II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE
Les Galles mûres sont rondes ou ovales (fig. 4), en forme de lentilles ayant environ 3 millim. de diamètre et faisant saillie des deux côtés de la feuille, de consistance dure, placées souvent sur les nervures, lisses et un peu luisantes en dessus, velues et mates en dessous, à parois épaisses, denses à l'extérieur, tendres et translucides à l'intérieur; elles sont d'abord d'un vert plus clair que la feuille, deviennent ensuite de môme teinte, et quand la larve est sortie elles se rembrunissent et se dessècbeut, en commençant parle centre. M. Haimhoffen dit qu'elles deviennent parfois d'un rouge foncé. Nous ne l'avons jamais observé ; mais sur des plants à raisins colorés, le Petit Bouschet ou autres, la chose est possible. Ou sait qu'a l'automne, au moment où la cbloropbylle de la feuille perd de sa vitalité, l'érythropbylle, ou principe colorant rouge, prend au contraire une grande intensité sur ces plants-là; il n'y a dune rien d'étonnant a ce qu'au moment
delà maturité de la galle et avant sa dessiccation, celle-ci puisse tourner au rouge. Celte teinte est très fréquente du reste sur les galles du Phylloxéra. Le nombre de ces renflements est parfois considérable, jusqu'à 50 ou 60, mais d'ordinaire de 5 à 20 par feuille. Nous en avons observé jusque sur les vrilles. Souvent deux galles voisines se soudent, principalement sur les nervures, où leur dimension est plus grande ; elles se confondent alors, formant une tumeur allongée dans laquelle chaque larve a sa loge distincte. Cette loge, d'abord très petite, juste de la dimension de la larve, qui se tient courbée en demi-cercle, devient ensuite spacieuse, jusqu'à 2millim. de diamètre en tout sens, quand la recluse, grandissant, a consommé les cellules du parenchyme tout autour d'elle. Celles-ci, vues au microscope, paraissent comme déchirées par l'appareil spécial dont nous parlerons en décrivant la larve. Les galles apparaissent à la fin de mai, la plus grande partie les premiers jours de juin , et à la fin du même mois toutes les larves sont sorties .
On a parfois pris ces galles pour celles du Phylloxéra. No as les avons personnellement reçues sous ce nom, des environs de Béziers. M. G. Hiinstler, dans son ouvrage sur les Insectes nuisibles aux plantes cultivées (Die unseren Culturp flan zen schddlichen Insecten, 1871, pag. 85), paraît les avoir confondues, ainsi que le chevalier de Fraunfeld dans son travail sur le Phylloxéra [Verh. derZool , Dot. ges., 1872, § 3 — 4. Heft, pag. 569 und 571). La différence est cependant notable. Les galles du Phylloxéra sont développées seulement au-dessous de la feuille, renflées en forme d'utricules ou de gourdes, avec une ouverture en dessus de la feuille ; celles de la Cécidomic sont au contraire lenticulaires, aussi saillantes en dessus qu'en dessous delà feuille et entièrement closes.
La larve est longue de 2 millim. environ, aveugle, légèrement courbée en demi-cercle, de couleur rose saumon plus ou moins foncé, tirant parfois sur l'orange. Le corps est atténué aux deux bouts, formé de 14 segments y compris les deux dont semble se composer la tète, glabre, n'ayant que quelques poils spiniformes dirigés en arrière, partant d'une base ou article basilaire élargi et placés en dessous au milieu des seg-
[ug/ ,5'7TLa,rve de ments; peau recouverte de fines granulations épineuses, delaCeciuomyia
œnophila. aplaties, semblant imbriquées et dont la pointe est diri-
gée en arrière. Les téguments extérieurs sont blancs, translucides; la couleur est donnée par le tissu adipeux vu par transparence et qui d'ordinaire ne s'étend pas jusqu'aux extrémités du corps. La tête, très petite, est rétractile, semblant formée de deux segments,
prolongée en museau allongé, à l'extrémité duquel se trouve l'ouverlur i buccale; l'armature interne de celle-ci est formée de pièces chitineusas jaunes, peu distinctes; deux palpes labiaux paraissant n'avoir qu'un article sont placés à la partie inférieure.
