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II. — MOYENS DE DESTRUCTION

Dans le midi de la France, on lutte contre l'altise exclusivement avec un entonnoir de fer-hlanc profondement échancré pour faire entrer le t-onc du cep (fig. 59) et au-dessus duquel on secoue la vigne avec un bâton. Cet instrument est appelé en Languedoc entonnoir à allises, ayant été inventé surtout contre cet insecte, mais nous l'avons déjà recommandé contre plusieurs parasites. Un homme peut secouer par heure de 150 à 200 souches.

Pour peu que l'opération soit faite à l'heure

voulue, c'est-à-dire le matin, l'altise se laisse

prendre. L'insecte ni ne s'envole, ni ne se laisse FilJ- 59- — Entonnoir a 1 Attises,

choir ; il saute, et, sa force musculaire étant en

raison directe de la chaleur du jour, il ne saute pas, le matin, en dehors

l'entonnoir.

Nous avons vu dans le Roussillon, le pays de France le plus attaqué,

l'entonnoir à altises permettre aux propriétaires de. lutter efficacement,

même dans les quartiers les plus infestés, tels que les vignes en terra-

de Banyuls, Colliourc, Cospcron, etc. Là. les conditions climatériques

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sont un peu celles de l'Espagne; la terre schisteuse et meuble estbonne pour la nymphose, et les mursen pierres sèches offrent d'innombrables abris pour l'hiver. Malgré cela, l'infatigable vigneron catalan, levé dès l'aube, agissant vigoureusement dès les premiers beaux jours, les insectes non encore dispersés, frappant des souches aux sarments courts qui livrent d'un coup toutes leurs altiscs à l'entonnoir, arrive à être maître de la situation. Il faut dès le début mettre tout son personnel à l'œuvre et bien se dire qu'une altise non détruite sera peut-être légion à l'automne. Un ouvrier exercé peut donc, au printemps, e:i opérant le matin avant huit heures, rentrer à la ferme avec un sac rempli d'altises. Les insectes ébouillantés sont donnés aux volailles.

La présence de celles-ci dans les vignes est utile également; mais on ne peut, comme nous le ferons pour Y Écrivain, conseiller le petit poulailler roulant, les points d'attaque étant beaucoup moins circonscrits.

Un viticulteur algérien lisant ces lignes sera peut-être tenté de traiter d'illusoires nos moyens de défense. Il aurait raison si nous avions voulu parler de nos colonies du nord de l'Afrique. Ce qui est possible dans des contrées où les grands ravages sont, en somme, l'exception, devient en effet insuffisant dans celles où ils sont la règle. Ici, les abris d'hiver moins nécessaires, les conditions de climat et de sol plus favorables, les générations plus nombreuses, le nombre d'eeufs pondus plus grand, font de l'altise le fléau terrible et grandissant toujours que nous avons décrit. C'est donc dans les travaux publiés en Algérie que nous puiserons, pour tracer la marche à suivre dans la défense d'un vignoble de notre colonie.

Dans les petites exploitations, l'entonnoir échancré pourra suffire, à condition toujours d'agir énergiquement dès les premiers beaux jours, la souche non encore développée, et principalement sur les rangées de ceps les plus rapprochés des abris d'hiver.

En grande culture, à l'usage de l'entonnoir on peut ajouter celui des insecticides. D'après M. d'Aurelles de Paladine, les meilleurs sont les suivants : 1° la poudre de pyrèthre du Caucase vraie1, mélangée au soufre d'Apt dans lu proportion de G à 7 Ml. % ; 2° la poudre de tabac maure2

1 Pour la culture économique de cette plante, dont les fleurs triturées achetées dans le commerce reviennent à 250 fr. le quintal, qui par ce fait ne peuvent être employées, voir dans le journal la Vigne française, n° du 28 février 1887, une note de M. de Malgraive, de Marengo (Algérie).

3 Pour la fabrication du tabac maure ou tabac ayant subi une sorte de fermentation ammoniaca'e, et qui sous cette forme est beaucoup plus insecticide que le tabac ordinaire, voir la note de M. d'Aurelles de Paladine dans le Messager agricole de Montpellier, n° du 10 avril 1887.

i. M.TISK DE ! A \ tGNE.

a priser, également mélangée au soufre d'Apt dan- la proportion de 12 a 15 lui. %; 3° le soufre d'Apt seul ou mélangé avec de la chaux nouvellement fusée.

