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III. — Les Peritelus

Nous arrivons ici aux coupe-bourgeons classés avec les Otiorhynchus dans la tribu des Oliorhynchides, c'est-à dire des Brachyrhinides ayant le sillon antennaire dirigé vers le haut.

Sous le nom générique de Peritelus, créé par Germar en 1824, sont compris plusieurs petits Charançons gris nuisibles aux cultures, surtout dans les terres meubles. De tout temps sans doute, les cultivateurs ont dû avoir à se plaindre des dégâts exercés par ces petites espèces; l'une d'elles, dont nous parlons en note, décrite depuis longtemps, a même été appelée noxius (nuisible); mais l'extension récente de la culture de la vigne dans les sables des bords de rivière ou des dunes maritimes, foyers de grande multiplication des Peritelus, a beaucoup agrandi les surfaces attaquables, et de tous côtés, depuis dix ans, les plaintes se sont élevées, comme si le mal était nouveau .

Le genre Peritelus est nombreux en espèces, cinquante environ en Europe. Cinq* ont été observées sur la vigne, mais quatre le sont chaque année plus spécialement.

Ce sont: Peritelus subdepressus Mulsant, dans les terres sèches ou peu humides ; P. griseus Olivier, dans les terres meubles, sablonneuses ou

* Bibliographie. — Jacquelin Duval ; Curculionides (Gênera des Col. d'Europe. Paris, Deyrolle, 1 8GS) . — Seidlitz ; Mon. der Curculion.Gattung Peritelus (Berlin ent. Zeitung, tom. IX, pag. 11), 1865).— De Marseul ; Monogr. des Otiorhynchi les (Journal l'Abeille, loin, X, Ier partie, 1872. — Targioni-Tozzetti ; Rclazione délia R. stazione di ent. agr. Firenze, 1 S 8 i .

2 La cinquième espèce, que nous ne faisons figurer ici qu'en note parce qu'elle n'attaque qu'exceptionnellement la vigne, est le Peritelus noxius Bohemann. [1 est de la Provence, et Targioui le dit très répandu en Italie et s'gnalé sur la vigne à Novare (Relazione, t8$i, pag. 109 et 309). Nous l'avons reçu des environs

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non, un peu fraîches, surtout avoisinant les rivières; P. senex Bohemann, dans les ter/es sablonneuses ou très meubles ; enfin P. fam Maris Bohemann, espèce qui parait être la plus nuisible dans l'Europe orientale.

Ces espèces vivent généralement séparées Tune de l'autre, leur habitat exactement délimité par les sortes de terrain que nous venons d'indiquer ; parfois cependant on les trouve mêlées ensemble et même associées à d'autres genres. Le Peritelus griseus, par exemple, nous est souvent envoyé de l'ouest de la France mélangé aux Cneorhinus geminatus ou à VOtiorhynchus singularis. Les larves de Peritelus ne sont pas connues, mais elles vivent très probablement dans le sol, mangeant des racines, comme toutes les larves d'Otiorhynchides.

A. Peritelus subdepressus Mulsant. — On distinguera facilement cette espèce à la forme en carré allongé de ses élytres. Le corps, long de 4 à 6 rnillim. sur 2 à 3 de large, est couvert de squamulcs de couleur uniforme, tantôt d'un gris plus ou moins bronzé, tantôt d'un gris blanc d'argent presque métallique. La tête courte ainsi que le rostre, celui-ci plus large que long,desorteque les côtés de la tête, y compris le rostre, paraissent parallèles. Les antennes sont épaisses, heprolhorax, à peine plus long que large, aux côtés et aux deux bouts arrondis, est un peu déprimé (subdepresssus), ainsi que les élytres, qui sont une fois et demie aussi larges que le prothorax, une fois et demie plus longues que larges, avec le bord latéral fortement échancré chez le mâle.

C'est presque toujours le Peritelus que nous avons observé broutant les bourgeons de la vigne dans les terrains un peu secs en Languedoc; c'est la moins abondante des trois espèces françaises citées par nous, la moins dangereuse par conséquent, et nous ne l'avons vue nuire un peu sérieusement qu'a de jeunes plantiers. Elle se trouve dans le midi de la France et en Italie.

B. Peritelus griseus Olivier. — Synonymie : P. sphéroïdes Germar (1824). L'aire géographique de cette espèce est fort étendue ; c'est la plus abondante sur la vigne, celle qui, cinq à six fois sur dix, nous est envoyée comme broutant les bourgeons, avec prière instante d'indiquer le remède, car le mal est grave et marche vite, disent les lettres.

