qui l'avait entreprise et qui pendant deux ans au moins tint Samarie assiégée ; il n’a pas jugé utile de mentionner son successeur, qui ne fit que rccueillir les fruits d'un siége auquel il n'avait pris que peu de part. Au reste, on dirait que l'auteur sacré a voulu éviter d'attribuer à Salmanasar lui-même la prise Ge la ville et la transportation des [sraëlites; car, après avoir nommé une seule fois ce monarque au début du récit, il affecte de dire ensuite, à différentes reprises, simplement « le roi d’Assyrie ) peut-être pour ne pas trancher une question douteuse, — eñ sorte qu’au lieu d’une contradiction, les inscriptions assyriennes nous font, pour ainsi dire, toucher au doigt, sur ce point comme sur tant d’autres, la scrupulouse exactitude de l’historien sacré
Il est facile de comprendre l'importance d'une connaissance exacte et précise des grands événements qui marquèrent le règne de Sargon, pour l'interprétation des prophéties d'Esaïe qui furent prononcézs à cette époque. Il en est, par exemple, dont certains critiques
rapportaient la composition à une époque postérieure parce qu’elles supposent une invasion des Assyriens dans le royaume de Juda et qu’ils croyaient ne pouvoir . les expliquer que par l'invasion de Sennakhérib, tandis qu'elles s'expliquent beaucoup mieux par celle de Sargon. Nous savons maintenant, en efïet, que Sargon a dû envahir ou du moins menacer la Judée à plusieurs reprises. Peu après la ruine de Samarie, il marcha contre Hanon roi de Gaza et contre Sabhé, « sultan d'Egypte », comme il lenomme, c’est-à-dire contre le fondateur de la dynastie éthiopienne que la Bible appelle So (ou plutôt Savé) et les historiens anciens Sabacon, et sur le secours duquel le dernier roi de Samarie avait
vainement compté lorsqu'il s'était résolu à refuser le tribut à Salmanasar VI. Sargon vaimquit les deux rois alliés près de la ville de Raphia, située entre la Judée et l'Egypte. Pour se rendre de Samarie qu’elles venaient de réduire ou du pays de Hamath qu'elles avaient ensuite conquis jusqu’au champ de bataille de Raphia, ses troupes durent nécessairement passer à peu de distance de Jérusalem. Aussi se vante-t-il dans une de ses premières inscriptions d'avoir « soumis le pays lointain de la Judée » (Jahouda) (1). Il ne paraît pas cependant que cette soumission ait été de longue durée.
Huit ans se passent, pendañt lesquels Sargon fut trop occupé des révoltes de l’Arménie et de la Médie pour pouvoir intervenir de nouveau dans les affaires de l’Asie occidentale. Mais la onzième année de son règne fut marquée par la prise de la ville d’Asdod, dont le souvenir nous avait été conservé dans le livre d’Esaïe. « En l'année, est-il dit dans ce prophète, où Tartan (en assyrien Tourtan, c’est-à-dire un général en chef) vint à Asdod, envoyé par Sargon, roi d’Assyrie, et combattit contre Asdod et la prit, en ce temps-là l'Eternel parla par l’organe d’Esaïe, » etc.
Voici comment Sargon nous raconte lui-même cet événement important :
Azour, roi d'Asdod, — son cœur s’endurcit à ne pas apporter le tribut, et 1l envoya aux rois de son voisinage des messages hostiles à l’Assyrie. Cest pourquoi, pour me venger, je lui enlevai son pouvoir sur les gens de son voisinage ; à sa place j’établis son frère Akhimit à la royauté sur eux. Mais les Hettiens, méditant la rébellion, méprisérent son pouvoir et élevérent sur eux Javan qui n'avait aucun droit au trône et qui, comme eux, ne connaissait pas la crainte de ma puissance. Dans le courroux de mon cœur je ne rassemblai pas la totalité de mon armée et ne pris pas de bagage (?); avec mes guerriers qui n'hésitent pas à exécuter les signes (?) de mes mains, je marchaï contre Asdod. Mais ce Javan apprit de loin l'approche de mon expédition, et il s'enfuit vers les régions de l'Egypte qui sont prèsde l'Ethiopie, on ne vit plus sa trace. J’attaquai, je pris Asdod et Gimt- Asdodim; je comptai comme butin ses dieux, sa femme,
. (1) Ménant, Annales des rois d’Assyrie, p. 208.
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ses enfants, les trésors de son palais, avec les habitants de son pays. Je rétablis de nouveau ces villes, jy fis habiter des gens des pays conquis par ma main vers le levant du soleil, je les rc comme des Assyriens et ils prêtérent obéissance (?). )
Sargon ajoute qu'à la suite a ces événements, le roi d'Ethiopie, saisi de crainte, se hâta d’implorer la paix. On conçoit aisément quel jour nouveau ce récit Jette sur les paroles qu'Esaïe prononça à cette occasion, en particulier sur les menaces qu'il adresse à l’Egy pte et à l'Ethiopie.
