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IV. — Les Otiorliynques

Ces Curculionides sont assez connus des jardiniers et des agriculteurs pour que leur nom ait été francisé. En dehors du scrobe anlennaire dirigé vers le haut, caractère commun à tous les Otiorbynchides, les Otiorhynchus2 se distinguent par une taille relativement grande, un corps aptère, aux. téguments très durs. Leur coloration est sombre, noire ou brune, devenant parfois grise, jaunâtre ou en partie métallique par un revêtement de poils, de squamules ou d'une sécrétion cireuse tégumentaire. Le bec est court, découpé à son extrémité, s'élargissant sur les côtés sous forme de lobes en deçà et au delà de l'insertion des antennes. Ces découpures et ces lobes justifient le nom donné à ces insectes (ùtîov auricule, pvyxpg bec).

* BiuLioniuPHiE. — Bouché; Descr. de la larve et de la nymphe de l'O. sulcatus (Nalurg. der Ins. Berlin, 183i, pag. 202) — Westwood ; Met. de l'O. sulcatus, avec flg. (Gardener's Magazine, tom. XIII, 1837, pag. 158, flg. G7).

— Ratzeburg; Descr. delà larve de l'O. Aler (Die Forst. Ins., 1837, pag. 116, pi. IV, fig. 8). — Kiesenwetter ; Ueber den der Weincultur schàdlichen Rùsselkœfer (01. r.igrila). Deutsche nat. Zeitung, 1846. — Kalbrunner; Otior. Ligustici, cin dem Weinstock schàdlicher Ksfer (Soc. zool. bot. de Vienne, 1853).

— Newman ; Trans. Eut. Soc. London, 1855. — Stierlin ; Rev. der Eur. Oliorh. (Ent. Zeit. Berlin, 1861, pag. 250).— De Marseul ; Monogr. des Otiorhynchides d'après Seidlitz et Stierlin (Journal l'Abeille. Paris, 1872-73). — Kunckel d'Herculais; Ravages de l'O. sulcatus. (Bull. Soc. ent. de France, 1882, pag. 58). — Fairmaire ; L'O. sulcatus nuisible dans les serres à vignes en Belgique (Bull. Soc. ent. de Fr., 1882, pag. 78). — André; Métamorphoses de l'O. Ligustici (Les Parasites de la vigne, 1882, pag. 103).

2 Nous préférons le nom générique d'Otiorhynchus Germar (1824) à celui de Rrachyrliinus Latreille (1802), adopté par certains auteurs, Jacquelin Duval, Bedel, etc., parce que le nom d'Otiorhynchus, en français Otiorhynque, a été consacré par l'usage agricole. Nous sommes, du reste, d'accord en cela avec le dernier Catalogue paru (De Marseul ; Catalogue des Coléoptères de l'ancien Monde. Paris, 1888).

Fig. 72. — Oliorhynque de la livèche, grossi (Ot.

Ligustici L.(, d'après M. A-ndré.

L'antenne est coudée, le fouet ou funicule composé de 10 articles. Le pronotum ou corselet s'élargit au milieu ; il en est de même des élytres soudées, qui sont dures, toujours plus larges que le corselet, mais peu saillantes aux épaules. Les cuisses sont renflées,

les tibias armés d'une épine à leur extrémité.

La forme varie suivant les sexes. Les mâles, ordinairement plus sveltes que les femelles, ont souvent des impressions sur le métasternum et !a base de l'abdomen ; leur segment anal présente parfois une sculpture spéciale et les tibias peuvent subir diverses modifications.

Ces insectes sont nocturnes et d'ordinaire polyphages. Durant le jour, ils se tiennent blottis sous les pierres, dans les mousses, sous les mottes, enterrés au collet des arbres ou des souebes. Certaines espèces, surtout parmi les plus grandes, se tiennent de préférence sur les arbustes et les buissons, et c'est particulièrement cbez ces dernières que s'observe la sécrétion cireuse pulvérulente, jaune ou grise, citée plus haut, pulvéruleuce qui disparaît au moindre contact.

