‹ Les insectes de la vigneChapitre 158 sur 187 · LES RHIZ0TI10GUES · texte numérisé non relu

LES RHIZ0TI10GUES

et 10 heures du soir, on voit la terre se soulever à la base des ceps, puis des lésions de Rhizotrogues sortir des galeries souterraines et par milliers envahir toute la plantation. A 11 heures du soir, toutes les colonies sont dehors et en plein fonctionnement. Le parenchyme des feuilles craque en bruit régulier sous les mandibules de centaines de milliers de ravageurs, les feuilles plient sous l^ur poids et les jeunes bourgeons qui les portent ne tardent pas à être détruits.

«Entre 3 et 4 heures du matin, le nombre diminue, et quand vient le jour on est présence de très grands ravages, mais sans traces d'insectes. Les hannetons sont rentrés sous terre dans des galeries rapidement construites, où ils attendent à l'ombre et au frais, engourdis et digérant, l'heure de reprendre leur œuvre de dévastation. Pendant environ dix ou douze jours, ils continuent la même existence. Les mâles meurent bientôt; les femelles s'enfoncent pour pondre vingt ou trente œufs, et meurent à leur tour.

«Dans notre laboratoire, nous avons mis un grand vase rempli de terre légère fortement tassée, dans laquelle des sarmants chargés de belles et tendres feuilles furent plantés. Vingt de ces hannetons furent déposés un soir 6ur la terre du pot. Dans la nuit, ils mangeaient les feuilles; le matin, ils avaient disparu. La nuit suivante, nouvelle apparition et même disparition au matin : les feuilles des sarments renouvelés étaient toujours mangées. Après quinze nuits d'expérience, on procéda à la recherche des hannetons pendant le jour. La terre du vase fut retirée par couches successives. A 15 centim., on commença à rencontrer un insecte; puis à 25, puis à 35, c'est-à-dire au fond du vase, on trouva la totalité des hannetons. Quelques femelles commençaient à pondre, d'autres avaient terminé cette fonction, étaient mortes et se désarticulaient.

«L'insecte peut donc exercer ses ravages pendant une quinzaine de nuits. Dans les galeries qu'il pratique pour s'enfoncer dans le sol, quelques-uns ont la tête en bas, d'autres dans une position contraire, et ces derniers sont des femelles.

«Cette invasion aérienne peut devenir assez redoutable. Dans le domaine d'Amourab (près Milianah), les hannetons ont envahi les jeunes plantations, qui auraien t certainement entièrement péri sans le zèle éclairé du régisseur, M. Coste. Cet intelligent viticulteur, aussitôt la cause du mal reconnue, fit construire des lanternes à réflecteurs munies d'une poignée. Vers dix heures du soir, une brigade d'ouvriers marchant de front, projetant la lumière de leur lanterne sur chaque cep, précipitaient dans un sac tous les hannetons en incursiou sur les feuilles. En quelques nuits, on a ramassé cent dix mille quatre cents de ces insectes. Il y en a en moyenne 1,595 au kilo.

LES RHIZOTROGI ES.

»Ce Mélolontbide rencontre évid vignobles des condi-

tions très favorables à son existence par un sol parfaitement défoncé, entretenu friable par des façons successives, etc., etc. Cet état du sol permi i au hanneton de se dérober facilement pendant le jour à de nombreux ennemis, et de vivre largement pendant la nuit tant qu'il est insecte parfait. Ses larves, pour accomplir leur œuvre de destruction souterraine, rencontrent les mêmes avantages. Les jeunes racines mangées, elles entament quelquefois le collet de nos nouvelles plantations de vignes. Pendant environ trois ans. ces larves continuent leurs dégâts, en les accentuant jusqu'au moment de leur transformation en insecte parfait.

»On comprendra donc, la nécessité de combattre l'insecte sous forme de hanneton avant la ponte des femelles, qui peuvent engendrer chacune une trentaine de cers blancs.-*

Il est inutile de pousser plus loin cette citation, déjà longue. Elle suffit pour montrer l'importance des dégâts occasionnés par des insectes dont il n'était pas parlé il y a vingt ans. Les plantations importantes de vigai dans le nord de l'Afrique datent à peu près de cette époque.

Les Rhizotrogus compris dans notre liste générale, et dont nous allons donner une description un peu détaillée, se composent donc d'une e d'Europe. Rhizotrogus margini'pes Mulsant, et de trois espèces algériennes : Rhizotrogus euphylus Buquet, R. inflatus Buquet et R. sinuatocollis Fairmaire.

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