II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE
Le hanneton met trois ans à accomplir le cycle de ses métamorphoses. L'année où il y en a beaucoup est suivie d'une année où il y en a moins, à laquelle succède une troisième où il n'y en a presque pas ; et telle est la régularité du cycle triennal, que l'ordre n'est jamais interverti. Les années où ces insectes abondent sont appelées les années à hannetons. Ce sont naturellement celles où les ravages des larves souterraines sont presque nuls, la plus grande partie des insectes étant sous leur forme parfaite. Celle-ci ne nuit gravement qu'aux feuilles des arbres élevés, peupliers, saules, chênes, etc. Celles de la vigne ne sont presque jamais attaquées, et les quelques exemples cités doivent avoir été accompagnés de circonstances particulières telles qu'abatages considérables d'arbres dans le pays ayant privé les hannetons de leur nourriture naturelle. Nous n'avons donc pas à insister sur les méfaits de l'insecte ailé.
Il parait du milieu d'avril à la fin de mai. Sa vie n'est guère que d'environ trois semaines; mais comme les hannetons ne sortent de terre que successivement, pendant vingt ou vingt-cinq jours, il s'ensuit que leur apparition dure de six à sept semaines, un peu moins si le temps est beau.
L'insecte se tient, le jour, accroché aux feuilles des arbres, ne se réveillant que rarement de sa torpeur pour voler d'un arbre à l'autre, et le crépuscule venu, pendant une demi-heure environ, on le voit parcourir les airs en bourdonnant. Son vol, assez lent le jour, est rapide au crépuscule ; mais comme son corps est relativement pesant, il le dirige mal, se heurte aux obstacles et tombe au moindre choc. De là le proverbe : Étourdi comme un hanneton.
A la nuit close, il vient de nouveau chercher un asile sur les arbres, et
c'est pendant la nuit qu'il fait la plus grande consommation de feuilles.
L'accouplement opéré, les mâles meurent. Les femelles, dont les ovaires renferment de cinquante à quatre-vingts œufs à divers degrés de développement, s'enfoncent dans le sol à 10 ou 20 centim. pour y opérer, en un seul tas. une première ponte de vingt à trente œufs ellipsoïdes, longs de 2 à 3 millim. Puis elles rassortent, retournent aux feuilles pour se nourrir, et, quelques jours après., suivant le nombre d'œufs restant dans les ovaires, ont lieu une ou deux nouvelles pontes, suivies de la mort de l'insecte.
Les lieux de ponte sont choisis avec soin. Ce sont des terres meubles, fraîchement labomées et fumées, ouvertes aux influences de l'air et du soleil, pas trop sèches, pas trop humides, et «c'est pour cela, dit M. Vermorel1, que les pépinières de vigne qui remplissent toutes ces conditions sont trop souvent choisies. Il n'est pas rare de trouver dans deux champs contigus un nombre d'insectes très différent. Si l'un d'eux était récemment travaillé au moment de la ponte, alors que l'autre était inculte, le premier est rempli de larves très rares dans le second.»
Cinq à six semaines après le dépôt des œufs, ceux-ci éclosent. La larve qui eu sort est connue sous plusieurs noms vulgaires: ver blanc, ver des jardins, ver malis, turc, man, meunier, cngraisse-gaUines, moutonnet, etc. Tout d'abord elle se contente de parcelles de fumier ou de débris de racines à demi décomposés. Elle croit rapidement et atteint dans la même année environ 2 centim. de longueur, mais sa taille n'est pas proportionnée à cet allongement. «En revanche, dit Mulsant, ce sera principalement en épaisseur que le corps de ces larves se développera les années suivantes . Pendant les quelques mois qui suivent leur naissance, elles vivent réunies en famille, à la façon de diverses chenilles. Après l'hiver, pendant lequel elles ont eu le soin de s'enterrer profondément entre GO et 80 centim. pour éviter la gelée, le besoin d'une nourriture plus abondante les force à se disperser. Elles pratiquent dans toutes les directions des galeries souterraines, et dès ce moment elles commencent à attaquer les racines vivantes et à commettre des dégâts qui vont croissant avec leur grosseur et avec la force de leurs mandibules.»