Le prolhorax est renllé, une fois plus long que la tête, muni en dessus d'une lame chitineuse rousse, terminée par deux pointes divergentes. Cette lame, partant d'une échancrure du mésotborax, s'avance engagée dans la peau à la surface du prothorax, dont el'e suit le contour arrondi jusque près de son bord antérieur. Les deux pointes divergentes saules sont un peu détachées et sont retenues solidement par deux prolongements chitineux latéraux, à l'endroit où elles se séparent du protborax. Par un mouvement de rétraction de la tête et du bord antérieur du protborax, ces deux pointes font saillie. C'est évidemment là l'instrument perforant qui permet à cette larve à bouche inerme de déchirer les tissus du parenchyme pour se nourrir ou se frayer un passage au dehors au moment où elle quitte la galle1. Los deux autres anneaux tboraciques sont d'un tiers moins longs que le prolhorax. Le mésothorax est remarquable par l'échancrure pointue aux bords arrondis et renflés et qui donne naissance à la lame chitineuse décrite ci-dessus.
1 Perris, dans une description de larve de Cécidomie vivant dans le Pin maritime [Ann. Soc. eut. de Fr., 1870, pag. 172), parle d'une pièce subcornée placée sous la peau, en dessus du prothorax, roussàtre, un peu spatulée, légèrement, échancrée à l'extrémité antérieure et devant servir d'attache aux muscles qui mettent en mouvement les parties de la bouc'.:e et la tête elle-même. M. Laboulbène, de son côté, dans la Description de li Larve de la Cécidomie du buis (Ann. Soc. ent. de tr., 1873, pag. 317), mentionne deux pièces chitineuses: l'une interne, déjà signalée par Réaumur sous le nom de a irait bruu corné », appar:enant à l'appareil buccal ; l'autre externe, bilide à son extrémité autérieure, placée en dessous du prothorax et servant d'appareil perforant. Y a-t-il eu confusion eutre ces deux pièces ? Evidemment non, pas môme de la part de Réaumur. Celle de Perris, placée en dessus du prothorax, intérieurement, paraît correspondre au «trait brun corné» du vieil auteur, et celle de M. Laboulbène, placée en dessous du prothorax, extérieurement: est bien certainement l'appareil perforant signalé déjà par Réaumur à propos de la Cécidomie du hêtre (Mémoires, tom. III, pag. 519. PI. 38, tig. 16). Chez notre larve, la lame unique placée en dessus du prothorax, extérieurement, parait remplir les deux fonctions, servir de point d'attache aux muscles et aussi d'appareil perforant. Gomme l'indique M. L bcilbène, nous avons fait rouler sur une plaque de verre la larve vivante, nous l'avons examinée au microscope de face et de pr:ftl, et nous avon^ vu que la lame bifide sus-prothoracique est, il est vrai, en partie engagée dans la peau, mais fait saillie extérieurement et que les deux pointes de l'extrémité sont libres,
L'abdomen est formé de 9 segments à peu près d'égale longueur; les stigmates au nombre de 9, placés latéralement, sont très petits, invisibles à la loupe la plus forte et ne peuvent être vus distinctement au microscope qu'à un grossissement d'environ deux cents diamètres. Le stigmate tboracique placé sur le protborax un peu en arrière, les 8 abdominaux situés au milieu des 8 premiers segments, sauf le huitième très petit placé uri peu plus bas vers la partie ventrale.