Les larves de plusieurs espèces, 0. sulcatus, ater, Ligustici, ont été étudiées. Elles sont toutes souterraines, vivant de racines.

Les Otiorbynques sont depuis longtemps réputés nuisibles aux arbres. D'après Vallot (pag. 281), Aldrovande [De Animalibus insectis, 1G02), parlant de divers coupeurs de bourgeons (taglîadizzo), eu distingue un spécialement sous le nom d'Ips ou Ipa ', et qui semble se rapporter non pas au Rbyncbite, assez bien décrit et figuré par le vieux naturaliste italien, mais à l'un des divers Otiorhynchus ampélopbages de son pays. « Nostcr Talhiaditius Ipa est, in vitibustantum reperitur eas rodens, dit-il; notre Tagliadizzo estl'Ipa, on le trouve seulemeut rongeant les vignes. »

Walckeuaer (pag. 241), le premier parmi les auteurs modernes, cite positivement une espèce sur la vigne, l'O. singularis Linné; il l'appelle, il est vrai, Curculio picipes Fabricius, mais les deux noms sont synonymes.

Depuis Walckenacr (1835). pas une liste d'Ampélophages sans Otiorhynchus. Dans tous les pays viticoles, eu effet, dans le centre et l'orient

' Comme nous l'avons dit dans le résumé historique général donné dans notre Introduction, ce mot d'Ips a été employé par 1»'- aaciens auteurs grecs, Tliéophrasle, Strabon, etc., pour désigner un insecte quelconque mangeant la Aldrovande parait l'avoir appliqué spécialement à uu Otiorhynchus.

de l'Europe surtout, ces gros charançons polyphages, aux mœurs nocturnes, sont représentés sur la vigne par plusieurs espèces.

Le genre est immense. Stierlin, dans sa Monographie, en a décrit plus de 400 espèces, toutes d'Europe ou des pays limitrophes, le plus grand nombre du centre et de l'orient, surtout dans les régions montagneuses. Les quelques espèces américaines ont toutes leur centre géographique en Europe1. Le dernier Catalogue paru (de Marseul, Coléoptères de l'ancien Monde, Paris, 1888) arrive au chiffre énorme de 581 espèces, y compris, il est vrai, tous les sous-genres du groupe. La France est relativement pauvre, 110 espèces environ .

Nous lancer dans la description des 25 ou 30 qui dans l'Europe, l'Asie- Mineure ou la Barbarie ont été signalées sur la vigne, serait dépasser le but ; nous borner à décrire YO. sulcatns, appelé parfois l'Otiorhynque de la vigne, ne serait pas assez. Nous prendrons un moyen terme. Nous ferons figurer dans notre liste, en ne leur consacrant qu'une courte diagnose, les principales espèces signalées sur la vigne à l'étranger, et nous ne décrirons avec quelques détails que les trois [dus communes en France, c'est-à-dire : Otlorhynchus Ligustici Linné, YO. sulcatns Fahricius et YO. singularis Linné.

A. Otiorhynchus Ligustici Linné (6g. 72). — Synonymie: 0. monopterus Fourcroy (1785). En français, Otiorhynque de la livèche, Bécare aux envirous de Paris. C'est la plus grosse des trois espèces françaises. Longueur 11 à 13mm,50. Corps relativement large et bombé, noir, garni de poils et de squamules grises. Rostre épais, élargi vers le bout, avec une carène médiane se terminant entre les yeux. Scrobe prolongé jusqu'aux yeux. Pmthorax plus large que long, convexe, garni de petits granules arrondis entre lesquels sont de nombreux poils gris. Élytres convexes, fortement dilatées, rétrécies en pointe arrondie par derrière, marquées en dessus de trois côtes peu saillantes , densement couvertes de petits granules Fig. 73. — Larve de saillants, et, dans l'intervalle, de poils et de squamules

ià^à^SKLlel! 6«ses, celles-ci généralement disposées en forme de

d'après M. André, mouchetures.

