‹ Les insectes de la vigneChapitre 172 sur 187 · I. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE · texte numérisé non relu

I. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE

Sous le rapport des mœurs sociales, les guêpes peuvent être comparées aux fourmis plutôt qu'aux abeilles. Leurs colonies, appelées guêpiers, sont composées de trois sortes d'individus : des mâles, des femelles et des ouvrières; ces dernières, qui ne sont que des femelles aux ovaires avortés' exécutent les travaux pénibles et nourrissent les jeunes larves. Parfois cependant elles sont un peu fécondes ; mais, ne pouvant s'accoupler, elles

{ Bibliographie— Réauinur; Mémoires, tom. IV. — Henri de Saussure; Monographie des Guêpes sociales. Paris, 1853-58.— Maurice Girard; Traité élémentaire d'Entomologie, tom. II. Paris, 1879. — Kunckel d Herculais ;

Les Insectes (édition française de Brchm, 1882).

pondent, par parthénogenèse, des œufs de mâle, comme les ouvrières demifécondes des abeilles.

Dans les régions froides ou tempérées, les colonies sont annuelles Li guêpes périssent en hiver dès les premières gelées. Les ouvrières, avant de mourir, ont même soin de jeter tout le couvain hors du guêpier. Il ne reste, pour perpétuer la race, que des femelles fécondées qui passent la mauvaise saison, soit dans le guêpier, soit dans les l'entes des murs, les crevasses des arbres ou sous les écorces, et qui construiront au printemps un petit guêpier provisoire. Dans ce nid de printemps seront élevées uniquement des ouvrières qui, devenues ailées, construiront le grand guêpier d'été où la mère fondatrice pondra des œufs de mâles et de femelles, et la colonie définitive sera ainsi constituée.

Le guêpier est établi sous une branche d'arbre ou à l'abri d'un mur, dans un tronc caverneux ou dans une cavité arrondie creusée dans le sol. Ce dernier mode de disposition est toujours celui qu'adopte la guêpe commune.

Dans une grande cavité creusée à cet effet, généralement sur la pente d'un talus herbeux et dont l'entrée est bien dissimulée, le guêpier est construit avec une sorte de papier fait de fibres de bois un peu pourri, malaxées avec de la salive. Ce nid, dont le diamètre atteint 30 centim., se compose d'une grande enveloppe en forme de ballon, faite de plusieurs plaques de papier conchoïdales et imbriquées les unes sur les autres, avec, une ouverture ronde réservée vers le bas du ballon.

Celui-ci, suspendu dans la cavité par un support ou pétiole principal et consolidé par plusieurs autres partant de la voûte ou des parois, renferme une série de gâteaux aplatis en forme de disques, formés de la même matière papyracée et horizontalement placés au-dessus les uns des autres. Ci a gâteaux, au nombre d'une dizaine environ, d'un diamètre correspondant a celui de la partie occupée par eux dans le ballon et reliés entre eux par un pétiole central et quelques autres piliers, sont composés de cellules ou alvéoles bexagonales accolées les unes aux autres comme cellesdcs abeilles, et dont l'ouverture est tournée vers le bas. Entre les parois du ballon et le bord des rayons, ainsi qu'entre ceux-ci, un espace sullisant est réservé pour la circulation des insectes.

Les œufs sont pondus par les femelles au fond de chaque cellule, et la larve, vermiforme, blanche, charnue, apode et aveugle, placée ainsi la têt.: en bas, est nourrie par les ouvrières, qui viennent dégorger dans sa bouche la pâtée recueillie à son intention et à moitié digérée. Dette pâtée se compose de matières sucrées et aussi de substances animales. C'est ce qui fait que l'on voit si souvent les guêpes manger des insectes ou se repaître, à l'étal des bouchers, de la viande qui y est suspendue.

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Au bout d'une vingtaine de jours, la larve est adulte. Elle se retourne alors, tapisse d'une légère couche de soie le fond et les parois de l'alvéole, reprend sa position première et ferme sa cellule en tissant sur l'ouverture un opercule bombé et d'une grande épaisseur.

