IV. — DANGER DE L'ÉRINOSE ET MOYENS PRÉVENTIFS
Certains auteurs ont considéré le Phytoptus comme très nuisible à la vigne. Esprit Fabre et Dunal [Bull. Soc. d'Agr. de l'Hérault, 1853), qui ne croyaient pas encore à l'origine animale de VÉrinose, décrivent cette maladie cryptogamique comme très grave. «CeiErincum, disent-ils pag. 38, qui désole nos vignes du Languedoc, diffère assez de Y Erineum vilis pour en être distingué au moins comme une variété, à laquelle nous donnerons le nom de necator (meurtrier).» Ils semblent confondre ses ravages avec ceux de YOïdium. «Je n'ai jamais vu, dit Dunal, sur les feuilles de nos vignes que YÉrineam, môme quand les fruits étaient couverts d'Oïdium. h'Eriiicum necator commence par attaquer les jeunes feuilles, les altère de telle manière qu'elles ne fonctionnent qu'imparfaitement, et dans un âge plus avancé ces feuilles tombent ou ne fonctionnent plus.»
Landois, de son côté, parfaitement fixé cependant sur la cause animale de la maladie, compare les effets du Phytoptus à ceux de YOïdium. ail est, dit-il, aussi préjudiciable. Quand les Acariens ne sont pas nombreux, leur influence pernicieuse ne se remarque pas facilement et une apparition sporadique sur quelques feuilles n'a pas une influence considérable sur la production. Mais, pour se faire une idée des suites funestes de l'apparition d'un grand nombre d'Acariens, nous citerons comme preuve le fait suivant : Dans un jardin bien à l'abri du vent, se trouve adossé à un mur un cep de vigne grand et vigoureux. Depuis deux ans, la présence des Acariens sur les tendres productions foliacées des bourgeons en évolution se faisaient remarquer dès le printemps par l'apparition des excroissances en question. A mesure que les feuilles et les fleurs se développèrent, ie dommage causé par les Acariens s'étendit de plus en plus, jusqu'à ce qu'enfin il ne resta plus sur le cep une seule feuille qui n'eût été totalement envahie par les excroissances, et par suite il ne se développa pas un seul raisin malgré les fleurs abondantes qu'avait portées le cep. Après la fécondation de la fleur, les ovaires restèrent dans le même état sans se développer, et on ne vit apparaître sur chaque grappe que trois ou quatre grains au plus, trop pauvres en sève et dépourvus de sucre».
Nous venons de citer ces deux auteurs, l'un pour la région de l'olivier, l'autre pour la limite extrême de la vigne dans le Nord.
A notre avis, Dunal a mis sur le compte de YÊrinose une grande partie des dégâts commis par YOïdium ; quant au cep de vigne cité par Landois, il eût fallu, selon nous, faire intervenir deux facteurs dont il n'est pas parlé : la
coulure pour le petit nombre de grains, l'Oïdium pour le manque de sucre. Nous sommes convaincu qu'on a beaucoup exagéré les torts du Phytoptus. Il n'est réellement dangereux, agissant seul, que pour lesplantiers à la première année, alors que la plante, pour constituer ses racines, a besoin du développement complet de la feuille. Si la sécberesse vient en plus ralentir la végétation, un certain nombre déjeunes plants peuvent succomber. Il est dangereux aussi pour les vignes faites, lorsque le mal qu'il provoque est concomitant avec une autre maladie ou toute autre cause de grand affaiblissement.
En temps normal, les années de très grande multiplication, le dommage peut aller jusqu'à un manque relatif d'aoûtement » et à une diminution de récolte difficilement appréciable, mais pas au delà.D'babitude, le mal n'est pas général et peut être considéré comme négligeable.
