ADDENDA
Au moment où. nous livrions à l'imprsesiou les pages 281 a 301, consacrées aux Orthoptères, nous avions déjà quelques Notes concernant de
petites espèces polyphages appartenant à cet ordre, se trouvant çà et là sur les feuilles de la vigne, mais ne nous paraissant pas causer de dommages appréciables. Nous nous proposions donc de les passer sous silence; mais certaines observations précises faites pendant l'été de '889, certains renseignements aussi venus de l'étranger, nous ont montré que, pour être complet, nous devions parler de ces minuscules ennemis.
L'un, le Smynthurus luteus Lublock, appartient à la petite famille des Podurides; les autres, les Thrips hœmorrhoidalis Bouché et T. Syriacus Nob., à la famille des Thripsides.
Par suite de leur degré d'infériorité anatomique, la place des Podurides et des Thripsides dans la classification est au commencement de l'ordre des Orthoptères, et c'est là qu'ils seront placés s'il nous es*, donne de publier une seconde édition de ce livre.
FAMILLE DES PODURIDES.
LE SMYNTHURE JAUNATRE
(Smynthurus luteus Lubbock.)
Les Podurides, dont les Smynthurides forment une sous-famille, font partie du sous-ordre des Thysanoures (flûaavoî frange, où/w queue . c'est-àdire des Orthoptères aptères ayant le corps velu ou couvert d'écaillés et terminé par de longs filets abdominaux, qui, parfois repliés i peuvent servir d'appareil de saut.
Le Smynthurus luteus a déjà fait parler de lui comme se trouvant çà et là sur les feuilles de la vigne. Licbteostein a en effet décrit, d'une façon très superficielle il est vrai [la Vigne américaine, vol. VII, sous le nom de Smynthurus vitls, un petit Poduride qui a été avec juste
448 LES THRIPSIDES.
raison, croyons-nous, ramené à notre espèce par M. le D1' Tomasvary, de Budapesth [Rovartany Lapok, 7 juillet 1884).
C'est un petit insecte sauteur, s'écrasant facilement et répondant a la description suivante :
Longueur 5 à 7 dixièmes de millim. Corps aptère, trapu, globuleux, à segmentation peu distincte, de couleur hyaline ou jaune verdâtre pâle, revêtu de poils espacés, courts et spiniformes. Tête volumineuse, élargie latéralement en forme de carré long transverse, munie de deux antennes coudées atteignant les deux tiers de la longueur du corps, composées de quatre articles dont les trois premiers, formant le funicule, sont lisses, et le dernier, le plus long, souvent replié, est comme multiorticulé ou formé d'une série de petites sphères. Les organes de la vision sont représentés par deux groupes de 5 ocelles noires placés un peu en arrière à la base des antennes. Le thorax, fortement étranglé, offre les trois segments courts, à peine distincts, et les pieds longs. L'abdomen, globuleux, très développé, formant plus des deux tiers de la longueur du corps, porte, repliés en dessous, les deux lilets cbitineux servant d'appareil pour le saut, qui caractérisent la sous-famille.
Il est probable que cette petite espèce n'est pas la seule du genre qui fréquente la vigne. Nous trouvons en effet [Bull. Soc. eut. de Fr.t 1878, pag, 135) une Note de M. Mégnin sur le Smynthurus lupilinœ Bourlet,qui abonde certaines années sur la vigneaux environs de Lar-le-Duc (Meuse).
Le dommage causé par ces petits insectes, généralement mangeurs de détritus, sont à pou près nuls. Il était toutefois intéressant de les signaler, les viticulteurs, d'après les Notes de MM. Licbtenstein et Mégnin, les ayant à plusieurs reprises confondus avec le Phylloxéra.
FAMILLE DES THRIPSIDES1.