Dans cette cellule hermétiquement close, la nymphose s'opère bientôt, et, au bout d'une dizaine de jours, l'insecte parfait, éclos, ronge les bords de l'opercule avec ses mandibules et sort de sa prison.

Les mœurs que nous venons de décrire sont celles de la plupart des guêpes dont le nid est souterrain, celles des deux plus nuisibles à nos fruits et les plus répandues dans nos campagnes d'Europe et du nord de l'Afrique, la Vespa vulgaris Linné et la V. germanica1 Fabricius ; comme ces deux Vespa, parfois difficiles à distinguer l'une de l'autre, sont d'ordinaire confondues sous le nom de guêpe commune et considérées même par certains entomologiste.;2 comme deux races ou variétés d'une même espèce, nous ne donnerons qu'une seule description, celle de la Vespa vulgaris type, nous contentant d'indiquer les légères différences existant entre les deux formes.

Le corps, de couleur jaune et noire, long de 13 à 18 raillim., avec une envergure de 23 à 35, est relativement court. La tête, velue, large, transversale, atteignant la largeur du thorax, est noire avec le chaperon ou partie antérieure de l'épistome jaune et marqué d'une tache noire rappelant la forme d'une ancre, une ligne jaune transversale sur le front allant jusqu'au fond de l'échancrure des yeux, parfois interrompue et divisée eu trois taches, une bande jaune derrière les yeux partant de la base des mandibules ; cellesci très fortes, armées de dents aiguës entièrement jaunes. Les antennes, coudées, épaisses et courtes chez la femelle, beaucoup plus grêles et plus longues chez le mâle, sont noires, avec le premier article jaune en avant chez celui-ci. Le thorax, velu, noir, avec G taches jaunes latérales, 3 de chaque côté, et 4 postérieures; lespa^csjaunesavec la moitié basilaire des cuisses noires. \j abdomen, très peu velu, brusquement détaché du thorax

1 Plusieurs autres gui"] -os indigènes faisant leur nid hors de terre, telles que le frelon (Vespa crabro), la guêpe sylvestre [Vespa sylvestris) et la petite guêpe française {Vespa (Polystes) çallica), contribuent au pillage de nos vendanges, mais dans des proportions tellement moindres que la guêj:e commune, que nous nous contentons de les mentionner ici. L'abeille domestique a été aussi accusée de piller la vendange. Ses mandibules, non muuies de dents comme celles des guêpes, ne peuvent couper une peau de raisin, et nous ne l'avons jamais vue butiner que sur les grains entamés.

2 Maurice Girard ; Traité clément. d'Entomologie, tom. II, pag. 859. Paris, Baillière, 1879.

LA GUÊPE COMMUN!'. -'i .3 0

et ne tenant que par un pédicule très mince, quoique court, les 5 premiers segments noirs à la base, jaunes postérieurement, avec trois points noirs parfois soudés à la bande noire de la base;Ies autres segments presque entièrement jaunes. L'aiguillon, dont l'extrémité abdominale est armée chez les

femelles et les ouvrières1, n'est pas barbelé comme chez les abeilles, mais la blessure qu'il fait est beaucoup plus douloureuse.

La Guêpe germanique ne diffère de cette description que par quelques détails : la taille moyenne, un peu plus grande, 1 millim. environ, le chaperon jaune sans tache noire en forme d'ancre, les points noirs de l'abdomen toujours détachés de la bande noire et les poils du corps un peu moins sombres. Le guêpier paraîtrait construit avec, du papier plus solide. Nombre d'individus forment transition entre les deux soi-disant espèci - ,

La piqûre d'une guêpe peut occasionner dans la partie lésée, et parfois dans tout un membre, une enflure considérable accompagnée de lièvre, et cela pendant plusieurs jours. II. de Saussure cite même des cas de mort pour des guêpes introduites dans la bouche enfermées dans des fruits qu'elles avaient excavés.

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