II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE
Tous les propriétaires de vigne, surtout ceux qui possèdent de vieux espaliers, mal exposés, connaissent ces paquels de substance blanche
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cotonneuse iilant comme de la glu. recouverts d'une écaille d'un brun roux, et qui certaines années, pendant l'été, infectent les ceps, surtout sur le jeune bois. Ce sont les pontes de la Cochenille rouge de la vigne mélangées à une abondante sécrétion cireuse seini-lluide et abritées par le corps desséché de la mère. Si nous examinons de sou vivant l'animal qui les produit, si nous l'étudions au printemps avant qu'il ait commencé à poudre (Qg. 0), nous voyons un insecte de 4 à 5 inillim. de long, bombé en dessus, aplati audessous, de formeoblongue, un pou plus étroit eu avant qu'en arriéreetayant une éebancrure à la partie postérieure. La couleur est d'un fauve rouge, parfois foncée, parsemée de taches et de points noirâtres. Cette Cochenille femelle est née au mois de juin de l'année précédente et commencera à pondre dans le courant du mois de mai. De ses œufs très petits, un peu allongés, de teitite vineuse, sortiront, en juin, déjeunes larves hexapodes assez agiles, longues d'environ un tiers de millimètre, de couleur rougeâtre, ayant le dernier anneau de l'abdomen échaucré, munie de deux antennes à six articles, d'un long bec replié le long du ventre et de deux grands poils à l'extrémité du corps. Par la forme et les allures, elles rappellent les jeunes phylloxéras (fig.8). Ces petits insectes se répandront sur les sarments et le revers des feuilles et y planterout leur suçoir. Pendant l'été, ils grandiront, tirant de plus en plus sur le fauve, et, vers le mois de septembre, l'accroissement étant notable, on en remarquera d'aspect et de dimensions différents. Les uns, beaucoup plus gros, auront gardé leur forme ovale et seront tous des individus femelles qui arrivés à leur taille définitive, et après l'accouplement, se fixeront pour passer l'hiver et pondre au mois de mai. Au moment de la ponte, ils seront déformés, les pattes et les antennes auront disparu, les segments indistincts feront ressembler le corps à une coque hémisphérique d'uu brun roux bientôt soulevée par les œufs ponduo eu dessous d'elle (fig. 7) . Les autres, beaucoup plus petits, groupés en grand nombre sur certains points du cep, d'une couleur jaune clair, auront, en septembre, une forme très allongée, 2 millim. et demi sur 1 et, selon le cycle normal des métamorphoses des insectes, représenteront des pupes renfermant des nymphes, d'où, vers les premiers jours d'octobre, sortiront des mâles ailés. A Montpellier, nous avons obtenu de ces éclosions de mâles à partir du 25 septembre; l'accouplement a lieu de suite.
A rencontre des autres insectes éclosant d'une pupe et qui en sortent la tête la première, le délicat moucheron sort à reculons. On aperçoit d'abord les deux grands filets dont est muni son dernier segment ; puis viennent les ailes et le reste du corps. Les pattes projetées en avant de la tète, il se pousse vivement en arrière, laissant fixée au sarment sa mince dépouille
d'un blanc transparent.
Le mâle est long de 2 millim. environ. Le thorax est rembruni, l'abdomen d'un rouge de brique clair, les deux ailes aussi longues que le corps, blanches, ornées d'une ligne rouge le long du bord extérieur. La tête aplatie en avant est privée de bec ; l'insecte ne peut donc manger. Cette tête porte deux longues antennes de dix articles, deux grands yeux composés et quatre plus petits placés de côté.
L'abdomen, formé de sept anneaux, offre, sur le sixième, deux petits prolongements latéraux dirigés en arrière ; le septième est muni des deux longs filets dont nous avons parlé. Ces appendices, constitués à leur base par des poils épais, sont recouverts de la sécrétion cireuse blanche et démesurément allongés par elle. Entre les deux filets se voit le pénis, qui est long et recourbé. L'accouplement, fort bien décrit par Réaumur, a lieu en octobre et non au printemps, comme plusieurs auteurs l'ont répété par erreur, d'après M. Signoret ; aussitôt après, le mâle meurt et disparaît .