L'insecte par dizaines, par centaines, s'attaque à chaque bourgeon

d'Arles, de Fréjus et de Sainte-Maxime (Var), comme trouvé sur la vigne mélangé à des P. senex. On le reconnaît sans peine à son corps large, à sa taille plus grande (4 à 6 millim. sur 2,50 à 3,50), à ses longues antennes atteignant la longueur du corps chez le mâle, à son prothorax profondément criblé de points enfoncés et à ses élylres orbiculaires deux à trois fois aussi larges que le prothorax.

Fig. 71. — Peritelus griseus, grossi.

naissant, le broute à L'extérieur, le perfore, pénétra aussi dans l'intérieur

et ne laisse pas même intacte la tige verte, qui bientôt se flétrit. Qu'on

juge de sa manière de procéder, par une lettre reçue récemment de la vallée

de l'Hérault et reproduite en note1. Si la vigne est

établie, bien racinée, la récolte est perdue ou à peu

près, le dégât peut se comparer à celui d'une forte

grêle; mais la souebe ne succombera pas. Si c'est un

plantier qui est atteint, le mal est plus grave. Sur un

plant qui, comme on dit vulgairement, a de la p< ine

à partir, le bourgeon vidé et sécbé n'est pas remplacé.

Les manquants seront la règle, les boutures racinées

l'exception. Il en est de même des greffons; le travail

sera à recommencer l'année suivante.

Quand on visite les vignes pendant le jour, il y a quelques insectes accroebés aux bourgeons ou enfermés dans leur intérieur ; mais la masse des rongeurs nocturnes est sous les mottes, dans les fissures ou enterrée à 1 ou 2 centim.

Le Peritelus griseus est le plus grand et le plus variable du genre. Tandis que les plus développés atteignent 7m,n,50 de long, les plus petits ne dépassent pas -i millim., c'est-à-dire la taille d'un grand P. senex. On reconnaîtra notre espèce à sa couleur, qui est d'ordinaire d'un gris assez fonce sur la partie dorsale, toujours tacbé de gris clair; à celle des flancs et du ventre plus claire, dont les squamules ont parfois des reflets métalliques ; à ses antennes déliées, ayant le funicule peu épais, à dernier article moins large que le premier. Le prolhorax est renflé eu arrière, atténué en avant. Les clyircs sont en ovale allongé, toujours convexes.

Cet insecte se trouve dans toute l'Europe tempérée, moins l'Orient : France, Allemagne du centre et du nord, Suisse et Italie. Ou peut dire

1 « Voici, dit l'auteur de la lettre, comment j'ai découvert l'envahissement des insectes que je vous envoie. J'allais, ce matin mercredi, visiter un plantier, en compagnie de mon régisseur, lorsque je m'aperçus que la vigne, très belle samedi malin, au lieu de progresser, avait fortement décliné. J'avais vu samedi les bourgeons tous très gontlés, en partie eutr'ouverts, tandis qu'aujourd'hui ils apparaissent à peine sur la lige de la bouture, et, eu regardant de plus près, je me suis aperçu que chaque bourgeon était percé d'un trou par lequel avaient pénétré une ou plusieurs des bêles en question qui dévoraient tout l'intérieur, se Taisant an -i une espèce de nid. Les insectes s'accrochent à tel point que le secouage île 1 1 souche ne suffit pas à les faire tomber et qu'il est le plus souvent nécessairo de les prendre avec les ongles pour les tirer du bourgeon. « ('20 mai, château de Journac, par Gignac, Hérault.)

que c'est le plus commun du genre. Il attaque tous les bourgeons tendres, mais ne se trouve guère que dans les terres un peu fraîches. Il vil en masse sur les saules cultivés en têtard, sur les mûriers et sur tous les arbres fruitiers plus ou moins taillés. C'est le charançon que les jardiniers parisiens appellent plus spécialement la grisetle. Perris, Goureau, Géhin, Nordlinger, Kaltenbach, Targioni, tous ceux enfin qui ont écrit sur les insectes des arbres fruitiers, le comptent parmi les ennemis sérieux des vergers. Il n'est pas étonnant que la vigne, qui a le triste privilège d'attirer tous les parasites polypbages, ait à souffrir de celui-ci.

C. Peritelus senex Bobemann. — La plus petite des quatre espèces que nous décrivons : 2,50 à 4mm,50 de long sur 1,50 à près de 3 millim. de large. Corps relativement court, subglobuleux ; la robe est de couleur tantôt uniforme, allant du gris assez clair au gris foncé ; tantôt marquée de tacbes plus foncées ou plus claires. Rostre moitié aussi large que la tète, rétréci par-devant avec les lobes latéraux saillants ; antennes rousses. Prothovax un peu plus court que large avec les côtés fortement globuleux, habituellement marqué de deux bandes longitudinales plus foncées, ces deux bandes prolongées parfois sur les élytres. Sommet des tibias antérieurs formant en dehors un angle un peu saillant. Êlytrcs courtes, à peine plus larges que longues, arrondies sur les côtés, sphériques en arrière.