La larve, étudiée tout d'abord par M. de Vergnette-Lamothe, a été sommairement décrite et figurée par M. André. Elle est représentée (fig. 73)

* Hamilton et Fauvel ; Liste des Coléoptères communs à l'Europe et à VAméque du Nord, pag. 156 (Revue d'Entomologie. Caen, 1889).

vue de dos et fortement grossie. Vue de profil, son corps est légèrement incurvé. A part la tète, qui est rousse, cette larve est blanche, charnue. apode, garnie de poils raides, se mouvant lentement et passant toute son existence à ronger les racines. L'insecte est toutefois nuisible encore à l'état parfait, lorsque pour se nourrir il coupe les jeunes pousses.

«Les femelles, dit M. André, pondent dans la terre, au collet de la souche, des œufs très petits, arrondis (fig 74), vers le milieu ou la fin de l'été.

»Les petites larves en sortent bientôt, pénétrant dans la terre à une faible profondeur, et commencent leur œuvre de destruction. Avant l'hiver, elles ont acquis à peu près leur grandeur définitive. Elles paraissent s'engourdir et garder un repos absolu pendant toute la mauvaise saison, puisqu'on les retrouve au printemps dans le même état. Il est possible que, les frimas passés, elles prennent encore un peu de nourriture; en tout cas, fin avril ou en mai, on rencontre en terre les nymphes, qui permettent déjà de reconnaître sous les membranes qui l'emmaillotent l'insecte qui en naîtra. A la fin de mai, celui-ci rejette ces enveloppes, et pendant quelques jours reste immobile dans sa loge souterraine, pour laisser à ses organes le ternes d'acquérir delà fermeté; puis il apparaît à la surface du sol.

«Mais ce n'est pas pour y mener une vie plus inoffensive. Caché le jour dans les réduits las plus obscurs, il se met en marche dès que la nuit est venue, et, montant sur les ceps, il atteint les bourgeons déjà grands. Avec ses mandibules, il les coupe et les tenaille de façon à les faire complètement dessécher. Fi9- 74- ~ r Œufs (forte-

»On ne coi.nait pas au juste le nombre d'œufs constituant ment grossis)

la ponte d'une femelle. Cependant une observation de de l Otiorhyn-

1 que delà live-

M. Bellevoye permet de supposer qu'il s'élève a plus de 150- cne (d'après

La présence de cet insecte n'est heureusement pas continue M André).

dans les vignes : il peut en effet se nourrir d'une foule de plantes, et ce

n'est qu'à des intervalles irréguliers qu'on l'a indiqué comme nuisible aux

vignes. »

L'Otiorhynque de la livèche est répandu dans toute l'Europe du nord

et du centre, jusque dans le sud de la Russie et même en Sibérie

(Schœnherr), mais il est inconnu dans la région de l'olivier.

B. Otiorhynchus sulcatus Pabricius. — Le nom français est Otio rbynque sillonné, mais on l'appelle aussi très souvent Otiorbynque de la vigne. C'est en effet l'espèce le plus ampélophage du genre, la plus répandue et la seule qui occasionne à la fois des dégâts dans le nord et dans le midi de la France. Vallot (18 il) est, croyons-nous, le premier

qui en ait parlé comme attaquant la vigne, et depuis cette époque elle Qgure flans toutes les listes d'ampélophages.

Elle est plus petite que l'espèce précédente, 9 à 11 millim., et répond à la description suivante :

Corps noir assez densement garni de poils jaune gris, avec des mouchetures de même couleur. Roslre largement sillonné sur toute sa longueur, ponctué ainsi que le front. Antennes presque aussi longues que la moitié du corps, le deuxième article du funicule une fois et demie aussi long que le premier, le troisième oblong. Prolhorax aussi long que large, très grenu. Elylrcs déprimées, mouchetées de gris jaune, profondément sillonnées, indistinctement ponctuées dans les sillons; interstices granulés. Chez le mâle, les élytres sont plus étroites et le segment anal subfovéolé. Les métamorphoses ont été observées et figurées par divers auteurs, Bouché, Westwocd, Nordlinger. La larve souterraine est nuisible aux racines d'un grand nombre de plantes cultivées en serre: Saxifrages, Sedum. Bégonias, Cinéraires, Primevères, Fougères, etc., et en plein champ au framboisier et à la vigne. Plusieurs Notes ont été communiquées à ce sujet à la Société entomoloj.'ique de Frauce par MM. Lucas, Fairmaire, Kunckel d'IIerculais,etc. En suivant fin mars ou premiers jours d'avril des piocheurs de vigne en Beaujolais, nous avons plusieurs fois recueilli nous-même la larve, qui était mise au jour avec des vers blancs de hanneton, dont elle a les mœurs.

