III. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE
Le genre Phytoptus appartient à la classe des Arachnides, à Tordre des Acariens, à la famille des Tétranycidés .
Les Arachnides comprennent tous les Articulés à 8 pattes. L'ordre des Acariens se compose d'Arachnides à abdomen soudé au céphalothorax, à respiration trachéenne ou cutanée, et à bouche organisée pour la succion. Les Tétranycidés sont les Acariens réunissant les caractères suivants : 7 articles aux patles, rostre formant en avant du corps une pointe conique assez grosse, mobile et susceptible de s'abaisser verticalement. Ce rostre est formé de deux mandibules armées de crochets à leur extrémité, de 2 mâchoires en forme de stylets portant à leur base une pointe barbelée. La lèvre inférieure, formant gouttière pour loger cet appareil perforant, est munie de deux gros palpes qui sont les parties les plus volumineuses du rostre.
Tous les Tétranycidés subissent des métamorphoses, mais chez les Phytoptus elles sont plus compliquées que dans les autres genres. Si
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l'on voit en effet, chez les Têtranyques vrais, sortir de l'œuf une larve hexapode, ne se multipliant pas et se transformant en adulte sexué ayant 8 pieds, chez les Phytoptus nous voyons l'œuf produire une forme larvaire à 4 pieds, se multipliant pendant toute la belle saison au moyen d'œufs pondus par parthénogenèse. A l'approche de l'hiver, suivant M. Donnadieu, auquel nous empruntons beaucoup de détails biologiques, ces larves tétrapodes cessent de se multiplier ; un grand nombre, sans changer de forme, se cachent sous les écorces du cep et surtout, suivant M. Briosi, dans les écailles des bourgeons ; d'autres s'enferment dans un kyste transparent, formé de la peau qui se détache du corps sans être rejetée, la chrysalide de Dugès, « dans laquelle on voit le corps se raccourcir en abandonnant les extrémités du long étui cutané ».
Ces kystes, figurés par M. Donnadieu, sont placés dans les mômes abris que les larves qui hivernent dans leur état ordinaire. Ils sont de forme allongée, arrondis vers l'extrémité postérieure de la larve, atténués dans la direction de la tête. Celle-ci est tournée du côté où le kyste est fixé au support par une matière glutineuse. Pendant l'hiver, la larve à 4 pieds se transforme ; elle se raccourcit, une nouvelle paire de pieds apparaît, les parties de la bouche et les ovaires se dessinent nettement. Au printemps suivant, le kyste se rompt par le milieu, la larve hexapode en sort et, comme celle des autres Têtranyques, se développe, donnant naissance par une mue à l'adulte sexué, qui a 8 pieds .
Ce Phytoptus à l'état parfait a environ 4 dixièmes de millim. de long; sa forme est celle d'un ovale aplati et fortement atténué dans sa partie postérieure, principalement chez le mâle, qui est un peu plus petit, surtout l>lus étroit, que la femelle. La couleur est jaune pâle, quelquefois verdâtre dans la région du tube digestif, quand l'Acarien, sans doute, a absorbé des grains de chlorophylle. Ces Phytoptus sexués ne vivent que peu de temps; après l'accouplement, ils pondent sur la feuille et disparaissent pour laisser la place aux larves à 4 pieds qui sortiront de leurs œufs, produiront l'Érinose par leurs piqûres et se multiplieront jusqu'à l'automne par des œufs non fécondés qui seront fixés aux poils de la galle (fig. 2). Quand celle-ci renferme un trop grand nombre d'individus, les jeunes émigrent, et c'est ainsi que d'une feuille à l'autre le cep est parfois complètement envahi.
La larve à 4 pieds étant la forme la plus commune du Phytoptus, la seule que l'on trouve pendaut la belle saison entre les poils de la galle, il est utile d'en donner une description détaillée.
L'animal (ûg. 3) est microscopique. Les plus grands individus n'ont que 10 à 13 centièmes de millim. de long sur 3 ai centièmes de millim. de large
et ne peuvent être vus à l'œil nu que posés sur une feuille de papier blanc et examinés en pleine lumière par un œil exercé. Une loupe ne suffit pas pour révéler leur présence au milieu des poils de la galle, il faut le microscope. Un grossissement de 50 à 60 diamètres suffit pour les apercevoir sur une très jeune feuille transparente; mais, pour les bien voir, il faut les isoler1.