Cette espèce, qui parait propre à notre pays, pullule en quantité énorme dans tous les terrains sablonneux du midi de la France; c'est la plus répandue sur la vigne en Camargue, dans les vignobles du littoral sablonneux du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales. Nous l'avons reçue des environs d'Arles mêlée à desP. noxius elgriseus. Elle vit également sur les bords de l'Océan.

D. Peritelus familiaris Bobemann. — Ce Peritelus est d'ordinaire de la taille des plus grands Senex, 4 à 4mm,50 de long, et ressemble à cette espèce pour le faciès. Les épaules sont seulement moins arrondies et le prothorax droit sur les côtés. Le corps est court, large et épais ; les squamules, très serrées, sont tantôt de couleur uniforme d'un gris brun ou d'un gris blanc, tantôt avec des taches ou brunes ou claires se détachant sur le fond de couleur opposée. La tête a le rostre court avec les lobes latéraux peu saillants, les arêtes bordant les scrobes courtes , ce qui est le contraire du griseus. Le prothorax court, plus large que long, un peu plus rétréci par devant et par derrière, souvent orné de deux bandes brunes longitudinales convergentes par-devant, ce qui fait paraître cette partiedu corps plusrétrécie

en avant qu'elle ne l'est en réalité. Élytres un peu plus longues que larges, plus 'le deux fois aussi larges que le prothorax, le dessus et les côtés fortement arrondis ou spliériques, et malgré cela rétrécics à l'extrême pointe. Cette espèce est étrangère a la France. Elle figure dans la liste des arapélopliages de Hongrie que nous a adressée M. Horvatb et y est notée comme très nuisible. M. Seidlitz, dans sa monographie des Peritelus, la signale de Hongrie, de Serbie, de Russie méridionale et en particulier de Crimée. Elle paraît, en un mot, remplacer les trois espèces françaises dans les vignobles de l'Orient tempéré.

MOYENS DE DESTRUCTION

Il est difficile de recueillir les Peritelus au moyen de l'entonnoir à altises. Nous avons vu en effet qu'une bonne partie se cache pendant le jour et que le reste se tient fortement cramponné aux bourgeons ou môme enfermé dans l'intérieur de ces derniers. Dans toute la région du midi de la France, surtout depuis que, par suite de l'extension de la vigne dans les plaines sablonneuses du littoral, les Peritelus sont bien connus de tous les intéressés, on ramasse à la main ces petits rongeurs nocturnes. Mais récolter, jusque dans les bourgeons, des bestioles qui parfois n'ont pas 3 millim. de long, est un travail long, minutieux et nécessairement incomplet, puisque, nous l'avons dit, une grande partie se tient cachée pendant le jour dans le sol.

Dans les terrains non sablonneux, c'est-à-dire où l'on est attaqué par les Peritelus griseus et subdepressus, on pourra appliquer en automne le sulfure de carbone contre la larve souterraine. La pleine réussite obtenue ainsi par M. Oliver, en ce qui concerne le Vesperus, peut donner confiance dans l'efficacité du procédé.

Dans les terrains sablonneux, où pullule le Peritelus senex, terrains gardant mal les vapeurs de sulfure, on peut songer aux cultures intercalaires, qui ont également bien réussi à Collioure contre le Vesperus. Par un semis de céréales ou de légumineuses effectué en automne, tout au moins l'année de la plantation, on détournerait certainement l'ennemi des bourgeons de la vigne.

Beaucoup plus que de détruire le Peritdus, il s'agit de le détourner des bourgeons ; qu'on se le dise bien. Le détruire ! on n'y arrivera pas ! Il est chez lui dans les sables, y pullulant depuis l'apparition de sa race dans \r< temps géologiques. L'homme est venu, a commencé par faciliter la multiplication du Charançon par ses labours, puis il a remplacé les plantes sauvages dont il vivait, par de la vigne. L'insecte se jette nécessairement sur

celle-ci, pendant les quelques semaines d'état parfait que lui fait traverser son cycle biologique, qui dure un au. Que pendant ces quelques semaines, en mai généralement, il trouve une plante quelconque à brouter au ras du sol, il laissera les bourgeons de la vigne. On pourrait au besoin, comme nous l'avons conseillé à propos des Noctuelles, laisser non cultivé, avec toutes les mauvaises herbes, et cela jusqu'à fin mai, un intervalle de vigne sur deux, sauf à achever le travail une fois l'insecte disparu.

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