Vers le milieu d'avril, a lieu la métamorphose en nymphe dans une loge pratiquée dans le sol, et, seconde quinzaine de mai, l'insecte parait hors de terre et il commence à entamer les boi'rgeons pendant la nuit.

La larve est apode, blanche, peu chitinisée, sauf la tète qui est rousse, avec les parties de la bouche, surtout les mandibules, rembrunies. Le corps, composé de 14 segments, y compris la tête et le mamelon anal, est relativement allongé, 9 à 10 millim. sur 4 à 4,50 de large, incurvé, comme celui de la plupart des larves de charançons, muni d'une double rangée longitudinale de petits mamelons ambulatoires un peu luisants, garni de poils blonds, rangés transversalement sur les segments. Les mouvements sont lents, et l'insecte, déterré, tend aussitôt à rentrer dans le sol.

L'ère géographique de cet otiorhynque est très étendue. Il est de toute la France, de presque toute l'Europe, Italie, Espagne, Suisse, Allemagr.e, Autriche, Angleterre ; se retrouve en Amérique, Canada, Terre-Neuve Etats-Unis du Nord; mais, la larve ne pouvant vivre que dans un sol meuble et un peu frais, il est très localisé dans la région de l'olivier. Dans l'Hérault, à part la zone du châtaignier etcelledu hêtre, où l'insecte abonde, mais où la vigne est peu ou pas cultivée, nous n'avons vu les dégâts sur

les bourgeons de vigne rire sérieux que dans les terres d'alluviOQS des communes de Sauvian et Sérignan, près Béziers. En ce qui concerne le midi de la France, on peut dire généralement que les Oliorfvynchus y sont, comme coupe-bourgeons nuisibles aux vignes, remplacés par les Pentelus et le Gconemus. En France, le centre de nocuité de notre espèce paraît être la Bourgogne et le Beaujolais. En Allemagne, d'après M. Von llcydcn, ce serait la vallée de la Moselle.

C. Otiorhyxchussingularis Linné (1767). — Synonvmik : 0. picipes Fabricius (1777), 0. grannlatus Herbst (1784), 0. notatus Bonds (1784), 0. squamiger Marslmm (1802). Variétés : 0. Marquati Fald. (1837), 0. vastalor Marsbam (1802), 0. Cnevrolati Gyllenball (1843), Stierlin (1861).

Cette espèce, une des plus polypbages, vivant indifféremment sur les Conifères, les arbres feuillus, tels que le hêtre, le chêne, l'aubépine ou la vigne, a été, nous l'avons vu, la première signalée comme ampélophage par Walckenaer (1835).

C'est un insecte des pays frais et tempérés, inconnu dans la région de l'olivier. Sa variabilité l'a fait décrire plusieurs fois par les chercheurs d'espèces nouvelles et a fortement contribué à embrouiller sa synonymie.

Il est inscrit sous le nom de picipes dans le Catalogue de Marscul (1888), mais le nom du premier descripteur est généralement adopté en Europe.

La larve n'est pas connue. Bien qu'assez variable, l'insecte parfait se reconnaît pourtant facilement. C'est la plus petite des trois espèces décrites

