III. — ENNEMIS NATURELS ET MOYENS DE DESTRUCTION
La guêpe commune a plusieurs ennemis naturels, et quand cet Hyuiénoptère pillard est en petit nombre dans les vergers et les vignes au mois de septembre, c'est que l'année précédente les lihipiphorus paradoxus, les Triphon Vesparum ou les diverses Volncella ont été abondantes au point de laisser fort peu de guêpes pour l'hivernage.
Les Rhipiphorus nont des Coléoptères bizarres, de couleur brune ou jaunâtre, longs de 12 à 15 millim., à abdomen pointu, à élytres déhiscentes et à antennes en forme de peigne ou d'éventail [p'nzî; éventail, yopuv porter). La larve de ce parasite pénètre dans l'alvéole occupée par une larve de guêpe adulte, et lorsque celle-ci a Ole sou cocon pour se transformer en nymphe, elle Tattaquej la dévore lentement, se substitue à elle dans celte loge bien close, s'y transforme elle-même en nymphe et en insecte
1 Nous tenons ces chiffres de M. le Maire de Frontignan, qui a bien voulu répondre au questionnaire que nous lui avons adressé, et qui est d'avis, comme nous, (jue la guêpe est le grand obstacle à la reconstitution des vignobles de
muscat.
LA GUÊPE COMMUNE. i i 1
parfait. Dans des recherches opérées l'année dernière à Crest (Drame! avi c l'aide de deux naturalistes de la localité, M. leDr Mauduit etM. A. A.rgod,
nous avons exploré des guêpiers où plus de la moitié des loges étaient occupées par des Rhipiphorus.
Le Triphon Vespai um Ratzeburgest un Hyménoptère de la famille di s Ichneumonides qui , à l'état parfait, s'introduit dans les guêpiers, pose un œuf sous la peau des larves de guêpes, et la petite larve qui m sort, après avoir laisse le légitime propriétaire filer sa coque pour la nymphose, le dévore et se file elle-même une deuxième enveloppe soyeuse au fond de la cellule. Rouget a trouvé aux environs de Dijon, dans certaines colonies de guêpes, plusieurs milliers de cellules occupées par les larves ou les cocons de cet Icfineumonide.
Les Volucelles ennemies de la guêpe commune sont au nombre de trois : Volacella zonaria Poda, V. inanis Linné, V. pellucens Linné. Les deux premiers de ces gros Diptères ont une livrée jaune et noire, destinée sans doute à faciliter leur entrée dans les guêpiers; mais la troisième espèce, V. pellucens, est brune, avec, la base de l'abdomen d'un blanc transparent.
« Si l'on comprend aisément, dit M. Kunckcl d?IIercu!ais, l'historien des Volucelles, que les V. zonaria et inanis puissent, à la faveur de leur déguisement, pénétrer au milieu des habitations des guêpes, comment expliquera-t-on que la V. pellucens, qui n'a aucun trait de ressemblance avec ces Hyménoptères, puisse arriver jusqu'au Did et pondre sur ses enveloppes sans être massacrée ? Nous devons ici confesser notre ignorance. » . Les larves qui sortent de ces œufs pondus sur les rayons, et que nous avons observées dans presque tous les guêpiers que nous avons ouverts, sont fort curieuses. Ce sont de grosses larves grisâtres, épineuses, à peau assez épaisse pour être à l'abri de l'aiguillon des guêpes, qui, étant lar de Diptères, ne peuvent avoir de vraies pattes, mais qui se meuvent au moyen de fausses pattes avec des couronnes de crochets au bout, rappelant en un mot celles des chenilles. Elles vont d'une cellule a l'autre, dévorant les larves et les nymphes de guêpes. A l'entrée de l'hiver, elles sont adultes et s'enferment dans le sol aux premiers froids. Au printemps, elles s'y changent en pupe. apparaissent en été sous leur forme parfaite, vont butiner sur les Heurs, s'accouplent, pondent dans les nids de guêpes, et le cycle de leurs métamorphoses recommence. Ces larves, par leur grand nombre et leur appétit insatiable, anéantissent parfois presque entièrement la population d'un guêpier.
L'homme peut aussi défendre jusqu'à un certain point sa récolte. La mise en sac des raisins au moment de la véraison est un moyen fort usité dans la culture en espalier et qui est efficace contre les guêpes, mais il est
impraticable en grande culture. L'entomologiste Aube, à la fois un savant et un agriculteur distingué, se dis lit très satisfait pour ses chasselas d'un manchon de papier dans lequel il introduisait le raisin, et qu'il serrait vers le haut avec une Ocelle ou simplement en le froissant autour du pédoncule. Les guêpes, ne voyant pas le raisin, n'ont, parait-il, pas l'idée de passer par l'ouverture d'eu bas restée ouverte. En grande culture, nous ne voyons guère de possible que la lutte directe contre l'insecte.