La seconde année, fin mars ou premiers jours d'avril, les vers blancs remontent à la surface du sol, et c'est alors que les grands dégâts commencent. Jusqu'au mois d'octobre, ils dévorent avec voracité toutes les racines à leur portée. Les dégâts qu'ils commettent dans les prairies, les champs de céréales, les vergers et les pépinières, sont devenus célèbres.
< Vermorel; Note sur la destruction des vers blancs (Congrèâ viticole de Màcoa, 1SS7, el Journal le Progrès- agricole de Montpellier, novembre 1 " •
En ce qui concerne spécialement la vigne, si, comme nous l'avons dit, les vieilles souches résistent assez bien, les jeunes plants, greffés ou non, surtout mis en pépinière, ont beaucoup à souffrir. Le corps du ver blanc, courbé en arc, est admirablement adopté à ce travail destructeur. Les racines une fois mangées, le bois lui-môme est attaqué.
»En 1887, dit M. Vermorel, aux environs de Villefrancbe sur Saône, nous avons pu constater des reprises de greffage réduites à 20, 15, même 2 % et qui n'avaient pas d'autres causes de non-réussite que le ver blanc. Partout les boutures avaient l'écorce rongée au pied et les racines dévorées.»
Au printemps de la troisième année, les larves remontent de nouveau à la surface du sol, et jusque vers le mois de juillet continuent leurs ravages, qui sont d'autant plus terribles que leur taille est plus grande.
Les premiers jours de juillet, le ver blanc, ayant acquis tout son développement, plonge de nouveau dans les profondeurs du sol pour y subir sa métamorphose en nymphe. Cette transformation s'opère fin juillet, dans une loge de terre ovale, aux parois fortement tassées et cimentées avec de la salive.
L'état de nymphe dure de quatre à cinq semaines, c'est-à-dire jusqu'à fin août. L'insecte parfait, la cuticule qui l'enveloppait rejetée, a d'abord le corps mou et blanc; peu à peu ses téguments se colorent, et, fin septembre, l'abdomen, tout d'abord gonflé, étant rentré sous les élylres, le hanneton a la consistance nécessaire pour crever sa coque. Il ne le fait que si la saison est exceptionnellement douce; mais d'ordinaire il reste dans sa retraite jusque vers le milieu de février, époque à laquelle il commence à se frayer un chemin qui le conduira au jour en avril ou mai. L'insecte doit à son apparition générale dans ce dernier mois, le nom de Maikdfcr, Scarabée de mai, qui lui est donné en Allemagne.
En résumé, le hanneton passe à l'état d'oeuf 1 mois.
A l'état de larve de lre année G —
— — — de 2e année 12 —
— — — de 3e anDée 7 —
— — nymphe 1 —
A l'état d'insecte parfait, enterré ou hors de terre. 9 —
Total 36 mois .
Depuis le Mémoire de Gœdarl (1662), les diverses formes dont nous venons de retracer rapidement l'évolution ont été décrites par de nombreux auteurs. Nous n'ea donnerons donc qu'une description succincte et surtout comparative.
LE HANNETON COMMUN. i I .*■
La larve adulte (6g. 79) est longue de i à 5 ceotim. Le corps, Beraicyliodrique, plié en arc, est d'un blanc sale avec les der gmeots
abdominaux ardoises, composé de quatorze segments y compris la tête; celle-ci relativement grosse, semiglobuleuse, est d'un jaune fauve ; les mandibules
longues, unidentées sur leur tranche interne, noires dans la moitié supérieure de leur longueur, les mâchoires à un seul lobe oblong, munies au côté interne
de deux rangées de petites épines; les palpes maxil- „.
1 v l ' Fig. 79. — i
laircs de quatre articles ; les antennes de cinq articles, du hanneton com-
le quatrième plus long que le troisième. Segments tho- mmu
racigues garnis de longs poils blonds, portant trois paires de pieds robustes,
remarquables par leurs tibias et leurs tarses renflés, ainsi que par leurs
ongles graduellement plus courts à ebaque paire. Segments abdominaux
garnis de poils pus courts et plus rares, et en outre, en dessus, les sept
premiers garnis d'une ou deux rangées de petits poils spiniformes faisant
râpe sous le doigt. Le dernier segment garni en dessus, à son extrémité,
de poils blonds et fins, et en dessous de poils raides et croebus au bout. On
voit de plus, en dessous de ce dernier segment, occupant presque toute
la longueur de sa partie médiane, une double rangée parallèle de petites
épines brunes très courtes, dessinant comme un sillon étroit.