Avant de parler des Tliripsides signalés sur la vigne, il est nécessaire de donner quelques renseignements généraux sur ce groupe d'insectes
1 Bibliographie. — Scliranck ; Beschreibung ans Blasen fusses (Thrips), 1776 (in Beihàge, 31. Tab. I, fig. 25 et 20). — Fabricius; Entomologia sgstemalica, 1794, lom. IV, pag. 229. — Bouché; Naturgeschichte der Insecten besonders (in Hinsicht îhrer ersten Zustânde als Larven und Puppeu, 1834). — Haliday; An Epitome of the British gênera in ihe order Thysanoptera, etc. (The enlomologist Magazine, 183G, tom. III, pag. 439). — E. Heeger ; Bcilràge zur Naturgeschichte dsr Physopoden (Wien. SitzuDgsberichte,vol.TX, 1852). — Maurice Girard; Traité élémentaire d' Entomologie, vol. III, pag. 1072. Paris, Baillière et fils, 1885.— Géhin ; Les Insectes du poirier, pag. 37. Metz, J. Verronnais, 1857.
LES I HRIPS1DES. i \'\
minuscules dont il a été ditquelquea mots (pag. 96) à propos du Phylloxéra et qui embarrasse encore les classificateurs.
Geoffroy (1762), ayant remarqué chez eux des mandibules et des mâchoires, les avait, de prime abord, rangés dans les Orthoptères. Latreille (1829), se basant sur certains caractères extérieurs, surtout sur leur forme aplatie, les réunissait aux Hémiptères. Avec M. Burmeister et la plupart des classificateurs modernes revenus aux idées de Geoffroy, nous les considérons comme des Orthoptères dégradés.
Le corps, très petit, long de 1 à 2 millim. et souvent moins, est allongé, presque linéaire, et malgré cela aplati ; les quatre ailes, presque égales, sont frangées de longs poils: de là, le nom de Thysanoptères (8wr«vo« frange] donné par Haliday à l'ordre spécial qu'il a créé pour ces petits animaux (The Entomologist Magazine, tom. III, pag. 439). Le naturaliste anglais a reconnu chez eux des pièces buccales d'un type spécial, tenant le milieu entre celles des Hémiptères et celles des Orthoptères. La tête parait cylindrique, la bouche étant prolongée en forme de trompe; les mandibules, dilatées à la base, se terminent en pointe aiguë ; les mâchoires, aplaties, soudées avec le menton, sont allongées et portent des palpes à deux ou trois articles. Sur le vertex sont les antennes, composées de 5 à 9 articles. Au lieu de griffes, les tarses biarticulés portent à leur extrémité des disques vésiculeux formant ventouses. Les Thrips sont classés d'après les nervures des ailes. Chez les Heliothrips, les seuls du groupe dont nous ayons a parler, las ailes n'offrent qu'une seule nervure longitudinale. Les pattes sont très développées, la marche est rapide, le vol prompt, et bien souvent l'insecte échappe à la pointe humide du petit pinceau dont il faut se servir pour s'en emparer. L'abdomen, de 9 segments, est très mobile; tantôt relevé en dessus, comme chez les staphylins; tantôt replié en dessous, comme chez l'écrevisse, il permet à l'insecte d'exécuter des sauts.
Peu d'auteurs ont écrit sur les Thrips, on le voit par la Note bibliographique; mais tous ceux qui les ont observés d'une façon suivie, disent que ces insectes vivent de végétaux. En parlant des ennemis naturels du Phylloxéra, nous avons cepeudant cité, d'après M. Riley, le Thrips Phylloxerae, qui, faisant exception à la règle, se nourrirait de phylloxéras. Lichtenstein, de son côté, ayant trouvé des Thrips dans des galles phylloxériques vides, semble en conclure l qu'ils en avaient mangé les habitants .
L'autorité attachée à ces deux noms a accrédité dans le monde agricole que le Phylloxéra gallicole payait un certain tribu aux Thrips. Pour uous, rien n'est moins prouvé. Tous les Thripsides observés par Pabricius,
» J. Lichtenstein ; Comptes rend. Acad. des Se, l* semestre 1880, pag. 1045.
450 LE THRIPS HÊMORRHOIDAL.
Bouché, Haliday, Heeger, Maurice Girard, Gébin,Targioniet nous-mème, par tous les horticulteurs également, se nourrissent de la cuticule tendre des feuilles, des fleurs ou des fruits.