La présence constante du soufre d'Apt dans ces mélanges pulvérulents permet de combattre à la fois l'allise et l'Oïdium.

Ou a ensuite imaginé les abris artificiels, et de plus en plus ce dernier moyen de destruction, toujours combiné avec l'usage de l'entonnoir échancré, semble devoir être préféré à l'emploi des insecticides.

M. Barbier a très judicieusement tracé la marche à suivre1 dans la grande culture en Algérie. Laissant de cùté les insecticides, qu'il considère « d'application difficile et coûteuse », il combine trois modes de destruction : 1° la recherche des insectes dans les abris d'hiver, recherche combinée avec l'emploi des abris artificiels usités aussi en Andalousie ; 2° l'usage de l'entonnoir échaucré; 3° l'ablation des feuilles portant les premières pontes.

Ce dernier procédé n'est pas nouveau, il a été dès 1849 préconisé par Cazalis-Allut2; mais, combiné avec les deux précédents, il en est le complément.

En substance, voici ce que dit M. Barbier : Le premier point est de cantonner les altises en hiver dans un nombre limité d'abris. Il faut bien se garder de détruire complètement les broussailles et les arbustes; il est essentiel, au contraire, que les insectes trouvent quelques refuges d'hiver où l'on sera sûr de les rencontrer. Tout vignoble présente quelques-uns de ces coins plus abrités que les autres, tels que des fonds de ravins, que les altises préfèrent, et il est facile de constater quels sont ces endroits. On pourra y couper en automne les buissons qui les garnissent, laisser sutplace ce bois de très faible valeur et qui, sec au printemps, s'enflammera facilement. On y ajoutera des tas de sarments, des gerbes de diss (grande graminée commune en Algérie) et des feuilles de palmier nain .

Au printemps, avant la pousse de la vigne, on incendiera ces amas de broussailles sèches, en ayant soin de choisir un temps froid et de préférence en faisant l'opération la nuit. De cette façon, fort peu d'altises pourront s'échapper, surtout si l'on a le soin d'enflammer tout le pourtour à la fois. Les écorces d'arbres à demi soulevées, celles de l'eucalyptus surtout, seront enlevées, brûlées, et le tronc flambé à l'aide d'un flambeur au pétrole ou à l'alcool.

Comme abris artificiels, M. Barbier dit s'être très bien trouvé des petits

1 L'Algérie agricole, o° du 1er mars 1 S88.

2 Bulletin de la Suciélâ d'Agriculture de l'Hérault.

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paillassons de bouteilles, si abondants dans les colonies et qui n'ont aucun emploi. Posés sur un piquet fiché en terre, ils constituent d'excellents abris. Quand on les enlève, ils sont parfois garnis d'altises; on n'a qu'à les brûler ou à les plonger dans l'eau bouillante pour les utiliserde nouveau. M.Grellel, le premier viticulteur algérien qui ait songé à utilier ces paillassons, en place jusque dans ses baies vives et détruit énormément d'altises par ce moyen.

Pour rendre la chasse d'hiver aussi fructueuse que possible, dit M.Lecq [loc. cit.), le vigneron doit supprimer dans son vignoble et aux alentours tout ce qui ne peut pas devenir un piège pour l'altise. Les chemins doivent être nettoyés d'herbes sèches et de pierres entassées, les chiendents et les mauvaises herbes arrachés ; puis on doit disposer çà et là de petits tas de broussailles. En janvier-février, on brûle ces abris artificiels, en les arrosant, si besoin est, d'un peu de pétrole. Les tas de broussailles disposés comme pièges doivent être formés de branchages et de feuilles qui ne se décomposent pas sous l'action des pluies. L'altise, par instinct, cherche comme refuge les végétaux résistant à la pourriture, tels que les diss, les brindilles d'oliviers, les feuilles de palmiers nains, les sarments de vigne, etc. Une bonne précaution est de protéger ces petits tas contre la pluie au moyen de tuiles creuses.

