‹ Les insectes de la vigneChapitre 20 sur 187 · II. — HISTORIQUE · texte numérisé non relu

II. — HISTORIQUE

Depuis plus de deux siècles, les hommes de science étudient cette maladie et le sujet n'est pas encore épuisé. Au xvne siècle, le savant italien Malpighi, dans un travail intitulé De excrescentiis et tumoribus plantarum (Des excroissances et tumeurs des plantes), les décrit le premier et les attribue à un liquide corrosif déposé par un insecte qu'il ne définit pas. En 1737, Réaumur, de son côté {Mémoires sur les Insectes, tom. III, pag. 511), dit que les galles en forme de clou des feuilles du tilleul «sont probablement dues à des insectes extrêmement petits qu'on ne peut apercevoir qu'avec l'aide d'une très forte loupe ».

Ces idées de Malpigbi et de Réaumur, qui étaient les bonnes, furent cependant abandonnées, et pendant très longtemps on a cru que ces productions étaient d'origine purement végétale.

A la fin du xvine siècle, un botaniste, Scbrader, décrivit celles de la vigne sous le nom d'Erineum vitis et les classa dans les champignons parasites des feuilles. En 1809, Persoon (Synopsis fungorum) adopta ce nom, et bien qu'en 1815, Fries, séparant ces soi-disant champignons delà vigne de ceux du tilleul, de l'aulne, etc., en ait fait le genre Phyllerium , et de tout le groupe la tribu des Phyllcriées, le nom d'Erineum a prévalu. C'est celui que de Candolle a adopté dans sa Flore française, tom. II, pag. 74, et après lui bon nombre de botanistes qu'il est inutile de nommer ici.

Tel était l'état de la question en 1833, lorsque Turpin publia un Mémoire Sur le développement des galles du tilleul et décrivit dans ces galles un petit Acarien se rapportant à l'animal indiqué par Réaumur, « dont la forme définitive, dit-il, prend quatre pattes » , et qu'il nomma, avec Latreille, le Sarcopte du tilleul. L'année suivante, Dugès observa ces prétendus Sarcoptes, et voici ce qu'il en dit : « C'est sans doute sur la forme extérieure et l'babitat que Latreille a déterminé Sarcopte cet animalcule

quand les figures lui en furent soumises par Turpin ; mais une recherche minutieuse, quoique difficile, en raison de l'extrême petitesse de l'animal, nous a appris : 1° que le suçoir conique est flanqué de 2 palpes gros, courts, semhlahles à ceux des Tétranyques; 2° que de ce suçoir sort quelquefois

Fig, 2.— Coupe d'une galle d'Érinose avec les Phytoptus (.l'après M. Briosi)

par compression une lamelle courhe, étroite et longue ; 3° que les pattes sont de 7 articles. Or, si nous considérons la forme des palpes, des mandibules et des pieds, nous devrons classer cet Acarien dans la famille des Trombidiens, près des Têtranyques ; d'autre part, le nombre des pieds nous prouve que ce n'est qu'une larve et non un Acarien parfait, car il n'en a

que deux paires, et les autres larves en ont même généralement une de plus. » La figure correspondant à ces lignes, et qui est à la fin du volume, est bien celle d'un Phytoptus, celui du tilleul, un peu différent de celui de la vigne. Et plus loin, Dugès ajoute: « Nous avons vu beaucoup de ces petits êtres devenus immobiles, cbangésen chrysalides, dans lesquelles on voyait déjà le corps se raccourcir en abandonnant les extrémités de son long étui cutané. Nous avons vu aussi deux ou trois fois, dans les galles, des Acariens à 8 pattes, blancs, courts, agiles, ayant le caractère des Tétranyques. Or ces petits ressemblaient fort à de plus grands, rougeâtres, trouvés souvent dans des galles volumineuses. Ces Tétranyques n'étaient pas de la même espèce que le T. tisserand du tilleul, qui habite le revers des feuilles avec ses œufs et ses petits hexapodes. Il était d'une taille beaucoup moindre et en différait par quelques détails de forme et par la couleur verdâtre chez l'un, rouge clair chez l'autre. Il y a du vague encore sur les rapports des prétendus Sarcoptes et des Tétranyques, il en reste aussi sur le rôle qu'ils jouent dans la production des galles ; mais ce que nous en disons mettra les observateurs sur la voie. »

Nous avons tenu à citer longuement le professeur de Montpellier, parce que nous le considérons comme un maître dont les observations, déjà anciennes et trop oubliées de l'Ecole allemande, ont un grand poids dans cette questiou de YÈrinose.

En 1834, également, Fée dans un bon travail intitulé : Mémoire sur le groupe des Phyllérièes de Fries, dit que les prétendus champignons sont des excroissances des tissus, et qu'il y a découvert deux sortes d'insectes: l'un plus rare, que l'on peut rapprocher des Aphidiens ; l'autre plus abondant et qu'il décrit comme « une larve allongée avec 4 pattes terminées par 2 petits penicilles de poils, attachées à la partie antérieure du corps, larve ayant des anneaux transversaux et munis de poils vers la partie postérieure ».