Dans le cas d'apparition extraordinaire au printemps, on peut enlever les premières feuilles, les brûler, et arrêter ainsi la multiplication. Les Phytoptus bivernant entre les écailles des bourgeons et dans les fissures de l'écorce, les vignes en espalier qui auraient été fortement atteintes une année pourront être rabattues à la taille suivante et le bois du cep, après décortication, éebaudé avec de l'eau bouillante. A ce procédé, inventé contre la Pyrale, et dont nous parlerons au long à propos de cet insecte, un animalcule aux téguments mous tel que le Phytoptus ne résiste pas.
S'il s'agit de faire une plantation avec des sarments pris sur une vigne fortement atteinte, on pourra préalablement plonger les boutures dans de l'eau ebaude. Les expériences sur la reprise des sarments éebaudés faites par MM. Henneguy, Couanon et Salomon [Compt. rend, de l'Acad. des Se, 1887) ont montré que la reprise de boutures plongées pendant dix minutes dans de l'eau à 50° se faisait dans les proportions de 89 %• A cette température de 50° subie pendant dix minutes, tous les animaux, même à l'état d'œuf, succombent.
On a remarqué que des soufrages répétés, appliqués dès le début de la végétation, entravaient la multiplication de VAcarien, et M. Iïavaz en a fait récemment l'expérience.
Tous les cépages ne sont pas affectés de la même manière. A ce sujet, des observations qui méritent d'être signalées ont été faites également par M. Ravaz, et nous empruntons les lignes suivantes à son dernier travail :
« Les dégâts de l'Érinose, dit-il, varient avec la nature du cépage atteint. La liste suivante fait connaître la manière dont se sont comportées à ce point de vue, en 1886, les vignes cultivées dans les collections de l'Ecole d'Agriculture de Montpellier.
* H. Mares ; Les Vignes du midi de la France, in Livre de la Ferme, 18G3, pag. 369.
» Cépages très allants : Souvenir du Congrès, Sucré de Marseille, Clairette Mazelle, Noir Hardy, Bucheter, Araraon Pignat, Aramon, Cinsaut, Muscat de Frontignan, Muscat rouge, Gros Ribier, Petit Ribier, Bonne vituaigne, Piquepoul rouge, Pougnet, Gros Gamay, Montepulciano, Muscat rond d'Espagne.
^Cépages assez atteints: Micbelin, Muscat, Talabot, Terret-Bourret, Muscat bifère, Moulas, Chatus, Guadura, Renard, Pinot blanc, Mazzari, Pietro Corintho, Vigne de chien.
•a Cépages peu atteints: Joannenc, Lignan Comte Odart, Noir hâtif de Marseille, Sauvignon, Aramon blanc, Terret noir, Grenache blanc, Œillade de Bellevue, Olivette noire, Olivette blanche, Olivette jaune, Marocain, Aspiran gris, Piquepoul-Morrastel, Brun Fourcat, Tibouren, Colombaud, Tripier, Altesse, Basplant, Syramuse, Estacca Saouma, Marsanne, Passerille blanche, Syrah, Marsanne, Abelione, Rousse, Cbichaud, Gamay de l'Aube, Gamay teinturier, Gamay très fertile, Gamay noir, Gitana, Silvana, Lacrima nera, Verdicchio, Rodites, etc.
^Cépages indemnes: Berlandieri, Mustang, Cinerea, Cordifolia, Grand noir ou Spbinx, Scupernong, etc. »
La confusion entre YÊrinose et le Mildew s'étant maintes fois produite, nous terminerons cette étude en signalant les différences qui existent entre les deux affections. L'Érinose, par les galles en forme d'ampoules ou boursouflures, que nous avons décrites et figurées, provoque la déformation de la feuille. Les poils blancs dont ces galles sont garnies en dessous n'ont jamais l'aspect laiteux des fructifications du Peronospora viticola. Celles-ci ressemblent à une moisissure très blanche, facile à enlever avec l'ongle, et avec raison ont été comparées à des efïlorescences salines. La feuille attaquée par le Mildiou peut être criblée de taches blanches en dessous, mais elle n'est jamais déformée par des boursouflures.