Le corps est allongé, flexible, vermiforme (fig. 3), presque cylindrique, brusquement atténué du côté de la tête, plus insensiblement du côté postérieur, qui se recourbe un peu vers le ventre. Les deux paires de pattes étendues en avant dépassent sensiblement la tête, l'abdomen est strié transversalement de fins replis au nombre de 60 à 70 qui rappellent les anneaux d'une sangsue. Le cépbalotborax (tête réunie au thorax) est uni, sans stries transversales, séparé de l'abdomen par un petit sillon circulaire. La tête se termine en cône tronqué légèrement incliné vers le sternum. L'armature buccale se compose de deux stylets pointus que l'animal peut rétracter ou allonger au dehors de la bouche .
L'ouverture anale est placée à l'extrémité du
corps dans une dépression formée par un disque
un peuexcavé.Sur le corps on peut compter six
paires de poils, deux paires pour la région dorsale, l'une sur le premier,
l'autre sur le dernier anneau ; quatre paires pour la région ventrale : la
Fig. 3. — Phyloptus vitis (larve) 850 diamètres (d'après M. Briosi).
'- Divers procédés peuvent être employés pour isoler les Phyloptus, impossibles à bien voir autrement. Un des plus usités consiste à faire au rasoir, ou avec un scalpel très tranchant, une coupe à la base des poils de la galle, et, ceux-ci étant éparpillés sur du papier blanc, on aperçoit à la loupe, ou mieux au microscope, les Acariens, qui courent d'un côté et d'autre ; on s'en empare alors avec un poil emmanché. Ce procédé est bon ; mais le meilleur est celui que nous tenons de M. Ravaz, auquel nous devons de plus beaucoup de documents bibliographiques concernant le sujet qui nous occupe. Son procédé pour isoler les Phyloptus consiste à couper avec des ciseaux un grand nombre de galles d'Érinose et à los mettre dans un verre de montre ou tout autre petit récipient à bords très évasés ; au bout de quelques heures, les galles s'étaut desséchées, les Phyloptus ont tous quitté leur retraite et se trouvent en très grand nombre, courant sur le bord du verre de montre.
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première entre le neuvième et le douzième anneau (à partir du céphalothorax), la deuxième entre le vingtième et le vingt-deuxième anneau, la troisième vers le trente-huitième, et la quatrième sur le cinquième avantdernier. Ces poils sont rigides, divergents, élastiques, et servent évidemment à protéger l'animal contre les chocs du dehors .
Les pattes, qui chez l'adulte sont composées de 7 articles, n'en ont que G cliez cette larve. Elles sont incolores, transparentes; le premier article, inséré sur le thorax, semble correspondre à la hanche; le deuxième, le plus long, peut être considéré comme la cuisse; les trois suivants représentent le tibia, et le sixième le tarse. Ce dernier est formé d'un pièce grêle, cylindrique, légèrement recourhé à l'extrémité, à côté de laquelle se voit une pointe ou stylet harhelé comme une plume, éminemment propre à assurer la solidité de la marche au milieu des filaments de la galle.
Au-dessous de l'insertion de la seconde paire de pattes, après le deuxième et le sixième repli abdominal, sont placés les organes génitaux, qui à l'extérieur apparaissent sous la forme d'un opercule fixé aux téguments par en haut, libre et arrondi par en bas. Cet opercule, très bien représenté par M. Briosi, auquel nous empruntons la figure de cette larve et une partie de cettedescription, recouvre les organes génitaux. Des œufs s'aperçoivent dans l'intérieur du corps, les plus développés situés du côté de l'orifice génital. Ils sont renfermés dans un ovaire en forme de tube, remplissant presque toute la cavité abdominale et se dirigeant d'arrière en avant. Les œufs, au moment de la ponte, sont couverts d'une substance glutineuse à l'aide de laquelle ils adhèrent aux poils de la plante (fig. 2). Ils ont une forme un peu allongée et paraissent d'abord homogènes, pleins d'une fine matière granuleuse. Ils'grossissent bientôt et l'on y distingue une ligne centrale, puis la forme arrondie de l'embryon. Enfin, après la rupture de la membrane vitelline, on peut reconnaître l'animal entier replié sur lui-même, avec les contours de la tête bien distincts, ainsi que les stries de l'abdomen. Au moment de réclosion, le jeuue Phijtoptus n'a encore aucun poil. Les plus petits individus mesurés par M. Briosi avaient 4 centièmes de millim. et demi.
L'animal se meut avec vitesse, malgré la disposition peu avantageuse de ses pattes, placées trop avant; tandis que l'abdomen, trois fois et demi plus long que le céphalothorax, est supporté par le disque anal, qui forme ventouse.
La vitalité de ces larves de Phytoptns est extrême : plongées dans l'eau, elles remuent encore au bout de quarante-huit heures. Sorauer et Landois les ont vues pondre après avoir séjourné vingt-quatre heures dans la gl y cérinc, d'où ce dernier auteur conclut que leur respiration n'est ni trachéenne ni même cutanée, mais intestinale.