ORDRE DES DIPTÈRES LA CÉCIDOMIE DE LA VIGNE
(Cecirfomi/ia œnophila IIatuiioffen.)
L'ordre des Diptères ou mouches à deux ailes passait, il n'y a pas bien longtemps, pour ne renfermer aucun parasite de la vigne; mais depuis 18G2 plusieurs espèces du genre Cécidomic ont été signalées en Amérique et en
1 Bibliographie. — Osten-Saken ; Ueber die Gallen und andere durch Insekten hervorgebrachle Pflanzendcformationen (Stett. ent. Zeitg., 1861, tom. XXII, pag. 405-420). — Id.; Monograplis of the Diptera of N. America. Washington, 1862, tom. I. — Id.; LasiopUra reared frorn a gall on the golden-rod (Proc. Ent. Soc. Philad., 1863, tom. I, pag. 368-370). — Id.; Two new north American Cecidomyix (Ibid., 1S66-67, tom. VI, pag. 219-220). — Id.; Calai. N. America Dipt., 1878, pag. 7 (Smilhsonian Miscellaneous Collections). — Riley et Walsh; The American Entomologisl and Bolanist, 1868-69, tom. I; 1869-70, tom. IL— Riley ; Ann. Reports of the noxious and bénéficiai Insects of Missouri, 3, Rep. 1871 ; 4, Rep. 1872 ; 5, Rep. 1873. — G. Ritter von Haimhoffen; Beobachtungen ilber die Dlatlgalle und deren Erzeugcr auf Yitis vinifera L. (mit drei Holzeschnitten.), den Verhandlungen Zool. Botan. Gesellschaft in Wien, 1875, pag. 803-810. — Julius Edler, von Bergenstamm und Paul Low ; Synopsis Cecidomyidarum ( Aus den Verhandlungen Zool. Bot. Gesellschaft in Wien, 1870. — Antonio Aloi ; Die un nuevo Inselto, damnoso aile vili, del génère Cccidomyia, scoperlo nellc Vigne delta piana di Catania (Comunicaziono fatta ail' Accademia Giœnia nella tornatadel di S agosto 1886). — Ravaz ; Traduction résumée du travail d'Antonio Aloï (Progrès agricole et viticole de Montpellier, 22 mai 1887).
jg LA CÉCIDOMtE DE LA VIGNE.
Europe comme vivant dans l'intérieur du parenchyme de la feuille et y provoquant la formation de galles d'un aspect tout particulier.
Les Cécidomies (xr/t; galle, pï« mouche) sont de petits Diptères hrunsou teintés de couleurs tendres passant au hrun par la dessiccation, de 1 ram,50 à 3 millim.de long, au corps svelte, très fragiles, auxgrands pieds, aux longues antennes, ce qui les fuit ranger, à côté des cousins ou moustiques et des grandes tipules de nos jardins, dans le sous-ordre des Némoccres (v^px fil, xeo«; corne) . Elles constituent une petite famille, celle des Cècidomides, détachée par les entomologistes modernes de celle des Tipulidcs, où on les rangeait autrefois. On les classe par la disposition des nervures des ailes, le nomhre et la forme des articles des antennes.
Ces Diptères lilliputiens, très nombreux en espèces, plus d'une centaine en Europe, sont parfois, à l'état de larves, de grands ennemis de nos récoltes. Ils se multiplient souvent en quantités énormes et constituent des légions de ravageurs qui s'attaquent aux tiges, aux feuilles, aux fleurs, aux fruits et aux parties ligneuses des végétaux vivants. Il y en a même qui habitent dans le bois mort, entre l'écorce et l'aubier et jusque dans des matières végétales en putréfaction.
