II. — Cneorlihms geminatus1 Fabricius
Cette petite espèce de Charançon est depuis assez longtemps signalée sur la vigne. Dès 1839, Ratzeburg, dans son ouvrage sur les Insectes des
à un résultat qu'en suivant des ouvriers qui piochent la terre ou un labourent qui retourne la terre.
«Quand, par ce moyen, on est arrivé à trouver quelque larve, on n'est pas au bout de ses peines. Il faut élever celte larve, lui donner une nouiriluie appropriée, la conserver dans des conditions équivalentes aux conditions naturelles ; ce qui est d'une telle difficulté qu'on échoue presque toujours. De plus, cornu: larves souterraines de Curculionides se ressemblent toutes, on ne sait pas même alors à quel genre on a affaire.»
1 Bibliographie. — Ratzeburg; Les Insectes des forêts. Die For - Berlin, 1839-1844. — Nordlinger ; Les petits ennemis de l'agriculture, Dit kleinen Feinde der Landwirthsehaft. Stuttgart, 1855, et 2« édition, I8G9. — Jacquelin Duval ; Coléoptères nuisibles à l'agriculture et aux furets (Introduction au Gênera des Col. d'Europe, pag. 1G. Paris, Deyrolle, 1857). — Perris, larves de Coléoptères. Paris, Deyrolle, 1S77, pag. 379.
forêts, le cite en effet comme «occasionnant parfois d'assez grands dommages à la vigne en attaquant les jeunes bourgeons».
Nordlinger en parle aussi comme tel dans la première édition (1855) de son livre, et maintes fois il nous a été signalé et envoyé à déterminer par des viticulteurs.
D'après tout ce que nous connaissons de ses mœurs, c'est une espèce qui ne s'écarte pas des terrains sablonneux ou tout au moins très meubles, et n'est bien nuisible que les années où elle se multiplie exceptionnellement. La larve vit sous terre. Elle est blanche, courte, charnue, apode, légèrement incurvée, n'offrant rien par conséquent de distinctif des autres larves de charançons mangeuses VjrcL^/ de racines. Perris, qui l'a observée, dit-il, maintes
fois «en faisant retourner des gazons», l'a élevée, a obtenu la nymphe et n'a rien trouvé à signaler de particulier sur le compte de celle-ci.
L'insecte parfait se nourrit de feuilles et déjeunes bourgeons ; il est nuisible surtout à la vigne et,
Fig. 70.— Cneorhmus comme [0US ies coupe-bourgeons, opère ses déeâts geminatus, grossi. r D
la nuit.
Ce Charançon gris, dont la forme globuleuse est caractéristique (6g. 70), répond à la description suivante :
Longueur 5 à 7 millim., largeur 3 à 4 millim.
Corps ovalaire, renflé en dessus, couvert de squamules d'un gris soyeux. Bec très court, fortement échancré au sommet, généralement séparé du front par une impression transverse ; scrobe large, infléchi et un peu courbé. Yeux modérément saillants. Antennes courtes, scape atteignant le milieu des yeux, massue ovalaire. Fausses mandibules d 'un rouge rubis. Prothorax court, transverse, tronqué à la base et au sommet, arrondi sur les côtés, un peu moins large en avant qu'en arrière, de couleur gris très clair, rembruni en dessus par trois larges handes longitudinales de squamules plus foncées. Ècusson très petit. Ëlylrcs soudées, rebordant fortement l'abdomen, ovales-oblongues, renflées, ayant les épaules arrondies, d'un gris plus foncé que le prothorax, ayant chacune, comme lui, trois bandes longitudinales plus foncées. Ailes inférieures nulles.
Cet insecte est assez commun aux environs de Montpellier, dans le territoire connu sous le nom de Sablas (sables de Montpellier de la Carte géologique), ainsi que dans certaines parties du cordon littoral du Gard et de l'Hérault, tels que le territoire de Cette. Il n'y a jamais cependant exercé dédommages sérieux ; ses dégâts, en tout cas, disparaissent derrière ceux des Peritelus. Il n'en est pas de même des terres sablonneuses plantées
de vignes de lu Gironde et des Landes, d'où il nous est souvent envoyé plus ou moins mélangé avec les Peritelus et YOliorhynchus singularis, mais les dominant toujours eu nombre.
En récoltant ces petits ravageurs avec l'entonnoir à altises, de bon niatin, avaut qu'ils aient regagné les crevasses de la soucbe, le pied des herbes ou les mottes de terre sous lesquelles ils s'abritent pendant le jour, on peut arrivera les détruire, leur apparition fin avril ne durant pas plus de deux ou trois semaines. Il ne faut pas se contenter de frapper la soucbe, l'insecte bien cramponné ne tombant pas toujours à la secousse, il faut le décrocher à la main.