Ce dernier caractère permettra de distinguer le ver blanc du hanneton de tous les autres. Celui du hanneton foulon, dont nous parlerons bientôt, a cette double rangée de spinules beaucoup plus courte, atteignant à peine le tiers du segment ; mais les spinules sont plus longues, terminées par des poils blonds dont les deux rangées, plutôt divergentes que parallèles, inclinées au-devant l'une de l'autre, arrivent presque à se toucher. Chez la larve de VAnomala, les deux rangées de spinules n'atteignent guère aussi que le tiers du segment, mais elles ne sont plus parallèles. Partant de !a lèvre inférieure anale, elles vont au-devant l'une de l'autre, limitant ainsi un espace triangulaire et les spinules sont terminées par des poils convergents assez longs pour s'entre-croiser.
Perris, pag. 101 de son livre Larves de Coléoptères, a bien signalé la longueur de ces poils terminant les spinules chez VAnomala ; mais, à propos du hanneton foulon, il ne dit rien de la dimension des spinules. P nous, elles font, comme longueur, transition entre celles, si courtes, du hanneton commun et celles des. Inomala, qui sont longues au point de s'entrecroiser.
La nymphe est d'un blanc jaunâtre, les antennes, les pattes cl les ailes repliées en avant contre la poitrine, les ailes découvrant presque entièrement
sur la partie dorsale les méso et mèiathorax et entièrement l'abdomen. Celui-ci, très mobile, est incurvé en avant, composé de neuf segments, les trois derniers aussi grands ensemble que les six premiers réunis. Le dernier segment bilobé à l'extrémité et portant au bout de chacun de ces lobes ; un appendice charnu dirigé en dehors, mais terminé par une épine brune dirigée en dedans. Cet appareil permet à la nymphe de se retourner dans sa loge souterraine. Les huit premiers segments abdominaux portent huit paires ùestigmates latéraux arrondis, les quatre premières entourées d'un rebord chitineux de couleur brune, les quatre dernières plus petites et non chitinisées.
En prenant au printemps des vers blancs de troisième année, il est facile d'obtenir cette nymphe par le procédé indiqué à propos du Pentodon et de YAnomala.
Est-il besoin de décrire l'insecte parfait si cher aux écoliers ? (fig. 80) Oui ! puisque nous avons vu que dans la région de l'olivier hon nombre de viticulteurs ne le connaissent pas.
Si nous prenons l'insecte type, celui du nord et du centre de l'Europe, c'est un gros coléoptère oblong aux formes épaisses, long de 25 millim. environ et large de 15 millim., au corps peu densement hérissé en dessus de poils cendrés assez courts, plus densement en dessous, surtout sous le thorax où les poils sont plus longs. La tête et le prothorax d' un noir légèrement bronzé ou ver- Fig. 80 . — Hanneton dàtre, parfois rougeâtre ; les antennes de dix commun mâle. articles, la massue de sept longs feuillets chez les
maies, de cinq feuillets courts chez les femelles. Les chjlres d'un fauve rouge ou de couleur marron, élargies, chargées en dessus de cinq nervures, comme poudrées de poils courts et cendrés ; le pygidium ou dernier arceau dorsal de l'abdomen, triangulaire, prolongé en une pointe large, déprimée, graduellement rétrécie et tronquée à l'extrémité. Abdomen paré en dessous, sur les côtés, de poils aplatis en forme d'écaillés longues, d'un blanc de lait, formant sur chaque segment une tache triangulaire ou en dent de scie.
Dans le midi de la France, du moias dans la région de l'olivier, on ne trouve que la variété alblda, chez laquelle les poils courts du corps beaucoup plus serrés, font paraître l'insecte comme saupoudré de farine. Ce caractère est encore plus accentué dans la variété candicans, qui se trouve en Grèce, en Turquie et en Asie-Mineure. Dans ces pays secs, ces poils serrés jouent sans aucun doute le rôle de protecteurs contre la dessiccation
le Hanneton commun. i!7
des tissus, comme nous le voyons, clan > les mêmes contrées, pour le duvet serré qui recouvre les feuilles de tant de végétaux.