Dans l'intérieur de la galle, les mouvements sont lents, mais au dehors assez vifs, et à l'occasion, d'après M. Haimboffen, ces larves sautent pour quitter la feuille. Nous les avons simplement vues se laisser choir, et nous nous demandons comment elles pourraient sauter, n'ayant pas l'extrémité abdominale munie de crochets. Mises dans un récipient avec de la terre, les larves sorties des galles s'enfoncent de suite, et quinze jours après les petites mouches apparaissent.
Nous avons dû donner de cette larve une description détaillée, celle de
M. Haimboffen ne comprenant que quelques lignes et pouvant se rapporter à beaucoup d'autres larves de Cécidomics.
La nymphe est enfermée dans un cocon de soie blanche qui reste dans la terre après î'éclosion ; mais, si l'on ne donne pas de terre à l'insecte, il file ce cocon dans uo coin du récipient ou entre les nervures des feuilles ; nous en avons obtenu deux dans ces conditions-là. Ce cocon est ellipsoïde un peu aplati, long d'un millim. et demi à un millim trois quarts, légèrement translucide, et laisse apercevoir la nymphe qui est d'un blanc rosé. Quelques larves, dit M. Haimboffen, ne se transforment pas et restent dans le cocon pour ne se métamorphoser qu'au printemps suivant ; mais la plupart des petites mouches apparaissent en juillet. Haimboffen en a obtenu fin juin.
Cet auîeur ayant donné une bonne description de l'insecte parfait, nous ne pouvons mieux faire que de la reproduire. Les mâles n'ayant été encore observés par personne, elle a été faite sur des femelles. Longueur lmm,6.
Tête petite, noire, tronquée en arrière, détachée du thorax ; la face, entre les antennes, est d'un rougeâtre pâle, parsemée de poils noirs rares. Palpes blanchâtres, cou distinct, rouge pâle, yeux noirs ; antennes effilées, de 1 i articles brun rougeâtre, couvertes de poils courts, les articles plus longs que larges, plus petits vers l'extrémité, avec des poils verti-
Fig, 6. — Cecidomyia œuophila fortement grossie.
cillés. Thorax bomLé, gris noir dans sa partie dorsale avec des poils noirs isolés, les côtés de la poitrine et le môtathorax couleur de cbair, ainsi que le scutellum qui est rugueux. Balanciers d'un rougeâtre pâle avec le pédicelle blanc. Abdomen fusiforme, effilé, couleur de cbair, les deux derniers segments pâles, l'oviscapte encore plus pâle, proéminent, sans lamelle à l'extrémité. Segments très renflés couverts de poils noirs divergents, portant sur la partie dorsale une touffe de poils recourbés en arrière, intervalles des segments plus clairs, les pattes longues, fines, rougeâtres, les hanches et les articulations plus foncées, grisâtres, les cuisses postérieures avec trois ou quatre soies très fines, divergentes et noires. Ailestfan quart plus longues que le corps, se couvrant, la surface obscurcie par des poils noirs et serrés, le bord garni de cils se détachant facilement, entre la nervure longitudinale médiane et la nervure bifurquée ; une ligne foncée oblique, composée de poils épais, s'avance vers le bord de l'aile. Nervure du bord noirâtre, la 2e nervure longitudinale légèrement arquée dans son milieu, se réunissant à la nervure du bord avant la naissance de l'aile. La ramification externe de la 3e nervure longitudinale manquant, du moins invisible aux plus forts grossissements. La bifurcation interne obliquement descendante sous un angle obtus. Pas de petites nervures transversales entre les première et seconde nervures longitudinales.
Ces petits et gracieux moucherons sont difficiles à saisira cause de leur vivacité. Après leur mort, ils perdent leur aspect et leurs couleurs.
La présence de la Cécidomie de la vigne a été signalée jusqu'à présent, en Autriche par M. Haimhoffen, en France par plusieurs naturalistes, eu Roumanie par M. Horvath, en Grèce par M. Gennadius, en Sicile enlin par M. AIoï.
Fig. 7. — Aile de la Gecidomyia œnophila, d'après Haimhoffen.