Longueur 7 à 8 millim., largeur 3 à 3mm, 75 Corps ovale-oblong, d'un brun rougeâtre, couvert de squamules serrées de couleur cendrée ou brune, les plus claires groupées souvent en forme de mouchetures. Tête squameuse avec une fovéole profonde oblongue eutre les yeux qui sont ovales, peu con vexes. Rostre un peu plus long que la tète, élargi au bout, plan en dessus, garni de poils blonds à l'extrémité. Antennes pubescentes, deuxième article du funicule une fois et demi aussi long que le premier, les suivants sphériques, massue ovale. Prothorax aussi long que large, parfois un peu plus long, convexe, arrondi sur les côtés, garni de petits granules piligères peu serrés. Êlytres un peu plus larges à la base que le prothorax, brusquement dilatées, peu convexes et terminées postérieurement en pointe arrondie, striées, ponctuées de points en forme d'ocelles avec uuesquamule claire dans le milieu, les interstices ayant chacun une série de petits granules faibles, pilifôres. Pattes d'un brun rouge plus ou moins clair, couvertes, ainsi que le ventre, de poils blonds et de squa-

38C LES CHAHANÇONS COUPE- BOUHGEONS.

mules, dent des fémurs peu prononcée Chez le mâle, la base de l'abdomen est légèrement creusée.

L'Otiorhynchus singularis babite, comme le sulcatus, presque toute l'Europe, mais dans le Midi il ne quitte pas la région montagneuse ; dans le Nord, il se trouve jusqu'à Saint-Pétersbourg. Il est signalé ampélopbage, surtout dans l'ouestde la France, la Gironde, les Landes, le Gers, d'où nous l'avons reçu plusieurs fois mélangé avec le Cneorhinus geminatus et le Peritelus griseus.M. Fairmaire l'a signalé dans les serres à arbres fruitiers à Saint-Pétersbourg et sur la vigne en Savoie (Bull. Soc. ent. deFr., 1881, pag. 47).

D. Autres otiorhynques de la vigne. — A part les trois espèces que nous vouons de décrire comme les plus répandues, nombre d'autres, nous l'avons dit, ont été signalées sur la vigne, en France ou à l'étranger. Dans notre pays d'abord, on cite: Otiorhynchus raucus Fabricius el lenebricosus Herbst. En Italie, d'après les divers auteurs, Bargagli ',Targioni, Gestro, etc., on peut nommer : Oliorhynchus Zébra Fabricius, nigrita Fabricius, armalus Bobemann, Girafa Germar, dont le corruptor Host. n'est qu'un synonyme, globus Bohemann, Lombardus Stierlin, enQu raucus Fabricius. Pour la Grèce, la liste envoyée par M. Gennadius renferme: Oliorhynchus llellenicus Stierlin, lugens Germar, Grœcus Stierlin, CarcelliGyUeuh-dWei scilus Bobemann. D'après M. Horvatb, les Oliorhynchus ampélopliages de la Hongrie sont: 0. Liguslici hianê.Populeli Bobemann, lavandus Germar et conspersus Herbst. L'espèce la plus nuisible d'Autriche, selon M. Reitter, de Vienne, serait YO. longipennis Stierlin, et personnellement nous avons reçu de Trieste YO. plan.Uus Herbst comme ayant fait des dégâts notables aux environs de cette ville. En Allemagne, avec M. von Heyden, nous trouvons comme nuisibles, dans la vallée de la Moselle le vulgaire 0. sulcatus, et dans celle du Rhin YO. nigrila Fabricius, dont le Iristis Scopoli est synonyme ; cet insecte est fort bien figuié dans l'ouvrage de Brebra. En Russie, une seule espèce nous est signalée par M. Kowalesky, mais elle est fortement nuisible, surtout en Crimée : c'est YO. asphaltinus Germar. D'Espagne, M. Graëlls ne cite que 0. sulcatus. Enfin, M. Lecq, d'Alger, nous a envoyé comme très nuisible aux jeunes vignes une petite espèce habitant la Barbarie, YO. planilhorax Bohemann.

Ensemble 20 espèces, en dehors des 3 précédemment décrites ; total 23.

4 Pour l'Italie seule, M. Bargagli cite dix espèces à' Oliorhynchus plus ou moins ampélopliages (Bull, Soc. ent. ital., 1er et 2 juin 1884).

Nous eussions pu, comme nous l'avons dit, en compulsant tous les auteurs, porter le nombre à 25 ou 30 ; mais à quoi bou ! De ces 20 espèces, nous n'eu faiso-is figurer que 5 dans la liste générale des ampélophages, ce qui porte à 8 le nombre total des Otiorhynchus qui en font partie.