Maurice Girard conseille de tuer au printemps toutes les mères fondatrices que l'on aperçoit butinant sur les fleurs. Goureau préconise de mettre dans une chambre, au pied d'une croisée ouverte, des fruits confits additionnés de sirop qui attirent les guêpes en assez grand nombre, puis de fermer la croisée et de tuer les insectes contre les vitres. En renouvelant la manœuvre cinq ou six fois par jour, il est arrivé, dit-il. à en détruire plusieurs centaines dans la journée.
Nous considérons comme plus simple la recherche et la destruction des guêpiers. En observant tant soit peu les allées et venues des insectes, on finit par trouver leurs nids. Ils sont généralement situés dans les endruits herbeux, sur les talus des chemins exposés à l'Est, de préférence ombragés par unehaie ; nousen avons toutefois observé dans toutes les expositions, même en plein champ, et tout le monde sait que les guêpiers bouleversés par la charrue occasionnent chaque année des accidents. Une fois l'emplacement reconnu, il sera soigneusement marqué avec les précautions voulues, c'està-dire le moins de bruit et de mouvement possible, de crainte d'attirer l'attention des sentinelles vigilantes gardant l'entrée du terrier; puis Ton viendra pendant la nuit asphyxier la colonie.
Le colonel Goureau recommande la mèche soufrée. Le conseil nous parait un peu théorique. Un insecticide liquide coulant jusqu'au fond du guêpier semble préférable. Nous nous sommes toujours servi avec succès de pétrole ou de benzine. Un tiers de litre ou un peu plus, émulsionué dans un même volume d'eau, suffit ; mais il est mieux d'employer le liquide pur. Il est bon d'être deux pour faire l'opération ; l'un tient la lanterne pendant que l'autre opère. On commence par dégager avec une petite pioche l'entrée de la galerie. Celle-ci est souvent sinueuse, parfois longue de £0 à 30 centim. et risquerait d'absorber la plus grande partie du liquide. On creuse jusqu'à ce qu'on commence à apercevoir l'enveloppe de papier; si on peut l'entamer pour faire pénétrer le liquide directement jusqu'aux gâteaux, ce sera mieux. On renverse alors vivement la bouteille sur l'orifice, qui est ainsi exactement bouché par le goulot, et le lendemain mutin, en la retirant, ou trouve la colonie asphyxiée.
On fera bien de choisir une nuit sombre et sans lune: les guêpes, en effet,
butinent fort tard, jusqu'à neuf ou dix heures si la unit est claire, el l'on pourrait êtreattaqué par les retardataires renlrantau nid pendant l'opération si l'on entreprenait celle-ci un soir de pleine lune, par exemple.
Les précautions ci-dessus indiquées étant prises, on necourl absolument aucun danger, et nous avons ainsi opère personnellement dans diverses contrées de la France la destruction de nombreux guêpiers.
Dans certaines mairies de village, ou donne des primes pour la destruction des hanneton.-, des éphippigères, des vipères, etc. ; pourquoi n'en donneraiton pas pour celle des guêpiers? La destruction d'une colonie de 2 a 3,000 guêpes serait-elle payée 5 francs, que les habitants de tous les villa gagneraient, à plus forte raison ceux des régions où l'on cultive spécialement les fruits sucrés, et surtout les raisins.
(Tenthredo (Macrophya) strigosa Dahlbom.)
Depuis longtemps déjà on parle d'Hyménoptères dont les métamorphoses s'opèrent dans l'intérieur des sarments de la vigne et qui, par ce fait, sont accusés de nuire à la plante. Chaque année, des diverses régions vilicoles nous sont soumis de ces bois perforés, les uns habités par des larves, autres par des insectes parfaits qui n'ont pas encore pris leur essor.
Parmi ces Hyménoptères, nous devons tout d'abord distinguer deux groupes qui y jouent deux rôles bien différents: 1" ceux qui ne viennent chercher dans les sarments secs qu'un abri pour leur progéniture, et ce sont les plus nombreux; 2° ceux qui déposent leurs œufs dans les sarments vivants et dont les larves provoqueront le dessèchement de ceux-ci.