Quelque confiance donc que nous ayons dans les observations de M. Riley, nous pensons que celle ci, déjà ancienne du reste, aurait besoin d'être confirmée, et nous ne sommes pas seul de cet avis. Dans l'opuscule du Dr Haller : Des ennemis naturels du Phylloxéra, nous lisons en effet cette pbrase :« D'après Tascbenberg, les Thrips doivent se nourrir uniquement des sucs des plantes » .
Nous n'en décrirons que deux espèces, les deux seules un peu nuisibles à la vigne : le Thrips hsemorrhoidalis Bouché et le T.syriacus, espèce nouvelle, croyons-nous, reçue de Jaffa et à nous signalée comme exerçant quelques dégâts aux environs de cette ville, par suite de sa grande multiplication.
A Montpellier, outre le Tbrips hémorrhoïdal, la vigne nous a donné en petite quantité une espèce que nous ne pouvons déterminer sûrement et dont nous proposons de faire l'étude. Elle est jaune avec les élytres pâles et pourrait bien être le Tbrips de l'ortie [Thrips urlicse Scbrank), signalé sur la vigne par Fabricius dès 1794. « Thrips urtiese, dit-il [Enlomologia syst., tom. IV, pag. 229), Thrips flava, elytris albidis». Et l'auteur danois ajoute : « Habitat in pagina inferiori foliorum urticx, vitis, coryli aliorumque, solitaria, il vit isolément sur la face inférieure des feuilles de l'ortie, de la vigne, du noisetier et d'autres plantes ». La diagnose n'est pas suffisante pour que nous puissions déterminer notre insecte. Dunal (1332) et Vallot (1841), d'après Fabricius et Gmelin, ont également cité le Thrips urtiese sur la vigne.
LE THRIPS HEMORRHOIDAL.
(Thrips (Heliothrips) haemorrhoidalïs Bouché.)
On reconnaîtra cet insecte à la description suivante: Longueur lm,",25 environ, largeur 0mm,25 à 0mm,30. Corps d'un brun noir, avec l'extrémité de l'abdomen d'un rouge ferrugineux, entièrement couvert de lignes réticulées en saillie dont les mailles forment de petits hexagones réguliers sur la tête, le thorax et les pattes, et qui, plus allongées sur l'abdomen, sont
LE THIUPS DE SYRIE. i", |
disposée? en rangées longitudinales régulières. Les pattes et les antennes sont d'un blanc livide, celles-ci composées de 8 articles, dont le deroieresl très effilé. Les ailes, presque transparentes, portent une seule nervure longitudinale, ce qui fait ranger l'insecte dans le genre Heliothrips.
La larve, d'un jiune livide pâle, est toujours [dus abondante que l'insecte parlait.
Cette espèce est commune sur un grand nombre de végétaux, diverses Malvacées, les poiriers, les pommiers, l'oranger et la vigne, principalement en espalier. D ans les serres, il constitue parfois un des fléaux les plus redoutés des horticulteurs, surtout pour les Orchidées, et c'est ce qui a fait dire par certains auteurs que l'espèce était d'origine exotique. En plein air, en Europe, l'insecte, bien qu'assez répandu géograpbiquement, parait ne pas se trouver dans toutes les localités. Nous l'avons observé pour la première fois à Montpellier en juillet 1889. Peut-être aussi les recherches faites les années précédentes n'avaient-elles pas été assez minutieuses. Le minuscule insecte, large d'un quart de millimètre, échappe facilement à la vue. Il nous a paru du reste n'avoir causé aucun dommage appréciable. Eu Italie, nous écrit M. Targioni, l'espèce abonde certaines années, du Nord au Sud, sur l'oranger et surtout la vigne. En 1887. dans les viguohles des environs de Palerme, il s'était multiplié d'une façon extraordinaire, sans cependant occasionner de très sérieux dégâts.
Nous n'en dirons pas autant de la vigne cultivée sous verre. Dans une serre à raisins chasselas visitée par nous, au mois d'août, aux environs du Mans (Sarthe), presque toutes les feuilles avaient la cuticule plus ou moiua rongée par des myriades de ces petits parasites. Beaucoup de ces feuilleétaient entièrement desséchées, au grand détriment de la récolte.