La Palvinaria vilis est commune dans tous les pays viticoles de France, mais plutôt dans le Nord que dans le Midi. Elle nous a été signalée d'Allemagne par M. von Heyden, d'Autriche par M. Bollé, de Hongrie par M. Horvath, d'Italie par M. Targioni, de Grèce par M. Gennadius. Nous ne la voyons pas mentionnée dans les documents que M. de Graëls nous a transmis sur l'Espagne, pas plus que dans ceux que nous avons reçus d'Algérie.
Cette espèce a, heureusement pour le viticulteur, des ennemis naturels qui en détruisent beaucoup. Ces parasites ont été étudiés par le colonel Goureau, et une bonne partie des détails qui suivent lui sont empruntés. Le plus redoutable est un petit Hyménoptère (Mouche à quatre ailes) de la famille des Fouisseurs, de la tribu des Crabronites, le Celia troglodytes Schuck, dont voici la description :
Femelle. Long. 3 millim. Antennes noires à premier article brunâtre en dessous ; tête, thorax et abdomen d'un noir uniforme, ce dernier lisse, luisant, ovalaire, atténué en pointe aux deux extrémités, très brièvement pédicule ; cuisses postérieures et intermédiaires noires, cuisses antérieures et tibias bruns; tarses d'un testacé brun ; ailes hyalines, à stigma grand et noir; deux cellules cubitales, la première plus longueque large, la seconde presque carrée.
Mâle. Semblable, différent seulement par les premier et deuxième articles des antennes jaunes en dessous, le chaperon et les mandibules jaunes, les cuisses et les tibias antérieurs d'un fauve testacé, les autres tibias un peu plus clairs.
La femelle établit son nid dans le bois mort un peu ramolli, comme celui des vieux piquets ; son trou ressemble à celui que ferait une très
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petite vrille. Elle y entasse en été des jeunes cochenilles qu'elle a préalablement piquées de sou aiguillon pour les paralyser sans leur ôter la vie; elle pond un a^uf sur le tas et bouche le trou avec de petits débris de bois mâché et imprégnés de salive. La larve sortie de l'œuf mange peu à peu sa provision, qui pendant plusieurs mois se maintient fraîche, se change en chrysalide au printemps , et vers les premiers jours de juillet sort à l'état parfait, pour recommencer le cycle.
Plusieurs autres Hyménoptères de la famille des Chalcidides pondent leurs œufs dans le corps même de la cochenille et y vivent à l'état de larve, sans attaquer les organes essentiels, laissant vivre ainsi leur victime jusqu'au moment où elles se transforment en nymphes et en insectes parfaits; elles percent alors la peau, qui est comme desséchée, y laissant un trou rond de la grosseur de leur corps. Ce sont les espèces suivantes : Encyrtus Swederi Daim., Encyrtus duplicatas Nées, Corcophagus scntellaris Wester, Blastothrix Schœnheri Westw., Cephycus puncticeps Daim., Erycidnus ventralis Daim., Comys Schwederi Daim. D'après le colonel Goureau, cette dernière espèce, très petite, pond trois œufs dans chaque cochenille.
Un diptère contribue également à détruire beaucoup de ces Puloinaria : c'est le Leucopis annulipes Zett, qui parait en juin et pond cinq à six œufs dans la masse cotonneuse enveloppant la ponte. Les larves de cette mouche mangent les œufs et se changent en pupes dans le môme endroit. Les insectes parfaits sortent en passant par-dessous la peau desséchée de leur victime.
Le nombre de cochenilles détruites par ces divers ennemis est parfois tel que certaines années remarquables par l'abondance des Puloinaria sont suivies d'autres où c'est à paine si l'on en voit quelques-unes. Leurs parasites éclos en masse, ne trouvant pas les conditions voulues pour pondre, meurent alors sans postérité. Les quelques cochenilles échappées au carnage peuvent donc se multiplier en paix jusqu'à ce que leurs ennemis, redevenus eux-mêmes abondants, les détruisent de nouveau. Ce mouvement de bascule entre les carnassiers et leurs victimes s'observe dans toute la série animale, et maintes fois, pendant le cours de ce travail, nous aurons l'occasion de retrouver cette grande loi du parasitisme ayant pour corollaire l'équilibre des espèces.