Des premiers, nous avons déjà dit quelques mots a propos des Apates rongeurs de sarments. Nous n'eu parlerons qu'en note ', les considérant
' Les Hyménoptères qui habitent les saunent nombreux, mais aucun
n'es*, spécial à la vigne. Ce sont les mêmes qui fréquentent diverses tiges en de petit calibre, chaumi s de roseaux ou autres, les mémos que l'on trouve d les galeries pratiquées dans I'.' bois par les insectes lignivores et surtout dans les tiges à moelle faciles à creuser, telles que celles de la ronce. Ou peut i utilement consulter.! ce sujet le beau Mémoire de Dufourel Perrissurles fnset de la ronce (Ann Soc. ent. dt /•>.. 1840), travail fort bien complété dans le môme recueil, en 18GC, pur le Dr Giraud. Ou y trouvera l'histoire ription de
4ti . LA TENTHTtEDE DE LA VIGNE.
comme inoffensifs pour la vigne, mais nous en parlerons parce qu'il est utile précisément qu'on connaisse ce rôle inofferjsif.
Ces insectes s'établissent en effet, soit dans les galeries abandonnées par les Apale, soit dans la partie morte des crossettes ou onglets qui portent le bois de l'année. On nomme ainsi les bouts de bois de deux ans qui, après la taille, se dessèchent sur une longueur d'un pouce environ au-dessus du dernier œil laissé par le sécateur, et dont nous avons déjà parlé à propos des œufs d'hiver du Phylloxéra. Le canal médullaire de ces bouts de sarments, facilement creusé jusqu'au tissu vivant, mais pas au delà, offre un abri suffisant pour l'établissement des nids.
Des seconds ou plutôt du second, car jusqu'à présent une seule espèce a été étudiée dans les sarments vivants, nous dirons le peu que l'on sait, regrettant de ne pas avoir de documents plus complets. Le sujet est mal connu et nous attirons sur lui l'attention des viticulteurs.
Vallot (Ins. de la Vigne, Acad. de Dijon, 1841, pag. 280) est, croyons-
près de soixante espèces qui ne se rencontrent pas toutes évidemment sur la vigne; mais on peut dire que dans ce nombre sont compris, à peu près, tous les Hyménoptères que nous pourrions y trouver.
Ces insectes ne jouent pas tous le même rôle dans les sarments secs. Il y a ceux qui viennent y faire leur nid et ceux qui vivent aux dépens de ceux-ci, les Nidifiants et les Parasites, pour nous servir des termes consacrés.
Parmi les Nidifiants, on trouve des Hyménoptères de trois familles différentes : des Apiaircs ou Mellifères, des Vespides et des Fouisseurs.
Les Apiaires garnissent la galerie creusée dans le caual médullaire de nombreuses petites loges disposées en chapelet et séparées par une mince cloison. Dans chacune de ces chambreltes est placée une petite provision de miel, sur laquelle un œuf est pondu, et qui servira de nourriture à la petite larve. Ces abeilles appartiennent principalement aux genres Osmia, Ceratina, Heriades etProsopis. Il serait inutile d'entrer dans le détail de toutes les espèces observées dans ces sarments secs; qu'il nous suffise de dire que les plus fréquemment rencontrées par nous sont: Osmia leucomela Kirby, Ceratina cœrulea Linué et C. Albilabris Juriue.
Les Vespides appartiennent au genre Odyncrus, guêpes solitaires qui approvisionnent leur nid de petites chenilles.
Les Fouisseurs les plus fréquents sont : le Trypoxylon figulus Linné, qui garnit de petites araignées son nid cloisonné comme celui des Apiaires, et le Cemomus unicolor, qui alimente le sien avec des Pucerons.
Puis viennent les Parasites de ces diverses espèces : les Chrysis et les Fœnus, qui vivent aux dépens des Trypoxylon, V hphialtes divinator qui décime les Cemomus, et encore bien d'autres espèces dlchneumonides. Nous avons raconté \Messager agricole du Midi, 1887) comment Y Ephialles s'y prend pour atteindre sa victime enfermée dans une loge close de toute part. A travers le bois tendre du
nous, le premier qui ait parle d'une tenthrède ou mouche à Bcie observée
pondant ses œufs dans les sarments verts. Il l'a nommée Tenlhredo Hylotoma) vitis, mais le naturaliste bourguignou n'a malheureusement pas décrit l'insecte. Il parait le ranger, d'intuition, a côté de la Tenthrède du rosier [Hijloloma rosarum Linné), à cause de l'analogie des poi tes ; mais il s'empresse d'ajouter que de nouvelles observations sont nécessaires.
Qu'était-ce que la Tenthrède delà vigne observée par Vallot ? On ne l'a jamais su!
Il faut arriver à 1879 pour trouver (Bull, de la Suc. enl. do />.. pag. 108) une communication de M. le Dr Laboulbène, faite en son nom et en celui de M. Oh. Robin, sur une csj-èce bien définie; la Tenlhredo )lnrrophya) strigosa, attaquant positivement la vigne.