Celles qui s'attaquent aux végétaux vivants, les seules qui intéressent l'agriculteur, produisent d'ordinaire des déformations qui rentrent souvent dans la forme renflée et arrondie connue sous le nom de galle [Cccidomyia œnophila, C. Urticœ, C. Fagi), mais qui se réduisent parfois à des hypertrophies de tissus [C. Eryngii, C. Rubi), de fruits (C. Pyri, C. nigra), à des modifications dans le développement des fleurs [C. Verbasci), des bourgeons [C. Ericœ-scoparix). Certaines font épanouir en forme de rose les bourgeons terminaux du saule [C.rosaria] , d'autres rongent le parenchyme de la feuille sans y produire de renflement, on aperçoit simplement la galerie par transparence [C. buxi décrite par M. Laboulbène) ; d'autres enfin, telles que C. deslructor du blé, vivent dans les gaines des feuilles sans y occasionner de déformations sensibles, exerçant leurs ravages en rongeant la tige, qui se brise alors au moindre vent.
Les larves de Cécidomies ont la forme générale allongée de beaucoup de larves de Diptères connues sous le nom vulgaire d'asticots, tantôt solitaires dans leur loge [C. œnophila, C. Fagi, etc.), tantôt en sociétés plus ou moins nombreuses [C. nigra, C. Pyri, C. Papavei^is, etc.). Leur corps est de diverses couleurs, blanc, jaune, orange, rose, rose saumon, avec des parties translucides plus ou moins grandes aux extrémités. La coloration, variable, est due à celle du tissu adipeux, qui est vu par transparence et plus ou moins abondant. Quand la larve est grasse, bien nourrie, elle est plus colorée et sur une plus grande étendue. Le corps est souvent armé de crochets à l'en-
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trémité postérieure, ce qui permet à l'insecte de s'accrocher, de se courber
en arc et, par une brusque détente, d'exécuter des sauts qui le lancent au loin. Cette propriété, commune du reste à beaucoup de larves de Diptères, se voit surtout chez les espèces qui se changent en nymphe dans le sol. La métamorphose a lieu pour les unes dans la cavité même où elles ont vécu, pour les autres sous les écorces, entre les nervures des feuilles ou dans la terre meuble. Certaines se (ilent un cocon de soie blanche [C. œnophila, C. Pini, etc.), d'autres se métamorphosent dans leur propre peau, qui, sans se rompre, s'est détachée de leur corps [C. Tritici, C. destructor, etc.).
En donnant ces renseignements généraux sur les premiers états des Cécidomies, nous ne pouvons passer sous silence un des phénomènes les plus extraordinaires qui aient été constatés jusqu'à ce jour en biologie.
Qui dit animal apte à se reproduire, dit en quelque sorte animal parfait, et les cas de larves pondeuses étaient inconnus chez les insectes avant 1862. A cette époque, un naturaliste russe, Nicolas Wagner, publia des observations faites par lui en 1861 au bord du Volga, à Kasan, sur des larves de Cécidomies, sous-genre Miastor, vivant sous l'écorce des ormes et pondant par parthénogenèse des larves semblables à elles-mêmes.
Plusieurs générations de ces larves se succédaient; puis, à un moment donné, certaines se changeaient en nymphes et ensuite en insectes parfaits. Le fait, qui Qt beaucoup de bruit dans le monde des naturalistes, fut confirmé par M. Fr. Meinert. qui obtint à son tour des Miastor parfaits de larves pondues par des larves.
Les nymphes sont blanches, rosées, oranges ou roussâtres, glabres ou hérissées de quelques soies. On distingue nettement les ailes, les antennes et les pattes, qui sont repliées contre le corps. Le thorax est muni de deux cornicules dont on a discuté le rôle, mais que l'on considère aujourd'hui comme des tubes respiratoires surmontant les stigmates thoraciques. M. Laboulbèue y a observé une trachée qui en occupe tout l'intérieur ; ces cornicules respiratoires s'observent du reste chez beaucoup de Diptères. La tète est ornée de deux pointes chitineuses placées à la base des antennes et destinées a ouvrir un passage au dehors, un peu avant la transformation en insecte parfait. Celui-ci est en effet trop faible, à téguments trop mous, pour pouvoir traverser l'obstacle le plus léger si la voit; ne lui est pas préparée. Les insectes parfaits ne vivent que quelques jours, le temps de s'accoupler et de pondre.
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