Inutile, je pense, de faire observer que si Sargon s’attribue à lui-même la prise d’'Asdod que la Bible attribue à Tartan, c’est-à-dire à l’un de ses généraux, il n’y a là aucune contradiction, parce que les monarques assyriens s’atiribuent souvent ainsi des victoires qu’ils n'avaient pas remportées en personne.
Les dernières années de Sargon furent remplies par sa lutte contre Merodak-bal-adan, auquel il parvint enfin à arracher le sceptre de Babylone, et par quelques autres expéditions sans importance pour nous. [] fut assassiné, probablement par un patriote babylonien, et remplacé sur le trône d’Assyrie par son fils Sennakhérib, dont le nom, familier à tous les lecteurs de la Bible, est intimement associé À ceux d’'Hézéqia, roi de Juda et du prophète Esaïe. On se rappelle l'invasion de ce monarque-en Palestine, son inutile tentative pour s’emparer de Jérusalem et la merveilleuse délivrance dont les habitants de la Judée furent alors l’objet. Ses inscriptions nous donnent à ce sujet des détails curieux et entièrement nouveaux. Elles nous apprennent que dans sa troisième expédition, c’est-à-dire vers l'an 700, Sen-akhé-irib marcha contre la Phénicie, s’empara de Sidon et de plusieurs autres villes de la côte et reçut la soumission de la plupart des rois voisins, parmi lesquels nous remarquons Mitinti d’Asdod, Poudouil d’'Ammon, Camos-nadab de Moab, Malik-ram d’'Edom, etc. Seul, Tsidka d’'Ascalon refusa de se courber sous son joug : le roi d’Assyrie se dirigea contre lui, le renversa de son trône et le remplaça par un’autre, pilla sa capitale et les villes de son ressort. Après cela, linscription continue ainsi :
« Les princes, les grands et le peuple de la ville d'Ekron (Amgarrouna), qui avaient jeté dans des liens
de fer Padi, leur roi, allié et serviteur de lAssyrie, et l'avaient perfidement livré à Hézéqia le juif (Hazaqgiyahu Jahudaï) pendant les ombres de la nuit, — leur cœur fut effrayé. Ils appelèrent les rois d'Egypte, les archers, les chars, les chevaux du roi d'Ethiopie, troupes sans nombre, qui vinrent à leurs secours. En vue de la ville d'Altakou (1) contre moi l’armée fut rangée en bataille ; ils firent avancer (2) leurs forces ; avec l’aide d’Assour, mon seigneur, je combattis avec eux et les mis en fuite. Mes mains prirent vivants, au milieu de la mêlée, les chefs de chars et les fils d’un roi égyptien avec les chefs de chars du roi d’Ethiopie. J’attaquai, je pris la ville d’Altakou, la ville de Tamna; j'emportai leur butin. Je m'avançai vers la ville d'Ekron, je mis à mort les princes et les grands qui avaient causé la rébellion ; sur des pals, tout autour de la ville, j'exposai leurs cadavres. Je destinai à la déportation les habitants de la ville qui avaient commis des crimes et des méfaits (?); les autres qui n'avaient pris part ni à la rébellion, ni aux forfaits, qui n'avaient point commis d’abomination, je proclamai leur innocence. Je fis sortir Padi, leur roi, du milieu de la ville de Jérusalem (Oursalimmou); je le fis asseoir sur le trône de la souveraineté sur eux et j'établis sur lui les tributs de ma souveraineté. Quand à Hézéqia le juif, qui ne s'était pas soumis à mon joug, J'attaquai, je pris ses quarantesix villes fortes, des cités et les petites villes de leur voisinage qui Sont Sans nombre. 0 176 CET SRE Je fis sortir du milieu d'elles deux cent mille cent cinquante hommes et femmes, des chevaux, des mulets, des ânes, des chameaux, des bœufs et des brebis sans nombre, et je les comptai comme butin. Je le renfermai lui-même, comme un oiseau en cage, au milieu de Jérusalem sa ville royale. Je fis contre lui des tranchées (?); je fis rompre (?) la sortie de la grande porte de sa ville. Je retranchai ses villes, que J'avais pillées, du milieu de son pays, je lés donnai à Mitinti roi d’Asdod, à Padi roi d'Ekron et à Ismi-Bel roi de Gaza, et je diminuai son pays. Aux impôts antérieurs j’ajoutai et je leur imposai
(1) En hébreu Eltekéh (Josué XIX, 44), à l’ouest de Jérusalem. (2) Je considère u-sa--a-lu, comme le Shaphel de la racine
9, monter, avancer.