Dans les environs de Malaga, d'après le même auteur, on emploie des nids artificiels fabriqués avec des feuilles de palmiers réunies en bottes liées au moyen d'une ficelle. Ils affectent la forme d'un tronc de cône. On les suspend aux ceps de distance en distance, à une hauteur de 10 à 20centim. au-dessus du sol.

En 186G, lors d'une invasion d'altises présentant les caractères d'un véritable fléau, une Commission nommée pour étudier et combattre le mal recueillit dans plusieurs vignobles de la plaine de Malaga des nids qui contenaient jusqu'à 400 insectes chacun. Ces nids furent échaudés et les altisès jetées aux poules.

On doit ramasser le contenu des nids toutes les fois que l'on va procéder au labour de la vigne, pour que le laboureur ne soit pas gêné dans son travail, et aussitôt que celui-ci est fait, les insectes détruits, on replace les nids. La dernière levée de ces abris artificiels a lieu pendant la seconde quinzaine de mars.

Au début delà végétation de la vigne, dit M. Barbier, l'altise abandonne ses retraites d'hiver, se précipite sur les rangs de souches les plus voisins; mais elle n'y reste pas à demeure, elle craint les froids de la nuit etse réfugie le soir dans les abris les plus rapprochés, à' où elle ne sort qu'après le lever du soleil. L'emploi des abris artificiels est encore ici tout indiqué. On les enlève le matin avant la sortie des insectes.

l. ALTISE DE LA V1GXE. ,'!|7

Les propriétaires, qui ont forcé en quelque sorte les altisea a gagner les

abris d'hiver peu nombreux que nous avons décrits, n'ont que peu de centres d'invasion au printemps, et l'œuvre de destruction est facile. Elle sera encore simplifiée si l'on a soin de maintenir les altises cantonnées sur ces points, ce qui peut s'obtenir en recouvrant de poudre de soufre trituré et de chaux une zone de rangées de souches, une vingtaine par exemple, limitant la partie envahie. C'est alors qu'on fait usage, le joui', de l'entonnoir échancré, et, la nuit, des abris artificiels, paillassons de bouteilles ou autres, ébouillantés le matin.

Si l'on a ainsi opéré, il y aura bien peu d'altises, et par conséquent peu de pontes au delè de la zone soufrée.

On sait que les altises préfèrent certains cépages, surtout ceux à feuilles tendres, tels que le Morastel fleuri ou Brun fourca, l'Alicanle, l'Aramon. et en général tous les cépages à feuilles glabres. En plantant, dans les endroits abrités des vents, des carrés de ces cépages, on pourrait aussi maintenir plus longtemps la localisation des insectes.

L'enlèvement des premières pontes se fera en sacrifiant les feuilles qui les portent. D'après la noie de Cazalis-Allut citée plus haut, aussitôt les pontes observées, c'est-à-dire en mai pour le Languedoc, il faut enlever toutes les feuilles et toutes les pousses placées au-dessous des raisins maîtres, les premières pontes n'étant que par exception placées au-dessus.

M. Barbier, avec raison soucieux de respecter autant que possible l'appareil végétatif aérien de la vigne, dit que, même dans les quartiers fortement atteints, il suffit d'enlever les quatre premières feuilles. L'ouvrier, en relevant le sarment, peut voir rapidement l'envers des autres feuilles et écraser avec les doigts les quelques pontes qui pourraient y être déposées. Nous conseillons, dit M. Barbier, de s'en tenir là et de ne pas s'inquiéter de la seconde génération de l'insecte. Elle sera peu importante si les travaux susindiqués ont été bien effectués.

Restent les chances d'invasion pendant l'été par les essaims arrivant au vol des parages dévastés. Devant ces millions* d'insectes tombant eu pluie, le vigneron se considérera peut-être comme débordé. Néanmoins la lutte ne devra pas être abandonnée. La récolte des altises a l'entonnoir n'étant guère possible à cette époque, à cause du développement des sarments, on pourra employer le soufre mélangé de chaux à haute dose, ou mieux encore les composés cupriques expérimentés avec succès à Marseille par M. G. Gastine l contre l'insecte parfait. Mais ces retours

' Progrès agricole, 31 juillet 1887. I»'' préférence à la bouillie bordelaise, M. Gastine recommande, dans cetti Note es liqueurs ammoniacales cupriques

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