Sur ces 5 espèces, les plus nuisibles, croyons-nous, après les 3 décrites, nous donnerons quelques détails dans l'ordre suivant : Oliorhynchus planithorax, 0. asphallinus, 0. populeti, 0. globus et 0. raucus.

Oliorhynchus planithorax Bobemann. Reçu de M. Lecq, professeur d'Agriculture à Alger, « comme ayant détruit en huit jours, au milieu de mai, près de 4,000 pieds de vigne, dans une seule propriété». Facile à distinguer à première vue, d'abord à sa petite taille, 5 à Gmm,50. de longueur et de 2,75 de large, puis à sa couleur noir de poix, avec les antennes et les pieds roux. Le corps, presque glabre, est en ovale allongé, forme moyenne des Oliorhynchus ; les élytres assez renflées, le prolborax dilaté sur les côtés, plan en dessus. Particulier à l'Algérie.

O. asphallinus Germar. Signalé très nuisible à la vigne en Crimée par Scbœnherr en 1833, et depuis par de nombreux auteurs. M. Kowalesky, d'Odessa, le fait figurer dans la liste à nous envoyée eu 1883, toujours en stipulant la Crimée comme centre géographique. Des espèces mentionnées ici, c'est la seule que nous n'ayionspas vue; mais, d'après la description de Stierliu, l'insecte est de taille moyenne, 11 millim. de long sur 4,30 de large, variant peu, au corps noir luisant, sans squamules ou poils, les élytres en ovale allongé, marquées de stries avec des points enfoncés, et entre ces stries, une double rangée de petits points.

0. populeti Bobemann. Une des espèces les plus nuisibles dans la Hongrie méridionale, d'après M. Weny'.EUe est signalée, par Stierliu, de la Styrie, du Tyrol et de la Suisse. Elle doit être répandue aussi au sud des Balkans, car nous l'avons reçue de Salonique, comme nuisant à la vïgni aux environs de cette ville. C'est un otiorhyuque de taille moyenne, 7 à 10 millim. de long sur 3 à 4 de large, c'est-à-dire assez allongé, un peu cylindrique, le corps noir mat, garni éparsemenl de squamules et de poils d'un gris jaune.Il a par la couleur, mais non par la forme, quelques rapports avec YO. sulcalus.

0. globus Bobemann. Cité de Hongrie par M. Slierlio, d'Italie par M. Bargagli. M. Fairmaire, de son côté [Bull. Soc. ait. de /'-.. 1881, pag. 59) le signale, d'après le Dr Gestro, «comme l'auteur de domm; importants dans les vignobles de Casalc (Mooteferrato) ». C'est une petite

i J. Weny; Un ennemi inconnu de la vigne (supplémeal français du l'.ovartani Lapok, de Budapestb, 1886, pag. 2 et pag. 3 à 9 du texte hongrois).

espèce, 5 à 6 millim. de long sur 2 à 2,50 de large, noire avec des poils gris, pas très serrés, les élytres tachetées de squamuies dorées. Les antennes et les pattes d'un brun roux .

0. raitcus Fabricius. Commun certaines années aux environs de Paris et signalé sur la vigne par plusieurs auteurs : Dr Boisduval [Entom. hort. , 1867, pag. 155),Fairmaire [Bull. Soc. eut. de Fr., 1881, pag. 48). L'insecte est assez petit et relativement court, 6 à 8 millim. de long sur 3 à 3,50 de large. Le corps est couvert de squamules grises très serrées, parfois avec des macules plus claires, le pronotum et les élytres renflés. La forme, au premier abord, rappelle celle d'un Peritelus de grande taille.

MOYENS DE DESTRUCTION

Dans toutes les cultures de vigne où les Otiorhynques sont assez nombreux pour avoir attiré l'attention des vignerons, on les fait ramasser à la la main, mais le travail doit se faire la nuit tombée, à la lanterne; quoi qu'en dise en effet Boisduval (Enlom, horticole, pag. 156), le nombre de ceux qui se tiennent le jour appliqués contie les murs des espaliers ou autres est très peu considérable. Ce ramassage à la main, très praticable dans un enclos restreint, ne l'est guère en grande culture.

