LE GRIBOUM OU ÉCRIVAIN
à la ville vers huit heures du matin avec des sacs qui renfermaient hien chacun plusieurs centaines de grammes de grihouris. Les sacs étaient, en arrivant, plongés pendant cinq minutes dans l'eau bouillante et les insectes donués aux volailles. Celles-ci mangent hien l'insecte ébouillanté ; mais elles le préfèrent vivant, et on a utilisé souvent leur concours pour le détruire dans les vignes. Les poules, les canards, surtout les dindons et les pintades, mangent énormément d'insectes et, en dehors de l'époque de la maturité du raisin, ne nuisent pas à la souche. Nous avons vu, en Languedoc, des troupeaux de dindons promenés du matin au soir dans les vignes par un enfant ou une femme, et la récolte s'en hien trouver. On a même employé contre le grihouri le poulailler portatif ou roulant. M. André conseille de se servir du modèle de grande dimension décrit par M. Gayot *, long de 6 met., large de 2, traîné dans le champ par un cheval, pouvant loger trois ou quatre cents volailles et comprenant un logement pour un gardien. Nous avons vu personnellement ce système employé avec succès contre les vers blancs du hanneton qui ravagent les cultures de betterave et de colza, dans le département de la Somme; les volailles apprennent vite à marcher derrière la charrue ; mais pour les exploitations viticoles, contre des insectes vivant en dehors du sol, nous préférons les petits appareils employés dans le Bordelais.
Ce sont des poulaillers en forme de grande niche à chien, montés sur deux roues, pouvant se traîner à bras, être au besoin rentrés le soir et ne renfermant qu'un nombre limité de volailles, une dizaine par exemple. En plaçant l'appareil sur les points attaqués par le grihouri, et qui, nous l'avons dit, sont d'ordinaire circonscrits sous forme de taches d'huile phylloxêriques, on obtiendra, à peu de frais, un très bon résultat.
Tels sont les moyens, à la portée de tous, employés dans les diverses contrées viticoles contre le grihouri à l'état parfait.
On a songé aussi à lutter contre la larve souterraine. Là nous retrouvons l'intervention de la science et les insecticides. Dès 1845, ie baron Thénard2 avait observé les lésions produites sur la racine par la larve et avait songé à l'atteindre au moyen d'un gaz insecticide. Après divers essais en grande culture exécutés avec plusieurs produits, dans une de ses propriétés, à Buxy, près Chalon-sur-Saône, le célèbre chimiste s'arrêta à l'emploi dans le sol des tourteaux de colza et de moutarde, aux premiers, de préférence, comme plus abondants. Ces tourteaux, préparés d'une façon
1 Gayol ; Guide pratique pour ïaménayemenl des liabitations des animaux, vol. III, pag. 287. Paris, Lacroix, 1880.
2 Comptes rendus de l'Acad. des Sciences. 6 novembre 1854, pag. 886.
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spéciale, ont la propriété île dégager lentement dea vapeurs très insecticides d'essence de moutarde .
Les expériences entreprises étaient probantes : les souclies laissées comme témoins mouraient, tandis que celles qui avaient reçu le traitement revenaient à la vie. La méthode fut appliquée avec succès par plusieurs grands propriétaires de la Bourgogne ; mais le mode spécial de préparation des tourteaux sera toujours une difficulté pour quiconque u'est pas placé près des lieux de production, et, pour bien faire comprendre au lecteur quelle est cette difficulté, nous laisserons la parole à l'inventeur du procédé. « J'achetai, dit-il, des tourteaux du commerce ; mais, traités par l'eau, ils ne donnaient pas trace d'essence de moutarde. Je me rendis chez l'huilier : il chauffait la graine à plus de 150 degrés, et chacun sait qu'audessus de 80 degrés la meilleure farine de moutarde noire perd la propriété de donner de l'essence. Je préparai donc moi-même environ 100 kilogr. de tourteaux, et ceux-ci ne laissèrent rien à désirer. Je fis alors préparer 2,400 kilogr. de ces tourteaux, en ayant bien soin d'empêcher de chauffer la graine au-dessus de 80 degrés et d'employer le moins d'eau possible pour l'extraction de l'huile, ce qui, avec de bonnes presses, se fait sans perte. Ces 2.400 kilogr. furent employés à la dose de 1,200 kilogr. par hectare, appliqués tous les trois ans, soit 400 kilogr. par hectare et par an, et depuis cette époque mes vignes sont ainsi traitées. Le tourteau, préalablement réduit en poudre sous la meule, est employé du 15 février au 15 mars. Pour cela, chaque vigneron en emporte tous les matins dans sa hotte une provision d'environ 50 kilogr., quantité nécessaire pour 1/24 d'bectare, surface moyenne piochée par un vigneron. Arrivé à la vigne, il en sème uue petite quantité à la volée et pioche aussitôt la surface de terrain qui l'a reçue, et il continue ainsi jusqu'au bout de son travail. Il est essentiel que le tourteau soit semé par petite partie et pioché aussitôt, sans cela il pourrait perdre dans l'atmosphère la plus grande partie de l'essence de moutarde qu'il est capable de donner ; il n'agirait plus alors que comme engrais. «
Le baron Thêuard estime les frais à environ 50 fr. par hectare et par an. Les tourteaux ayant à peu près doublé depuis 1854, on peut porter la dépense à 100 fr. par hectare, somme de laquelle il faut, il est vrai, déduire l'économie d'autres engrais, économie possible par suite de l'emploi du tourteau.
Quoi qu'il en soit, le procédé n'est sûrement applicable que sur les lieux de fabrication de l'huile de colza et étant donné un fabricant qui se conforme rigoureusement aux prescriptions toutes scientifiques tracées par Théuard. Dans les vignobles du midi de la France, par exemple, ces