En 1850, Siebold signale dans les excroissances chevelues des Érineum, des Acarus non encore parvenus à l'état adulte; dans son Rapport sur les travaux de la section entomologique de la Société de Silésie (1870), il crée pour eux le genre Eriophyes. Mais revenons à notre ordre chronologique. En 1851, Dujardin publie un Mémoire important et crée le genre Phytoptus, nom qui a été adopté par la plupart des entomologistes. Dujardin considère les Phytoptus à quatre pieds comme des Acariens à l'état parfait, s'appuyant sur ce qu'ils pondent des œufs. Scheuten, le premier (1857), retrouve la forme à 8 pattes signalée par Dugès. Il rapproche lui aussi les Phytoptus des Tétranyques par l'examen des pattes et des parties de la boucbe.

Il faut arriver à 186 i pour trouver un travail important, celui de Landois. Le naturaliste allemand, dans un Mémoire savant, trop savant peutêtre, donnant pour certain ce qu'il a cru voir, commence par sembler ignorer les travaux de ses devanciers. Il n'y fait allusion que dans une note de G lignes, où Dujardin seul est cité et où il ne trouve pas la place de dire que le naturaliste français est le créateur du genre Phytoptus. Le travail est entièrement consacré à l'Acarien delà vigne, et il le décrit sous le nom de Phytoptus vitis Mini. Pour Landois, les Phyloptus ne sont ni des larves, ni des adultes à 4 pieds, mais bien des Acariens à 8 pieds ; et si Dujardin n'a pas aperçu les deux paires postérieures, c'est qu'elles sont toujours avortées et réduites à des appendices en forme de petits mamelons terminés par un poil rigide. Il dit avoir vu des mâles et des femelles dont la structure est tout à fait analogue et qui ne diffèrent que par l'orifice génital extérieur, qui est sensiblement plus étroit cbez le mâle que cbez la ferrelle. L'accouplement n'a jamais été observé.

Thomas, dans une série d'articles, plutôt botaniques que zoologiques, publiés de 1869 à 1873, cite, au contraire, avec soin les travaux de ses devanciers. Il étudie VÉrinose surtout au point de vue des déformations produites sur les différents végétaux. Il cite plus de 70 plantes attaquées et semble croire à une seule espèce d'Acarien, qu'il appelle simplement Phytoptus, nom auquel il voudrait voir substituer celui de Phytocoptes (iprov plante, xôtttu je coupe).

Targioni-Tozzetti (1870), dans un article court et bien résumé, décrit le Phytoptus vitis et semble accepter sans conteste les observations de Landois.

En 1875, parait le travail fort important de M. Donnadieu, thèse pour le doctorat es sciences, intitulée : Recherches pour servir à l'histoire des Télranyques . L'auteur de ce Mémoire, adoptant les idées de Dugès et le nom générique de Thomas, considère la forme ordinaire des Phytoptus comme une forme larvaire des Tétranyques gallicoles se reproduisant par parthénogenèse, et nomme la forme adulte sexuée de la vigne observée, décrite et figurée par lui, Phytocoptes epidermi. Le dernier travail sérieux sur le Phytoptus vitis « est celui de M. Briosi (décembre 1875). L'auteur publie, avec un résumé de la question, d'excellentes observations microscopiques et de bonnes planches à l'appui. Nous aurons à revenir sur ce travail pour la description de l'Acarien ; disons seulement que M. Briosi

1 Nous adoptons es nom : 1" parce que c'est le plus ancien et le plus usité ; 2° parce que nous ne sommes pas d'avis de débaptiser une espèce sous prétexte qu'elle a été d'abord décrite àj'état de larve.

n'a pas vu les individus adultes à 8 pieds décrits par Donnadieu et qu'il lui a été également impossible de découvrir les deux paires de pattes rudimentaires décrites et figurées par Landois. Il pense que l'observateur allemand a été trompé par la valve génitale plus ou moins soulevée, et que les poils ne sont pas portés sur des appendices, mais appartiennent à la marge de cette valve.

Tel est l'état actuel de l'étude scientifique de ÏÉrinose. Bien que, personnellement, nous ayons étudié souvent les Phytoptus et que nous en avons en préparation à toutes les pbases de leur développement larvaire agame, nous ne nous permettrions pas de trancber nous-môme une question aussi difficile.

Le débat peut se concentrer sur ces deux noms, Landois et Donnadieu. Fidèle à notre habitude de citer des autorités compétentes, nous nous sommes adressé à l'homme qui, actuellement en Europe, connaît le mieux les Acariens et leur histoire, et voici ce que M. Mégnin nous répond :

« L'observation de Landois est certainement inexacte: je n'ai jamais pu voir les caractères sexuels chez les Phytoptus; les pattes supplémentaires figurées par cet auteur chez ses prétendus adultes m'ont également toujours échappé. A part le Trombidion soyeux, qui n'est pas en cause, je ne connais d'autres Acariens sexués vivant habituellemant sur les feuilles de la vigne que les Tétranyques gallicoles, parents des Phytoptus, nommés Phytocoptes par Donnadieu, et je suis de l'avis de ce dernier observateur. «

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