« En 1878, dit M. Laboulbène, M. Vignal, propriétaire a Oraz, près Bellegarde (Ain), ayant remarqué dans une vigne de 1,200 ceps environ un état de souffrance considérable, procéda soigneusement à la taille de 1879. Là, il découvrit dans presque chaque sarment une larve ou faussechenille de tenthrède, longue de 1 centim., qui descendait, en se creusant une galerie dans la moelle, jusqu'aux yeux ou bourgeons et causait de la sorte d'importants dégâts. L'insecte observé par M. Vignat passe l'hiver
sarment, l'insecte, au moyen de son oviscapte conformé en stylet, pou 1 lia œuf sur chaque larve du Cemomus; de cet œuf sort une larve carnassière, ei l'habitant de la loge qui a mangé les Pucerons est dévoré à son tour.
Ou voit quelle extension il faudrait donner à cette note si l'on voulait parler de tous les insectes que peut renfermer un bout de sarment sec. Il suffit d'avoir ia les plus répandus.
Nous ne pouvons parler des Hyménoptères inoffensifs, qui ont trop occupé la presse viticole, sans citer la Guêpe du Jacquez, C'est ainsi que deux Not Messager agricole du Midi |10 avril et 10 mai 1882) appellent une innocente abeiib tapissière. Ces Notes, reproduites et commentées par vingt journaux, ont lait crier de suite à une nouvelle et daugereuse importation américaine. L'insecte, en somme, était coupable d'avoir, çà et là, aux environs de Nimeo et de Toulon, « tondu la longueur de sa langue » sur des feuilles de Jacquez et d'en avoir tapissé son nid.
Soumise à Lichtenstein, l'esièce. parfaitement indigène, a été rapport lui à la MegachiL sericans Boyer de Fous^olombe, abeille tapissière, par résèquent coupeuse de morceaux de feuilles, qui a de tout temps fait sur la \ ce que fait sur le rosier la Megachile centuneularis Linné, dont Réaumur a si bien raconté l'histoire.
J.-É. Planchou, réduisant les choses à leur juste valeur (Journal la ricaine, septembre 1882), a heureusement fait cesser ces flots de prose, plus nuisibles à coup ïùr que l'insecte in
dans le sarment et sort courant avril à L'état parfait. Oe dernier, envoyé à M. On. Robin, a pu être déterminé et rapporté à la Tenthredo (Macrophya) strigosa Dahlhom. Cette larve dévastatrice a depuis lors été constatée dans les vignes des arrondissements de Nantua et de Belley. »
La Note du savant Professeur de la Faculté de Médecine de Paris ne donne pas d'autres détails importants. Nous ajouterons que M. Ravaz, répétiteur de viticulture à l'École nationale d'Agriculture de Montpellier, a reçu l'année dernière de Crémieux (Isère), c'est-à-dire d'une région avoisinant les vignobles de l'Ain, des sarments de vigne frais renfermant, au-dessous de piqûres très apparentes sur l'écorce, des œufs et des larves de tenthrèdes. La prompte dessiccation de ces sarments à nous remis, ne nous a pas permis d'élever ces larves, mais elles peuvent vraisemblablement être rapportées à notre tentbrède.
Avant d'entrer dans le détail des caractères spécifiques, nous donnerons les caractères généraux de la famille des Teothrédides, à laquelle notre insecte appartient.
LesTenibrèdesou Mouches à scie, comme on les appelle bien souvent, sont caractérisées par une tète large, transversale, des antennes non coudées, épaissies à l'extrémité, un abdomen non pédicule, formé de huit anneaux et, chez la femelle, pourvu d'une tarière à la face ventrale. Cette tarière ou oviscape, enfermée dans un fourreau à deux valves, consiste en trois pièces, une dorsale appelée gorgeret et deux ventrales dentelées en scie, et qui ont valu à ces insectes le nom de Mouches à scie donné par Réaumur. Les larves, pourvues de neuf à onze paires de pieds, ressemblent à des chenilles. La plupart vivent de feuilles comme les vraies chenilles ; certaines, et c'est le cas de notre espèce, rongent l'intérieur des tiges. La nymphose se fait dans un cocon de soie solide, fermé des deux bouts.
Le genre Macrophya comprend les tenthrèdes dont les hanches postérieures s'étendent presque jusqu'au bord postérieur du troisième segment abdominal, ce qui fait que l'extrémité des cuisses postérieures atteint la pointe abdominale.
La M. strigosa répond à la description suivante: Corps, long de 12 à 13 millim., noir, sauf les troisième et quatrième segments de Yabtlomen qui sont rougeâtres, les fémurs et la moitié des tibias postérieurs également rougeâtres ; pattes antérieures et moyennes en grande partie jaunâtres; bouche, partie supérieure du pronotum et écusson blanchâtres; des taches de même couleur aux derniers segments de l'abdomen.