On a parlé de labourage au moment où l'insecte est en nymphe, c'est-àdire fin avril (Fairmaire, Bull. Soc. ent., 1881, pag. 48); mais nous objecterons que la nymphe est enfermée dans une coque de terre, et que celle-ci peut fort bien ne pas être brisée par le labour. Quant aux larves retardataires, elles ne seront nullement gênées par ce binage ; au contraire.

«Eu Grèce, nous dit M. Geum\dms[Comptes rendus Acad. des Sciences, G décembre 1880), les effets insecticides de la submersion contre les Ollorynchus sulcatus, lugens, etc., sont connus depuis des siècles ». La submersion, objecterons-nous, n'est possible que dans des conditions exceptionnelles.

En Hongrie, M. Weny (Rovartanl Lapok, de Budapesth, 1886, pag. 3), parlant de la commune de Langenfeld (dép. de Krasso Szoreny), dit que YO.populeli en est venu, par sa multiplication, à rendre la culture de la vigne impossible dans le pays. Ayant fait l'observation que les ravageurs se cachent pendant la journée sous les mottes de terre ombragées par des arbres, il a conseillé aux vignerons de planter dans le sol des rameaux pourvus de feuilles et de mettre à leur base de grosses mottes sèches. « Ces pièges artificiels, dit l'auteur, ont donné de très bons résultats. Les insectes se sont réfugiés par milliers sous les mottes, où le lendemain on a pu les

ramasser et ics détruire en grande quantité. Ainsi, un vigneron a pu récolter, aidé de sa femme, en deux heures et demie, 5 litres de ces insecte:

Cet exemple était utile à citer à propos de VO.populeli, inconnu chez nous, mais un des plus nuisibles dans l'Europe centrale.

En ce qui concerne la généralité des cas. nous préférons de beaucoup l'emploi du suifurede carbone appliqué contre la larve souterraine. Le pal injecleur réussit contre les larves de Vesperus et de hannetons; il ne peut manquer d'être toujours efficace contre celles des Otiorliynques.

«M. -de Vergnette-Lamothe, dit M. André (Les parasites de In vigne, pag. 107), a constaté que le sulfure de carbone est un poison efficace contre les larves d'Otiorbynques et môme contre les insectes parfaits enterrés, et les injections faites au pied des ceps sont appelées à donner contre les parasites d'exellents résultats.

L'expérience est donc faite, et nous nous en tiendrons à ce procédé de destruction '.

1 Parmi les moyens naturels de lutte contre les insectes, on peut ranger le rôle des animaux insectivores, surtout celui des crapauds. En Beaujolais, il nous est arrivé d'en disséquer qui avaient plus de vingt Otiorhyuques dans l'estomac. On a pu discuter sur l'utilité des oiseaux insectivores. Certains, a-t-on dit, mangent tous les insectes, les utiles comme les nuisibles. Le rôle du crapaud semble toujours utile, nous • n'avons jamais trouvé d'insecte carnassier dans son estomac. On ne saurait donc trop combattre i'absurde préjuge qui . dans nos campagnes, fait sacrilier sans pitié cet utile auxiliaire.

Chaque soir il quitte le trou qu'il s'est pratiqué dans un vieux mur ou tout simplement dans le sol, et il n'y rentre que l'estomac garni de 20 ou 30 Oliorbynques, chenilles de Noctuelle ou autres ravageurs nocturnes.

Si l'on avait soin, de distance en distance, de creuser au bord des vignes des petits fossés qui, aux pluies du printemps, se rempliraient d'eau, permettraient au crapaud de déposer ses œufs et faciliteraient l'évolution de ses têtards ; ^i à côté de ces petites mares on plaçait un tas de pierres mal jointées pouvant abriter l'adulte, les quelques mètres carrés occupés par ces crapaud ières ue seraient pas mal employés.

Je vois d'ici certains lecteurs sourire à ce plaidoyer en faveur de mou Batracien. Je leur dirai que, par le monde, font sourire pas mal do vérités qui n'eu restent pas moins des vérités.

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